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Pop théologie

Maître Yoda – ou le nouvel esprit du protestantisme“, titrait France culture en commentant l’essai de Mark Alizart, paru cette année aux Presses universitaires de France (Coll. Perspectives critiques, PUF, Paris, 2015,336 pages, 19 euros) : Pop théologie. Ou “Quand la pop culture devient pope culture…” Maître Yoda, un nouveau Martin Luther ? Pas si absurde, si on considère comme Mark Alizart que la société du spectacle doit beaucoup à l’éthique protestante“. (http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-maitre-yoda-ou-le-nouvel-esprit-du-protestantisme-2015-04-28). (suite…)

Quand l’évangile rayonnait sur l’autre rive de la méditerranée… L’Afrique du nord

Quand l’évangile rayonnait sur l’autre rive de la méditerranée, pour tout dire l’Afrique du Nord, est une période de l’histoire de l’Eglise que l’on n’évoque pas souvent. Trop lointaine ? Trop douloureuse à revisiter au regard d’aujourd’hui ? Le livre, pas récent lui non plus, de    Robin Daniel : « L’héritage chrétien en Afrique du Nord »* nous invite à faire le voyage. Ecoutons Mireille Boissonnat nous le présenter.

« Dans bien des régions d’Afrique du Nord subsistent, à ce jour, des ruines d’édifices chrétiens datant des tout premiers siècles de la chrétienté. Et quand bien même ces vestiges seraient maintenant oubliés, ou récupérés à d’autres fins, les noms de Tertullien, Cyprien, Augustin rappellent eux aussi le rayonnement de la foi chrétienne à partir des provinces romaines nord-africaines dans les premiers siècles.

 

Le terreau sur lequel la foi chrétienne va s’implanter, dès le premier siècle, était riche d’une longue histoire : des phéniciens avaient installé de petits comptoirs commerciaux le long des côtes méditerranéennes, puis été conquis par Alexandre. Devenus « carthaginois », ces commerçants avaient tissé des relations avec les autochtones de l’intérieur, les Imazighen. Et lorsque Rome, reprenant le dessus après les exploits d’Hannibal, étendit son empire et s’empara de Carthage, en 146 av. J-C, la colonisation s’accentua, gaulois, espagnols, dalmates, syriens et juifs venant ajouter leur sang et leurs coutumes au creuset carthaginois.

Les Imazighen étaient particulièrement ouverts aux religions monothéistes, bien que le culte des astres célestes, le respect des esprits domestiques, et plus tard la religion du dieu phénicien Baal-Hammon, et des divinités romaines forment le contexte religieux dans lequel l’Évangile arriva. Les ports d’Afrique du nord accueillaient de nombreux commerçants, voyageurs, et parmi eux, des chrétiens qui commencèrent à propager l’étonnante nouvelle du salut en Jésus-Christ. Ils apportaient dans leurs bagages des copies de l’Évangile de Marc, peut-être, ou une des lettres de Paul.

Une seule communauté est avérée au premier siècle, celle de Cyrène. Par contre, vers l’an 200, on connaît l’existence de nombreuses Églises solides et florissantes dans les actuelles Tunisie et Algérie. En 256 par exemple, des représentants de cinquante Églises d’Afrique proconsulaire (les côtes de l’actuel golfe de Syrte), et de vingt de Numidie (actuelles Tunisie et Lybie), assistent à une conférence à Carthage. L’Évangile avait pénétré tous les niveaux de la société, y compris les tribus de l’intérieur, non assujetties au contrôle impérial.

Vers la fin du deuxième siècle, Tertullien, né à Carthage et destiné à la profession de juriste, embrasse la foi chrétienne et va devenir un propagateur extraordinaire de l’Évangile. Berbère converti, il met ses talents d’apologète au service de cette vérité qui a transformé sa vie. Origène, quant à lui, né à Alexandrie dans une famille chrétienne, s’installe plus tard à Césarée, sur la côte palestinienne. Comme Tertullien, mais d’une façon beaucoup plus courtoise et spéculative, il est en désaccord avec les dirigeants influents de l’Église à Rome. Tous deux participent à des débats théologiques, concernant en particulier le montanisme, propre à l’Église d’Afrique du Nord.

