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Le miracle Spinoza de Frédéric Lenoir

SpinozaL’œuvre de Spinoza nous invite à découvrir une conception très personnelle de la religion, du libre-arbitre, des passions ou du bonheur. Car il est possible d’être heureux et c’est la bonne nouvelle que nous livre Spinoza !

L’œuvre de Frédéric Lenoir nous invite à découvrir la vie et la pensée de Baruch Spinoza (1632-1677). Il ne s’agit pas pour lui de la « récupérer » pour en faire une admiratrice utile au christianisme, ni de détourner le sens du spinozisme – compris parfois comme un athéisme pratique. Il s’agit d’en extraire sa valeur de miracle pour aujourd’hui, de restituer sa force explosive au quotidien et son éthique du bonheur, révolutionnaire pour son temps. Elle tente de rendre abordable une philosophie qui, certes se libère de la théologie institutionnelle, une position inédite pour la société conservatrice du 17ième siècle néerlandaise mais qui n’en reste pas moins difficile d’accès. L’œuvre majeure de Spinoza, l’Ethique (1677), se veut une philosophie pratique qui invite l’homme à dépasser son état de servitude émotionnelle.  Descartes, contemporain et référent de Spinoza, fut le premier à douter de tout, sauf de son Dieu. Ainsi Spinoza nous propose de connaitre le bonheur selon une véritable rencontre avec Dieu et non selon les enseignements théologiques faisant alors foi : “Le bien suprême de l’âme est la connaissance de Dieu ; et la vertu suprême de l’âme, c’est connaître Dieu[1]“.

D’ailleurs Spinoza ne réfute en rien l’existence de Dieu; il déclare ” L’opinion qu’a de moi le vulgaire qui ne cesse de m’accuser d’athéisme ; je me vois obligé de la combattre autant que je pourrai[2]“, mais pour autant il affirme aussi ne “pas avoir besoin de suivre des rites religieux, quels qu’ils soient. Sa religiosité est une spiritualité toute personnelle qui se construit par les seules forces de sa raison[3].”

Cette liberté, l’auteur néerlandais va la payer chère. A 23 ans Baruch Spinoza est frappé par un Herem (excommunication de la communauté juive) de la part des autorités religieuses juives. Le 27 juillet 1656, se déroule en effet dans la synagogue d’Amsterdam une cérémonie aussi rare que violente qui voit un jugement définitif à l’égard du jeune penseur. Voici un extrait du texte : ” A l’aide du jugement des saints et des anges, nous excluons, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza avec le consentement de toute la sainte communauté(…). Qu’il soit maudit le jour et maudit la nuit (…). Veuille l’Eternel ne jamais lui pardonner (…). Que son nom soit effacé dans ce monde et à tout jamais (…). Qu’il ne lui soit rendu aucun service et que personne ne l’approche à moins de quatre coudées. Que personne ne demeure sous le même toit que lui et que personne ne lise aucun de ses écrits[4]

Quelle brutalité!

Cette condamnation, certains de nos contemporains l’ont vécue ou la vivent de la part de l’institution religieuse. Certains, pour ne pas la subir, s’excluent ou s’éloignent eux-mêmes des églises. Ils vivent alors en marge des institutions. Une position qui, à l’image de Spinoza, ne remet pas en cause une spiritualité sincère, vivante et libre tout comme beaucoup de chrétiens la vivent au sein de l’église. C’est tout le paradoxe de Spinoza. Un esprit difficile à cerner dont les frontières de la pensée sont parfois difficiles à saisir.

Sur la personne de Christ, Spinoza est là encore en décalage par rapport à son héritage: “La voix du Christ peut être appelée la voix de Dieu. (…) En ce même sens, nous pouvons dire aussi que la Sagesse de Dieu, c’est-à-dire une Sagesse surhumaine, s’est incarnée dans le Christ, et que le Christ devient voie de Salut[5]“. Frédéric Lenoir précise que “Spinoza, qui connait par cœur l’Ancien et le Nouveau Testament, est frappé par le discours du Christ car c’est pour lui un homme simple, qui n’a reçu aucune éducation poussée, mais qui ne prononce que des paroles véritables, profondes et universelles[6].” Dans l’Ethique, il suggère que le Christ correspond à l’homme libre véritable, qui n’a que des idées adéquates[7]. Mais dans une lettre à un ami s’inquiétant de savoir s’il croyait en l’incarnation de Dieu en l’homme Jésus Spinoza précise que cette idée “est aussi absurde que de dire que le cercle a pris la forme d’un carré[8]“…

L’œuvre de Spinoza nous invite ainsi à découvrir une conception très personnelle de la religion, du libre-arbitre, des passions ou du bonheur. Car il est possible d’être heureux et c’est la bonne nouvelle que nous livre Spinoza! Il faut pour cela fuir les passions tristes (la haine, l’anxiété, la jalousie…) qui dégradent la qualité de notre être. Il nous invite à chercher le plaisir, ici et maintenant.

Partons donc sans plus attendre en quête de ce bonheur qui libère tout en nous incluant dans une dimension sociale fondatrice.

Fred Menigoz

Aout 2018

[1] L’Ethique livre III

[2] Lettre à Henry Oldenburg 1665.

[3] Le Miracle Spinoza, Frédéric Lenoir, Fayard, p. 80

[4] Spinoza, Steven Nadler, Bayard 2003

[5] Traité de théologico-politique, chapitre 1, p. 624-625

[6] Le Miracle Spinoza op. cit. p. 82

[7] Ethique, IV, p. 68

[8] Lettre à Henry Oldenburg n° 73

Le défi de la bienveillance

Décrypter l’actualité avec Gabriel Monet

Dans une actualité où les nouvelles se bousculent, ce sont souvent les plus mauvaises qui sont mises en exergue. Au total, c’est la crainte, le fatalisme, la démobilisation qui peuvent en résulter. Des journalises ont perçu cet effet et ils se sont regroupés pour agir en terme de « reporters d’espoir, journalistes de solution » (1). Pionnier de la psychologie positive, Jacques Lecomte abonde dans le même sens au point d’écrire un livre où il met en évidence les réussites qui peuvent nous encourager : « Le monde va beaucoup mieux que vous ne croyez » (2).

En fait, les réseaux sociaux et l’environnement médiatique traitent des nouvelles selon des émotions et des représentations collectives qui s’y imposent et s’y confrontent. A l’arrière-plan, ces émotions et ces représentations dépendent des expériences et des attitudes devant la vie de ceux qui les partagent, de leurs valeurs et de leur éthique. Dans ce champ, le climat varie. En certains espaces et à certains moments, violence et agressivité peuvent s’exprimer sous des formes variées du persiflage et de la dérision à la critique tout azimut et à la fabrication de boucs émissaires. Si la défiance l’emporte sur la confiance, alors une méfiance systématique va s’exprimer allant jusqu’à la théorie du complot.

Ainsi,  un traitement objectif de l’information fondé sur un recueil fiable et contrôlé des données , la distinction entre la matière de la nouvelle et le commentaire, ne peut l’emporter, à lui seul, sans un environnement qui manifeste un parti pris de confiance. Et, en des termes voisins, la bienveillance n’influe pas seulement sur l’usage de l’information, mais sur sa qualité même.

