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La grande migration spirituelle

Brian McLaren la-grande-migration-spirituelleUn nouvel état d’esprit débarrassé du carcan doctrinaire et fondé sur l’amour

Une vision de Brian McLaren

« The Great Spiritual Migration »

Il y a des moments où des transformations s’opèrent dans la conscience collective. A la fin du XXè siècle et au début du XXIè, une insatisfaction vis à vis des institutions chrétiennes a grandi dans le monde occidental. Pour de nombreux chrétiens, elles répondaient mal à leur désir d’authenticité. Ils ne se retrouvaient plus dans une religion de chrétienté où la conception de Dieu soumise à un mode patriarcal heurtait leur sens de l’amour et du respect pour tous les hommes. Alors, de la Nouvelle-Zélande aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, de nouvelles communautés chrétiennes ont commencé à apparaître. Ainsi a commencé le courant de l’Eglise émergente qui s’est ensuite propagé dans le monde occidental. Ainsi  des chrétiens ont pu vivre leur foi autrement. Des églises ont accueilli cette nouvelle approche (1). La recherche sociologique en a montré la vigueur (2). Et dans sa thèse, Gabriel Monet en montre la portée théologique (3). Depuis vingt ans, à Témoins, nous militons en ce sens (4).

Aux Etats-Unis, Brian McLaren est une personnalité marquante de ce mouvement. Il l’a rejoint à partir de son parcours personnel. Dans son dernier livre : « The Great Spiritual Migration » (5), il nous raconte comment il est sorti progressivement de l’enfermement dans lequel vivait sa famille fondamentaliste. «  Nous n’avions pas de devise officielle, mais si nous en avions eu, cela aurait pu être : rien ne nous fera bouger ». Et, ensuite, il a parcouru des étapes successives. Fondateur d’une Eglise non dénominationnelle dans le Maryland, il en a été le pasteur de 1986 à 2006. Auteur de nombreux livres (6), il envisage l’évolution de la vie chrétienne au sein du christianisme dans son ensemble : «  Comment la plus grande religion du monde est en train de chercher une meilleure manière d’être chrétien » (5). Et ainsi, il met l’accent sur le mouvement. C’est une approche personnelle. « J’en suis venu à comprendre que ce qui compte le plus, ce n’est pas notre statut, mais notre trajectoire, non pas où nous sommes, mais où nous allons… La foi chrétienne est devenu pour moi un grand voyage spirituel. Et cela change tout. Comme je l’entend, la religion est à son meilleur lorsqu’elle nous mène en avant, quand elle nous guide dans notre croissance spirituelle comme individu mais aussi dans notre évolution culturelle en tant que genre humain. Malheureusement, la religion devient souvent une cage plutôt qu’un guide…. un obstacle au changement collectif plutôt qu’un catalyseur de celui-ci. A une époque de changement rapide et ambigu, on peut comprendre l’esprit régressif de la religion, mais cette attitude est encore plus tragique lorsque la culture a besoin d’un sage accompagnement spirituel. Nous voyons cette tendance régressive dans de nombreux secteurs du christianisme, et aussi dans des secteurs de l’islam, de l’hindouisme, du bouddhisme, du judaïsme… » (p XI-XII).

Mais, en même temps, une conscience nouvelle apparaît. « A l’intérieur de chaque tradition, des voix dérangeantes, mais attendues s’élèvent, des voix prophétiques, pourrions-nous dire, des voix qui portent le changement, l’espérance et l’imagination, un nouveau commencement. Elles disent qu’il y a une alternative à une religion statique et rigide d’un côté, et un sécularisme débarrassé du religieux de l’autre côté. Elles proclament que l’Esprit nous appelle à bouger nos tentes et à avancer à nouveau. Elles nous invitent à une grande migration spirituelle, non pour quitter nos religions, mais pour sortir de nos cages et de nos ornières » (p XII). Cette vision de Brian McLaren veut rassembler les courants novateurs bien au delà de la situation actuelle. « La migration chrétienne émergente requiert une convergence de plusieurs courants. Aux Etats-Unis, les évangéliques progressistes, les chrétiens missionnels oeuvrant dans des églises classiques et beaucoup de membres des églises militant pour la paix se découvrent actuellement. Ils ont établi des relations avec les catholiques romains et les orthodoxes orientaux enracinés dans des traditions de contemplation et de justice sociale ainsi qu’avec les églises de couleur qui s’inspirent de grandes personnalités comme Martin Luther King. Amener ces courants ensemble n’est pas facile. Nous avons des siècles derrière nous à vivre en silos et à nous regarder avec suspicion. Mais, maintenant, comme nous faisons face  aux réalités d’une civilisation insoutenable, nous pouvons nous redécouvrir les uns les autres comme des collaborateurs et des compagnons et non comme des concurrents » (p 157). La vision de McLaren est également internationale. « J’ai voyagé dans plus de quarante pays au cours des vingt dernières années en rencontrant des gens de nombreuses dénominations » (p 4). Alors, si dans ce monde, les courants fondamentalistes sont puissants, Brian McLaren a partout perçu la montée d’une aspiration à un nouvel état d’esprit débarrassé du carcan doctrinaire et fondé sur l’amour, à une pratique nouvelle bien au delà de son milieu d’origine, au service de l’humanité. « Attendons-nous à ce qui pourrait arriver si nous comprenons le cœur de l’éthos chrétien comme créatif, constructif, tourné vers l’avant, comme une religion qui organise plutôt que d’être organisée, et qui interpelle toutes les institutions, y compris la sienne, pour apprendre, grandir, acquérir de la maturité pour approfondir et mettre en oeuvre une vision de réconciliation avec  Dieu, avec soi, avec le voisin comme avec l’ennemi, et avec la création » (p 3).

Brian McLaren décrit sa vision de la migration en trois grandes parties.

° La migration spirituelle. D’un système de croyances à un genre de vie

° La migration théologique. D’un Dieu violent et dominateur à un Dieu non violent et libérateur

° la migration missionnelle. D’une religion organisée à une religion qui organise

 

Brian McLarenLa migration spirituelle. 

D’un système de croyances à un genre de vie

Un horizon nouveau

A partir de ses expériences et de ses rencontres, Brian McLaren nous appelle à un nouvel état d’esprit. Il nous raconte comment, à l’occasion d’une pause dans une retraite, il a soudain réalisé une prise de conscience. « Ma foi est un système de croyances et cela ne marche pas. Le système est en train de s’effondrer ».

Ainsi, une nouvelle approche est apparue et s’est développée chez Brian. La Bible est devenue pour lui un « puit inépuisable de sens » (p 25). Et sa relecture des paroles et des actes de Jésus dans les Evangiles l’a amené à de nouveaux éclairages. Ainsi la mise en cause du Temple par Jésus lui apparaît comme un acte révolutionnaire. « N’est-ce pas qu’il y avait là un système de croyances associé avec le sacrifice, un sacrifice fondé sur une croyance de longue date que Dieu est en colère et qu’Il a besoin d’être apaisé avec du sang ? »  ( p 27). Jésus ouvre une nouvelle approche : « une grâce généreuse et extravagante, ouverte à tous et débarrassée de toute forme d’apaisement » (p 27). Dans sa prédication, Jésus rejoint les prophètes d’Israël. C’est dire qu’il y a un discernement à opérer parmi les traditions. De même aujourd’hui, en citant Richard Rohr (7), Brian met en évidence des traditions mystiques et prophétiques qui peuvent nous éclairer. « On  ne change pas les choses en combattant les réalités existantes. Pour changer les choses, bâtissons un nouveau modèle qui rend l’ancien obsolète » ( p 29). La critique des systèmes de croyances s’appuie aussi sur l’histoire . « Quand les croyances sont  devenues des marqueurs d’appartenance, les gardiens religieux ont gagné un des plus grands pouvoirs humains, celui d’excommunier et d’expulser » ( p 30). Brian McLaren est donc à la recherche d’autres points de repère que les croyances.

 

Se fonder sur l’Essentiel

Ainsi, qu’est-ce qui importe le plus ? Qu’est ce qui est essentiel, Où peut aller notre loyauté le plus profonde ? (« deeper loyalty »). Brian s’interroge sur des absolus dogmatiques comme l’inerrance de la Bible et l’infaillibilité pontificale. Il constate que la mentalité scientifique est tout autre. C’est une logique dans laquelle les erreurs peuvent être corrigées et une transparence assurée dans le processus de prise de décision. « Aujourd’hui, si une communauté est capable d’apprendre et de changer son attitude et si elle montre comment cela se passe en déclarant publiquement pourquoi et comment elle procède ainsi, alors cette communauté gagne en crédibilité » (p 37). Il est grand temps que les communautés religieuses apprennent à prendre en compte cette logique.

Brian McLaren nous fait part ensuite d’une expérience personnelle. « A notre époque, peu de croyances ont été davantage examinées que la croyance, de longue durée, et, un moment, universelle, que l’homosexualité est un péché ».  Brian McLaren adhérait naturellement à cette croyance. Il raconte comment il a commencé à avoir des doutes lorsqu’un de ses plus chers amis, engagé comme lui dans des activités chrétiennes, lui a confié son penchant homosexuel.

Par la suite, devenu pasteur, il a rencontré des personnes homosexuelles qui avaient essayé de changer et n’avaient pu y parvenir malgré tous leurs efforts. « Des récits comme ceux-là ont rendu impossible mon silence à cet égard » (p 40). « J’ai tenu compte de l’expérience. On pourrait aussi le dire comme cela : j’avais un système de croyances chrétien et une éthique chrétienne de l’amour… Pour moi, mon éthique, mon chemin de vie (« Way of life »), mon engagement dans l’amour du prochain comme moi-même ont provoqué l’abandon d’une croyance héritée ».

Dans le mouvement actuel des mentalités, comment entendre notre foi chrétienne ? C’est auprès de Jésus que nous cherchons la réponse. « L’amour a été son premier commandement, sa première directive… ». C’est un amour généreux, inconditionnel . « Dieu répand sa pluie et son soleil à la fois pour les bons et pour les méchants » (Matthieu 5.7). Tout l’enseignement, toute la vie de Jésus témoignent de cet amour. L’amour est au cœur de sa mission. Et, dans ses écrits, Paul fait écho : « La seule chose qui importe, c’est la foi qui s’exprime dans l’amour » (Galates 5.6). Et il faut bien distinguer la foi qui est conviction des systèmes de croyances imposés socialement . « Si nous acceptons cette migration révolutionnaire vers l’amour, toute définition de Dieu qui ne nous conduirait pas à un amour réconciliant, harmonisant et incluant, est, dès le départ, fausse et déviée » (p 46). « A la lumière des Ecritures comme celles-ci, nous pouvions penser que la primauté de l’amour était bien établie dans la foi chrétienne. Mais, dans cette religion, 2000 ans après, pour beaucoup, les croyances gouvernent encore et l’amour attend d’être pris davantage au sérieux. (Même le pape François semble rencontrer à cet égard quelques résistances chez ses évêques qui craignent que son accent sur la miséricorde et l’amour viole la tradition » ( p 47).

 

Apprendre à vivre l’amour

C’est une manière de vivre à laquelle Dieu nous convie. Alors nous avons besoin d’apprendre comment aimer.

Après avoir cessé l’exercice de pasteur responsable d’une église, Brian McLaren s’est interrogé et finalement, il a cherché et trouvé « une église qui pourrait l’aider à vivre une vie d’amour avec aussi peu de distractions que possible ». « J’avais besoin de soutien, d’encouragement et d’aide pour aimer Dieu… ma famille, mes voisins, les gens que j’avais du mal à aimer.. aimer la terre » (p 50).  Aujourd’hui, on doit chercher pour trouver ce genre d’église où l’amour est premier. Brian œuvre pour une multiplication des communautés qui répandent une vie d’amour « pour Dieu, pour tous les gens (sans exception) et pour la création » ( p 54).

