Jean Hassenforder, Auteur à Témoins

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La grande migration spirituelle

Brian McLaren la-grande-migration-spirituelleUn nouvel état d’esprit débarrassé du carcan doctrinaire et fondé sur l’amour

Une vision de Brian McLaren

« The Great Spiritual Migration »

Il y a des moments où des transformations s’opèrent dans la conscience collective. A la fin du XXè siècle et au début du XXIè, une insatisfaction vis à vis des institutions chrétiennes a grandi dans le monde occidental. Pour de nombreux chrétiens, elles répondaient mal à leur désir d’authenticité. Ils ne se retrouvaient plus dans une religion de chrétienté où la conception de Dieu soumise à un mode patriarcal heurtait leur sens de l’amour et du respect pour tous les hommes. Alors, de la Nouvelle-Zélande aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, de nouvelles communautés chrétiennes ont commencé à apparaître. Ainsi a commencé le courant de l’Eglise émergente qui s’est ensuite propagé dans le monde occidental. Ainsi  des chrétiens ont pu vivre leur foi autrement. Des églises ont accueilli cette nouvelle approche (1). La recherche sociologique en a montré la vigueur (2). Et dans sa thèse, Gabriel Monet en montre la portée théologique (3). Depuis vingt ans, à Témoins, nous militons en ce sens (4).

Aux Etats-Unis, Brian McLaren est une personnalité marquante de ce mouvement. Il l’a rejoint à partir de son parcours personnel. Dans son dernier livre : « The Great Spiritual Migration » (5), il nous raconte comment il est sorti progressivement de l’enfermement dans lequel vivait sa famille fondamentaliste. «  Nous n’avions pas de devise officielle, mais si nous en avions eu, cela aurait pu être : rien ne nous fera bouger ». Et, ensuite, il a parcouru des étapes successives. Fondateur d’une Eglise non dénominationnelle dans le Maryland, il en a été le pasteur de 1986 à 2006. Auteur de nombreux livres (6), il envisage l’évolution de la vie chrétienne au sein du christianisme dans son ensemble : «  Comment la plus grande religion du monde est en train de chercher une meilleure manière d’être chrétien » (5). Et ainsi, il met l’accent sur le mouvement. C’est une approche personnelle. « J’en suis venu à comprendre que ce qui compte le plus, ce n’est pas notre statut, mais notre trajectoire, non pas où nous sommes, mais où nous allons… La foi chrétienne est devenu pour moi un grand voyage spirituel. Et cela change tout. Comme je l’entend, la religion est à son meilleur lorsqu’elle nous mène en avant, quand elle nous guide dans notre croissance spirituelle comme individu mais aussi dans notre évolution culturelle en tant que genre humain. Malheureusement, la religion devient souvent une cage plutôt qu’un guide…. un obstacle au changement collectif plutôt qu’un catalyseur de celui-ci. A une époque de changement rapide et ambigu, on peut comprendre l’esprit régressif de la religion, mais cette attitude est encore plus tragique lorsque la culture a besoin d’un sage accompagnement spirituel. Nous voyons cette tendance régressive dans de nombreux secteurs du christianisme, et aussi dans des secteurs de l’islam, de l’hindouisme, du bouddhisme, du judaïsme… » (p XI-XII).