C’est dire combien  le recueil de chroniques publiées par Gabriel Monet sous le titre : « le défi de la bienveillance » (3), est bienvenu.

« Au travers des ses chroniques radio hebdomadaires ici rassemblées, Gabriel Monet cherche à susciter la réflexion à partir de l’information. Son regard n’est pas neutre . Il se veut libre, constructif et assume un point de vue chrétien ».  Dans ce champ de l’information  exposé à pressions et à des interprétations de toutes sortes, ce travail de réflexion à partir de l’information est de première importance. « Il s’agit malgré tout de distinguer ce qui va bien et donc de savoir s’enthousiasmer et oser la bienveillance. En tout cas, il est important d’avoir un regard lucide et de prendre le temps d’analyser les évènements qui jalonnent notre quotidien . Il est vrai que les nouvelles ne sont pas toujours bonnes. Pourtant ce n’est pas une fatalité. Au contraire, cela doit encourager notre responsabilité pour réagir et être proactif afin de faire émerger des signes, des gestes et des attitudes de bienveillance » (4). Et, effectivement, dans ces chroniques, Gabriel Monet s’engage dans l’esprit de valeurs qui peuvent s’exprimer en terme de bienveillance.

 

La montée de la bienveillance

Or, dans le grand tumulte de notre époque, n’est-il pas signifiant que la bienveillance devienne aujourd’hui  une attitude privilégiée dans des champs très différents ? Ici l’information, mais aussi l’éducation, le travail et même une réinterprétation de certains concepts religieux. Ainsi, si nous vivons des temps difficiles, un regard rétrospectif peut nous indiquer des progrès discrets dans nos pratiques relationnelles. Dans un article paru dans « Sciences humaines », Jean-François Dortier s’est récemment interrogé dans un article intitulé : « Empathie et bienveillance, révolution ou effet de mode » (5). Or, c’est bien une évolution profonde qui apparaît. Et, par exemple, le succès du mot : empathie, quasi inconnu il y a un demi-siècle, « en dit long tant sur la façon de penser les rapports humains que sur nos attentes dans ce domaine ». « Dans les livres en langue française,  son usage a grimpé en flèche dans les décennies 1990 et 2000 »

Dans l’éducation, selon Béatrice Kammerer (6), on voit aujourd’hui un courant de pensée et d’action se développe en faveur d’une éducation bienveillante. Et ce courant a des fondements puisqu’il s’appuie sur des mouvements qui font aujourd’hui référence : « La théorie du care développée au début des années 1980 par la psychologue et la philosophe américaine, Carol Gilligan, la psychologie positive née aux Etats-Unis en 1998 sous l’impulsion du chercheur en psychologie Martin Seligman, les techniques de communication non violente développées notamment par le psychologie Marshall Rosenberg à partir des années 1960 ». Cette éducation bienveillante « s’inscrit dans un idéal contemporain des relations entre parents et enfants ». De même, il existe aujourd’hui un appel à la bienveillance dans l’univers professionnel. Et ainsi, le mouvement en faveur de la bienveillance commence à apparaître dans les entreprises (7).

Nous sommes donc bien en présence d’une émergence de bienveillance . C’est un changement de regard sur les relations humaines. Ce changement rompt avec des représentations pessimistes de l’homme et une pratique autoritaire du pouvoir ancrées dans un héritage du passé. Et, puisqu’il s’agit d’une transformation en profondeur, elle nous invité à revisiter des conceptions religieuses répandues dans la chrétienté occidentale. Ainsi, dans son livre : « Oser la bienveillance » (8), Lytta Basset montre comment ce pessimisme radical sur la nature humaine est étranger à la veine originelle du christianisme et à la bienveillance manifestée par Jésus.

informées, équilibrées dans leur approche,  riches en  analyses fines des comportements, agréables à lire, ces chroniques ouvrent la voie à un usage responsable de l’information. A cet égard, elles participent à une éducation civique. Elles traduisent sur ce registre le message d’amour et de respect du prochain qui rayonne dans l’Evangile.

Si aujourd’hui, la bienveillance est une attitude en pleine émergence, ce livre : « le défi de la bienveillance » participe à ce mouvement dans une belle contribution.

Jean Hassenforder

 

Les femmes dans l’Eglise

Un regard libérant

La longue marche des femmes vers un juste statut dans l’église et la société se poursuit. Malgré de belles avancées, la question de leur place dans l’Eglise demeure toujours d’actualité. Joëlle Sutter-Razanajohary, pasteur dans la Fédération des églises baptistes,vient de publier sur ce thème un opus intitulé « Qui nous roulera la pierre ? »  où elle aborde le sujet à partir des récits de la création et d’une réflexion sur l’identité, l’autorité et le sacré, notions sur lesquelles se fondent la direction d’Eglise.

Si, se plonger dans la Bible, c’est aller à la rencontre de Celui qui l’a inspirée, c’est aussi voir qu’elle s’inscrit dans des cultures patriarcales et qu’elle est rédigée, traduite et interprétée uniquement par des hommes. Or, que nous la lisions au pied de la lettre (qui tue ?) ou non, nous l’interprétons en fonction de qui nous sommes : de notre sexe, de nos attentes et de nos contextes religieux, culturels, socio-économiques… Toutefois, grâce à l’étude et à la réflexion, nos interprétations peuvent évoluer. C’est ainsi que, sollicitée par son pasteur pour préparer des études bibliques résumant les différentes positions sur la femme et les « ministères dits d’autorité », Joëlle Sutter-Razanajohary fut conduite, au terme de ses recherches, à devoir « modifier totalement sa vision des relations hommes / femmes ». (2)

 

Au cœur des  textes :

L’auteur commence donc par analyser les premiers récits de la Genèse, ceux qui nourrissent depuis des lustres l’image que la femme juive ou chrétienne doit se faire d’elle-même. Or, surprise, les traductions, dans leur majorité, n’établissent pas de distinctions entre les mots : Adam (humain), zakar (mâle), neqevah (femelle), ish (masculin) et isha (féminin).

En Genèse 1v27 et 5v2 par exemple, il est écrit : « Dieu créa Adam (humain) à son image, il le créa zakar (mâle) et neqevah (femelle) ». C’est le couple qui est à la ressemblance du Créateur, pas le mâle. Détail intéressant : les termes zakar et neqevah ne sont jamais utilisés pour les animaux, créés, eux, « selon leur espèce ». Ils ne le sont que pour le couple humain, créé à l’image de son Créateur et appelé à vivre en relation avec Lui. Dieu n’est pas un soliloque inventant un autre soliloque. L’étymologie de ces mots révèle par ailleurs un parallèle entre eux et la spatio-temporalité. En effet : zakar s’enracine dans le temps, neqevah dans l’espace. Par contre, dans la vie, le désir de « maitrise de l’espace » et de « primauté du faire » anime plutôt le masculin tandis que le désir « d’habitation du temps » et de « primauté du faire croître … » anime plutôt le féminin. Ainsi, résume l’auteur : « La beauté et l’équilibre émanent de ces deux réalités simples : mâle et femelle, ils sont créés ensemble, à la fois semblables et différents, et disposent chacun d’un espace de confort et d’une perspective de recherche, d’investigation et de développement ». (3)

En Genèse 2v18 Dieu dit : « Il n’est pas bon qu’Adam soit seul ». Il ne dit pas « Il n’est pas bon qu’Ish soit seul ». Et pour cause : à ce moment du récit Ish et Isha n’ont pas été nommés. Comme le souligne le rabbin Haim Dinovisz : « Lorsque la Torah parle de solitude d’Adam, elle fait allusion à l’homme et à la femme… » (4). Pour y remédier « L’Eternel Dieu bâtit le côté qu’Il avait pris à l’Adam en une Isha et la fit venir vers l’Adam. Et l’Adam dit voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair. Celle-ci sera appelé Isha parce qu’elle a été prise de l’Ish. » Etonnant verset puisque : selon Dieu Isha vient d’Adam et selon Adam, d’Ish ! Est-il permis de se demander qui dit vrai ou d’admettre humblement que la profonde complexité de ce verset n’a pas à être gommée, bien au contraire puisqu’elle renvoie notre intellect au mystère glorieux des origines et à d’inépuisables exégèses !