Dans sa jeunesse, aux Etats-Unis, Brian a participé au mouvement de Jésus. « C’est le moment », nous dit-il, « pour un autre mouvement de Jésus, une convergence de « communautés justes et généreuses » pour lesquelles l’amour, dans la voie de Jésus, est le premier but » (p 56). Ces communautés peuvent être très diverses, de congrégations traditionnelles à des groupes variés : groupes de prière, groupe sur internet, réseaux, écoles alternatives… Pour cet apprentissage de l’amour, Brian nous donne quelques pistes : Commençons avec nos voisins. De la famille aux amis, aux étrangers, aux ennemis. Envers soi, envers la terre, envers Dieu. Exprimer l’amour dans des rituels signifiants.

 

La migration théologique

D’un Dieu violent de domination à un Dieu non violent de libération

Un héritage de violence et de domination

Cette migration spirituelle, passage d’une pratique fondée sur des prescriptions doctrinales à une pratique inspirée par une éthique d’amour requiert un changement dans nos représentations. Une révision théologique est nécessaire et c’est pourquoi la seconde partie de ce livre est intitulée : La migration théologique. D’un Dieu violent de domination à un Dieu non violent de libération.

De par son expérience dans le contexte américain, Brian McLaren a perçu une grande violence chez certains chrétiens. Et, en s’interrogeant, il fait un retour sur l’histoire du christianisme. Ainsi, la conquête barbare du Nouveau monde et les atrocités de l’esclavage ont été soutenues et couvertes par une idéologie se réclamant du christianisme. « Malheureusement, le mélange mortel du racisme, de l’impérialisme et du christianisme n’ont pas été l’exception, mais la norme » ( p 81). Il y a eu là de multiples génocides. Brian McLaren nous raconte comment il a pris conscience de ces méfaits au fil de son histoire personnelle et familiale. Il y avait quelque part de la violence dans ce contexte religieux. Aujourd’hui, pour Brian McLaren, « il est clair que la trajectoire vicieuse d’un génocide justifié idéologiquement mène également à un « géocide » (destruction massive de la planète). Comme le pape François l’a dit éloquemment, le refus de la société d’entendre « le cri des pauvres » est inséparable de notre refus d’entendre « le cri de la terre »…  Cette situation a des racines théologiques. « Pour nous convertir de toute forme de suprématie et de domination, nous devons oser nous embarquer dans une grande migration théologique en remettant en cause beaucoup de nos postulats sur Dieu » (p 88).

 

Notre représentation de Dieu en question

Ce qui est en question, c’est notre représentation de Dieu. En regard de l’image d’un Dieu tout puissant et dominateur, Brian McLaren nous conduit à la notion de kénose qui signifie : se dépouiller soi-même. Ce thème apparaît dans l’épitre aux Philippiens ( Chap 2)  «  Plutôt que saisir et exercer le pouvoir d’une manière dominatrice à la manière des rois, des conquistadors et des chefs religieux, Jésus a lâché le pouvoir plutôt que le retenir et il a servi plutôt que de dominer. Finalement, il a renversé toutes les compréhensions conventionnelles de suprématie, de seigneurie, de souveraineté et de pouvoir en les purgeant de leur violence au point que lui-même a choisi de mourir plutôt que de tuer » ( p 91). C’est un choix de non violence et d’amour qui se donne. Ainsi Dieu, connu à travers Jésus, n’est pas un Dieu contrôleur, dominateur, dictateur. « En Christ, Dieu est suprême, mais pas selon le vieux paradigme discrédité de la suprématie. Dieu est le guérisseur suprême, l’ami suprême..  Le roi des rois et le seigneur des seigneurs est l’ami des pécheurs » (p 93).

Brian McLaren nous invite ensuite à comprendre comment notre représentation de Dieu change à travers les âges de la vie, devient de moins en moins égocentrée et de plus en plus altruiste. Déjà nos différentes conditions  de vie, nos attentes évoluent. Il y a comme des stades successifs dans notre représentation de Dieu. Ainsi, au départ des responsabilités adultes, « vous aviez besoin d’un nouveau concept de Dieu qui vous guide au delà d’un simple respect des lois. Ce Dieu 4.0 (selon le schéma présenté par l’auteur) se traduit en un Dieu d’affection, de fidélité, de pardon, d’amour parental » (p 99). Et pourtant, selon McLaren, ce stade est à dépasser. « Cette représentation de Dieu suscite affection, fidélité et pardon dans la famille, la communauté et la nation, mais seulement pour les gens qui sont de notre religion, de notre pays, de notre tribu… Ces petits mots : « nous », « notre » sont un grand progrès sur « moi » et « c’est à moi ». Mais ils peuvent causer de grands problèmes s’ils engendrent des attitudes exclusives » ( p 98-99). Si cette représentation a pu s’avérer utile dans le passé, « pour la première fois dans l’histoire humaine, ce Dieu du « nous », mais pas du « eux » menace notre survie. Nous avons besoin d’un Dieu qui ne soit pas seulement le Dieu de « nous », mais le Dieu de « nous tous ». Seul un Dieu plus grand, non dualiste peut nous unir « nous et eux » dans une identité inclusive qui n’est pas limitée à une tribu, ou à une nation, mais s’étend à toute l’humanité. Et non seulement à l’humanité, mais à toutes les choses vivantes, et pas seulement aux chose vivantes, mais à tous le écosystèmes que nous partageons » (p 102).

Les différentes représentations de Dieu ne sont pas nécessairement contradictoires. « Comme les anneaux dans le tronc d’un arbre, chaque nouveau concept de Dieu intègre les concepts antérieurs, même s’il les transcende et va au delà ». C’est ce qu’on peut voir dans la Bible du Dieu d’Abraham au Dieu de Moïse, au Dieu des prophètes, au Dieu de Jésus.

Ainsi, maintenant, le christianisme, comme ses religions sœur monothéistes, font face à un défi critique. Est-ce que les chrétiens peuvent migrer vers une représentation de Dieu beaucoup plus large ? Brian McLaren a conscience des tendances régressives qui existent actuellement. Mais, il nous dit aussi que de plus en plus de chrétiens sont en train de changer, de migrer vers une représentation beaucoup plus large de Dieu. C’est ici que l’expérience internationale de Brian McLaren vient nous encourager, car, pour tous les continents, il peut énoncer le nom de théologiens qui vont dans le même sens. Ces pages (p 104-107) sont particulièrement instructives, car elles sont des indications bibliographiques qui nous permettent de rencontrer ces théologiens du renouveau et de l’avenir. «  En ce moment, inspiré par cette fermentation et créativité théologique, un mouvement de chrétiens venant de la base s’étend dans le monde. Partout des chrétiens lisent des livres nouveaux, suivent de nouveaux blogs,  assistent à des conférences, des retraites et des festivals où de nouveaux modes de pensée sont possibles. Une grande migration théologique a commencé » (p 108).

 

Une lecture renouvelée de la Bible

Notre représentation de Dieu est en rapport avec la manière dont nous lisons la Bible. Brian McLaren nous rapporte son expérience pendant les toutes premières décennies de sa vie. Au départ, il s’est senti tenu de lire la Bible d’une façon littérale. D’une façon humoristique, « Si la Bible dit que la baleine a avalé Jonas, je le crois. Si la Bible dit que Jonas a avalé la baleine, je le crois aussi. Ce que la Bible dit, Dieu le dit » (p 112). Brian se sentait mal à l’aise, notamment par rapport aux textes violents présents dans la Bible (8). Il se trouvait dans un dilemme : l’alternative entre littéral et libéral. L’étau s’est desserré à partir du moment où il a compris qu’il y avait toute une gamme de manières de lire entre littéral et littéraire. « Un lecture littérale commence avec le postulat que la Bible est conçu pour apporter des informations factuelles. En regard, dans une lecture littéraire, la Bible est une collection de textes  qui ont pour but de communiquer un sens que ce soit à travers la poésie ou l’histoire, la loi ou les proverbes, la fiction ou la non fiction… Si une approche littérale cherche des absolus universels et intangibles, l’approche littéraire cherche une inspiration pour le moment et est sensible à des contextes culturels et historiques en évolution. Brian McLaren ajoute une deuxième grille d’approche : innocente/précritique, critique, intégrale/ postcritique ( p 114). Dans l’approche innocente, précritique, la lecture de la Bible ne pose pas de questions ou très peu sur les sources, l’exactitude historique ou scientifique ou le genre littéraire. Le texte est révéré et pris tel quel. Dans l’approche critique, aucune question n’est bannie, aucune réponse n’est prédéterminée. « Dans une approche critique, prendre le texte sérieusement, c’est lui appliquer une analyse critique rigoureuse ». Mair rester dans cette analyse peut réduire le sens. Si on va plus loin dans une zone postcritique et intégrale, à partir de l’analyse qui décompose, on essaie de retrouver un ensemble, d’obtenir une vision nouvelle du texte dans son ensemble et de beaucoup de textes dans leur rapport. L’auteur compare avec les « connaisseurs » d’art qui mettent en œuvre différentes approches pour mieux apprécier l’œuvre.

Brian McLaren situe ainsi un ensemble de méthodes et nous fait part là aussi de sa propre évolution. Ainsi a-t-il été beaucoup aidé par l’œuvre de CS  Lewis. « Je pense que CS Lewis est devenu si populaire chez beaucoup d’évangéliques parce qu’il était conservateur de nature… mais il nous a ouvert la voie pour apporter notre imagination et notre sensibilité littéraire dans la lecture des textes, laissant ainsi la Bible nous parler dans un approche postcritique » (p 119). D’autres biblistes sont intervenus ensuite en ouvrant la voie à la découverte d’un sens plus large et plus profond dans les textes. « Les textes bibliques étaient pour eux « des textes au travail » donnant naissance à de nouvelles manières de voir Dieu, nous-même et le monde autour de nous » (p 119). Ainsi, nous dit Brian, « j’ai trouvé une nouvelle liberté. J’ai senti que j’avais trouvé la permission de migrer d’un univers limité, d’un Etre suprême souvent violent à un univers toujours plus vaste d’un Dieu toujours plus merveilleux, tout en gardant fermement la Bible » (p 120). « La Bibliothèque biblique nous révèle une présence lumineuse, guérissante, et libérante, source de vie » (p 121).

Le chapitre se termine par une réflexion sur la place de Jésus. Dans le contexte originel de l’auteur, « Dieu est perçu comme le réservoir d’une colère infinie qui doit se déverser sur tous ceux qui ne sont pas parfaits. En acceptant la punition de notre statut et de notre conduite pécheresse, Jésus devient notre substitut et permet à la colère de Dieu d’être satisfaite en se déversant sur lui plutôt que sur nous. Un Dieu en colère est ainsi apaisé, au moins pour ceux qui ont les bonnes croyances et peuvent être considérés comme chrétiens »   (p 121) Alors, disent les fondamentalistes, « si nous perdons notre approche littérale et innocente à la Bible, nous perdons le Dieu en colère qu’elle proclame et alors nous perdons  le besoin de Jésus … Mais la vérité, c’est que, si nous lisons la Bible d’un point de vue intégral/littéraire,  Jésus devient plus beau, plus important, plus essentiel…A travers sa vie et ses enseignements, à travers sa profonde non violence même au point d’inclure une mort violente. Jésus révèle un Dieu généreux, un Dieu en profonde solidarité avec toute la création, un Dieu dont la puissance se révèle dans la bienveillance et l’amour » ( p 122).

 

La migration organisationnelle

De la religion organisée à organiser la religion

Une dynamique de mouvement

« En 1974, un anthropologue avait écrit qu’un changement dans la conception de Dieu est un événement culturel d’importance. En d’autres mots, parce que les cultures et les civilisations sont profondément influencées par leur conception de Dieu, les migrations théologiques mènent naturellement à des transformations culturelles. Mais comment ? » (p 128).

Déjà, en quoi et comment le changement de représentations va susciter une transformation de la manière de vivre en église ? Brian McLaren nous rapporte une conversation avec un ami sociologue ayant soutenu une thèse sur la théorie du mouvement social en relation avec l’ecclésiologie et la vie en église. Dans l’histoire du christianisme, il y a effectivement de grands mouvements qui ont changé la situation.