Pendant les trois premiers siècles de son existence, le christianisme en Afrique du Nord demeure une religion illégale, subversive, en butte aux persécutions de l’empire romain. Tertullien a laissé un témoignage des premiers martyrs chrétiens mis à mort à Carthage en 203 ap. J-C. La mort de Polycarpe à Smyrne, celle d’autres chrétiens à Scillium (en Tunisie), à Alexandrie, et bien d’autres encore, sont rapportées dans des lettres. L’empressement au martyre, et les honneurs prodigués à ceux qui mouraient au nom de leur foi peuvent nous paraître excessifs aujourd’hui. Les chrétiens eurent particulièrement à souffrir durant le règne du premier africain couronné empereur, Septime Sévère, berbère lui-même. Et pourtant, les Églises d’Afrique du Nord allaient bel et bien survivre au plus puissant empire militaire que le monde ait jamais connu. Un phénomène caractérise d’ailleurs l’histoire de la chrétienté nord-africaine : l’effondrement en temps de paix de communautés chrétiennes qui s’épanouissent au moment de l’épreuve !

Au 3e siècle, les Églises jusque là indépendantes se transforment en une structure unifiée, l’Église catholique, dont Cyprien, contrairement à Tertullien, se fera l’avocat. Progressivement, les Églises locales placent à leur tête un responsable unique, vite considéré comme le représentant de Christ. Les liens, en particulier entre Rome, Carthage et Alexandrie, se font plus complexes, avec confrontations d’idées et fluctuations d’opinions.

Et pendant ce temps, l’Évangile poursuit son progrès dans l’arrière-pays, vers l’ouest et le sud. Des ruines de cimetières et d’édifices chrétiens s’y trouvent encore. Mais combien son impact aurait pu être plus profond si les évangélistes avaient traduit les Écritures en tamazight… !

Au 5e siècle, la polémique donatiste – à ses débuts, position extrême de refus de réintégration des chrétiens renégats lors des persécutions – est le contexte dans lequel émerge la personnalité d’Augustin. Les limites de cet article ne permettent pas de développer ce que furent sa vie, son œuvre, son influence, mais son rôle de défenseur de la Vérité fut exemplaire. Une conférence réunit, en 411, à Carthage, près de 600 dirigeants d’Églises, venus d’aussi loin que Tanger à l’ouest et Tripoli à l’est, pour moitié donatistes et catholiques. Augustin, dirigeant de l’Église d’Hippone, chef du parti catholique, va prendre le dessus. Le donatisme va alors très vite décliner. Mais du côté catholique, on ne profitera pas longtemps de la victoire, les Églises succombant bientôt à l’envahisseur vandale.

Ces derniers détruisirent tous les bâtiments des Églises, expédièrent les responsables à Rome, nommèrent des dirigeants, imposèrent leur dialecte et leur version du christianisme, l’arianisme. Augustin en avait écrit une réfutation convaincante, mais qui le lisait encore ?

Puis en 533, les troupes byzantines supplantèrent les vandales. Une stabilité relative s’installa. Mais durant tout ce temps, les communautés chrétiennes, déconcertées par les conflits doctrinaux, manquaient cruellement de nourriture spirituelle. Lorsqu’à partir de 647 déferle l’invasion arabe, bien peu de résistance pourra être opposée à la nouvelle religion qui s’implantera très vite, non seulement le long des côtes, mais dans l’arrière-pays des Imazighen. »

 

Mireille Boissonnat

Coup de cœur publié avec l’aimable autorisation de PLV, le journal de
l’UEEL (Union des églises évangéliques libres)

 

*  L’héritage chrétien en Afrique du Nord – Robin Daniel – Edition. Tamaris, 2008.

Les indices pensables

« Les indices pensables »* sont quatre bandes dessinées discrètement sur-titrées « Enquête sur Dieu ». De quel genre d’enquête peut-il donc s’agir ? D’une étude comparée de la cosmogonie biblique et des plus récentes découvertes scientifiques en matière d’astrophysique et de biologie. Les titres des albums aiguisent la curiosité et sont déjà promesses de belles et intrigantes aventures intellectuelles : Le mystère du soleil froid, Un os dans l’évolution (prix de la BD chrétienne 2012 Angoulème), Le hasard n’écrit pas de message et La lumière fatiguée.