Maintenant comment traduire « ezer kenegdo », l’expression sur laquelle on fonde la subordination de la femme créée seconde pour seconder l’homme ? Traduite le plus souvent « aide ou vis-à-vis » elle signifie à la fois : « semblable à lui » et « placé en face de lui » et, elle aussi, est unique dans la Bible. Par contre, employé seul, « ezer » est « utilisé pour Dieu en relation avec Israël. Etre une aide ne signifierait pas une position de secondarité mais un rapport à l’homme à l’identique de celui de Dieu face à Israël » (5).

Genèse 3. En abordant le récit de la chute Joëlle Sutter-Razanajohary revient sur Genèse 2v28 pour souligner, avec André Wénin (6), qu’à son réveil Adam parle à la 3ième personne, c’est à dire à lui-même. Il ne dit pas à Isha : Tu es l’os de mes os, la chair de ma chair mais : Voici celle qui est…. Dans cette absence de dialogue l’auteur décèle une fragilité du couple non étrangère aux causes de la chute. De plus, en affirmant qu’Isha a été prise d’Ish et non d’Adam, Ish ne la relègue-t-il pas déjà en position de dépendance ? Enfin l’auteur attire notre attention sur le fait que « le texte biblique dans son entièreté a été rédigé à l’intérieur du cadre de la chute… » et donc que « malgré l’inspiration divine quelque chose des conséquences de la chute teinte la narration de ce qui s’est passé, même avant la chute. » (7)

Dans son analyse de Genèse 3 Joëlle Sutter-Razanajohary insiste sur la vulnérabilité du couple induite par le manque initial de communication entre eux car Isha non plus ne cherche pas à connaitre Ish. Ils semblent là à attendre que l’autre fasse les premiers pas. Et soudain quelqu’un fait à Isha l’honneur de lui parler ! On connait la suite… Notons à nouveau que, dans le jardin, quand vers le soir Dieu appelle, c’est Adam qu’Il appelle puis que ce sont Ish et Isha qui répondent puis reçoivent les conséquences de leur acte, chacun dans son domaine : l’espace pour Ish (le sol difficile à cultiver), le temps pour Isha (gestations et relations douloureuses).

Joëlle Sutter-Razanajohary s’interroge alors sur les conclusions que Paul tire de ces récits de la Genèse, notamment dans son épitre aux corinthiens (1Cor11v1-16) où il affirme que « Le chef (la tête) de tout homme c’est Dieu, le chef de toute femme c’est l’homme, le chef de Christ c’est Dieu » (verset3) pour justifier… le port du voile par la femme ! Comment passer du Paul obscur de « Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme … Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme… » (1Tim2 v11-12) au Paul lumineux de : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ ». (Gal 3v28) ? Paul a reçu la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, ce message inouï, impensable, avec mission de le transmettre ce dont il s’acquitte pour nous dans des lettres admirables. A côté il y a la création des premières communautés dans la société où elles baignent. La révélation du salut, si elle va peu à peu changer les mentalités, n’a pas vocation à corriger les structures d’une société. On doit donc tenir compte du contexte culturel et admettre que « Paul navigue entre deux postures » (8) : son arrière-plan social et juif, et le souffle libérateur de l’évangile.

Au cours de l’histoire, sur les textes bibliques « dissonants » concernant les femmes, diverses positions ont été prises. Faut-il condamner les unes et retenir les autres ? Linda Oyer a choisi de les conserver toutes et de les structurer sous forme de grilles de lectures. Il ressort de son travail que, d’une époque à l’autre, les positions sur la place des femmes évoluent ce qui révèle « le caractère dynamique et évolutif des Ecritures » : si leur l’interprétation était statique, nous pourrions accepter l’esclavage aujourd’hui… (9)

 

Identité, autorité, sacré

Identité

Certes aucun verset biblique n’abolit l’esclavage ni le statut d’infériorité sociale de la femme, mais l’Esprit Saint, instillant l’amour et le respect envers tous, y invite. En Christ s’acquiert une identité nouvelle et se recompose une communauté qui libère des clivages issus des identités sociales, sexuelles, culturelles. Hélas, on ne sort pas aisément des idées reçues sur nous-même car « Nous sommes ainsi fait que nous ne pouvons connaître notre identité que par la parole d’autrui. », dit Charles Daniel Maire (p10). Cette parole, qui nous construit depuis l’enfance, nous pouvons la reprendre à notre compte et la questionner. N’est-ce pas ce vers quoi entraine Dieu dans la Genèse quand Il appelle Adam à quitter père et mère (qu’il n’a pas !) pour bâtir sa propre famille, et Abraham son pays, ses racines pour aller vers lui-même (« Lek leka » : va, va vers toi-même » ? Par Sa Parole Dieu nous appelle à trouver, en marche avec Lui, notre véritable identité.

Malheureusement Sa Parole peut parfois nous parvenir brouillée, à travers des textes soigneusement choisis puis interprétés de manière à établir une répartition de qualités et de rôles dits féminins ou masculins entre les sexes. Joëlle Sutter-Razanajohary donne la dessus son témoignage personnel et montre que chaque personnalité est dotée, à des degrés variables, de qualités féminines et de qualités masculines. Elle en réfère même à Paul exhortant ses lecteurs (et lectrices) à revêtir les qualités masculines du guerrier : force, vaillance et détermination (Eph6v10-12) et les qualités féminines du fruit de l’Esprit : patience, bonté, bénignité, fidélité et douceur (Galates5v22).

Que déduire de cela sinon que devant le Seigneur on doit « Apprendre à inverser l’ordre des regards sur soi-même, à se considérer d’abord comme un disciple avant de se voir comme un homme et une femme… » (11).

 

L’autorité

Qu’est-ce que l’autorité ? Elle n’est pas un pouvoir autoritaire qui s’acquiert en fonction de l’âge (l’ancienneté) ou du sexe, elle est, selon l’étymologie, une responsabilité double : celle de diriger et celle de faire croître. C’est pourquoi, « Contrairement à la domination et à la contrainte, l’autorité vise l’autonomie progressive de celui qui en bénéficie ». (11) On comprend alors que « Le mandat qu’Adam reçoit de Dieu dans le jardin recouvre clairement cette notion de responsabilité de croissance » (12) et non d’exploitation sans fin de la terre au seul profit des humains.