Mais, en même temps, une conscience nouvelle apparaît. « A l’intérieur de chaque tradition, des voix dérangeantes, mais attendues s’élèvent, des voix prophétiques, pourrions-nous dire, des voix qui portent le changement, l’espérance et l’imagination, un nouveau commencement. Elles disent qu’il y a une alternative à une religion statique et rigide d’un côté, et un sécularisme débarrassé du religieux de l’autre côté. Elles proclament que l’Esprit nous appelle à bouger nos tentes et à avancer à nouveau. Elles nous invitent à une grande migration spirituelle, non pour quitter nos religions, mais pour sortir de nos cages et de nos ornières » (p XII). Cette vision de Brian McLaren veut rassembler les courants novateurs bien au delà de la situation actuelle. « La migration chrétienne émergente requiert une convergence de plusieurs courants. Aux Etats-Unis, les évangéliques progressistes, les chrétiens missionnels oeuvrant dans des églises classiques et beaucoup de membres des églises militant pour la paix se découvrent actuellement. Ils ont établi des relations avec les catholiques romains et les orthodoxes orientaux enracinés dans des traditions de contemplation et de justice sociale ainsi qu’avec les églises de couleur qui s’inspirent de grandes personnalités comme Martin Luther King. Amener ces courants ensemble n’est pas facile. Nous avons des siècles derrière nous à vivre en silos et à nous regarder avec suspicion. Mais, maintenant, comme nous faisons face  aux réalités d’une civilisation insoutenable, nous pouvons nous redécouvrir les uns les autres comme des collaborateurs et des compagnons et non comme des concurrents » (p 157). La vision de McLaren est également internationale. « J’ai voyagé dans plus de quarante pays au cours des vingt dernières années en rencontrant des gens de nombreuses dénominations » (p 4). Alors, si dans ce monde, les courants fondamentalistes sont puissants, Brian McLaren a partout perçu la montée d’une aspiration à un nouvel état d’esprit débarrassé du carcan doctrinaire et fondé sur l’amour, à une pratique nouvelle bien au delà de son milieu d’origine, au service de l’humanité. « Attendons-nous à ce qui pourrait arriver si nous comprenons le cœur de l’éthos chrétien comme créatif, constructif, tourné vers l’avant, comme une religion qui organise plutôt que d’être organisée, et qui interpelle toutes les institutions, y compris la sienne, pour apprendre, grandir, acquérir de la maturité pour approfondir et mettre en oeuvre une vision de réconciliation avec  Dieu, avec soi, avec le voisin comme avec l’ennemi, et avec la création » (p 3).

Brian McLaren décrit sa vision de la migration en trois grandes parties.

° La migration spirituelle. D’un système de croyances à un genre de vie

° La migration théologique. D’un Dieu violent et dominateur à un Dieu non violent et libérateur

° la migration missionnelle. D’une religion organisée à une religion qui organise

 

Brian McLarenLa migration spirituelle. 

D’un système de croyances à un genre de vie

Un horizon nouveau

A partir de ses expériences et de ses rencontres, Brian McLaren nous appelle à un nouvel état d’esprit. Il nous raconte comment, à l’occasion d’une pause dans une retraite, il a soudain réalisé une prise de conscience. « Ma foi est un système de croyances et cela ne marche pas. Le système est en train de s’effondrer ».

Ainsi, une nouvelle approche est apparue et s’est développée chez Brian. La Bible est devenue pour lui un « puit inépuisable de sens » (p 25). Et sa relecture des paroles et des actes de Jésus dans les Evangiles l’a amené à de nouveaux éclairages. Ainsi la mise en cause du Temple par Jésus lui apparaît comme un acte révolutionnaire. « N’est-ce pas qu’il y avait là un système de croyances associé avec le sacrifice, un sacrifice fondé sur une croyance de longue date que Dieu est en colère et qu’Il a besoin d’être apaisé avec du sang ? »  ( p 27). Jésus ouvre une nouvelle approche : « une grâce généreuse et extravagante, ouverte à tous et débarrassée de toute forme d’apaisement » (p 27). Dans sa prédication, Jésus rejoint les prophètes d’Israël. C’est dire qu’il y a un discernement à opérer parmi les traditions. De même aujourd’hui, en citant Richard Rohr (7), Brian met en évidence des traditions mystiques et prophétiques qui peuvent nous éclairer. « On  ne change pas les choses en combattant les réalités existantes. Pour changer les choses, bâtissons un nouveau modèle qui rend l’ancien obsolète » ( p 29). La critique des systèmes de croyances s’appuie aussi sur l’histoire . « Quand les croyances sont  devenues des marqueurs d’appartenance, les gardiens religieux ont gagné un des plus grands pouvoirs humains, celui d’excommunier et d’expulser » ( p 30). Brian McLaren est donc à la recherche d’autres points de repère que les croyances.

 

Se fonder sur l’Essentiel

Ainsi, qu’est-ce qui importe le plus ? Qu’est ce qui est essentiel, Où peut aller notre loyauté le plus profonde ? (« deeper loyalty »). Brian s’interroge sur des absolus dogmatiques comme l’inerrance de la Bible et l’infaillibilité pontificale. Il constate que la mentalité scientifique est tout autre. C’est une logique dans laquelle les erreurs peuvent être corrigées et une transparence assurée dans le processus de prise de décision. « Aujourd’hui, si une communauté est capable d’apprendre et de changer son attitude et si elle montre comment cela se passe en déclarant publiquement pourquoi et comment elle procède ainsi, alors cette communauté gagne en crédibilité » (p 37). Il est grand temps que les communautés religieuses apprennent à prendre en compte cette logique.