N’allez cependant pas croire que leur auteur, Brunor,** manifeste quelque affinité avec le créationnisme ou le concordisme. Son objectif est d’oser un audacieux parallèle entre le récit de la Genèse, les mythologies du Moyen Orient ancien et les dernières conceptions de l’univers. Il met en lumière combien le récit de la Genèse tranche, par sa remarquable épure, avec les cosmogonies qui lui sont contemporaines et que, sans prétendre le moins du monde faire œuvre scientifique, il rejoint, dans leurs grandes lignes, les plus probantes hypothèses sur l’origine du monde.

La facture du dessin est plaisante et drôle, les personnages, croqués de façon amusantes, sont des plus sérieuses car ces « Indices pensables » ne se dévorent pas comme les albums de Tintin ou de Titeuf : elles invitent ses lecteurs à entrer, à travers l’histoire des sciences et de la philosophie, dans des recherches et des réflexions un brin ardues mais qui conduisent à de surprenantes découvertes.

Attention toutefois, si lumineuses et enthousiasmantes soient-elles, l’auteur le souligne bien, ces indices sont des indices, non des preuves, et l’enquête doit se poursuivre… D’autres albums seraient en cours, apportant de nouveaux indices au lecteur pour l’aider à s’interroger sur Dieu avant ou tandis qu’il aborde à son tour l’étude ou la simple lecture du multi-livres à l’origine de cette remarquable enquête : la Bible.

Ajoutons que Brunor, en nous promenant à travers l’Histoire, nous permet aussi de revisiter les grands courants de pensée scientifique et philosophique, de clarifier la différence entre science, religion et philosophie et, de voir, entre autre, sous un nouvel angle des sujets tels que l’affaire Galilée et l’apport de Darwin.

Il reste, pour  conclure, une question clé : à qui s’adressent ces « Indices pensables » ? Réponse dans la quatrième de couverture : on peut les consommer dès 13 ans et demi sans limitation que l’on soit un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout croyant.

Françoise Rontard

*1 & 2 : Le mystère du soleil froid & Un os dans l’évolution, éditions du Jubilé puis album double SPFC éditions, mai 2012.

 3 : Le hasard n’écrit pas de message, SPFC éditions, octobre 2011

 4 : La lumière fatiguée, SPFC éditions, octobre 2012

**Voir le site de l’auteur **

Et, ** Voir sur ce site ** l’article de Françoise Rontard, 14 juin 2004: Coup de pub sur “www. Jésus qui L’enquête historique?”

Matteo Ricci, un jésuite à la cour des Ming

Je ne suis pas fan des biographies, mais celle-ci m’a transportée dans un univers tellement passionnant que je suis venue à bout de ses plus de 400 pages avec bonheur ! Dans la deuxième moitié du 16e siècle, un jésuite italien part comme missionnaire en Chine. Le périple à lui seul dit le courage et l’insatiable curiosité du personnage.

Les navires quittent Lisbonne et vont suivre une route analogue à celle empruntée au 15e siècle par Vasco de Gama… six mois pour atteindre la côte ouest de l’Inde. Puis, trois ans plus tard, encore cinq mois de navigation jusqu’à Macao. Le voici introduit dans l’Empire du Milieu, premier Européen à y résider durablement puisqu’il n’en reviendra pas. Il y meurt en 1610, et son monument funéraire se trouve à Pékin. 

 

Matteo Ricci a emporté une horloge mécanique dans ses bagages, ce sera son sésame pour commencer à amorcer un intérêt pour l’Occident auprès de ses interlocuteurs. Car c’est ainsi qu’il concevait l’évangélisation : s’immiscer le plus possible dans la culture chinoise – il apprendra et maîtrisera parfaitement le mandarin, et la pensée confucéenne n’aura pas de secrets pour lui  – et susciter la curiosité des intellectuels et scientifiques pour une vision du monde nouvelle. Par ce biais-là, les amener à s’interroger sur la foi chrétienne. Matteo avait une connaissance approfondie des mathématiques, de l’astronomie et de la géographie, et s’attira une réputation solide auprès des responsables chinois qu’il côtoya.