De plus, dans le nouveau testament « exousia » se traduit autorité mais aussi pouvoir (cf. Jean 1v12 : « A ceux qui croient en son nom elle (la lumière) a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu » or il est « construit sur le verbe exestin : c’est libre, c’est permis ». Cette polysémie nous aide à accueillir pleinement le souffle de l’évangile et à « comprendre qu’en Christ nous avons non seulement le droit, l’autorisation mais aussi le pouvoir d’agir comme des enfants de Dieu. » (13)

Pour une femme chrétienne ce pouvoir « d’agir comme des enfants de Dieu » serait-il, selon 1Tim2v11-12, subordonné, dans l’église et dans la famille, à la volonté de l’homme ? « Que la femme s’instruise en silence, en toute soumission, écrit Paul. Je ne lui permets pas d’enseigner ni d’user d’autorité sur l’homme. Elle doit demeurer dans le silence. » Ignorant la culture juive nous ne mesurons pas l’ouverture (la possibilité offerte à la femme de s’instruire) que voile l’interdit d’enseigner. Ce que précise l’auteur sur l’interdiction faite à la femme juive de s’instruire jette un éclairage révolutionnaire sur l’attitude de Jésus chez Marthe et Marie.

L’interdit d’enseigner s’adresse à la femme non encore instruite (la plupart à l’époque). Quant à l’expression : ne pas « user d’autorité sur l’homme » le mot traduit « autorité » n’est pas ici « exousia » mais « authentein » qui renvoie à la notion de « autorité auto-conférée et donc abusive. » 1Tim2v11-12 s’explique sans doute dans un contexte culturel précis. Il n’a pas une dimension universelle et définitive. Dans le livre des Actes Paul sympathise avec Aquilas et sa femme Priscille (Actes 18v1-3). Plus tard le couple rencontre Apollos et que lit-on en Actes 18v26 : « Priscille et Aquilas le prirent avec eux et lui exposèrent plus exactement la voie de Dieu. »

 

Le sacré

L’auteur se demander pourquoi certaines églises attachent une telle importance à l’observance littérale des versets semblant maintenir à jamais la femme sous tutelle masculine ? Joëlle Sutter-Razanajohary relie ce comportement au sacré, ce qui, aux yeux d’une personne « ne peut plus être discuté sans mettre en question l’ordre du monde »(14). Or, « là où les catholiques sacralisent le prêtre qui, en présentant l’eucharistie, représente le Christ (c’est pourquoi il ne peut être qu’un homme), les protestants évangéliques sacralisent les Ecritures mais aussi, comme par rebond, leur relation aux Ecritures » (15). S’ils ne peuvent les prendre à la lettre leur monde s’écroule. A l’inverse, ils retirent une vraie jouissance du sentiment d’être du bon côté de cette barrière invisible infranchissable qui sépare le pur de l’impur.

Et pourtant, qui, sinon Jésus, a combattu avec force l’ingérence du sacré dans la relation à Dieu ? Il a fait front au respect légaliste du sabbat, de la pureté rituelle et ses ablutions, des pratiques ostentatoires du jeûne et de la prière. « Jésus place l’être humain, qu’il soit un homme malade, une femme pècheresse ou un enfant méprisé, au-dessus de toutes les lois sacrées, brisant ainsi leur force paralysante et deshumanisante. » (16) Et Sa mort elle-même, à l’instant où se déchire le rideau du Temple séparant le lieu Saint du lieu Très Saint, détruit la séparation entre Dieu et ses créatures, entre le Père et ses enfants. En Christ ils peuvent venir à Lui, Lui peut venir à eux. « Le sacré n’a plus de raison d’être. » (17)

 

Vivre la direction de l’église autrement

Dans une juste relation entre hommes et femmes en église deux écueils sont à éviter : le complémentarisme par défaut (elle est ce qu’il n’est pas) ou l’égalitarisme (toutes les différences sont à occulter). Joëlle Sutter-Razanajohary propose « un partenariat différencié » où « chacun est responsable devant Dieu et devant les hommes de ce qu’il est et de ce qu’il veut réaliser dans sa vie. » (18) où, dans l’église, chacun a le pouvoir et la responsabilité de faire fructifier les dons qu’il a reçus au service de tous, où ce sont les dons qui sont complémentaires, non les sexes. Bien des résistances demeurent contre cette vision renouvelée d’un faire église qui laisserait chacun y trouver sa place et ne lui en assignerait pas une en fonction de son sexe, sa couleur de peau ou son statut social.

Si des siècles de patriarcat ont laissé des blessures identitaires profondes chez la femme, l’homme ne s’est pas forcément épanoui dans le rôle viril qu’il avait à tenir. Les deux sexes ont besoin de guérison. « Pour sortir du cercle vicieux d’un rapport dominant/dominée, l’Evangile propose aux hommes et aux femmes de regarder le Christ qui ne se définissait pas premièrement comme un être de sexe masculin (même s’il l’était) mais comme le fils d’un Père céleste. » (19). Car « Fils » renvoie bien à la filiation, non au sexe. Comment recevoir autrement l’absence quasi-totale des mères et des filles dans les généalogies et ailleurs ? Dernière question : « Le visage de Jésus humain, lorsqu’Il était sur terre, ressemblait-il au visage de Marie, Sa mère ? »

« Qui nous roulera la pierre ? » est un livre précieux pour les femmes mais également pour les hommes dans la mesure où le regard des uns comme des autres, lorsqu’ils lisent la Bible, traverse un brouillard « masculin » avant de rencontrer ce Dieu qui les appellent à devenir qui ils sont, non pour les autres ou les églises, mais pour Lui.

Françoise Rontard

Notes :

1 – Joëlle Sutter-Razanajohary « Qui nous roulera la pierre ? » Empreinte 2018

2 – Opus p21

3 – Opus p33

4 – Cité p38 : Le rabbin Haim Dinovisz : « Le vrai visage de la femme juive », Centre Mélakhim

5 – Opus p35

6 – Cité p46 : André Wénin : « D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain ». Lecture de Genèse – Cerf 2017.

7 – Opus p44 note

8 – Opus p54

9 – Linda Oyer « Lire Paul à la lumière de Jésus » Neal Blough dir., De l’écriture à la communauté de disciple, Perspectives anabaptistes, Excelsis 2016.

10 – Cité p62 : Charles Daniel Maire «  Identité subie, identité choisie » Olivétan 2009

11 – Opus p74

12 – Opus p77 note

13 – Opus p78

14 – Opus p83

15 – Opus p82

16 – Opus p86

17 – Opus p87

18 – Opus p90

19 – Opus p97

 

 

 

 

 

Prier, une philosophie Une vision unifiée, par Bertrand Vergely

Comment la prière est-elle perçue par nos contemporains ? Est-elle une activité à part pour une catégorie de gens pieux ? La prière est-elle un recours en dernier ressort ou peut-elle accompagner notre action ?  Prière et réflexion sont-elles des modes de penser complètement différents ? Si certains philosophes pensent que la philosophie et la prière sont des domaines complètement différents, en est-il vraiment ainsi ? Dans son livre : « Prier, une philosophie » (1),   Bertrand Vergely nous aide à répondre à ces questions en élargissant notre conception de la prière et de sa mise en œuvre. « Et, par exemple, dès le départ, il décrit la prière de trois façons : « La première réside dans le fait de demander. La seconde dans celui de remercier et de louer. Et, la troisième dans le fait de vivre en aimant, aimer consistant à vivre en désirant et donc en priant pour ce que l’on aime vivre. Quand ces trois éléments sont ensemble, la prière ne pose aucun problème. Heureuse, elle rend heureux » ( p 19).