« Nous vivons en communautés… Les institutions se développent dans les communautés pour répondre à leurs besoins. Quand les mutations échouent, des membres de la communauté se lèvent, s’organisent et confrontent les institutions en formant un mouvement.. Les mouvements organisent les gens pour exprimer ce qui ne va pas dans les institutions et proposer ce qu’on devrait faire pour que les choses aillent bien » ( p 131). Des conflits peuvent éclater. Les résultats varient. Le mouvement peut échouer. Il peut aboutir en suscitant un changement dans l’institution. Il peut réussir et se renouveler. Il peut créer une institution concurrente ( p 132).

Il y a des situations de crise particulièrement favorables à l’apparition de mouvements. C’est le cas aujourd’hui. Dans la période actuelle où une mutation s’accomplit, les institutions s’épuisent (« exhaustion »). Les structures des religions traditionnelles sont particulièrement fragiles. « Il est difficile d’imaginer des conditions plus mures pour la montée d’un mouvement spirituel vital » (p 135). On doit aussi prendre en compte la globalisation et la révolution numérique.

La conversation entre Brian McLaren et son ami sociologue s’est poursuivie en analysant les processus. En se reportant à la Bible et particulièrement au Nouveau Testament, on découvre des mouvements dynamiques. Et on peut en apercevoir également dans l’histoire de l’église. « Le christianisme a manifesté une plus grande vitalité lorsqu’il a été dynamisé par des mouvements de cellules s’organisant elles-mêmes. Ou, peut-être, peut-on dire, s’organisant par l’Esprit » ( p 143).

Brian McLaren reconnaît la puissance du mouvement conservateur. Mais, citant Richard Rohr, « la meilleure critique du mauvais est la pratique du meilleur ». « Presque tous les évêques et leaders chrétiens que je rencontre dans mes voyages, sont prêts à répondre positivement si un mouvement spirituel tourné vers l’avenir frappe à leur porte. Ils savent que ce mouvement doit dépasser les comportements confessionnels, travailler à la fois à l’intérieur et à travers les dénominations… Quand nous nous rassemblons mieux entre chrétiens,  nous pouvons mieux nous joindre aux mouvements parallèles d’autres religions, parce que, ultimement, les problèmes auxquels nous faisons face, ne sont pas juste des problèmes chrétiens, ce sont des problèmes humains (9). Nous avons besoin que le mouvement spirituel soit global et multiculturel aussi bien que transdénominationnel. Ce mouvement doit partout permettre aux gens de s’organiser. Il doit permettre aux différents courants de se relier »… (p 144-145).

 

Un monde à sauver de son comportement suicidaire

 Cependant la polarisation de l’église  sur elle-même n’est-elle pas une impasse ? « Se consacrer au bien du monde, n’est-ce pas pour l’Eglise, la seule voie pour sauver son âme ? »  Le monde est en crise tant au point de vue social et économique qu’au point de vue écologique. Il y a actuellement une course à la consommation qui épuise les ressources. En conséquence, l’économie est extractive et destructive des richesses de la planète.  Ainsi, le pape François nous appelle à entendre « le cri de la terre et le cri des pauvres ». Brian McLaren décrit notre civilisation actuelle comme une espèce de  machine suicide (« suicide machine ») (p 148).

« Seul un puissant mouvement spirituel peut interpeller nos institutions et nos communautés pour sortir d’un consumérisme compétitif et prendre part à une régénération collaborative » ( p 152). Et ce mouvement devra susciter chez les chrétiens une prise de conscience, car, actuellement, beaucoup d’entre eux ignorent cet enjeu.  Trop souvent, comme l’écrit l’historienne Diana Butler Bass (10), nous avons affaire à une religion qui regarde vers le ciel et non vers la terre (« elevator religion »). Rappelons également le diagnostic de Brian McLaren sur la violence latente qui règne encore dans certaines formes de christianisme. Alors, « nous avons désespérément besoin de cette troisième migration, d’une religion organisée pour sa conservation et ses privilèges à une religion organisée pour le bien commun à tous » ( p 152). « Les communautés chrétiennes généreuses qui participent à cette migration doivent s’identifier. Et là où de telles communautés n’existent pas, nous appelons les chrétiens à en créer de nouvelles vraiment créatives » (p 155). Ces communautés travailleront en réseau. Une question majeure : « Comment faire connaître au monde qu’il y a là « un nouveau genre de christianisme », que les chrétiens et leurs communautés sont en train de migrer vers une foi plus juste, plus généreuse et plus joyeuse ? » ( p 156).

 

Vous êtes des poètes sociaux

Nous sommes effectivement confrontés à quatre grandes crises : écologique, économique, sociopolitique, spirituelle et religieuse. C’est un immense défi qui appelle la mobilisation de tous les hommes. C’est une perspective qui ouvre notre représentation de l’œuvre chrétienne. Brian McLaren se réfère au missionnaire catholique Vincent Donovan. « Notre but n’est pas d’amener les gens où nous sommes maintenant. Notre but est d’inviter les autres à voyager ensemble avec nous vers un espace nouveau que personne d’entre nous n’a encore vu. Nous devons les inviter à rejoindre cette grande migration spirituelle vers un nouveau genre de vie centré sur l’amour, une nouvelle économie régénérative caractérisée par la paix, la justice et la joie. Mais comment une aussi profonde migration peut-elle se réaliser ? » (p 167).

Brian McLaren continue à nous ouvrir des pistes. Le changement est nécessaire à tous les niveaux : intrapersonnel, interpersonnel, structurel et institutionnel, culturel. Quel genre d’organisations envisager pour répondre à ces différentes exigences ? Et n’est-ce pas là un défi pour les communautés chrétiennes ? Ne sont-elles pas appelées à contribuer à ce changement global ? Brian cite le pape François : « Sur ce chemin, les mouvements populaires jouent un rôle essentiel, non seulement en réclamant, mais plus  fondamentalement en étant créatifs. Vous êtes des poètes sociaux, pourvoyeurs de travail, constructeurs de logement, producteurs de nourriture par dessus tout pour les gens qui sont laissés pour compte par le marché mondial… Fondamentalement, le futur de l’humanité est entre les mains des peuples et leur capacité de s’organiser » (p 174).

Ces enjeux apparaissent aujourd’hui dans les différentes traditions religieuses et les mêmes clivages apparaissent en regard de l’appel à la migration spirituelle. « Comme chrétiens et communautés chrétiennes, nous sommes appelés à migrer d’une religion organisée à une religion qui s’organise pour la mission et le bien commun » ( p 174).

 

Une vision spirituelle

Cette migration spirituelle appelle et suscite de grands changements. Et ces changements ne peuvent pas se réaliser sans que l’on rencontre de grandes difficultés et, en conséquence, de grandes souffrances. « Le chemin de l’amour où l’on rencontre ennui, frustration, désappointement, hostilité, humiliation. Personne ne le choisirait si l’amour ne portait pas finalement sa propre récompense. Ce chemin difficile, ce chemin du Christ est inévitablement le chemin de la croix » ( p 183).  Et Brian McLaren évoque un « cœur ouvert et brisé ». Cependant, la puissance de l’Esprit est là et elle porte force. La migration spirituelle appelle une spiritualité qui invite au changement et qui l’accompagne. Ce n’est pas une spiritualité volontariste. A chacun d’accomplir une tâche à sa mesure. « Dieu peut réaliser à travers nous tous ce qu’aucun de nous ne peut faire seul.  Et ainsi, ce n’est pas un fardeau écrasant.. C’est la vie. C’est la joie. C’est la liberté. Au lieu de jouer Dieu, je joue avec Dieu. Je joue dans le bon monde de Dieu où chaque chose est sainte » (p 198). « Etre ce que nous sommes, où nous sommes, faire ce qu’il nous appartient de faire… Et dans cette voie, être vivant et libre » (p 199).

A travers tout ce périple, après avoir ouvert toutes ces pistes, Brian McLaren peut nous aider à aller de l’avant. Et il s’inspire de l’Exode et de la sortie d’Egypte par le peuple d’Israël. Si les obstacles sont apparents, notre foi est requise. « Nous entendons l’appel à aller de l’avant, non après que la mer se soit ouverte, mais avant » (p 203).

« l’appel à entrer dans la grande migration quittant l’ancien pour le nouveau, ne vient pas quand tout est assuré et réglé et, que tous les obstacles ont été enlevés, mais avant, quand le chaos, l’incertitude et le tumulte prédominent et que la mer ne montre pas de signes d’ouverture. La Parole de Dieu vient à nous : Avancez. Allez de l’avant » (p 203).

 

Entendre ce message

Ce livre : « The Great Spiritual Migration » nous pa rait important parce qu’il nous fait part de l’émergence d’une vision nouvelle et des conditions dans lesquelles celle-ci apparaît.. Il nous paraît important parce que cette vision est mondiale et s’adresse à tous les chrétiens du monde et au delà. Et, c’est pourquoi, nous avons rapporté ce livre, pas à pas.

Brian McLaren est un pionnier de l’Eglise émergente aux Etats-Unis.  C’est un leader, mais c’est aussi un penseur et un chercheur. Aujourd’hui, dans ce livre récemment publié, en 2016, Brian McLaren est certes dans la poursuite de cette dynamique, mais celle-ci entre dans une nouvelle étape. Ici, la vision de Brian McLaren dépasse la conjoncture de l’Eglise émergente aux Etats-Unis.  Il envisage le changement spirituel et le rôle des chrétiens à l’échelle du monde. Et, pour cela, il s’appuie sur une expérience internationale.

L’itinéraire de Brian McLaren sera aussi source d’enseignement.

Brian vient d’un milieu fondamentaliste dont il a perçu progressivement le caractère étouffant Il nous fait part de ses prises de conscience et de son ouverture grandissante. Plus généralement, dans ce livre, Brian McLaren nous parle à travers une expérience qui nous permet de mieux comprendre les enjeux et leur importance vitale. Et, en même temps, il s’appuie sur une culture théologique. Ainsi, cet ouvrage témoigne d’une proximité avec deux personnalités américaines qui apportent une vision théologique et spirituelle originale : Richard Rohr (7) et Diana Butler Bass (10).

Cette mise en perspective d’une migration spirituelle à l’échelle du monde est une vision de grande ampleur. On peut donc se poser des questions sur ses caractéristiques et ses modalités. La culture nationale de l’auteur n’influe-t-elle pas sur les formulations ? Dans quelle mesure ces propositions permettent-elles une visibilité suffisante de ce mouvement ? Quels accents théologiques ajouterions-nous éventuellement ? Cependant,  dans cette situation de crise qui est la notre et qui se manifeste aujourd’hui dans une dimension mondiale,  ce livre apporte des analyses éclairantes et il trace des pistes. Il suscite des  convergences. Il ouvre un chemin.  Et, au total, si cette migration, c’est d’abord le passage d’un état d’esprit à un autre, ce livre permet la prise de conscience de cet enjeu majeur. Ainsi,  entrons-nous dans une vision nouvelle. Nous sommes invités à « une migration spirituelle vers un nouveau genre de vie centré sur l’amour, une nouvelle économie régénérative caractérisée par la paix, la justice et la joie ». C’est, comme l’écrit une collègue et amie de Brian McLaren, Diana Butler Bass, apprendre à « trouver Dieu dans le monde », une « révolution spirituelle ».

 

Jean Hassenforder

 

Pour une Eglise au cœur de la vie quotidienne

Daniel SCHAERER est bien connu des amis de l’association Témoins, dont il est proche depuis quasiment ses origines. Initiateur et responsable en France puis dans les pays francophones de centres de formation de disciples de Jeunesse en Mission, il a acquis une expérience solide de la diffusion de l’évangile ainsi que de la vie ecclésiale dans notre pays et, au delà, dans les pays francophones où il a œuvré. Il est déjà l’auteur de plusieurs livres où il relate les évènements fondateurs qui ont orienté son engagement. « Allez par le monde » raconte la naissance de Jeunesse en Mission en France ainsi que son engagement personnel. «  L’Église en toute simplicité » (1) ouvre sur la nécessité de vivre l’Evangile au cœur de nos maisons, dans des petites cellules.

En juin 2018 paraît son dernier ouvrage intitulé « L Eglise au cœur des maisons et au cœur de la société. Une vision pour le peuple de Dieu » (2). Le sous titre du livre donne le ton de l ouvrage. Daniel SCHAERER nous partage l’expérience qu il a maintenant acquise depuis 1994 de la création et du fonctionnement de ces cellules de maison et bien sûr des principes bibliques qui soutiennent cette action.