Brian McLaren nous fait part ensuite d’une expérience personnelle. « A notre époque, peu de croyances ont été davantage examinées que la croyance, de longue durée, et, un moment, universelle, que l’homosexualité est un péché ».  Brian McLaren adhérait naturellement à cette croyance. Il raconte comment il a commencé à avoir des doutes lorsqu’un de ses plus chers amis, engagé comme lui dans des activités chrétiennes, lui a confié son penchant homosexuel.

Par la suite, devenu pasteur, il a rencontré des personnes homosexuelles qui avaient essayé de changer et n’avaient pu y parvenir malgré tous leurs efforts. « Des récits comme ceux-là ont rendu impossible mon silence à cet égard » (p 40). « J’ai tenu compte de l’expérience. On pourrait aussi le dire comme cela : j’avais un système de croyances chrétien et une éthique chrétienne de l’amour… Pour moi, mon éthique, mon chemin de vie (« Way of life »), mon engagement dans l’amour du prochain comme moi-même ont provoqué l’abandon d’une croyance héritée ».

Dans le mouvement actuel des mentalités, comment entendre notre foi chrétienne ? C’est auprès de Jésus que nous cherchons la réponse. « L’amour a été son premier commandement, sa première directive… ». C’est un amour généreux, inconditionnel . « Dieu répand sa pluie et son soleil à la fois pour les bons et pour les méchants » (Matthieu 5.7). Tout l’enseignement, toute la vie de Jésus témoignent de cet amour. L’amour est au cœur de sa mission. Et, dans ses écrits, Paul fait écho : « La seule chose qui importe, c’est la foi qui s’exprime dans l’amour » (Galates 5.6). Et il faut bien distinguer la foi qui est conviction des systèmes de croyances imposés socialement . « Si nous acceptons cette migration révolutionnaire vers l’amour, toute définition de Dieu qui ne nous conduirait pas à un amour réconciliant, harmonisant et incluant, est, dès le départ, fausse et déviée » (p 46). « A la lumière des Ecritures comme celles-ci, nous pouvions penser que la primauté de l’amour était bien établie dans la foi chrétienne. Mais, dans cette religion, 2000 ans après, pour beaucoup, les croyances gouvernent encore et l’amour attend d’être pris davantage au sérieux. (Même le pape François semble rencontrer à cet égard quelques résistances chez ses évêques qui craignent que son accent sur la miséricorde et l’amour viole la tradition » ( p 47).

 

Apprendre à vivre l’amour

C’est une manière de vivre à laquelle Dieu nous convie. Alors nous avons besoin d’apprendre comment aimer.

Après avoir cessé l’exercice de pasteur responsable d’une église, Brian McLaren s’est interrogé et finalement, il a cherché et trouvé « une église qui pourrait l’aider à vivre une vie d’amour avec aussi peu de distractions que possible ». « J’avais besoin de soutien, d’encouragement et d’aide pour aimer Dieu… ma famille, mes voisins, les gens que j’avais du mal à aimer.. aimer la terre » (p 50).  Aujourd’hui, on doit chercher pour trouver ce genre d’église où l’amour est premier. Brian œuvre pour une multiplication des communautés qui répandent une vie d’amour « pour Dieu, pour tous les gens (sans exception) et pour la création » ( p 54).

Dans sa jeunesse, aux Etats-Unis, Brian a participé au mouvement de Jésus. « C’est le moment », nous dit-il, « pour un autre mouvement de Jésus, une convergence de « communautés justes et généreuses » pour lesquelles l’amour, dans la voie de Jésus, est le premier but » (p 56). Ces communautés peuvent être très diverses, de congrégations traditionnelles à des groupes variés : groupes de prière, groupe sur internet, réseaux, écoles alternatives… Pour cet apprentissage de l’amour, Brian nous donne quelques pistes : Commençons avec nos voisins. De la famille aux amis, aux étrangers, aux ennemis. Envers soi, envers la terre, envers Dieu. Exprimer l’amour dans des rituels signifiants.

 

La migration théologique

D’un Dieu violent de domination à un Dieu non violent de libération

Un héritage de violence et de domination

Cette migration spirituelle, passage d’une pratique fondée sur des prescriptions doctrinales à une pratique inspirée par une éthique d’amour requiert un changement dans nos représentations. Une révision théologique est nécessaire et c’est pourquoi la seconde partie de ce livre est intitulée : La migration théologique. D’un Dieu violent de domination à un Dieu non violent de libération.