Si aux yeux de certains, la prière et la philosophie sont deux domaines séparés, Bertrand Vergely met au contraire en évidence les interrelations. Ainsi met-il en exergue une pensée de Wittgenstein : « La prière est la pensée du sens de la vie ». « Quand on considère les relations entre philosophie et religion, celles-ci s’opposent. Si on envisage philosophie et religion de l’intérieur, il en va autrement. Au sommet, tout se rejoint » (p 15). Et, de même, Bertrand Vergely montre qu’il n’est pas bon, de séparer l’action et la prière. Il ouvre des portes par rapport au déficit engendré par un exercice de la pensée autosuffisant et coupé de la réalité existentielle. « La modernité, qui poursuit un idéal de rationalité et de laïcité, divise la réalité en deux, avec d’un côté, l’action, et, de l’autre, la prière. Les choses sont-elles aussi simples ? » (p 10). De fait, « il y a quelque chose que nous avons tous expérimenté, à savoir la présence. Devenir présent à ce que nous sommes éveillant la présence en nous, on fait advenir la présence de ce qui vit autour de nous » (p 11)… Mettons nous à vivre dans le présent, on rentre dans la présence. En restant dans la présence, on rencontre ce qui demeure stable à travers le changement et le multiple… Présence emmenant loin au delà de soi vers le supra-personnel, le supra-conscient comme le dit Nicolas Berdiaeff. « Nul ne sait ce que peut le corps » dit Spinoza. La présence est en relation avec une présence qui dépasse tout, la divine présence… (p 12). D’où l’erreur de penser que la condition humaine est fermée. Quand on prie en allant de toutes ses forces dans son être profond, ce qui semble impossible devient possible » (p 13).

Bertrand Vergely nous parle à la fois en philosophe et en chrétien de confession et de culture orthodoxe. Ce livre nous emmène loin : « Prier ? Prier les dieux, Prier Dieu ? ; Quand la prière humanise ; Quand la philosophie spiritualise ; Quand la prière divinise ». Il témoigne d’une immense culture. Certes, nous pouvons parfois nous sentir dépassé par le langage philosophique. Mais l’auteur recherche l’accessibilité, notamment en découpant le livre en de courts chapitres. Il n’est pas nécessaire de le lire en continu. Et, dans cette présentation, nous ne couvrirons pas l’ensemble de l’ouvrage ; nous nous centrerons sur une démarche de l’auteur qui rejoint quelques autres, celles de Jürgen Moltmann et de Richard Rohr.

 

Dons et requêtes de la vie

Dans son approche, à de nombreuses reprises, Bertrand Vergely appelle à la conscience de la vie dans tout ce qu’elle requiert et tout ce qu’elle entraine. C’est ainsi qu’on débouche sur une démarche spirituelle et sur la prière.

Et, pour cela, on doit aussi se démarquer d’un monde dominé par notre intellect prédateur et sa rationalité morbide ».

« Transformer son intelligence. Laisser passer le Vivant, l’Unique en soi. On y parvient par la métanoïa, la sur-intelligence. Quand on vit, il n’y a pas que nous qui vivons. Il y a la Vie qui se vit en nous et qui nous veut vivant. Il y a quelque chose à la base de l’existence. Un principe agissant, une force, un premier moteur, comme le dit Aristote, une lumière qui fait vivre. (p 220)… Quand nous rentrons en nous-mêmes afin de savoir qui nous sommes, ce n’est pas un moi bavard que nous découvrons, mais un moi profond porté par la Vie avec un grand V. d’où la justesse de Saint Augustin quand, parlant de Dieu, il a cette formule : « la vie de ma vie » (p 221).

Répondons-nous oui à la vie ? Vivons-nous vraiment ? Ou bien sommes-nous prisonniers de principes auxquels nous nous assujettissons ? La morale et la religion peuvent ainsi s’imposer comme un esclavage. Au contraire, « la morale et la religion sont en nous et non à l’extérieur… C’est ce que le Christ rappelle. L’enfant, qui est la vie même, est le modèle de la morale et de la religion. Ce que n’est pas le pharisien qui ne se laisse plus porter par la vie qui est en lui… » (p 236).

« La Vie. La Vie avec un grand V. Ce n’est pas un terme grandiloquent. Il y a en nous une présence faisant écho à ce que nous avons de plus sensible, d’où la justesse de parler de divine présence.

C’est « une conscience profonde à la base de l’étonnante capacité que nous avons de demeurer le même à travers le temps et que Jankélévitch appelle l’ipséité ». C’est « une conscience vivante avec laquelle rien n’est désincarné, ni impersonnel, le moi étant lié au monde comme le Je est lié au Tu et le Tu au Je pour reprendre l’idée majeure qui guide la pensée de Martin Buber (p 237).

« Chaque fois qu’un sujet se met à être le monde au lieu d’être en face de lui, apparaît une expérience lumineuse, étincelante, faisant tout exister et quelque chose de plus. Une liberté supérieure, divine » (p 238).

 

Dieu vivant 

On peut s’interroger sur les raisons de croire en Dieu en terme de réponse à une recherche de cause. « Quand la raison cherche à démontrer l’existence de Dieu par la raison banale, elle ne convainc personne… Quand une cause a été démontrée rationnellement, nul besoin d’y croire… » (p 225). La relation à Dieu est d’un autre ordre. Elle implique notre être profond. « Il faut exister pour comprendre quelque chose à l’existence de Dieu. Quand on est dans la raison  objective qui aborde le monde à distance, il est normal qu’il n’existe pas » (p 226)… Ainsi la foi implique et requiert une intensité de vie.

« Le monde occidental ne croit plus aujourd’hui que Dieu est la cause du monde. En revanche, quand Dieu est pensé comme sur-existence, il en va autrement. Il se pourrait que nous ne soyons qu’au début de la vie de Dieu et que son temps ne soit nullement passé. La preuve : quand on pense Dieu, on pense toujours celui-ci sur un mode théiste. Jamais ou presque sur un mode trinitaire. D’où deux approches de Dieu pour le moins radicalement différentes. Posons Dieu en termes théistes. Celui-ci est un principe abstrait sous la forme d’une entité dans un ciel vide. Il est comme la raison objective. Unique, mais à quel prix ! A part lui, table rase… Posons à l’inverse Dieu en termes trinitaires. Dieu n’est plus Dieu, mais Père, source ineffable de toute chose. Il n’est plus seul, mais Fils, c’est à dire passage du non manifesté au manifesté… Dans le visible et non dans l’invisible. Dans le théisme, on a affaire à un Dieu, froid, glacial même. Avec le Dieu trinitaire, on a affaire à une cascade de lumière, d’amour et de vie… (p 227-228).

