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Un défi

                 Nous voici donc dans le début d’une émergence : l’avènement du « temps de l’Afrique ». Tout le livre s’inscrit dans cette dynamique. Si cette mutation comporte des risques, elle est aussi le fondement d’un essor économique et politique. Bien sûr, l’Afrique est en présence d’un défi.

                Si l’on compare le contexte à d’autres ayant prévalu dans les expansions démographiques des autres régions de la planète, il y a bien des difficultés particulières. Aujourd’hui, les possibilités d’émigration sont beaucoup plus réduites et les marges d’adaptation sont donc plus limitées. On sait combien les émigrants africains se heurtent aux portes de l’Europe. Les auteurs savent plaider pour une gestion nouvelle de cette réalité en évaluant à long terme les besoins européens en main d’oeuvre. Les flux migratoires traversent aussi le continent africain. Ils engendrent bien des conflits dont les effets apparaissent dans l’actualité. L’exemple de la Cote d’Ivoire en est une illustration. Mais on méconnaît souvent les aspects positifs que le processus du « melting pot » comporte à terme.

                On assiste également à un immense mouvement d’urbanisation. Là aussi, on voit bien les tares engendrées par ce phénomène, mais, à plus long terme, cette recomposition est un puissant facteur de croissance économique tant par la constitution d’un grand marché intérieur que par les économies d’échelle qui peuvent accroître l’efficacité des services publics.

                Un autre handicap est l’héritage du découpage réalisé en 1885 par les puissances européennes : un sous continent balkanisé, divisé en 48 états peinant à sortir de l’ère coloniale et donc bien souvent en déficit de gouvernance. Cependant, là aussi, les auteurs de ce livre développent une perspective comparative encourageante pour l’avenir. « L’Afrique subsaharienne serait-elle maudite, seul continent à vivre sa métamorphose sous le fardeau d’états en crise ? Bien courte est la mémoire de ceux qui l’affirment. L’Afrique ne détient le monopole ni du défi identitaire, ni de la faible gouvernance. Les processus de peuplement de l’Europe, de l’Asie ou de l’Amérique, ponctués de convulsions sociales, jalonnés de crises économiques, marqués de la tache indélébile du génocide, connurent des contraintes étonnamment proches de celles qui composent aujourd’hui le défi africain ». Jean-Michel Severino et Olivier Ray allient la lucidité et le refus d’un pessimisme destructeur selon lequel, prisonniers d’une classe corrompue, d’une nature inhospitalière et de traditions archaïques, les peuples africains seraient promis à un sort fait de pauvreté, de faim et de violence » (p.73).

 

 

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