Ainsi dans cet ouvrage il identifie un certain nombres de facteurs clés qui, s’appuyant sur l’expérience neotestamentaire des premières communautés chrétiennes, ouvrent sur une proposition renouvelée de la façon de « faire Église » et « d’être en Eglise » : présenter un message intégral de l’Evangile qui ne se limite pas au salut de l’individu mais dont l’objectif est d’avoir un impact global sur l’Homme et son environnement ; servir la société et la transformer par un message incarné, des actes de solidarité, d’amour et de Justice, des signes de la puissance de Dieu. Ces expressions se vivent dans une relation fraternelle fondée sur la simplicité et l’authenticité, « la proximité, la chaleur et la complicité que l’on retrouve entre les membres d’une fratrie » (p 18) ; cet « ensemble organique, entité vivante » (p 29) est animé d’une expression charismatique de la Foi à travers l’exercice, par chacun, des dons qu’il a reçus et mis au service des missions de l’Eglise dont celle de faire des disciples eux mêmes engendrant d’autres disciples afin que la puissance de l’Evangile trouve sa pleine dynamique de levain transformant nos sociétés.

Ce livre au service de « l’Eglise au cœur des maisons et au cœur de la société » éclaire également les aspects très concrets du fonctionnement des cellules de maison.

Daniel a l’étoffe non seulement de pionnier mais aussi de prophète, convaincu de la nécessité de partager sa conviction, servie par son expérience, qu’une expression renouvelée de l’Eglise doit être développée.

Alain et Geneviève Gubert

 

Femmes et hommes en coresponsabilité dans l’Eglise

Dialogue théologique entre Elisabeth Moltmann-Wendel et Jürgen Moltmann

Depuis les années 1960, on a vu apparaître une vision nouvelle de l’humanité portée par la dynamique d’une communion spirituelle. Un aspect de cette évolution réside dans la montée d’un nouveau rapport entre les hommes et les femmes, le recul de la domination masculine permettant l’émergence d’une égalité responsable entre les genres. Ainsi, si l’égalité croissante entre les hommes et les femmes est un mouvement à l’œuvre au cours des deux derniers siècles, il s’est accéléré dans les dernières décennies. En arrière-plan, c’est toute une organisation sociale fondée sur le patriarcat et plusieurs fois millénaire, la prépondérance des hommes et celle des pères qui est en train de s’effondrer. Cette évolution, qui est aussi une révolution, se heurte à de fortes résistances, tout particulièrement dans le monde religieux. Les églises chrétiennes sont, pour la plupart, encore marquées par la prépondérance masculine (1). Et pourtant, les Evangiles témoignent de l’engagement de Jésus dans une entière reconnaissance de la personnalité féminine, ouvrant la voie à l’apparition de « communautés d’hommes et de femmes » (2). L’histoire nous montre comment la société patriarcale a étouffé ou circonscrit ce changement. Le recul actuel de cette société ouvre  un  nouvel espace pour un christianisme en phase avec son inspiration première.  Dans ce contexte, une réflexion s’est opérée et on a vu apparaître une théologie féministe. Cette théologie fait entendre la voix des femmes dans sa diversité. Elisabeth Moltmann-Wendel a été une des premières théologiennes féministes. Elle s’exprime dans une configuration originale en fonction de son mariage avec une des plus grands théologiens de l’époque, Jürgen Moltmann (3). Ainsi, à la fin du XXè siècle, la théologie féministe ouvre un regard nouveau sur la foi chrétienne.  Certes, depuis cette époque, le contexte a évolué. La parité entre hommes et femmes s’est imposée dans de nombreux pays. Dans les églises, quelques unes se sont engagées dans une pleine reconnaissance des femmes et des hommes  dans l’exercice à toutes les responsabilités. En France, c’est le cas de l’Eglise Protestante Unie. Par contre, dans d’autres milieux, dans des formes variées et dans des langages différents, la  prépondérance masculine, la tonalité patriarcale continue à s’exercer, même si elles perdent du terrain, ça et là. Les prises de conscience s’opèrent progressivement. Et il est important de mettre en évidence tous les engagements en ce sens comme le texte de Joseph Moingt : « Les femmes et l’avenir de l’Eglise » dans la revue Etudes (4) et le livre de Joëlle Sutter-Razanajohary : « Qui nous roulera la pierre ? Les femmes dans l’Eglise » (5), présenté aujourd’hui sur ce site. Parce qu’il éclaire cette évolution à partir de ses débuts, il nous paraît opportun de présenter un texte déjà ancien puisqu’il remonte à 1981 : un dialogue entre Elisabeth Moltmann-Wendel et Jürgen Moltmann à la conférence œcuménique internationale de Sheffield en juillet 1981. Ce dialogue est intitulé : «  Devenir des personnes dans la communauté nouvelle des hommes et des femmes » (6). Voici succinctement la trame de ce dialogue.

 

L’empreinte du système patriarcal

 

Elisabeth met en évidence le petit groupe de femmes qui a entouré Jésus et qui l’a soutenu jusqu’au bout. L’Histoire de l’Eglise a commencé à la rencontre entre Jésus ressuscité et les femmes qui l’avaient suivi. Mais l’histoire officielle l’a reportée à l’envoi des hommes apôtres. « Aujourd’hui, presque toutes les Eglises sont gouvernées et modelées par des hommes et s’appuient sur des catégories masculines. Dieu lui-même est envisagé dans des termes en prédominance masculins ». « L’expérience des femmes, que Jésus est un ami qui partage leurs vie, qui donne chaleur, intimité et tendresse à tous ceux qui sont abandonnés et sans soutien, est oubliée » ( p 1). « Le Féminisme, le mouvement des femmes dans le monde occidental, a donné à beaucoup de femmes le courage de se découvrir, d’exprimer à nouveau leurs propres expériences de Dieu, de lire la Bible avec des yeux nouveaux et de recouvrir leur rôle unique et original dans l’Evangile ».

Elisabeth incrimine le système patriarcal. «  Ce système est incompatible avec l’identité et les conceptions des femmes ». Le système patriarcal s’est également exprimé dans le colonialisme et le racisme, le capitalisme et le sexisme. « Aujourd’hui, les femmes comprennent Jésus comme ce qu’il a été pour elles. Elles veulent se débarrasser de la domination du système patriarcal ».

 

Elisabeth se garde de tout radicalisme. Sa pensée féministe est en phase avec un idéal social pour une société où le pouvoir est partagé et où la vie des femmes est respectée. «  Nous voulons une vie pleine qui joigne le corps, l’âme et l’esprit, une vie qui ne soit plus divisée entre la sphère publique et la sphère privée  et qui nous remplisse de confiance et d’espoir par delà la mort biologique ». Et, dans cette perspective, elle se réfère à des passages bibliques  comme la vision de paix du prophète Esaïe.

Dans cette volonté d’échapper au système patriarcal, il y a des femmes qui s’éloignent de l’Eglise et de Dieu. Qu’en pense Jürgen ? »

 

La réponse de Jürgen Moltmann est particulièrement incisive.

« Vous me demandez si Dieu est du côté du système patriarcal. Je voudrais tenter une réponse en m’interrogeant : quel est le Dieu du système patriarcal ? »

Ce système patriarcal n’est pas venu dans le monde à travers le christianisme. « L’ordre du pouvoir patriarcal est ancien et répandu. A un stade précoce, l’Eglise a été reprise en main dans une culture patriarcale. En conséquence, le potentiel libérateur du christianisme a été paralysé ». On a parlé de la captivité constantinienne de l’Eglise. La théologie féministe participe à la critique de cet enfermement. Ainsi, la libération des femmes et, en conséquence, celle des hommes, pour sortir du système patriarcal, est connectée avec la redécouverte de liberté de Jésus et une nouvelle expérience des énergies de L’Esprit. Nous devons laisser derrière nous le Dieu monothéiste des Seigneurs et des males, et découvrir, depuis les origines du christianisme, le Dieu de la communauté qui est riche en relations, capable de souffrance et apporte l’unité. C’est le Dieu vivant, le Dieu de la vie que le système patriarcal a déformé à travers les idoles de la domination. En  lui, les hommes aussi expérimentent une libération de la distorsion dont les femmes ont souffert et souffrent encore comme conséquence du système patriarcal ». Jürgen Moltmann  dénonce une éducation qui a imposé aux garçons et aux jeunes gens un rôle dominant et une pression de contrôle sur eux-mêmes. Les jeunes hommes ont été coupés en deux dans une survalorisation de la raison et de la volonté et le refoulement des émotions. Dans sa grandeur, le Dieu patriarcal reflète la misère qui s’exprime dans un male divisé et isolé. Pour  connaître ce Dieu-là, on remonte du père de famille au père des peuples, du père des peuples au père de l’Eglise et on parvient au Père de Tout au ciel. Puis, on redescend à nouveau du Père céleste pour légitimer les autorités. Ce Père de Tout au ciel n’a rien à voir avec le mystère du cher père, Abba, de Jésus

 

Dans des formes chrétiennes, cela aboutit à la séquence suivante : l’homme est la tête de la femme, Christ est la tête de l’homme, Dieu est la tête du Christ. C’est seulement sous la tête de l’homme que la femme est à l’image de Dieu…. ». Ce Dieu du système patriarcal est un Dieu solitaire et dominateur. Aujourd’hui, les hommes avec les femmes,  doivent se débarrasser de la pression du patriarcat comme un cauchemar et en finir avec cette répression de la vraie vie pour devenir une personne complète. Jürgen Moltmann rappelle l’expérience de Pâques où les femmes ont montré le chemin. « Dans le mouvement de la pleine résurrection, nous les hommes devons découvrir « la nouvelle communauté des hommes et des femmes » (2) qui nous délivre des distorsions du système patriarcal et nous ouvre à une pleine vie humaine ».

 

Une théologie pour une vie nouvelle.

En évoquant certains signaux qui sont communiqués par la Bible et par l’Eglise, Elisabeth en déduit une influence qui amène les femmes à envisager leur vie comme supplément à celle de l’homme, une vie de l’esprit et de la parole, mais non de l’unité de corps, de l’âme et de l’esprit. « Pendant trop longtemps, dans la tradition patriarcale, nos corps ont été considérés comme embarrassants, impurs et choquants. Ceci n’est pas la plénitude de vie, mais une vie à moitié.

Est-ce que la tradition chrétienne  peut nous aider de sortir de cette vie à moitié ? Où est-ce que nous pouvons trouver des sources et des motivations pour notre identité ? Quelles traditions chrétiennes peuvent nous guider vers la plénitude ? Quelles traditions chrétiennes peuvent aussi aider les hommes à avoir une vie pleine ? » (p 7).

 

La réponse de Jürgen Moltmann nous rejoint en plusieurs étapes (p 7-10).

« Les traditions de la Bible, du christianisme ou de l’Eglise ont été effectivement  écrites et rassemblées par des males dominants. L’histoire, a-t-on dit, est toujours  écrite par les vainqueurs. Les perdants sont dépouillés de la conscience de leur propre histoire. Maintenant, nous pouvons lire ces traditions « d’en haut », mais nous pouvons aussi les lire, contrairement à la manière dont elles ont été rapportées, « d’en bas » . Dans l’histoire des gouvernants,  nous trouverons ainsi l’histoire refoulée des révoltes contre leurs dominateurs. En ce sens, il y a aussi une histoire des femmes dans et par dessous l’histoire masculine de l’Eglise.  Vous-même, vous en avez redécouverte une partie. Mais, ici et là, on peut aussi trouver des histoires de liberté dans l’histoire masculine ».

 

°  Moltmann regarde le nouveau départ après le second récit de la chute entrainée par la corruption de l’humanité et du monde en Genèse 6.11-13. « Ce mal là, c’était la généralisation de la violence. Ainsi, la perte, à son origine, n’est rien d’autre que des actes de violence. La rédemption réside dans une « une vie non violente » du genre de celle à laquelle Jésus appele dans le Sermon sur la Montagne. Aurions-nous davantage écouté cette histoire, nous n’aurions jamais généré le mythe de l’infériorité de la femme ».

