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Du sous-développement  à la croissance économique

 

 

                Dans un chapitre intitulé : « la malédiction introuvable », ils démontent les thèses qui aboutissent à ce diagnostic négatif.

                Pour faire face au grand défi de l’expansion démographique, l’Afrique a besoin d’une importante croissance économique. De fait, une inflexion se manifeste aujourd’hui dans ce sens. Depuis quelques années, l’Afrique subsaharienne se place dans des échelles de croissance significatives qui marquent une rupture radicale avec les deux décennies précédentes. Entre 2003 et 2008, les économies subsahariennes ont progressé à plus de 6% en moyenne contre moins de 5% pour l’Amérique latine et moins de 2% pour la zone euro. Cela représente plus de 4 points de croissance par habitant et par an . Or, à ce rythme, le niveau de vie double en près de quinze ans (p.96). Ce changement est récent, mais un ensemble de facteurs structurels porte à croire qu’il sera durable.

               

                Les années sombres.

                En analysant l’évolution économique durant les décennies qui ont suivi les indépendances, les auteurs nous aident à comprendre pourquoi et comment les années sombres de la fin du XXè siècle s’estompent aujourd’hui. « Le sous développement africain de ces trente dernières années ne relève pas d’un complot des pays industrialisés ou d’une inaptitude africaine au développement. Prise dans un engrenage dont elle n’était pas maîtresse, victime d’erreurs de politique tant interne qu’internationale, l’Afrique ne pouvait pas suivre la trajectoire des pays qui ont émergé de la pauvreté au cours des dernières décennies. Plutôt qu’une faillite généralisée et immuable, nous avons ainsi eu affaire à une succession de crises. Là où certains discernent les signes d’une « tragédie nègre », nous ne voyons qu’une banale « tragédie des cycles économiques » (p. 83).

                Effectivement, à la suite des indépendances dans les années 1950 et 1960, la conjoncture s’est révélée très favorable. C’est l’époque où des états planificateurs développent les infrastructure de base : électrification, construction de routes et de ports. Cet élan productif s’est traduit par une croissance économique, favorisée par plusieurs années de bonnes récoltes et des cours favorables des principales exportations africaines. À l’époque « en 1969, qui le croirait aujourd’hui, le produit intérieur brut africain dépassait alors celui de l’Asie, hors Japon » p.85).

                Mais si « l’Afrique noire est alors bien partie », les auteurs mettent en évidence dans le chapitre correspondant (p.84-86), un ensemble de faiblesses structurelles. La décennie 1970 fut celle de l’ « emballement » de cette machine économique, bénéficiant d’une aide extérieure inadéquate et sur-dimensionnée, et s’enferrant dans un lourd endettement. Au début des années 1980, la chute survint : « La chute soudaine et durable des cours des matières premières exportées et la hausse vertigineuse des taux d’intérêt plongea en quelques années l’Afrique subsaharienne dans une longue période de stagnation dont elle sort à peine ». Parallèlement, la dette devint un fardeau insupportable.  La faillite des états, soumis à des plans draconiens d’ajustement structurel, met à mal leur rôle intégrant dans une politique d’équilibre interethnique. La paupérisation croissante et le creusement des inégalités débouchent sur un regain des affiliations communautaires. « Cette équation ne fut pas étrangère au déchaînement de la violence dans les années 90 ». Dans le même temps, la fin des affrontements idéologiques entre les blocs capitalistes et socialistes, la réunification allemande détournent la solidarité internationale de l’Afrique. On observe un désengagement massif de l’Europe vis à vis de ce continent. « Ainsi la décroissance économique des années 1980 et 1990 n’a rien de mystérieux. Elle est la conséquence logique, presque inévitable d’une conjonction de circonstances particulières et historiquement datées » (p.95).

 

                Les voies de la croissance.

                Jean-Michel Severino et Olivier Ray peuvent nous dire maintenant en quoi la situation a radicalement changé. « S’ils ont eu lieu dans la douleur et ont été l’occasion d’un lot impressionnant d’erreurs de politique économique », les programmes d’ajustement structurel ont finalement également porté des fruits positifs. « Les programmes successifs de remise de dette, menés par des gouvernements du Nord sous la pression d’une opinion publique fortement mobilisée, ont fait le reste délivrant le sous-continent d’une situation d’endettement permanent… La dette souveraine est passée de plus de 85% en l’an 2000 à 40% de leur PIB à la fin de la décennie… Le réalise-t-on ? Quarante points de moins que l’endettement de la France ! » (p.102). Cette situation ouvre des marges pour les dépenses publiques et les politiques d’investissement qui peuvent en résulter.

                En même temps, les prix des matières premières dont l’Afrique abonde, ont connu une hausse significative au cours de cette dernière décennie. La demande est étroitement liée à la montée des pays émergents. « Il y a donc maintenant un contexte favorable à la croissance. Cependant, les auteurs mettent l’accent sur une autre dimension. Le moteur se situe dans l’explosion démographique. Celle-ci engendre des risques, mais elle représente une opportunité exceptionnelle. Jusque là, sous peuplée et rurale, l’Afrique subsaharienne ne se prêtait pas à la croissance. On assiste aujourd’hui à une urbanisation rapide. Cette urbanisation, dont on sait tous les risques humains lorsqu’elle s’opère dans l’anarchie, porte cependant en elle, de grands atouts. Les politiques publiques gagnent en efficacité dans les zones urbaines dans la mesure où le coût de l’équipement y est plus faible par habitant desservi. Surtout, « le processus de rassemblement des hommes, par sa simple existence, génère mécaniquement des gains de productivité substantiels, des opportunités de commerce et donc un certain rythme de croissance économique » (p.107). Dès maintenant, on observe combien, au cours des dix dernières années, des investissements très rentables ont émergé dans les télécoms, le bâtiment, les grandes infrastructures…

 

 

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