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Un livre de Cécile Entremont pour vivre et agir pendant la transition vers une civilisation écologique

 

Psychologue clinicienne, psychothérapeute et formatrice, Cécile Entremont vient de publier un livre : « S’engager et méditer en temps de crise. Dépasser l’impuissance et préparer l’avenir » (1). Cécile s’est décidé à écrire ce livre dans la conscience de la dimension écologique de la crise que nous vivons. Face aux difficultés de vie qui se manifestent aujourd’hui, elle vient apporter son expérience de psychothérapeute pour une meilleure capacité de faire face au stress environnant. Cécile Entremont nous dit ainsi son intention : « Un grand bouleversement de la civilisation mondiale se prépare. Le pressentir autour de soi dans le malaise ambiant. Il faut le courage de la regarder en face, les yeux grands ouvert. Soixante cinq ans de vie et quarante deux ans d’exercice professionnel dans le champ des relations humaines constituent un socle d’expériences à partir duquel on peut s’autoriser à penser ce qui se passe, à ce qui peut advenir, imaginer comment s’y préparer et aider les jeunes

générations à s’y préparer. Des lectures documentées et des échanges variés viennent corriger ou valider les réflexions premières, en tout cas, les enrichir » (p 9).
Cécile Entremont nous a fait part de son parcours dans une interview sur le site de Témoins (2). Elle a également participé à la journée du 26 novembre 2017 sur le thème : « Parcours de foi aux marges des cadres institutionnels » (3). Nous entendons ici son point de vue sur l’évolution de la société et la manière dont elle envisage le développement d’une capacité personnelle permettant de résister aux agressions mentales et de pouvoir ainsi agir positivement face aux enjeux et aux défis de notre temps.

Un temps de crise

Les premiers chapitres du livre sont consacrés à un constat de la crise écologique et économique (« Constats d’un monde en crises globalisées ») et aux moyens de faire face et d’aller de l’avant (« Quel futur ?).

Dans son environnement social, l’auteure perçoit face à la crise actuelle « une angoisse diffuse » qu’elle décrit à partir de son expérience de psychologue. Au regard de la crise, à laquelle nous sommes tous confrontés, elle met en garde contre « le déni, entre refus de percevoir et rejet de l’intolérable ». « Pour prendre vraiment conscience des dangers planétaires annoncés, pour croire à ce que nous savons, nous avons à anticiper les émotions que nous ressentirons » (p 61). En ce sens, il s’agit pour l’auteure, d’entrer, au sens psychologique, dans un « travail de deuil ». Cécile Entremont évoque le livre de René Kaës : « Le Malêtre ». Ce « malêtre » est défini comme « douleur dans l’être même de l’humanité, avec effacement du sujet, absence de répondant, incertitude et angoisse » (p 67). Dans l’esprit de Cécile Entremont, ce travail de deuil doit aider à accepter la réalité à venir, et, par là, à sortir de l’immobilisme pour amorcer « une sortie positive d’un mode de vie qui devient totalement fou » (p 73). « Plus tôt on apprendra à vivre autrement, avec d’autres références, d’autres valeurs, d’autres liens, mieux ce sera pour retrouver le goût et le sens de la vie » (p 73).

Ainsi, il est aujourd’hui impératif de « changer nos représentations ». Cécile Entremont nous fait part de son itinéraire de recherche qui croise le notre à cet égard. Elle appelle à « interroger et à modifier nos représentations, penser autrement » (p 80). Un monde est en train de disparaître. Un autre monde s’annonce. Il nous fait penser en terme de transition. « Comme l’écrit Patrick Viveret, « une période se termine, mais une autre s’ouvre. Ce qui différencie fondamentalement les résignés des bâtisseurs, c’est que les premiers ne voient que le déclin et la chute, tandis que les seconds pressentent la germination créative au coeur même de l’épreuve ». Pour lui, « Transition et résilience sont deux concepts féconds particulièrement adaptés à la période de bouleversement civilisationnel que nous vivons et stimulants pour la confiance et la créativité » (p 92). Cécile Entremont explicite ces deux concepts familiers pour les psychologues. Et elle invite à entreprendre, à « agir dans et pour la transition » (p 110) en présentant de nombreuses initiatives en ce sens.