Importance du passage. Des Hébreux au Christ, une continuité, un même souffle : diffuser la vie et non la mort, et, par ce geste, glorifier le Père, la source de vie, source ineffable. On est loin du Dieu qui ne fait qu’exister, du Dieu cause. Le Dieu qui cause le monde ne le transforme pas. Le Dieu qui sur-existe le transforme. Il fait vivre en appelant l’homme à la vie afin qu’il sur-existe en devenant comme lui hyper-vivant » (p 229).

 

Dieu vivant, communion d’amour, puissance de vie

En lisant le livre de Bertrand Vergely sur la prière, nous voyons de convergences avec le courant de la pensée théologique que nous avons découvert dans les ouvrages de Jürgen Moltmann, puis dans le livre de Richard Rohr : « The Divine Dance » (2) .

Dans les années 1980, Jürgen Moltmann a été le pionnier d’une nouvelle pensée trinitaire qui nous présente un Dieu relationnel, un Dieu communion. Dans son livre le plus récent : « The living God and the fullness of life » (3), il écrit : « la foi chrétienne a elle-même une structure trinitaire parce qu’elle est une expérience trinitaire avec Dieu »… « Nous vivons en communion avec Jésus, le Fils de Dieu et avec Dieu, le Père de Jésus-Christ, et avec Dieu, l’Esprit de vie… Ainsi, nous ne croyons pas seulement en Dieu. Nous vivons avec Dieu, c’est à dire dans son histoire trinitaire avec nous » (p 60-62).

De même,  Robert Rohr nous parle de la révolution trinitaire comme l’émergence d’un nouveau paradigme spirituel. Et, comme Moltmann, pour exprimer Dieu trinitaire, il emprunte aux Pères grecs, l’image de la « danse divine ». « Tout ce qui advient en Dieu, c’est un flux, une relation, une parfaite communion entre trois, le cercle d’une danse d’amour ». Bertrand Vergely est, lui aussi, émerveillé par le Dieu trinitaire, « cascade de lumière, d’amour et de vie ».

La pensée trinitaire donne toute sa place à la troisième composante divine, l’Esprit de Dieu, l’Esprit qui donne la vie.   « L’agir de l’Esprit de Dieu qui donne la vie est universel et on peut le reconnaître dans tout ce qui sert la vie » (p 8). Il y a unité dans « l’agir de Dieu dans la création,  le rédemption et la sanctification de toutes choses » (p 27). « L’expérience de l’Esprit, qui donne vie, qui est faite dans la foi du cœur et dans la communion de l’amour, conduit d’elle-même au delà des frontières de l’Eglise vers la redécouverte de ce même Esprit dans la nature, les plantes, les animaux et dans les écosystèmes de la terre » (p 28).

Richard Rohr nous parle également du Saint Esprit comme « la relation d’amour entre le Père et le Fils. C’est cette relation qui nous est gratuitement donnée. Ou mieux, nous sommes inclus dans cet amour » (p 196). L’univers est relationnel. Il est habité. « Il est parcouru par le flux de l’amour divin qui passe en nous » (p 56). C’est un flux de vie. Dieu est la force de vie qui anime toute chose et nous invite à reconnaître sa présence.

Cette reconnaissance de la vie divine rejoint celle à laquelle nous appelle Bertrand Vergely dans son livre : « Prier, une philosophie ».

« Il y a en nous une présence faisant écho à ce que nous avons de plus sensible et de plus profond, d’où la justesse de parler d’une divine présence ». « Laissons passer le vivant… Quand on vit, il n’y a pas que ce que nous vivons. Il y a la Vie qui se vit en nous et qui nous veut vivant » (p 237 et 220).

Jean Hassenforder

  1. Bertrand Vergely. Prier, une philosophie. Carnetsnord, 2017
  2. Richard Rohr. With Mike Morrell. The Divine Dance. The Trinity and your transformation. SPCK, 2016. Mise en perspective sur : http://www.vivreetesperer.com/?p=2758
  3. Jürgen Moltmann. The living God and the fullness of life. World Council of Churches, 2016 Mise en perspective sur ce blog : http://www.vivreetesperer.com/?p=2697 et http://www.vivreetesperer.com/?p=2413
  4. Jürgen Moltmann. L’Esprit qui donne la vie. Une pneumatologie intégrale. Cerf, 1999

Une société si vivante. Une France en changement, selon Jean Viard

Une société si vivante ! Cette parole nous interroge et nous interpelle. De quoi s’agit-il ? De quoi parle-t-on ? Sommes-nous exempts de tout immobilisme pour nous dire : « Et bien, oui, cette société est bien la nôtre ». La vie n’est pas toujours facile, mais, c’est sûr, notre société est bien en mouvement. « Une société si vivante » (1), c’est le titre d’un livre que vient de publier Jean Viard, ce sociologue dont nous avons tant appris dans ses livres précédents et notamment : « Le moment est venu de penser à l’avenir » (2).

Car Jean Viard sait nous présenter la société française telle qu’elle apparait aujourd’hui dans toute sa nouveauté, les lignes de force qui la traversent et aussi les situations de crise, une nouvelle carte de France, des grandes métropoles à la France des anciennes provinces, des villages et des petites villes.

Ce regard nouveau, cette intelligence que Jean Viard sait nous communiquer, c’est le fruit de son immersion de longue date dans la société française : « Je cherche depuis plus de quarante ans à lier un travail d’observation du quotidien, du local et une pensée du global et des révolutions qui nous bouleversent. Mon travail est de tenter de mettre notre monde en récit et de le faire partager le plus largement possible ». Et, « comme le disait Alberto Giacometto : « Je ne sais ce que je vois qu’en travaillant ». Je pourrais ajouter, en écrivant et en me nourrissant du quotidien que j’ai choisi » (p 237).

Ce livre-ci est différent des précédents. Non pas tant dans le fond. Nous retrouvons les grands thèmes que nous avons déjà rapportés pour les lecteurs de ce blog, en suivant une écriture construite (2) : « Une nouvelle géographie ; une nouvelle analyse de la société ; tensions, oppositions, blocages ; ouvrir un nouvel espace ; permettre la mobilité ; recréer du récit ». Il est différent dans la forme puisque l’auteur nous présente ici « une cinquantaine de petits portraits » de notre monde et de notre société. « Il forme un tout. Car ce monde est dynamique, réactif, changeant tellement vite que souvent on n’y comprend plus rien et qu’on se croit perdu. Mais y-a-t-il un fil, de nouveaux liens, de nouveaux horizons, des utopies possibles ? Cherchons » (p 12-13).

 

Quelques portraits

A travers ce livre, l’auteur nous permet de prendre conscience de l’ampleur du changement dans la société française et d’en comprendre les ressorts. Et il nous permet à la fois d’envisager les aspects positifs, d’identifier les ressorts et de chercher des remèdes. En voici quelques exemples.

 

La révolution du temps

Le temps a profondément changé. « En un siècle, nous avons allongé la vie de chacun de l’équivalent d’une génération. Vingt ans. Et, dans cette vie allongée, la part que nous consacrons au travail est passée de 40% à 10%. En outre, nous dormons deux à trois heures de moins par jour… Nous sommes donc entrés dans la civilisation « des vies complètes » dont parlait l’économiste Jean Fourastié » (p 24). « Nous sommes contemporains plus longtemps dans des familles de plus en plus « quatre générations » (p 15). En conséquence, notre manière d’envisager la vie change. « L’ancienne stabilité – CDI, mariage, propriété- se transforme en aventure, étape, discontinuité ». « La grande question est alors : qui choisit et qui subit ? » (p 25). Quelle va être notre attitude ? Comment allons-nous vivre le temps ?