° Aujourd’hui, les femmes s’insurgent : « Est-ce que Dieu est un homme ? Selon la doctrine actuelle, les personnes divines semblent masculines. Mais est-ce le cas ? il y a une tradition refoulée de la maternité du Saint Esprit. Jürgen Moltmann renvoie ainsi aux communautés gnostiques, à l’Eglise éthiopienne, aux Pères grecs et à la redécouverte de cette perception par le comte Zinzendorf au XVIIIè siècle. Moltman ajoute : « Si l’Esprit est notre mère, alors je puis sentir que je ne suis pas « sous Dieu », mais « en Dieu ». Cette approche me libère des images monothéistes, partiales du Père et m’aide à faire l’expérience du Dieu plénier dans la plénitude de mon être. Elle m’aide à trouver un Dieu qui est communauté ».

° Enfin, « je découvre que l’approfondissement de la doctrine de la Trinité dans la représentation chrétienne de Dieu a aussi déjà préparé le remplacement d’un Seigneur Dieu male. Dans le passé, une compréhension individualiste des êtres humains et une compréhension monothéiste de Dieu ont grandi ensemble. Si maintenant, nous considérons les êtres humains en tant qu’unité du corps, de l’âme et de l’esprit, et qu’ils trouvent leur salut dans la totalité de leur vie, alors l’image de Dieu sur Terre ne peut pas être seulement leurs âmes. Dans leur nature corporelle, dans la communauté des femmes et des hommes, ils correspondent à Dieu. Mais quel Dieu ? Surement, le Dieu qui est riche en relations, qui unit, qui forme communauté, en bref, le Dieu triun. Ce Dieu ne gouverne pas en divisant et en isolant (Diviser et régner), mais il est présent dans l’unification de ce qui est séparé et la guérison de ce qui est divisé. Le male puissant peut être une imitation du Tout Puissant, mais seule une communauté humaine peut être l’image du Dieu triun. Cette idée m’aide à  chercher Dieu non seulement au dessus au Ciel, seulement profondément dans mon âme, mais, avant tout, « parmi nous », dans notre communauté ».

° « Vous m’avez demandé :  Quelles sont les traditions chrétiennes qui peuvent nous mener dans un chemin de totalité Les espoirs passés, les expériences passées sont constamment enregistrés dans nos traditions. Cela a de la valeur, mais une valeur seulement limitée. Aucune tradition ne peut engendrer le futur. Au mieux, les traditions peuvent préparer le chemin vers le futur. L’Esprit lui-même crée constamment de nouvelles réalités et nous apporte plein de surprises. L’Esprit n’est pas lié aux traditions, mais il leur empreinte ce qui tend vers l’avenir. Le christianisme, c’est plus qu’une tradition, c’est une espérance » (p 10).

Le dialogue se poursuit au sujet de la transformation des églises dans le mouvement de la promotion féminine. A ce point, Jürgen Moltmann met en évidence les affinités que certains hommes vont rencontrer dans le changement de rôle et d’attitude qui leur est demandé, car cela requiert une transformation profonde de leur personnalité. Il y a aussi un pas à franchir dans la conception de l’église. « C’est seulement si l’église qui se sent responsable d’en haut, devient la communauté des gens, qu’elle accueillera sur un plan d’égalité les femmes, les travailleurs, les handicapés et les envisagera dans la dynamique de l’Esprit » ( p 13).

 

Un jalon qui nous parle encore aujourd’hui

Dans son livre autobiographique : « A broad place », Jürgen Moltmann consacre un chapitre à son engagement avec Elisabeth, son épouse dans une recherche théologique inspirée par la question féministe (7). De fait, l’impulsion est venue d’Elisabeth qui a commencé à suivre cette voie à partir de 1974. Dans cet itinéraire, la conférence  œcuménique organisée à Sheffield par le Conseil Mondial des Eglises à laquelle Jürgen et Elisabeth Moltmann ont été appelés à produire ce dialogue a été un épisode important. Le texte correspondant remonte donc à 1981 Cette intervention s’inscrit donc ainsi dans le premier tiers du parcours théologique de Jürgen Moltmann (8). On trouve donc dans ce texte des intuitions, des orientations, parfois dans des expressions encore peu élaborées. On découvre là des thèmes que Moltmann va approfondir et développer dans les années 1980 et 1990  dans de grandes œuvres :  Trinité et Royaume de Dieu (1980), Dieu dans la création (1985), Jésus, le Messie de Dieu (1988), L’Esprit qui donne la vie (1991) (9). Quatre décennies se sont écoulées depuis cette intervention conjointe de Jürgen et d’Elisabeth. On peut donc se demander si ce texte garde encore une actualité. De fait, si le contexte a changé, les questionnements gardent leur pertinence. Certes, l’égalité des femmes et des hommes a beaucoup progressé dans la société. A cet égard, la situation est tout à fait différente . Mais en est-il de même dans les églises ? Dans le champ religieux, si des progrès importants sont apparus dans certains secteurs, les résistances restent considérables. Et plus généralement, dans le monde, la participation conjointe des femmes et des hommes à la vie sociale, politique et religieuse apparaît comme un enjeu puisqu’en face, on rencontre encore une volonté de puissance et de domination Ainsi ce texte peut continuer à nourrir notre réflexion.

Jean Hassenforder

 

  • Dans un pays comme la Grande-Bretagne où les églises ont fait des pas très importants vers la reconnaissance des ministères féminins, la sociologue Linda Woodhead diagnostiquait encore récemment la persistance du paternalisme. http://www.temoins.com/paternalisme-probleme-leglise/
  • « La communauté des hommes et des femmes. Une vision de l’Eglise selon Jürgen Moltmann » : http://www.temoins.com/la-communaute-des-hommes-et-des-femmes-une-vision-de-leglise/
  • « Une théologie pour notre temps. L’autobiographie de Jürgen Moltmann » : http://www.temoins.com/une-theologie-pour-notre-temps-lautobiographie-de-juergen-moltmann/
  • « Joseph Moingt sj Les femmes et l’avenir de l’Eglise. Etudes  Janvier 2011 ». Dans ce remarquable article, Joseph Moingt, théologien renommé, met en évidence le fossé qui se creuse entre l’univers féminin et l’Eglise catholique. Il montre les différents aspects de ce déphasage et notamment la tendance actuelle à dénier aux femmes des responsabilités ecclésiales. C’est « une attitude suicidaire ». En regard, Joseph Moingt rappelle l’approche du  Concile Vatican II : https://www.cairn.info/revue-etudes-2011-1-page-67.htm
  • Joëlle Sutter-Razanajohary. Qui nous roulera la pierre ? Les femmes dans l’Eglise. Empreinte, 2018. L’auteure a un rôle actif comme pasteur dans la mouvance baptiste. Ce livre est présenté sur ce site par Françoise Rontard
  • Becoming persons in a new community of women and men. The joint opening lecture at an oecumenical conference on « The community of Women And Men in the Church » Sheffield, England , 11-18 july 1981 » p 1-16 dans : Elisabeth Moltman-Wendel. Jürgen Moltmann.  His and Hers  SCM Press, 1991
  • Jürgen Moltmann. A broad place. An autobiography. SCM Press, 2007 Chapter 24 : God-His and Hers. Joint theology with Elisabeth p 321-333
  • Colloque organisé en 1988 à New York avec Jürgen et Elisabeth Moltman pour faire le point sur la réception de la théologie de l’espérance , vingt ans après le livre pionnier de Jürgen Moltmann sur cette question. On y verra aussi l’intervention d’Elisabeth Moltmann-Wendel : http://www.vivreetesperer.com/?p=2674
  • Ici les dates de parution sont celles de l’édition allemande. Ces livres ont été traduits en français et publiés aux éditions du Cerf.

Quand l’Église n’est plus au centre du village

L’Eglise en postchrétienté d’après Stuart Murray

« Etre et faire Eglise en postchrétienté » (1) nous appelle Gabriel Monet dans la publication de sa thèse sur l’Eglise émergente. Et, sur le site de Témoins, depuis le début des années 2000, nous cherchons à comprendre les transformations sociales et culturelles en cours, et, en regard, à rechercher la pertinence des pratiques d’Eglise. Ainsi,  en 2003,  nous avons accueilli Stuart Murray (2), et, en 2004, présenté un de ses livres majeurs : « Post-Christendom. Church and mission in a strange new world » (3). Stuart Murray s’y montre historien et sociologue. C’est aussi un théologien qui envisage l’avenir de l’Eglise.

Lorsqu’on consulte la biographie de Stuart Murray, on découvre un itinéraire à la fois constant et diversifié. Dans une mouvance anabaptiste, c’est un missionnaire, au sens moderne du mot, qui, au fil des années, œuvre pour l’implantation de nouvelles églises, particulièrement en milieu urbain. Et, dans cette perspective, il cherche à comprendre et à faire comprendre notre culture et notre société. Il nous appelle au discernement. Grâce aux Editions mennonites, cette expérience et ce savoir sont aujourd’hui accessibles en langue française, dans un recueil : « Quand l’Eglise n’est plus au centre du village » (4). Ce recueil rassemble des conférences de Stuart Murray lors d’une retraite de la Pastorale mennonite romande du 17 au 19 octobre 2013. « Ce théologien et implanteur d’Eglises, fondateur du réseau anabaptiste en Grande-Bretagne et en Irlande dans les années 1990, a partagé sa vision de l’Eglise dans un contexte occidental de postchrétienté ». Ces conférences ont été traduites, puis rédigées et présentées par un pasteur, Michel Ummel. Il en résulte un livre particulièrement accessible  qui communique la pensée de Stuart Murray à un vaste public : « Après avoir expliqué le passage de la chrétienté à la postchrétienté, il a redéfini les missions et les tâches de l’Eglise dans ce contexte. Il a montré les possibilités considérables d’action de l’Eglise, les possibilités d’implantation d’Eglise et a imaginé différents scénarios  pour l’Europe à l’heure de la postchrétienté ». Quelques notations permettront de mettre en évidence l’importance de ce livre et d’appeler à sa lecture.

 

De la chrétienté à la postchrétienté

Stuart Murray nous rappelle l’histoire et les caractéristiques d’une « civilisation façonnée par l’histoire, la langue, les symboles et les rythmes du christianisme »  et marquée par un arrangement politique dans lequel l’Eglise et l’Etat se soutenaient l’un l’autre de façon souvent tumultueuse » (p 15). Ce système a régné en Europe pendant des siècles. Aujourd’hui, cette ère se termine. « La notion de société chrétienne se termine. Imposer le christianisme n’a pas fonctionné. L’alliance entre le pouvoir, la richesse et le statut est aujourd’hui une pierre d’achoppement. L’Eglise est considérée instinctivement comme une institution obsolète et oppressive » (p  16). Nous entrons donc dans une culture nouvelle. « Une tentative de définition de la postchrétienté peut être formulée ainsi : c’est la culture qui émerge lorsque la foi chrétienne perd sa force de cohésion dans une société façonnée par l’histoire chrétienne et où décline l’influence des institutions qui exprimaient des convictions chrétiennes » (p 17). Cette transformation se manifeste par un certain nombre de changements. « Les Eglises passent du centre aux marges. Les chrétiens sont devenus minoritaires… Les chrétiens, outre leurs privilèges, perdent de leur importance dans un contexte de pluralité.  On évolue du contrôle social vers le témoignage. C’est le passage du statu quo vers la mission. On passe de l’institution au mouvement. » (p 18). Comment réagir dans cette transition ? Certains refusent le changement et se replient dans l’imaginaire du passé. Stuart Murray met en évidence la complexité de la situation et il appelle au discernement. « Il faut recourir à une approche qui soit provisoire, exploratoire et flexible, dans un environnement changeant… Il faut rechercher dans une approche « capable de discerner dans le contenu culturel ce qu’il faut adopter et adapter du passé, une approche qui passe par une réflexion théologique patiente et prudente » ( p 22).