De par son expérience dans le contexte américain, Brian McLaren a perçu une grande violence chez certains chrétiens. Et, en s’interrogeant, il fait un retour sur l’histoire du christianisme. Ainsi, la conquête barbare du Nouveau monde et les atrocités de l’esclavage ont été soutenues et couvertes par une idéologie se réclamant du christianisme. « Malheureusement, le mélange mortel du racisme, de l’impérialisme et du christianisme n’ont pas été l’exception, mais la norme » ( p 81). Il y a eu là de multiples génocides. Brian McLaren nous raconte comment il a pris conscience de ces méfaits au fil de son histoire personnelle et familiale. Il y avait quelque part de la violence dans ce contexte religieux. Aujourd’hui, pour Brian McLaren, « il est clair que la trajectoire vicieuse d’un génocide justifié idéologiquement mène également à un « géocide » (destruction massive de la planète). Comme le pape François l’a dit éloquemment, le refus de la société d’entendre « le cri des pauvres » est inséparable de notre refus d’entendre « le cri de la terre »…  Cette situation a des racines théologiques. « Pour nous convertir de toute forme de suprématie et de domination, nous devons oser nous embarquer dans une grande migration théologique en remettant en cause beaucoup de nos postulats sur Dieu » (p 88).

 

Notre représentation de Dieu en question

Ce qui est en question, c’est notre représentation de Dieu. En regard de l’image d’un Dieu tout puissant et dominateur, Brian McLaren nous conduit à la notion de kénose qui signifie : se dépouiller soi-même. Ce thème apparaît dans l’épitre aux Philippiens ( Chap 2)  «  Plutôt que saisir et exercer le pouvoir d’une manière dominatrice à la manière des rois, des conquistadors et des chefs religieux, Jésus a lâché le pouvoir plutôt que le retenir et il a servi plutôt que de dominer. Finalement, il a renversé toutes les compréhensions conventionnelles de suprématie, de seigneurie, de souveraineté et de pouvoir en les purgeant de leur violence au point que lui-même a choisi de mourir plutôt que de tuer » ( p 91). C’est un choix de non violence et d’amour qui se donne. Ainsi Dieu, connu à travers Jésus, n’est pas un Dieu contrôleur, dominateur, dictateur. « En Christ, Dieu est suprême, mais pas selon le vieux paradigme discrédité de la suprématie. Dieu est le guérisseur suprême, l’ami suprême..  Le roi des rois et le seigneur des seigneurs est l’ami des pécheurs » (p 93).

Brian McLaren nous invite ensuite à comprendre comment notre représentation de Dieu change à travers les âges de la vie, devient de moins en moins égocentrée et de plus en plus altruiste. Déjà nos différentes conditions  de vie, nos attentes évoluent. Il y a comme des stades successifs dans notre représentation de Dieu. Ainsi, au départ des responsabilités adultes, « vous aviez besoin d’un nouveau concept de Dieu qui vous guide au delà d’un simple respect des lois. Ce Dieu 4.0 (selon le schéma présenté par l’auteur) se traduit en un Dieu d’affection, de fidélité, de pardon, d’amour parental » (p 99). Et pourtant, selon McLaren, ce stade est à dépasser. « Cette représentation de Dieu suscite affection, fidélité et pardon dans la famille, la communauté et la nation, mais seulement pour les gens qui sont de notre religion, de notre pays, de notre tribu… Ces petits mots : « nous », « notre » sont un grand progrès sur « moi » et « c’est à moi ». Mais ils peuvent causer de grands problèmes s’ils engendrent des attitudes exclusives » ( p 98-99). Si cette représentation a pu s’avérer utile dans le passé, « pour la première fois dans l’histoire humaine, ce Dieu du « nous », mais pas du « eux » menace notre survie. Nous avons besoin d’un Dieu qui ne soit pas seulement le Dieu de « nous », mais le Dieu de « nous tous ». Seul un Dieu plus grand, non dualiste peut nous unir « nous et eux » dans une identité inclusive qui n’est pas limitée à une tribu, ou à une nation, mais s’étend à toute l’humanité. Et non seulement à l’humanité, mais à toutes les choses vivantes, et pas seulement aux chose vivantes, mais à tous le écosystèmes que nous partageons » (p 102).