Un deuxième souffle

Cependant, la montée des périls appelle « un deuxième souffle » à même d’inspirer un nouveau mode de vie. C’est passer du vivre ensemble au faire ensemble, développer des pratiques personnelles favorisant vie intérieure et équilibre émotionnel, promouvoir une nouvelle éducation. Ces chapitres s’appuient directement sur le savoir-être et le savoir-faire de l’auteure et sont particulièrement denses et riches. Ce bref compte-rendu ne peut en donner que quelques aperçus.

L’auteure appelle un « agir éthique ». « L’éthique concrétise et met en pratique les valeurs et les vertus auxquelles on accorde de l’importance tant au niveau individuel que social » (p 127). Cécile Entremont évoque des valeurs fondamentales comme le respect, et aussi les vertus cardinales que sont la prudence, la force / ou le courage, la tempérance et la justice. Elle se réfère à des philosophes comme André Comte-Sponville et Emmanuel Lévinas ainsi qu’à l’encyclique sur l’écologie du pape François. Elle met en valeur le mouvement actuel en faveur de l’altruisme, de la collaboration et de la convivialité.

Le chapitre sur « les pratiques personnelles » s’appuie sur l’observation quotidienne et l’expérience professionnelle de Cécile Entremont, une expérience inspirée par une « anthropologie ternaire, c’est à dire une vision holistique de l’être humain comme l’unité « corps physique, vie psychique, cœur profond (ou âme) » (p 150).

La revalorisation du corps est indispensable. « Notre corps nous permet naturellement l’ancrage dans la réalité, ici et maintenant, et révèle la densité de notre présence à nous-mêmes et à notre entourage » (p 152). Aujourd’hui, de nombreuses pratiques corporelles, souvent originaires de l’orient, sont à notre disposition. L’auteure met l’accent sur l’approche de la « pleine conscience ». « Lors d’un atelier de pleine conscience que j’anime, j’ai pu constater les effets bénéfiques de cette pratique ». On peut y faire appel « lors d’épreuves angoissantes, avant le coucher, pour un meilleur endormissement, pour stopper la rumination ou la procrastination ou encore la tentation addictive… ». C’est « une voie évidente pour installer le calme en soi, et bénéficier ensuite du recul nécessaire… On avance alors vers une vision du corps bien plus riche qui nous conduit à éprouver du respect pour la vie, la notre et celle qui nous entoure » (p 156).

Bien des problèmes de santé perdurent parce qu’on ne remonte pas à la racine du problème. De par sa pratique professionnelle, Cécile Entremont est en situation d’évaluer les effets de la psychothérapie. Les bienfaits correspondants se manifestent sur différents registres : meilleure santé, meilleure communication avec les autres et même « un chemin de vérité, d’ouverture et de sagesse ». « Ce chemin mène vers le mystère de la vie, en soi et dans l’univers ». « De par mon expérience, j’en suis venue à conclure que ce travail de « choisir son véritable moi » selon les mots de Charles Taylor et de « lier son être existentiel et son être essentiel », pour reprendre le vocabulaire de Graf Durkheim, est à la fois libérateur de notre potentiel et nécessaire pour assumer notre responsabilité dans ce monde » (p 162).

Cécile Entremont, elle-même aujourd’hui engagée dans le champ de l’accompagnement spirituel (4), nous apporte sa définition de la spiritualité. « La spiritualité est synonyme d’une recherche de profondeur, d’unification, d’attention à la transcendance dans l’ici et maintenant de la vie. Une recherche assidue et ancrée dans la réalité se traduit par une paix intérieure et des actes naturellement altruistes… » (p 165). Si « la spiritualité, en échappant à la rationalité, à la science et au dogme, reste encore suspecte » dans certains milieux en France (p 162), cette situation est en train de changer rapidement. La vie spirituelle emprunte différents chemins. L’horizon s’élargit encore si on ajoute à ces différentes pratiques, l’art et la créativité. « Le domaine de l’émerveillement, de la sensibilité, de l’intuition » est vital pour notre espace intérieur et, partant, pour la pleine santé de notre être » (p 171). Dans l’économie de ce livre, ce chapitre sur « les pratiques personnelles » manifeste à la fois la compétence et l’engagement de l’auteur : « Le temps venu de la transition nous invite à nous rapprocher de la nature et de notre créativité, de réaliser une sorte de « conversion écologique » profonde, écologie extérieure et intérieure ». « Se recentrer dans et grâce au corps ; pouvoir parler de soi, apprendre à communiquer sans violence et à se libérer des blessures et des culpabilités par un travail sur soi approfondi ; prendre la responsabilité de sa vie et lui donner du sens, retrouver la joie de vivre, pratiquer la compassion en prenant soin de sa spiritualité : autant de traits de sagesse que nous pouvons acquérir et qui nous aideront à rebondir quand les temps seront difficiles » (p 173).