 

Participer à la Mission de Dieu, « Missio Dei »

En chrétienté, l’Eglise régnait sans partage. La mission était tournée vers l’extérieur. Elle se conjuguait souvent avec une imposition politique ou culturelle. Aujourd’hui elle passe au premier plan. « Elle va de partout à partout ». « On assiste à un renouveau théologique radical en redécouvrant le Dieu missionnaire qui, par amour, tend les bras à toute la création » (p 29). Dans sa thèse sur l’Eglise émergente, Gabriel Monet nous appelait à entrer dans la vision de la mission de Dieu à laquelle participe « une Eglise missionnelle » (1). C’est aussi la perspective que Stuart Murray met ici en évidence. « La « Missio Dei », la Mission de Dieu, c’est la compréhension de la mission à l’époque de l’Eglise primitive. La mission est une action divine. C’est la manière d’agir de la Trinité. L’Eglise est prise dans ce flux de la mission. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20.21). L’Eglise n’est donc pas « l’expéditeur », mais « l’envoyée ». L’expéditeur, c’est Dieu » (p 30). « La mission de Dieu est cosmique et universelle. Elle inclut « la restauration de toutes choses » (Actes 3.21). C’est le grand dessein de Dieu, le rêve de Dieu, la « grande histoire » de la Bible » (p 31).

Les barrières et les prétentions institutionnelles tombent. Nous voici dans une dynamique ouverte. « La vision de Dieu avance dans l’Eglise, en dépit de l’Eglise, au delà de l’Eglise et vers l’EgliseLa portée de la mission est très large : l’évangélisation, le soin de la création, le travail pour la justice, l’implantation d’Eglises, le renouveau culturel, l’activisme politique, l’éducation, la guérison des esprits et des corps… La mission n’est pas seulement liée à l’Eglise. Dieu est déjà à l’œuvre dans tous les contextes et la mission du chrétien est de participer à la mission de Dieu. Le chrétien n’apporte pas Dieu avec lui, même s’il a quelque chose de frais à apporter dans toute situation. Il doit discerner ce que Dieu fait et ce que Dieu l’appelle à faire dans un tel contexte. Il doit aussi repérer comment Dieu est à l’œuvre par d’autres peut-être d’une manière surprenante. La tâche de l’Eglise est d’équiper et de soutenir ses membres à participer à la mission de Dieu » (p 33). Si l’on envisage la pratique courante et les représentations qui l’inspirent dans nombre d’Eglises, cette vision nous paraît libératrice et révolutionnaire.

Stuart Murray perçoit l’importance du changement. « Il faut reconnaître qu’il s’agit là d’un changement de paradigme » (p 33).

Et, dans le chapitre suivant, il nous invite à  nous interroger en écoutant les personnes qui ont quitté les Eglises (p 47-49) (5). D’une manière ou d’une autre, leurs aspirations ne rejoignent-elles pas la vision nouvelle de l’Eglise exprimée dans les termes de la « Missio Dei » ?

 

Implanter de nouvelles Eglises

Depuis des années, depuis le début de sa vie active,  Stuart Murray est engagé dans un travail pour l’implantation d’Eglises nouvelles.  Pourquoi et comment implanter des Eglises après la chrétienté ? Un chapitre du livre traite de cette question.

L’implantation d’Eglises prend tout son sens dans ce temps de changement culturel. Il existe donc de nombreuses raisons pour implanter des Eglises aujourd’hui. Il n’est pas surprenant que l’implantation d’Eglises soit de nouveau d’actualité ou que le langage de l’Eglise missionnelle ou de l’Eglise émergente soit utilisé (6). Il faut toutefois souligner que seuls certains types d’implantation d’Eglise vont réussir. Une partie des implantations d’Eglise réalisées au cours des dernières années n’a  pas été vraiment utile » (p 54).  « Le contexte de la postchrétienté exige à la fois le renouveau et l’implantation » (p 58). Mais Stuart Murray énonce toutes les bonnes raisons qui justifient l’implantation de nouvelles Eglises. Cette activité permet une expérimentation, une recherche, un dialogue, l’approche de milieux nouveaux.

Fondateur du « Réseau anabaptiste » en Grande-Bretagne, Stuart Murray s’inspire de l’exemple de la création de nouvelles Eglises par les anabaptistes au XVIè siècle, communautés croyantes à l’encontre des pesanteurs institutionnelles de la chrétienté. Stuart Murray nous rapporte également son expérience personnelle de l’implantation d’Eglises dans le cadre de « Urban expression ». « Urban expression » est une agence missionnaire active dans les villes en Grande-Bretagne qui recrute, équipe et envoie des équipes de pionniers dans des quartiers pauvres économiquement et pauvres en Eglises, pour y vivre une foi chrétienne de manière créative et pertinente » ( p 63). Ici, plutôt que de recourir à une grande équipe où une « Eglise-mère » exerce un contrôle, l’équipe a plus de liberté et d’incitation à être créative » (p 65) (7).

Si des sociologues nous aident à comprendre une réalité sociale en pleine évolution (8), celle-ci est certes complexe. Stuart Murray est prudent dans ses analyses. Il reste qu’on peut constater une transformation majeure qui s’opère dans le long terme, ainsi le passage de la chrétienté à la post chrétienté. Et, en regard, se pose la vision théologique de la Missio Dei, de la Mission de Dieu. Lorsque Stuart Murray porte attention aux observations des gens qui ont quitté les Eglises, il accorde de l’importance à une expression d’expérience. Cette expérience peut trouver réponse dans une nouvelle manière de reconnaître l’œuvre de Dieu et d’envisager le rôle des Eglises.

En traduisant les conférences de Stuart Murray, en les recueillant  dans un livre, les Editions mennonites ont fait œuvre utile. En effet, cet ouvrage est particulièrement bien présenté, tant en ce qui concerne son organisation qu’à travers les introductions de Michel Ummel. Ainsi, ce livre est un outil qui peut contribuer à modifier les représentations et à les rendre plus pertinentes. C’est dire qu’il mérite une large diffusion bien au delà d’un public prédéterminé.

Jean Hassenforder

(1) Gabriel Monet. « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en Postchétienté. LIT Verlag, 2014

« Des outres neuves pour du vin nouveau. Interview de Gabriel Monet, auteur de « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en postchrétienté » : http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/

(2) « Eglise en devenir. Compte-rendu par Françoise Rontard de la rencontre avec Gabriel Monet (novembre 2003) » : http://www.temoins.com/eglise-en-devenir/

(3) « Faire Eglise en postchrétienté. Le livre de Stuart Murray : Post-Christendom. Church and mission in a strange new world  (2004) » : http://www.temoins.com/faire-eglise-en-post-chretiente/

(4) Stuart Murray. Quand l’Eglise n’est plus au centre du village. Editions mennonites, 2018 Le livre est disponible pour un achat en ligne sur le site des Editions mennonites

(5) « Chrysalide. La métamorphose de la foi. Une ressource pour des chrétiens en recherche ». Mise en perspective d’un livre d’Alan Jamieson à partir de l’expérience de chrétiens ayant quitté les Eglises (Empreinte, 2014) : http://www.temoins.com/chrysalide-les-metamorphoses-de-la-foi-une-ressource-pour-des-chretiens-en-recherche/

(6) Les « Fresh expressions » britanniques s’inscrivent dans ce courant de l’Eglise émergente et se développent rapidement, expression d’initiative et d’innovation, à la fois autonomes et en lien avec des Eglises comme l’Eglise anglicane et l’Eglise méthodiste. « Les Fresh expressions en Grande-Bretagne : point de vie d’un pionnier. Propos de Michael Moynagh » : http://www.temoins.com/les-fresh-expressions-en-grande-bretagne-point-de-vue-dun-pionnier-propos-de-michael-moynagh-recueillis-par-pippa-soundy-en-reponse-aux-questions-dalain-gubert-et-de-je/

(7) « Urban expression. An interview with Stuart Murray Williams » : https://themennonite.org/urban-expression-interview-stuart-murray-williams/

(8) « Le Christianisme en Europe. Quelles perspectives ? » : « Europe, The exceptional case » par la sociologue Grace Davie : http://www.temoins.com/le-christianisme-en-europe-quelles-perspectives/

Quelle vision de l’homme ? Quelle vision de la mission ? D’après Christoph Théobald, auteur du livre : « Urgences pastorales »

En France, comme en Europe, le paysage religieux change rapidement. Dès 1999, dans son livre inspirant, « Le pèlerin et le converti », la sociologue, Danièle Hervieu-Léger annonçait la fin de la « civilisation paroissiale », un encadrement traditionnel des « fidèles » par les églises. Pourtant, encore aujourd’hui, celles-ci s’obstinent encore souvent à maintenir ce système. Plus généralement, dans une société toute nouvelle, deux visions de l’Eglise s’opposent.

L’une, face à un monde perçu comme dangereux, voire mauvais, s’organise en contre-société sans hésiter à se répéter et en opérant des missions pour conjurer le recul et agrandir le périmètre. Mais il y a une autre vision. En s’ouvrant à un monde qui change, en cherchant à le comprendre, c’est aller à la rencontre des gens d’aujourd’hui en les respectant et en les aimant. C’est former des communautés ouvertes et innovantes. Plus avant, ce qui est en jeu, c’est le regard porté sur l’humain. Voit-on d’abord en l’humain ce qui est mauvais ou ce qui est bon ? L’objectif est-il en tout premier de délivrer l’humain d’un mal intérieur, ou bien de l’aider à grandir dans le bon en reconnaissant en lui une présence de Dieu déjà opérante, toute prête à s’exprimer davantage et à répandre une lumière libératrice.

Ces questions peuvent être explicitées en termes théologiques. A cet égard, l’apport de Christoph Théobald dans son livre : « Urgences pastorales du moment présent. Comprendre, partager, réformer » (1) nous paraît particulièrement bienvenu et original. Théologien reconnu dans l’univers catholique, Christoph Theobald s’adresse à cet univers, mais son message va bien au delà, non seulement comme en témoigne sa dédicace : « Pour nos sœurs et frères luthériens 1517-2017 », mais bien plus à travers une réflexion et un langage qui prend en compte les dimensions de notre existence et les savoirs correspondants dans le monde actuel. C’est une approche qui s’inscrit dans le sillage du Concile Vatican II à la rencontre des hommes, à la rencontre du monde et dans le renouveau engagé aujourd’hui par le pape François. Celui-ci incite les chrétiens et leurs institutions à une profonde « transformation missionnaire ». L’association des deux mots est inédite. Elle donne la mission comme « critère directeur de la transformation de l’Eglise. C’est ce décentrement de l’Eglise, sa « sortie de soi » ou sa mission qui, pour la première fois, sont érigés en critères décisifs de la réforme…  Aurait-il été possible d’adresser à chaque personne qui habite cette planète une encyclique « sur la sauvegarde de la maison commune », si auparavant le Pape n’avait pas appelé les chrétiens à balayer d’abord devant la porte de leur Eglise, y compris celle de son administration centrale » (p 12) ?

En ce sens, Christoph Théobald propose une pédagogie de la réforme. « Celle-ci dessine un parcours en trois temps. Le premier temps sera de s’asseoir ensemble et de faire un diagnostic de nos sociétés et de nos communautés pour discerner la possibilité d’un accueil de l’Evangile dans notre contexte ouest-européen d’aujourd’hui. Suivra alors un deuxième temps consacré à la conversion missionnaire elle-même, en présentant l’expérience de foi spécifiquement chrétienne qui rend cette transformation désirable et possible… Nous rejoignons ici l’hypothèse centrale de l’ouvrage où ses différents fils vont se nouer : le diagnostic de notre état mental et de nos modes de vie, la suspicion de nos sociétés par rapport à tout élan missionnaire, la source et la finalité véritable de celui-ci et la compréhension du pourquoi d’une réforme de l’Eglise catholique… Dans un troisième temps, il reste à aborder par anticipation la figure d’une Eglise missionnaire et surtout le processus pédagogique ou manières de faire qui permettent d’avancer en ce sens » (p 18).

 

Annoncer l’Evangile dans la société d’aujourd’hui

Le regard de Christoph Théobald ne s’attache donc pas à la sauvegarde de l’institution, mais à l’annonce de l’Evangile qui est sa raison d’être. C’est un regard qui va de l’avant. « Si, à la surface de la carte climatique du catholicisme français et européen, l’inquiétude dépressive des uns et la combativité identitaire des autres semblent dominer, on peut découvrir sous la surface de beaucoup d’enquêtes, une véritable fécondité évangélique, toujours enracinée localement.