Au-delà des préjugés de l’époque, et de la distance historique évidente, ses observations ont une pertinence extrêmement actuelle pour comprendre les différences essentielles entre Orient et Occident.

Une lecture passionnante !

Mireille Boissonnat

** Voir le site ww.matteo-ricci.org **

Coup de cœur publié avec l’aimable autorisation de PLV, le journal de l’UEEL (Union des églises évangéliques libres)

« Matteo Ricci, un jésuite à la cour des Ming » de Michela Fontana, édition Salvator, 2010

Un diamant noir

La magie du DVD nous permet de voir ou revoir enfin, en version originale sous-titrée, l’inoubliable trilogie de Bill Douglas. Découverte en France en 1997, six ans après la mort de son auteur, elle se décline en trois films en noir et blanc : deux moyens métrages : My childhood (Mon enfance) sorti en 1972, My Ain folk (Ceux de chez moi) sorti en 1973 et un long métrage : My Way home (Mon retour) sorti en 1978. La trilogie retrace, avec, dans le rôle principal, le même acteur, Stéphen Archibald, l’enfance et la jeunesse de Jamie dont l’itinéraire ressemble fort à celui du cinéaste lui-même.

 

L’action de My childhood se déroule en 1945 dans un village minier proche d’Edimbourg. Jamie y vit dans un dénuement extrême entre son demi-frère Tommy et leur grand-mère maternelle. Sa mère est en hôpital psychiatrique. Seul rayon de joie : une brève amitié avec un prisonnier de guerre allemand. La mort de la bonne grand-mère met fin au premier épisode. Dans My Ain folk, séparé de son frère, Jamie habite maintenant chez sa grand-mère paternelle, une femme dure qui, envers lui, ne s’attendrit que sous l’alcool. Indifférent, son père vit dans la maison d’en face avec femme, enfants et petit chien. Seule lumière : le grand père, doux mais faible. A la mort de ce dernier Jamie s’enfuit. Fin du second épisode. Dans My Way home six ans ont passé. Jamie est dans une institution. Son père l’en retire pour le mettre au travail. Lui veut apprendre à dessiner. Il ne supporte pas sa nouvelle vie. Il retourne à l’orphelinat  et, pour finir, se retrouve soldat en Egypte. Mais ce n’est pas la fin. Au contraire. C’est le début d’une résurrection. Il se lie d’amitié avec Robert, soldat comme lui mais issu d’un milieu nettement plus favorisé, qui va, patiemment, finement, lui donner le goût de vivre.

Ce bref résumé de l’histoire n’est rien. La beauté de l’œuvre tient moins au récit qu’à la manière dont il est filmé. Ici, l’expression « écriture cinématographique » prend, à mes yeux qui certes n’ont pas tout vu, tout son sens. Oui, dans cette trilogie où les mots sont réduits à l’essentiel les images parlent. Elles disent et crient l’insupportable mais sans jamais faire pleurer. Loin d’expliciter une situation elles en accentuent un détail et nous l’imprime dans l’âme. Sobres, épurées, elliptiques, elles marquent en profondeur, au-dedans, au cœur. Pour traduire mieux ce que l’on éprouve devant cette trilogie je citerai des mots de critiques parues en 1978 : « Rarement peinture de la misère et de la souffrance fut aussi peut suspecte de complaisance que dans ce film dont la nudité bouleversante invite à une sorte de silence. Ancien mineur, le cinéaste écossais Bill Douglas n’a pas entrepris d’évoquer son enfance pour apitoyer mais pour enrichir l’humanité d’un témoignage dans lequel chaque geste et chaque parole, rigoureusement dépouillés de toute résonnance mélodramatique et de toute afféterie esthétique, revêtent une expression morale. Ce film est tout simplement un chef d’œuvre de dignité cinématographique et aussi un poème, mais un poème fondé sur la substance la plus profonde des êtres et des choses. » Michel Marmin – Le Figaro.

« L’œuvre de Bill Douglas n’est ni sociale ni psychologique ; elle atteint presque par son dépouillement extrême et son pouvoir de suggestion, à la puissance d’une tragédie spirituelle. » Laurent Ladouce – Le Nouvel espoir.