 

Une mobilité croissante

Hier les Roms. Aujourd’hui les migrants. « Au delà du principe de l’accueil, marque indéniable d’une civilisation, la question est : Pourquoi cette angoisse de l’envahissement ? Partout semble populaire une demande de sociétés de plus en plus fermées… Ces peurs et ces refus viennent d’un monde qui s’unifie. Le global fait exploser le local… » (p 30). Et si avec Jean Viard, on regardait une perspective d’avenir ? « C’est le temps du monde qui est neuf. Pas la peur des hommes. Nous sommes entrés dans le temps de l’humanité réunifiée après des millénaires de dispersion… ». Il va nous falloir apprendre à lier « unité de l’humanité » et « diversité des cultures ». Immense travail. Il nous faut des frontières, et des passages, des principes d’humanisme et de droit et la conviction de l’apport positif des migrations. Seules les civilisations mortes ont peur des arrivants. Les autres les intègrent et s’enrichissent de leurs apports » (p 31).

 

Le sécateur et le lien social

 Jean Viard nous rapporte des faits d’observation qui témoignent de bouleversements dans notre vie quotidienne. Et puisqu’il vit dans le midi, il s’agit ici des vendanges. « Hier, les vendanges étaient la fête de la campagne. Tout le monde y allait : les femmes, que l’on voyait peu dans les champs, les chômeurs, les étudiants, des bataillons d’espagnols… A midi, on mangeait au bord des vignes… ». Aujourd’hui, « la cave vinicole ouvre à trois heures du matin. Il faut essayer d’être le premier pour ne pas attendre le déchargement. La vendange se fait avec une machine… Trois hommes. Bruit des moteurs, travail au phare… Le village est réveillé par les bennes qui remontent à vide… Vers huit heures, on fait un copieux déjeuner. La sieste sera longue et solitaire… » (p 42-43). Pour tous ceux qui ont connu la vie des campagnes autrefois, quelle perte d’humanité ! Ainsi, cette évolution de notre société a de bons et de mauvais côtés. L’important, c’est de comprendre. « Comment assurer la protection des hommes et réfléchir à la nouvelle solitude du travail ? Comment inventer de nouveaux lieux pour se blaguer et vivre le plaisir d’être ensemble ? ».

 

Bon Noël à chacun

 Noël, c’est bien une fête de la famille propice au bonheur. Comment est-elle vécue dans la société française d’aujourd’hui ? A la fois un grand changement dans la composition de la famille et une continuité dans le partage affectif. « En 2017, 60% des bébés sont nés hors mariage, contre 30% en 1990, 6% en 1968 » (p 10). C’est un bouleversement. Mais, pour Jean Viard, il s’inscrit dans une évolution plus large où la famille se recompose autrement. « Une famille mobile, recomposée… une famille aussi de quatre générations… » (p 73). Et de noter par ailleurs la force de ces liens familiaux. « Le repas du dimanche est redevenu un must, 70% des gens partent en vacances en famille, 20% des emplois sont trouvés grâce à ce réseau de solidarité quand Pôle emploi plafonne à 9% » (p 98). « Nous avons rebâti discrètement le plus solide maillon des sociétés, la famille… en engendrant par moyenne deux enfants par maman. Donc une société nataliste, dynamique. Mais avec des failles, des tristesses. Celle des solitaires, nombreux, des mamans seules. Des enfants qui ne verront pas leur papa à Noël. Des SDF, solitaires absolus qui ont perdu tous les liens : travail, logement, famille, amitié… Au bilan, nouveaux bonheurs privés, faiblesse des liens sociaux et des projets communs. « Fraternité », demandait-on en 1848. Pour 2048 aussi ! Bon Noël à chacun ! » (p 74).

 

Faire tête ensemble

Nous sommes tous embarqués dans une même mutation, une mutation mondiale, la révolution numérique.

« 3,81 milliards de cerveaux humains sont connectés par internet, soit 41% des cerveaux de l’humanité. 75% des terriens possèdent un téléphone portable. Bien sûr, les hommes se sont toujours reliés par des mots, des concepts qui, pour eux, font sens : Dieu, Révolution, Nation, Amour. Cette capacité à vivre et à mourir pour des mots pourrait même définir l’espèce humaine. Mais là, ce que nous avons inventé est encore plus fantastique – et dérangeant… Le savoir est à portée de la main de qui sait le trouver. Le mensonge aussi, bien sûr. La propagande. Mais retenons ici le positif et sa force à peine explorée. Nous sommes balbutiants comme aux prémices de l’écriture. Mais déjà tout s’accélère… Blablacar déplace chaque mois, en France, deux millions de passagers… Une immense révolution est en marche. Une révolution  dans le proche comme dans le lointain » (p 116-117). Cette révolution va inclure également un nouveau rapport avec la nature… « Notre idée de nature et notre agriculture, notre management de la planète devrait entrer peu à peu dans la civilisation numérique et collaboratrice… ». « Cette révolution numérique favorise aussi une classe créative » qui tire en avant nos sociétés. C’est elle qui restructure nos sociétés et nos entreprises… 61% de la richesse française sont ainsi produits dans les treize plus grandes cités. Mais il y a ceux qui sont loin, dans les quartiers, dans les villages, dans les Suds. Eux qui cherchent du sens et en sont privés. Eux aussi sont derrière l’écran, mais souvent sans les moyens de consommer, sans avoir assez étudié pour apprendre. La société collaborative produit ainsi ses néosédentaires qui souvent ont la haine. Il va falloir apprendre à faire tête ensemble – comme le disent les Créoles – sur cette toile qui se tend… comme on a appris, il y a un siècle, à bâtir l’école pour tous et l’éducation populaire. Il faut donner à chacun les clefs pour apprendre sur internet » (p 118-119).

Voici donc quelques unes des réflexions originales engagées par Jean Viard à partir de faits singuliers : données statistiques et observations personnelles. Nous apprenons ainsi à nous situer dans un monde nouveau. Car les anciennes grilles d’analyse qui sont à l’origine de l’opposition gauche-droite, classes et ordres s’épuisent aujourd’hui. La montée de l’individualisme, la part croissante de l’autonomie individuelle, nous appellent en regard à rechercher ce qui fait lien. « Il faut que nous retrouvions une direction, un chemin. Un sens à ce monde, un commun. Mais un commun du futur ». « La révolution est culturelle » (p 205). Dans les années 60, « On est sorti d’une société de groupe, de classe, pour devenir une société d’individus autonomes qui a favorisé la place nouvelle des femmes, de la nature, le tourisme, et la mondialisation aussi. Comme la mobilité des gens augmentait, il a fallu inventer des techniques pour se lier. C’est bien la rupture culturelle des années 60, qui a induit des besoins technologiques, lesquels ont à leur tour bousculé la société. C’est elle qui bouscule actuellement le travail et lie l’humanité en une grande communauté sur une terre si petite, perdue dans l’univers… » (p 206-207).

