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Mandela - GandhiAu cœur de l’histoire, le rôle et l’influence de certaines personnalités politiques ont été considérables pour le meilleur comme pour le pire.

On peut donc s’interroger à leur sujet. Entre autres, en quoi telle inspiration, telle vision ont pu exercer une influence décisive dans certains contextes et dans certaines circonstances ? Eric Vinson et Sophie Viguier-Vinson répondent à cette question dans un livre sur Mandela et Gandhi. Le sous-titre : « La sagesse peut-elle changer le monde ? » (1) éclaire le propos. En quoi un engagement spirituel peut-il exercer une influence dans le champ de l’action politique et de la transformation sociale ?

A cet égard, le choix de Mandela et Gandhi est particulièrement judicieux. Car ces deux hommes, aujourd’hui célèbres, ne sont pas sans rapport. En effet, si l’engagement de Gandhi est chronologiquement antérieur à celui de Mandela, il y a, entre eux, une forte interconnexion à travers un champ commun : l’Afrique australe, un adversaire semblable : l’impérialisme colonial occidental, des modes d’action comparables : le primat de la non violence, une inspiration chrétienne sur des registres variés. Voici deux personnalités qui ont marqué le XXè siècle dans des séquences historiques différentes. Les approcher dans leurs interrelations peut démultiplier l’intérêt déjà considérable qui leur est porté. Et cette étude comparée permet de mieux comprendre les enjeux communs.

C’est la vision que nous proposent les deux auteurs. « Gandhi, Mandela et l’Afrique du Sud, une triangulaire aux interactions déterminantes pour comprendre l’histoire particulière de ces hommes et de ces pays, mais aussi la pensée universelle de la dynamique qui les lie. Sur cette terre, en moins d’un siècle, sont en effet apparus les pires poisons de la modernité politique et leurs antidotes ». Là sont apparus camp de concentration,  génocide, racisme institutionnel. Mais, en regard, il y a eu « l’invention du « satyagraha » par Gandhi et sa mise en œuvre par des générations successives de militants, jusqu’à la victoire définitive sur ce régime inhumain, par une démarche de réconciliation démocratique guidée par Mandela. Il y a là comme « une scène primitive » du XXè siècle, un laboratoire à la fois tragique et fascinant où les crimes contre l’humanité de la colonisation ont préfiguré ceux du totalitarisme. Mais, « là où croit le péril croit aussi ce qui sauve » (Holderlin). Cet antidote émerge ainsi des chemins de Gandhi et de Mandela  comme de leur intersection sur le plan historique, théorique et pratique donnant aux droits de l’homme toute leur portée, qui confine au sacré » (p 239-240).

Si le monde est actuellement engagé dans une grande mutation, si aujourd’hui nous sommes confrontés à des défis majeurs, pour affronter cette situation, n’avons-nous pas besoin d’une vision qui nous permette de dépasser l’immédiateté et l’égocentrisme pour entrer dans une dimension supérieure. « Sans vision, le peuple meurt », déclare une parole biblique (Proverbes 29.18). Ainsi, personnellement, collectivement, pouvons-nous trouver une inspiration dans un registre spirituel et religieux. Et effectivement, au cours de l’histoire, des leaders ont trouvé force et discernement dans une telle inspiration. C’est bien la perspective mise en évidence par les auteurs de ce livre à partir de l’exemple de Mandela et de Gandhi. « Chacun, à leur façon, Gandhi et Mandela manifestent une certaine manière de vivre et de faire de la politique. Ils s’imposent comme des figures singulières, en ce qu’ils connectent le débat démocratique avec une autre dimension de l’existence à la fois personnelle, universelle et transcendante. Rarement mobilisé en politique, ce domaine peut être nommé « spiritualité » comme une certaine relation  à l’ultime (en général identifié avec le Divin)  qui s’enracine à la fois dans l’intériorité et l’interdépendance pour se traduire par une parole et une éthique spécifique » (p 249).

Eric et Sophie Vinson évoquent des figures historiques qui sont inscrites dans cette démarche et forment « une même famille, celle des démocrates spirituels, qui articulent démocratie et intériorité, intime et collectif, tradition et modernité. Ces hommes mobilisent le champ sémantique et pratique du spirituel » (p 250) et y trouvent une source d’influence et de rayonnement. Ainsi les auteurs citent des noms, qui, pour nombre d’entre nous sensibles à cette approche, sont déjà familiers. Outre Mandela et Gandhi, le Dalaï Lama, le pape François, Martin Luther King, Tolstoï, Dietrich Bonhoeffer, Vaclav Havel et Jean Jaures (2).

Par le choix des personnalités étudiées : Mandela et Gandhi, par la riche analyse de leur interaction, par l’approche originale et bienfaisante ainsi mise en évidence, ce livre appelle une large audience à laquelle participera le lectorat ce Témoins.

Jean Hassenforder

  • Eric Vinson, Sophie Viguier-Vinson. Mandela et Gandhi. La sagesse peut-elle changer le monde ? Albin Michel, 2018
  • Eric Vinson, Sophie Vigier-Vinson. Jaurès le prophète. Mystique et politique d’un combattant républicain. Albin Michel, 2014. Un livre qui permet de revisiter l’œuvre de Jaurès et d’y découvrir une profonde inspiration spirituelle.      « Si l’on néglige sa thèse sur la « Réalité du monde sensible », si on passe à côté de sa spiritualité- qui s’oppose au pouvoir temporel de l’Eglise catholique, mais reconnaît en l’homme la présence du divin-on ignore les principes mêmes qui ont guidé toute son action ».

 

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