Celle-ci a la vertu, si elle est effectivement perçue, de nous libérer d’un certain volontarisme, y compris institutionnel, et d’engager l’Eglise dans une conversion missionnaire sur la base d’une expérience de foi bien spécifique à laquelle il faudra sans doute prêter davantage attention. L’Evangile de Luc (comme d’ailleurs celui de Matthieu) induit une telle inversion du regard, Jésus fondant la mission sur l’abondance de ce qui est déjà mur et attend d’être moissonné… » (p 139).

Cependant, la notion de mission ne va pas de soi aujourd’hui. Elle n’a pas nécessairement une bonne image. De fait, l’héritage du passé est mitigé. Il varie selon les Eglises et les milieux. Si l’évangélisation a porté de bons fruits, trop souvent, elle a été aussi encadrée dans une conception menaçante de Dieu. Un examen rétrospectif peut expliquer les aléas de la notion de « mission ».

En esprit libre et courageux, Christoph Théobald sait reconnaître les situations telles qu’elles sont. Ainsi évoque-il « le discrédit dans lequel est tombée la notion de mission immédiatement identifiée dans la mentalité contemporaine avec le « prosélytisme ». « L’équation entre « mission » et « prosélytisme » est tellement ancrée dans la conscience occidentale que la plupart des chrétiens eux-mêmes ne comprennent plus le lien intrinsèque entre l’Evangile et sa diffusion ou la mission » (p 341). A vrai dire, s’il y a encore des éléments doctrinaux qui ne jouent pas en faveur d’une pleine liberté de détermination, Christoph Théobald sait opérer les clarifications nécessaires. Ainsi pouvons-nous déboucher sur une conception de la mission qui allie l’œuvre de Dieu et le respect de la liberté humaine. Cette section s’intitule : « Finalité et source la mission. La foi de « quiconque » et la foi des « christiens » (p 168), nous parait tout à fait essentielle, car elle fonde l’évangélisation sur un « intérêt désintéressé pour autrui », dans le respect de sa liberté.

 

Les voies de Dieu dans les cheminements humains 

« Il suffit d’ouvrir les évangiles et les actes des apôtres pour constater qu’ils sont tissés d’une multitude de rencontres avec des personnes diverses venant de milieux, de statuts sociaux et de cultures très différentes. La rencontre entre eux et Jésus, voire entre ces personnes et les apôtres ou missionnaires dans les actes, se produit presque toujours à l’improviste et est engagée ou acceptée de la part du Christ et de ceux qui s’en réclament, de manière gratuite ou désintéressée. Cela ressort du fait que la plupart des bénéficiaires de ces rencontres repartent chez eux sans devenir disciples du maitre ; disons au moins que ce n’est pas leur « suite » de Jésus que les récits suggèrent (p  149).

Et comment peut-on interpréter la « foi » qui s’exprime dans ces rencontres ? « De multiples « sympathisants » rencontrés à l’improviste par Jésus s’entendent dire de sa bouche : « Ma fille, mon fils, ta foi t’a sauvé » sans se retrouver pour autant dans le groupe de ses disciples » (p 152). Christoph Théobald voit là une « foi élémentaire » omniprésente dans les récits évangéliques.  N‘est-ce pas là un élan de vie qui trouve réponse dans une guérison ou une libération ? Cette « foi élémentaire » constitue « une figure de foi, distincte, infiniment variée, rassemblant des personnes qu’on peut désigner de « quiconque » qui trouvent leur place à côté des disciples de Jésus… » (p 159). Dans cette foi élémentaire, l’auteur perçoit la manifestation  de  « l’universelle grâce christique orientée vers le mystère pascal ». Mais cette manifestation ne débouche pas nécessairement sur le baptême. C’est « une foi élémentaire » en la vie, les voies connues de Dieu » (p 154).

Ainsi le passage de la « foi élémentaire » nécessaire pour vivre, à la foi christique, n’est pas de l’ordre de la nécessité. Il se produit gratuitement et dépend à ce titre d’une grâce spéciale du Christ. C’est ce que manifeste par exemple le retour du dixième lépreux, alors que les neuf autres sont eux aussi guéris (Luc 17, 11-19). Ainsi, certains viennent délibérément vers le Christ et vivent alors dans sa communion. Leur foi prend alors une autre forme. Elle devient une foi proprement christique qui donne accès à l’intimité de Dieu (p 156). « L’Ecriture et la tradition l’affirment et présentent cette foi de « christiens » (une appellation donnée par l’auteur) comme expérience spirituelle, voire mystique qui fonde l’intérêt missionnaire  inconditionnel et gratuit pour l’autre et pour sa « foi élémentaire » (p 156). Cette foi donne accès à l’intimité de Dieu. « Jésus ne nous met pas seulement face à Dieu comme l’ont fait les prophètes, ceux de la Bible et celui du Coran, etc ; il nous donne accès à son intimité, à son intériorité abyssale puisqu’il y est déjà lui-même. Voilà la différence chrétienne » (p 156). Le terme d’intériorité est analogique, explicite l’auteur, mais il est tout à fait ajusté, car «  à la suite de Jésus,  il nous fait découvrir ce qui est « divin » en tout être humain, sa liberté d’ouvrir son intimité à autrui en parlant et agissant avec lui. Nous comprenons alors que « Dieu seul » peut nous dire qui il est… La foi biblique et christique nous donnent une capacité toute particulière, celle de Jésus lui-même de contempler sur le « visage » de Dieu, son intériorité entièrement disponible à nous et à sa manière de prévenir  nos résistance, à Lui ouvrir notre propre intimité et à ne jamais l’ouvrir à Lui sans l’ouvrir à autrui » (p 157)… De même, l’écoute de l’Evangile ne va pas sans son annonce. « Une entrée dans l’intimité de Dieu avec le Christ serait illusoire si elle ne se réalisait pas en même temps comme « ouverture » à l’intériorité de Dieu en tout homme et en toute chose » (p 159).

 

Ce livre nous apporte une analyse des différentes manières selon lesquelles l’expérience religieuse est envisagée dans la société. Et, dans cette perspective, il met l’accent sur le reproche qui est fait à l’Eglise catholique, aux Eglises, de « ne pas s’intéresser à autrui pour lui-même ». En mettant en évidence la « différence chrétienne », « le « point » mystérieux ou se rejoignent la rencontre unique du Christ et la nécessité d’annoncer l’Evangile, Christoph Théobald a opéré une clarification qui nous paraît fort utile. « Elle consiste à considérer la « foi élémentaire » de tout un chacun, non pas comme une exception due à une ignorance invincible, mais comme une expérience humaine normale » En regard, la foi proprement chrétienne ouvre l’accès à l’intimité de Dieu.

« Urgences pastorales du moment présent. Comprendre, partager, réformer », ce livre ouvre un champ très vaste en plus de 500 pages. Il n’était pas question de le résumer. Nous nous sommes attachés ici à présenter la manière dont Christoph Théobald envisage l’annonce de l’Evangile, la mission, dans le contexte du respect de la  liberté humaine, le refus de toute imposition ou manipulation symbolique. C’est envisager, en même temps, le sens de la mission chrétienne et son importance et la nature humaine et le chemin des hommes. C’est un sujet au cœur de notre existence chrétienne. C’est un sujet délicat. Nous avons essayé de présenter les propositions de l’auteur, mais, manifestement, notre tentative est limitée et maladroite, car, dans ce cheminement de pensée, tous les mots comptent et on ne peut vraiment rendre compte de toute la complexité de cette démarche. Nous renvoyons donc au chapitre : « L’Evangile de Dieu : une expérience qui pousse à la « sortie » et à l’ensemble du livre, car ce sujet est au cœur de l’ouvrage.

Au cours des siècles, l’évangélisation a été une composante essentielle de la démarche chrétienne. Et, dans un espace de réflexion interconfessionnel, on sait combien aujourd’hui, elle peut être perçue selon des représentations différentes. Ces différences se sont manifestées tout particulièrement dans les dernières décennies. Ainsi, nous ne prétendons pas accompagner ici une démonstration théologique. Simplement, il nous a paru important de faire part de cette réflexion parce que cet éclairage a éveillé en nous un sentiment d’ouverture et de paix, dans le respect de l’humain allié à la puissance de l’amour divin. Oui, en Christ, nous pouvons être nous-même dans une gratuité de notre relation avec l’autre. Oui, nous pouvons être conscient et reconnaissant du don de la grâce et de la communion divine qui s’offre à nous. Déjà, nous avions reconnu, grâce à Jürgen Moltmann, la présence divine à travers la communion trinitaire et « l’Esprit qui donne la vie » (2) au delà de toute limite. Oui, nous pouvons reconnaître dans nos frères humains une présence de Dieu qui se manifeste sous des formes différentes, et peut, à tel moment, se révéler pleinement. Cette révélation sera accueillie comme une bénédiction, une source de louange. En lisant le texte profond, réfléchi, nuancé de Christoph Théobald, nous ressentons une joie qui peut s’exprimer dans la parole : « Vous avez été appelés à la liberté (Gal 5.13) ».

Jean Hassenforder

 

  1. Christoph Théobald. Urgences pastorales du moment présent. Comprendre, partager, réformer. Bayard, 2017
  2. Jürgen Moltmann. L’Esprit qui donne la vie. Cerf, 1999 Voir : « Une théologie pour notre temps. L’autobiographie de Jürgen Moltmann » : http://www.temoins.com/une-theologie-pour-notre-temps-lautobiographie-de-juergen-moltmann/

 

En annexe, l’auteur publie un texte sur « la pastorale d’engendrement ». Effectivement, Christoph Théobald est codirecteur avec Philippe Bach d’un livre : Vers une pastorale d’engendrement. Une nouvelle chance pour l’évangile ». Ce livre est présenté sur ce site par Gabriel Monet : http://www.temoins.com/la-pastorale-dengendrement-appel-a-un-regard-chretien-nouveau-sur-la-naissance-et-le-developpement-de-la-foi/

Culture numérique et spiritualité

Depuis plusieurs années, Pierre-Jean explore les technologies de la communication. Nous lui avons demandé comment il envisage la relation entre culture numérique et spiritualité.

 Des chercheurs nous présentent l’expansion d’internet et plus largement la culture numérique comme un changement de civilisation. Ainsi Milad Doueihi écrit : « le numérique est devenu une civilisation. En effet, le numérique modifie nos regards pour les objets, les relations et les valeurs ». Dans « Petite Poucette », Michel Serres nous invite à découvrir comment internet change nos représentations et nos comportements. Il nous parle d’un « âge doux » par référence au « software ». C’est dire comment nous pouvons nous interroger sur la manière dont la culture numérique interfère sur les représentations et les expressions du religieux et du spirituel.

 

1- Pierre Jean, peux-tu nous dire quelque chose de ton parcours et comment tu en es arrivé à te poser ces questions ?

Le privilège de chaque génération est de pouvoir écrire une page blanche. La nôtre est virtuelle. Et donc impossible de résister à l’envie de participer.

Le génie de notre époque ne se trouve plus dans la théologie des élites, la tête des mandarins, ni dans la culture subventionnée, mais bien dans la culture numérique. C’est aujourd’hui le plus puissant levier d’invention sociale et culturelle.

Plus que cela, le numérique aujourd’hui cristallise tous les enjeux de société et remet en cause notre rapport à la liberté, à l’autre, à l’information, à l’espace et au temps mais aussi aux biens matériels. Cela fait longtemps qu’internet a … dépassé internet. Et pour reprendre la prophétie de Marc Andresseen*, il dévore le monde.

Du fond de nos poches, les outils numériques ont pris une place incontournable dans nos vies. Les smartphones sont littéralement les écrins de nos intimités ; tout converge vers ce petit morceau de plastique : nos affects, nos émotions, ce qui nous relie aux autres, mais également ce qui nous permet de gérer notre vie pratique au quotidien.

Dans 20 ans, on se souviendra des deux premières décennies des années 2000 où tout était à inventer. Il sera alors temps de nous interroger sur ce que nous avons fait de cet inédit moment de liberté.