Ce nouveau livre de Jean Viard, comme les précédents, contribue à la vie citoyenne en clarifiant les enjeux (3). Il appelle le croyant à apporter sa part à la recherche de sens pour cette humanité  en devenir (4). Il peut aider chacun à comprendre ses situations de vie, c’est à dire à réduire les peurs et à développer une bienveillance constructive.

 

Jean Hassenforder

  1. Jean Viard. Une société si vivante. Editions de l’aube, 2018
  2. Jean Viard. Le moment est venu de penser à l’avenir. Editions de l’aube, 2016 : http://www.vivreetesperer.com/?p=2524 Et aussi : Jean Viard. Nouveau portrait de la France. La société des modes de vie. Editions de l’aube, 2011: http://www.vivreetesperer.com/?p=799
  3. La réflexion citoyenne requiert une compréhension de l’évolution de la société, une analyse des aspirations et des besoins. Ainsi, les livres de Jean Viard m’ont apporté un éclairage lors de la dernière campagne présidentielle. De la même manière, j’ai apprécié l’apport d’un livre de Thomas  Friedman, journaliste au New York Times sur les incidences du changement technologique accéléré à l’échelle mondiale : Thomas Friedman. Merci d’être en retard. Survivre dans le monde de demain. Saint Simon, 2017. Mise en perspective sur ce blog : http://www.vivreetesperer.com/?p=2624 Et aussi, mise en perspective de la version originale : Thank you for being late : http://www.temoins.com/le-monde-en-tension/
  4. Notre engagement personnel dans la société s’inscrit dans une vision chrétienne dans l’esprit de « la nouvelle création » qui se prépare dans la mouvance de Christ ressuscité. C’est la théologie de l’espérance de Jürgen Moltmann. Dans cette perspective, « le christianisme est résolument tourné vers l’avenir et invite au renouveau » (Jürgen Moltmann. De commencements en recommencements. Empreinte, 2012 (p 100-101)

MLK 50 ans après : 10 morceaux indispensables selon le King

Martin Luther KingEn mémoire de James H. Cone (5 août 1936 – 28 avril 2018)

Pour accompagner la parution de notre édition d’avril 2018, à l’occasion des 50 ans de la mort de Martin Luther King, nous avons répertorié 10 chansons fondamentales dans l’histoire du rêve afro-américain, notamment évangélique, pour les droits civiques et la liberté politique portés par MLK. En se souvenant, grâce à l’article de Jean-Luc Gaudreau, indispensable en la matière ( « Chanson pour le King » http://artspiin.eklablog.com/chansons-pour-le-king-a141486686) et dans l’esprit des Inrocks « sans occulter certains classiques inébranlables, qui existent de fait comme balises, reliefs ou totems », que « l’entreprise est avant tout affective. »  Il s’agit de redécouvrir les contours et les ramifications de la spiritualité de Martin Luther King, en insistant  sur ses influences et descendances musicales, directes ou indirectes, dans une perspective de décloisonnement musical, sentimental… et spirituel, en mémoire de James H. Cone, le grand théologien noir américain décédé le 28 avril dernier (https://www.nytimes.com/2018/04/29/obituaries/james-cone-dead.html). In loving memory et mémoire éternelle :James H. Cone

« Les êtres humains sont nés pour vivre et non pour mourir, pour la liberté et non pour l’esclavage, créés les uns pour les autres et non contre les autres. Il faut par conséquent, faire tomber les barrières qui séparent les gens. Pour Malcom X et King, pour l’Amérique et le monde et pour tous ceux qui ont offert leur vie dans la lutte pour la justice, n’ayons qu’un seul but de lutte, cette communauté bien aimée qu’est l’humanité ». James H. Cone (5 août 1936 – 28 avril 2018).

DG

En Photos: Revisiting Martin Luther King’s 1963 Dream speech, Big Pictures, The Boston Globe

En français : https://www.museeprotestant.org/notice/martin-luther-king/ ; http://réformés.ch/recherche/contenu?keys=Martin%20Luther%20king

En Expo : https://vimeo.com/250646861http://www.mlk50.lasnes.fr

En Livres : « Martin Luther King, prophète », par Serge Molla, Éd. Laboratoire et Fides : https://www.laboretfides.com/fr_fr/index.php/martin-luther-king-prophete.html, « La force d’aimer », 17 sermons de MLK, aux Éditions Empreinte – Temps présent : http://www.editions-empreinte.com/9325-la-force-d-aimer-martin-luther-king.html  ; « Martin Luther King : l’idéal de la communauté bien-aimée », par Jean-Claude Girondin, Editions mennonites, 2018 : https://www.editions-mennonites.fr/2018/04/martin-luther-king-la-force-daimer-un-documentaire-avec-plusieurs-mennonites-comme-temoins/

En Vidéos : « 5’ pour comprendre l’héritage de Martin Luther King », par Frédéric Rognon, Jean-Marie Muller et Jean-Claude Girondin :https://campusprotestant.com/formats/martin-luther-king-50-ans-apres/ ; « Je suis Martin Luther King », par Michael Hamilton et John Barbisan : http://television.telerama.fr/tele/programmes-tv/je-suis-martin-luther-king,127044569.php

En musique* :

1. Louis Armstrong, Nobody knows https://youtu.be/SVKKRzemX_w

2. Louis Armstrong, What a wonderful word https://youtu.be/CWzrABouyeE

3. Nina Simone, I Wish I Knew How It Would Feel To Be Free https://youtu.be/-sEP0-8VAow

4. Bob Dylan, Blowin’ in the win https://youtu.be/IrNYBWRtMp8

5. Aretha Franklin, I say a Little Prayer, https://youtu.be/7Ifw8JhDBvs

6. James Brown, Get Up, Get in to it, Get involved https://youtu.be/SYrXdkKQTeE

7. Stevie Wonder, Happy Birthday, https://youtu.be/inS9gAgSENE

8. Bono, U2, In the Name of Love, https://youtu.be/LHcP4MWABGY

9. Will. I. Am, Yes We Can, Barak Obama Music Video, https://youtu.be/jjXyqcx-mYY

10. Rage against the machine, Wake up https://youtu.be/wauzrPn0cfg

* « …quelques chansons qui ont abordé la question en lien, soit directement avec l’homme et son parcours, soit avec les principales thématiques portées par cet apôtre de la non-violence (…) Le Blues fut et reste la bande son du désespoir, la matrice de toutes les musiques afro-américaines. L’esclavage, tragédie humaine effroyable, a finalement provoqué la naissance d’une multitude d’engagements artistiques qui ont porté le discours de Martin Luther King jusqu’à Washington.…Plus globalement, à travers les années, la sphère musicale a été nourrie avec des chansons inspirées par Martin Luther King ou lui rendant hommage… »

Source : Jean-Luc Gadreau : http://artspiin.eklablog.com/chansons-pour-le-king-a141486686

Martin Luther King, prix Nobel de la paix en 1964 : sur le site du prix Nobel.

Martin Luther King, homme de paix : recueil de textes et de documents sur sa vie et ses engagements. I Have A Dream… le célèbre discours de Martin Luther King en version multimédia, sur le site de l’université de Stanford. Institut Martin Luther King de recherches et d’éducation de l’Université de Stanford. Le site du centre Martin Luther King, créé en 1968 à Atlanta.

Elégie pour Martin Luther King, par Léopold Sédar SENGHOR