Une autre a parlé de diamant noir. « Bill Douglas ou la lumière dans les ténèbres » dit encore la critique. Oui, une lente montée des ténèbres vers la lumière à travers l’art et l’amitié. Dans le parcours difficile de Jamie il aura suffi peut-être de quelques personnes aimantes pour que l’enfant délaissé parvienne à garder puis à puiser au fond de lui-même la force de devenir pleinement qui il est.

Françoise Rontard

Ida. Un nouveau chef d’œuvre du 7ième art

La salle était pleine. J’ai dû m’asseoir à l’avant dernier rang devant pour voir « Ida », un film polonais sorti ce 12 février 2014 (1) en France, déjà largement primé (2) et pour lequel les louanges de la critique (3) sont grandement justifiées. Tourné en noir et blanc Ida nous plonge dans l’austère beauté d’une histoire qui va se dire en des mots rares et justes et des scènes simples et sobres. Dans la Pologne des années 60 Anna, une jeune nonne orpheline, visite sa tante et découvre son identité et le tragique secret de sa famille juive.

 

La scène initiale s’ouvre sur un symbole à décrypter : Anna et trois autres nonnes restaurent une statue du Christ, la portent comme on porte sur les épaules un cercueil, sortent sous une fine pluie de neige, la redressent et la replacent sur son socle…

Quelques séquences plus tard, à la demande de la mère supérieure, Anna, avant de prononcer ses vœux définitifs, part à la rencontre de son unique parente. Ainsi va-t-elle découvrir sa judéité, sa véritable identité, Ida, mais aussi se heurter à cette « vie du dehors » dont elle ignore tout.

Entre Ida et sa tante Wanda il y a un fossé que relie, plus qu’un lien du sang, le pont d’une souffrance commune. Ida, élevée dans un orphelinat puis dans un monastère, découvre peu à peu ce tragique secret de famille que Wanda la rouge, procureur zélé contre « les ennemis du peuple », a tenté d’oublier dans le sexe et l’alcool. Raison qui, jadis, l’a retenu de recueillir sa nièce enfant.

Ce retour vers le passé, vers les origines, vers le lieu du meurtre et la fosse sans sépulture où « reposent » les parents d’Ida s’accompagne de la douloureuse confrontation de deux chemins de vie. Au-delà du but de leur voyage dans la grisaille de la Pologne des années 60, Wanda rêve d’arracher sa nièce à l’avenir qu’elle s’est tracée ou qu’on a tracé pour elle.

Dans ce but elle en appelle même à Jésus « l’ami des prostituées » dit-elle.

Mais cette confrontation n’est pas une joute verbale. Wanda espère surtout que les yeux de sa nièce vont s’ouvrir d’eux-mêmes sur la vie dite réelle et lui donner le goût d’y entrer. Ida lui oppose beaucoup de silences et sa pratique religieuse. Autre forte image une scène à l’hôtel où Ida prie à genoux au bord du lit tandis que Wanda s’y écroule sur le dos, la tête vers le pied du lit. Les deux femmes sont aux antipodes, aux extrêmes.

Car ce n’est pas la vie ordinaire que découvre Ida sur cette route hors les murs du couvent mais l’existence « désordonnée » de sa tante, la misère matérielle et morale des gens et un nouveau drame. Certes, elle croise aussi un beau garçon musicien de jazz, et c’est à lui qu’à la fin elle posera la question clé qui la tenaille : « et après ? ». Pour elle, avant, l’horreur ; ensuite le rythme silencieux d’années monacales ; maintenant son identité retrouvée. Mais pour quel avenir ? Celui-ci ? Et après ? Cela ? Et après ? Et après ?

Dans la dernière longue scène Ida marche résolument et d’un pas vif sur une route. Et l’on se demande : est-ce pour rejoindre ou pour fuir un type existence ?

Ce film admirable l’est aussi grâce au jeu puissant et délicat des deux actrices principales : Agata Kulesza et Agata Trzebuchowska.

Françoise Rontard

(1) Réalisé par Pawel Pawlikowski

(2) Prix Fipresci 2013 au festival de Toronto
     Prix Flèche de Crystal 2013 au festival des Arcs
     Grand Prix au festival de Londres 2013
     Grand Prix au festival de Varsovie 2013

(3) Exemple : « un chef-d’œuvre de spiritualité » écrit l’Humanité, « Nonne stop » titre Libération…