La réflexion de Cécile Entremont sur la manière de vivre dans le monde d’aujourd’hui se poursuit dans un chapitre sur l’éducation.

Dans ses relations et sa pratique professionnelle, elle est amenée à envisager concrètement cette question. Son approche s’inspire de toute son expérience et de la vision du monde qu’elle développe dans ce livre.

Cette vision inspire son engagement tel qu’elle l’exprime dans sa conclusion : « A chacun de nous de prendre ses responsabilités ! En commençant par nous-mêmes : nourrir « notre spiritualité écologique », tenir notre conscience éveillée et bouger nos vies avec conviction, courage et bienveillance, et, portés par le désir et l’espérance de la fraternité, se mettre en marche et agir avec les autres « pour mieux vivre ensemble » (p 206).

Comment entrer dans un nouveau monde ?

Ce livre nous rapporte une démarche qui s’appuie sur l’expérience de toute une vie, une expérience professionnelle de psychologue et de psychothérapeute et une vision de l’existence qui est le fruit d’un parcours engagé. La prise de conscience écologique est au cœur de cette réflexion. Comment faire face à la crise actuelle et entrer dans une nouvelle époque ? Pour répondre à cette question, qui est aussi une interrogation existentielle, Cécile Entremont nous communique son savoir-être et son savoir-faire.

Nous aussi, au fil des années, nous nous interrogeons sur ce monde en mutation et, en regard, sur les changements en cours dans les représentations et sur les innovations positives qui apparaissent aujourd’hui. Bien entendu, aux différences dans les parcours correspondent des  variations dans les appréciations.

Comme Cécile Entremont, nous sommes bien conscient de la menace à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. En réponse nous sommes appelés à un changement de genre de vie qui requiert une transformation des mentalités. Bref, nous sommes engagés dans une grande mutation (5). Face à ce défi, Cécile Entremont manifeste une inquiétude légitime, mais qui, selon nous, pourrait être davantage tempérée par une conscience des évolutions profondes déjà en cours (6).

Un des grands mérites de ce livre est de mettre en valeur des pratiques orientées vers un développement personnel permettant une unification et une pacification de l’être dans une vision holistique et une anthropologie ternaire : « corps physique, vie psychique, coeur profond (ou âme). A l’encontre d’un rationalisme étroit ou d’un autoritarisme religieux, Cécile Entremont ouvre la voie à une approche spirituelle qui répond manifestement à des aspirations en grande croissance. S’adressant à un vaste public, l’auteure nous paraît discrète quant au potentiel, en ce domaine, d’une foi chrétienne sainement entendue. Il est vrai qu’on rencontre encore des séquelles d’un héritage religieux qui entrainent des allergies. En regard, il y a aujourd’hui une approche théologique qui ouvre des compréhensions nouvelles (7). Ainsi, Jürgen Moltmann a très tôt proposé une vision chrétienne de l’écologie (8). Ce même théologien nous propose également une théologie de l’Esprit (9) qui nous permet de reconnaître l’œuvre de Dieu à la fois sur le registre de l’immanence et celui de la transcendance. Personnellement, nous entendons la spiritualité chrétienne dans une perspective holistique à l’image de la définition que le chercheur britannique, David Hay (10), donne de la spiritualité : une « conscience relationnelle » en lien avec soi-même, avec les autres, avec la nature et avec Dieu.

Ainsi, différentes approches convergent aujourd’hui dans la grande mobilisation pour la promotion d’une nouvelle civilisation fondée sur une harmonie entre l’humanité et la nature. Le livre de Cécile Entremont associe un effort de connaissance et un apport d’expérience pour réaliser un guide qui, d’étape en étape, veut nous permettre d’entrer dans cette mobilisation en conjuguant action et méditation. C’est un livre dense et original qui mérite toute notre attention. Ici même, Cécile nous présente son ouvrage dans une interview en vidéo.

Jean Hassenforder

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