Pour la première fois dans l’histoire des hommes, la technique défie son imagination. Historiquement, c’est la nécessité qui poussait l’homme à inventer. Aujourd’hui, la diversité et l’accessibilité des outils technologiques mettent notre imagination en défi face à l’immensité des possibles.

La première révolution industrielle fut une révolution d’ingénieur. Le boom économique des années 80 fut celui du marketing. Le monde qui vient sera celui de la culture et du sens : de ceux qui auront la capacité à raconter des histoires.

2- Dans quel contexte culturel internet est-il apparu et s’est-il développé ? Quelles sont les caractéristiques originales de la culture numérique à ses débuts ?

Daniel Lallemand raconte cette aventure humaine dans un son passionnant livre L’Age du Faire. Le numérique est né de l’union contre nature du complexe militaro-industriel et d’une pensée libertaire issue de la contre-culture des années 60 en Californie : une profusion d’outils innovants se confrontait à la permission de penser différemment. De nombreux pays ont étudié le modèle de la Silicon Valley sans réussir à le reproduire. Sa spécificité est avant tout culturelle et… donc intérieure, impalpable et omniprésente.

Ce bouleversement inédit dans l’Histoire est avant tout une opportunité sociologique et non une opportunité technologique. Par exemple, les conditions technologiques pour l’apparition de facebook existaient depuis la fin des années 90. Son arrivée dans les années 2010 dans nos vies correspond à un moment bien particulier de nos sociétés.

La « valley » a réussi sa mission prométhéenne de démocratiser internet. Avec ses limites : notamment son transhumanisme nihiliste et son rapport compliqué à la culture, au sensible. La question la plus excitante du moment est où aura lieu la prochaine révolution. On peut se prendre à rêver qu’elle sera nourrie d’humanisme et de culture. Et pourquoi pas de la si vieille Europe riche d’histoire, de culture et de complexité. Il ne tient qu’à nous d’écrire le prochain chapitre.

3- Cette originalité s’exprime dans le livre : « la cathédrale et le bazar ». Dans quel contexte, ce livre a-t-il été publié ?

Il s’agit d’un texte écrit initialement sur un blog pour relater une expérience de développement collaborative d’un logiciel informatique. Contrairement à l’intuition initiale de l’auteur, l’ouverture et le partage à d’autres développeurs de son code et l’autorisation des utilisateurs à faire remonter leurs impressions lui a permis de mieux travailler et surtout de proposer un service parfaitement en phase avec ses utilisateurs. Il faut aussi lire en paratexte que cette liberté n’est possible que si un projet, un problème, est bien défini.

Ce modèle est aujourd’hui celui de l’Open Source, c’est à dire une technologique librement modifiable par tous, collaborative, bénévole, gratuite au service de ses utilisateurs. Il a notamment permis le développement de l’objet techniquement le plus avancé conçus par l’humanité : l’OS Linux, ce logiciel faisant tourner la grande majorité des serveurs permettant le fonctionnement d’internet.

4- En quoi ce livre : « la cathédrale et le bazar » nous ouvre de nouvelles perspectives dans notre manière d’envisager la vie sociale et politique ? Comment cette perspective peut-elle s’appliquer également à l’expression du religieux et du spirituel ?

Ce texte pose une question essentielle : est-il de possible de construire un projet commun, complexe et ambitieux sans une organisation structurée et hiérarchisée ? Et de manière contre-intuitive il répond qu’au contraire, la qualité de l’exécution, la dynamique, l’adhésion des participants et la qualité des idées qui en découlent sont bien meilleures.

Ce texte rejoint un corpus de textes qui partagent ce constat : nous pouvons citer le manifeste AGILE, le texte passionnant de David Marquet « Turn the Ship Around »… Le monde du numérique s’est dès son commencement posé la question de l’organisation d’équipes autour de projets complexes, regroupant de nombreuses inconnues dans son process et regroupant des gens conscients, informés et cultivés.

5- Philosophe, historien des religions et spécialiste du numérique, titulaire de la chaire sur les cultures numériques à l’Université Laval (Québec), Milad Doueihi plaide pour « un humanisme numérique ». Qu’entend-il par là ?

Comment devient-on un des plus pertinents penseurs du numérique en venant de l’histoire des religions ?

La conviction de Milad Doueihi est que le rôle de la religion, depuis toujours, est de gérer la communication et la médiation : c’est exactement le rôle du numérique aujourd’hui. L’étymologie du mot religion nous éclaire : relier ou relire. Selon ce chercheur, la caractéristique du numérique est de renouveler la manière de relier et relire de manière radicale.

Lui aussi affirme que : « L’humanisme numérique est l’affirmation que la technique actuelle, dans sa dimension globale, est une culture dans le sens où elle met en place un nouveau contexte à l’échelle mondiale, et parce que le numérique (…) est de devenue une culture qui se distingue par la manière dont elle modifie nos regards sur les objets, les relations et les valeurs, et qui se traduit par de nouvelles perspectives qu’elle introduit dans le champ de l’activité humaine ».

Selon lui, la conséquence majeure est une hybridation entre le virtuel et le réel. Un mélange entre les humanités anciennes et ce nouveau paradigme.

6- Mettant l’accent dans cette interview sur les aspects positifs, quelles valeurs la culture numérique porte-t-elle ?

Regarder 20 ans en arrière nous permet de constater à quel point beaucoup de nos usages et les valeurs qui en découlent ont été bouleversés.

  1. La confiance mutuelle : AirBnB, Drivy… proposent de mettre à disposition d’autrui ses biens contre rémunération. Cette économie collaborative qui porte mal son nom sous entend une grande confiance envers les autres. Ce mode de consommation était inimaginable il y a encore 10 ans.
  2. Le collaboratif : notamment via l’Open Source. Enormément d’applications qui façonnent nos vies ont été conçues de manière collaborative. Au-delà de la conception d’application, cette culture est devenue un mode de consommation, de financement de projet, de co-création… Cette culture du partage est née avec l’idée sous-jacente que pour recevoir, il faut avant tout partager. Et qu’il y aura toujours beaucoup plus d’intelligence en dehors des organisations qu’à l’intérieur.
  3. Le droit d’être soi-même : internet permet à toutes les micro-cultures d’exister. Personne n’est plus seul dans sa singularité.
  4. Le droit à l’information et à la culture : historiquement, le pouvoir et l’argent naissaient de l’accès à l’information. Lorsque celle-ci est instantanément et universellement disponible, où se trouve la légitimité de toute forme d’autorité ?
  5. La remise en cause de la verticalité : il y a encore 20 ans une entreprise pouvait distribuer de mauvais produits et les vendre grâce à un marketing efficace. Aujourd’hui, cela se sait instantanément. Cela est évidemment valable dans la politique, la culture,…

Sans promouvoir un techno-utopisme béat, et malgré les questions cruciales des données personnelles et de la neutralité du net, le numérique reste une immense avancée culturelle.

7- Philosophe, historien des sciences, penseur interdisciplinaire, à travers son livre : « Petite Poucette », Michel Serres met en évidence la nouveauté d’internet et de ses effets. A quoi es-tu particulièrement sensible dans cette pensée ?

Michel Serre dresse le portrait d’un habitant de ce nouveau monde numérique.

A l’opposé des lieux communs réactionnaires, il tente de décrire le nouveau monde dans lequel le numérique nous immerge et d’en comprendre les bouleversements qu’il implique dans la relation au savoir, à l’autre, à la politique, à l’histoire, à l’espace… Il rappelle notamment que l’invention de l’écriture et celle plus tardive de l’imprimerie bouleversèrent les collectifs plus que les outils. Il est vertigineux d’imaginer l’impact qu’a déjà le digital. Il renverse toutes les composantes de nos vies. Et il est évident que la manière de vivre sa foi sera impactée.

8- En quoi les représentations et les comportements issus de la culture numérique viennent-ils à la rencontre de ta perception des expressions nouvelles du spirituel et du religieux ?

Lors de la réforme protestante, Luther a promu la liberté de conscience et l’accès aux textes religieux. Cette revendication est née en partie grâce à l’invention de Gutenberg : l’imprimerie.

Au regard de cette révolution, impossible de ne pas se poser la question des conséquences spirituelles d’une révolution aussi globale et profonde qu’est l’arrivée du numérique dans nos vies.

9- Quelles leçons et quelles opportunités pouvons-nous tirer de l’arrivée rapide et indispensable du numérique dans nos vies ?

Plus qu’un outil, le numérique permet un autre rapport à l’autre, à l’action et à la liberté. Que nous apprend-t-il ?

Que la culture est essentielle dans la vie d’une organisation. 

Le coût pour mettre en place un service sur internet déclinant d’année en année et tendant vers 0 rend facile et accessible la concurrence. Pour se différencier et fidéliser ses talents, la culture est capitale pour une organisation. Elle est ce qui rend pérenne et résiliente une organisation autour d’un problème identifié.

Qu’il faut essayer ! Qu’il faut itérer !

L’autre conséquence de ce faible coût de mise ne place d’un service est qu’il devient très facile d’essayer. Et c’est dans cette suite d’essais que se trouve petit à petit la forme idéale d’une organisation.

Ne pas avoir d’à priori !

Plutôt qu’une forme préconçue en amont, le numérique invite à essayer de manière itérative et à trouver sa forme en écoutant les retours des utilisateurs. Cela implique d’avancer tout en n’ayant pas d’idées précises mais d’être à l’écoute de son environnement. Il faut avoir le courage d’avancer sans idées toutes faites en restant radicalement tourné vers l’extérieur.

Faire confiance…

Le numérique donne une forme à une intelligence dite collective. Et que cette intelligence fonctionne. Le meilleur exemple reste l’encyclopédie Wikipedia : elle comporte moins d’imprécisions et d’erreurs que ses concurrentes payantes. La somme des bonnes volontés sera toujours meilleure qu’une ambition isolée.

Donner la liberté

Donner la liberté de faire, de penser est toujours la bonne idée. Mais pas à n’importe quelle condition. Dans ce grand brouhaha qu’est internet aujourd’hui il faut souligner la contradiction suivante : sur un forum la pertinence des participations vient de la précision de la question posée. En découle la qualité et l’intelligence des réponses. Une liberté oui, mais avec un cadre défini… Et là, nous revenons à la culture.

La métaphore religieuse est omniprésente dans la sphère technologique. Il est notamment question d’évangélistes pour les promoteurs de solutions. Au religieux de s’approprier le numérique.

 

Sources :

Pour un humanisme numérique de Milad Doueihi

Le Seuil (10 février 2011)

Petite Poucette de Michel Serres (Le Pommier, 2012)

Marc Andressen est le créateur Mozaic, le premier navigateur de l’histoire d’internet qui deviendra Netscape. Il est aujourd’hui l’un des investisseur le plus avertit et plus actif de la Silicon Valley.

L’Âge du faire. Hacking, travail, anarchie de Michel Lallement

Le Seuil (22 janvier 2015) / Collection : COULEUR IDEES

The Cathedral & the Bazaar d’Eric Raymond et Bob Young

O’Reilly (2001)

Manifeste Agile : http://agilemanifesto.org/iso/fr/manifesto.html

Turn the Ship Around!: How to Create Leadership at Every Level de David Marquet

Portfolio Penguin (8 octobre 2015)

Sur ce site, voir aussi :

« Un nouvel univers social et culturel. La révolution internet et ses conséquences. Le regard de Michel Serres : « Petite Poucette » : http://www.temoins.com/un-nouvel-univers-social-et-culturel-la-revolution-internet-et-ses-consequences-le-regard-de-michel-serres-l-petite-poucette-r/

« Un guide pour entrer dans l’ère numérique. (Gilles Babinet. L’ère numérique. Un nouvel âge de l’humanité) » : http://www.temoins.com/un-guide-pour-entrer-dans-lere-numerique/

« Le pouvoir d’organiser sans organisation. Les structures hiérarchiques en question (« Here comes everybody. The power of organising without organization » (Clay Shirky) » : http://www.temoins.com/le-pouvoir-dorganiser-sans-organisation-les-structures-hierarchiques-en-question/

Cyberespace et théologie. Regard chrétien sur le net. Selon Antonio Spadaro, rédacteur en chef de la revue : Civilta Cattolica : http://www.temoins.com/cyberespace-et-theologie/