Les différentes représentations de Dieu ne sont pas nécessairement contradictoires. « Comme les anneaux dans le tronc d’un arbre, chaque nouveau concept de Dieu intègre les concepts antérieurs, même s’il les transcende et va au delà ». C’est ce qu’on peut voir dans la Bible du Dieu d’Abraham au Dieu de Moïse, au Dieu des prophètes, au Dieu de Jésus.

Ainsi, maintenant, le christianisme, comme ses religions sœur monothéistes, font face à un défi critique. Est-ce que les chrétiens peuvent migrer vers une représentation de Dieu beaucoup plus large ? Brian McLaren a conscience des tendances régressives qui existent actuellement. Mais, il nous dit aussi que de plus en plus de chrétiens sont en train de changer, de migrer vers une représentation beaucoup plus large de Dieu. C’est ici que l’expérience internationale de Brian McLaren vient nous encourager, car, pour tous les continents, il peut énoncer le nom de théologiens qui vont dans le même sens. Ces pages (p 104-107) sont particulièrement instructives, car elles sont des indications bibliographiques qui nous permettent de rencontrer ces théologiens du renouveau et de l’avenir. «  En ce moment, inspiré par cette fermentation et créativité théologique, un mouvement de chrétiens venant de la base s’étend dans le monde. Partout des chrétiens lisent des livres nouveaux, suivent de nouveaux blogs,  assistent à des conférences, des retraites et des festivals où de nouveaux modes de pensée sont possibles. Une grande migration théologique a commencé » (p 108).

 

Une lecture renouvelée de la Bible

Notre représentation de Dieu est en rapport avec la manière dont nous lisons la Bible. Brian McLaren nous rapporte son expérience pendant les toutes premières décennies de sa vie. Au départ, il s’est senti tenu de lire la Bible d’une façon littérale. D’une façon humoristique, « Si la Bible dit que la baleine a avalé Jonas, je le crois. Si la Bible dit que Jonas a avalé la baleine, je le crois aussi. Ce que la Bible dit, Dieu le dit » (p 112). Brian se sentait mal à l’aise, notamment par rapport aux textes violents présents dans la Bible (8). Il se trouvait dans un dilemme : l’alternative entre littéral et libéral. L’étau s’est desserré à partir du moment où il a compris qu’il y avait toute une gamme de manières de lire entre littéral et littéraire. « Un lecture littérale commence avec le postulat que la Bible est conçu pour apporter des informations factuelles. En regard, dans une lecture littéraire, la Bible est une collection de textes  qui ont pour but de communiquer un sens que ce soit à travers la poésie ou l’histoire, la loi ou les proverbes, la fiction ou la non fiction… Si une approche littérale cherche des absolus universels et intangibles, l’approche littéraire cherche une inspiration pour le moment et est sensible à des contextes culturels et historiques en évolution. Brian McLaren ajoute une deuxième grille d’approche : innocente/précritique, critique, intégrale/ postcritique ( p 114). Dans l’approche innocente, précritique, la lecture de la Bible ne pose pas de questions ou très peu sur les sources, l’exactitude historique ou scientifique ou le genre littéraire. Le texte est révéré et pris tel quel. Dans l’approche critique, aucune question n’est bannie, aucune réponse n’est prédéterminée. « Dans une approche critique, prendre le texte sérieusement, c’est lui appliquer une analyse critique rigoureuse ». Mair rester dans cette analyse peut réduire le sens. Si on va plus loin dans une zone postcritique et intégrale, à partir de l’analyse qui décompose, on essaie de retrouver un ensemble, d’obtenir une vision nouvelle du texte dans son ensemble et de beaucoup de textes dans leur rapport. L’auteur compare avec les « connaisseurs » d’art qui mettent en œuvre différentes approches pour mieux apprécier l’œuvre.

Brian McLaren situe ainsi un ensemble de méthodes et nous fait part là aussi de sa propre évolution. Ainsi a-t-il été beaucoup aidé par l’œuvre de CS  Lewis. « Je pense que CS Lewis est devenu si populaire chez beaucoup d’évangéliques parce qu’il était conservateur de nature… mais il nous a ouvert la voie pour apporter notre imagination et notre sensibilité littéraire dans la lecture des textes, laissant ainsi la Bible nous parler dans un approche postcritique » (p 119). D’autres biblistes sont intervenus ensuite en ouvrant la voie à la découverte d’un sens plus large et plus profond dans les textes. « Les textes bibliques étaient pour eux « des textes au travail » donnant naissance à de nouvelles manières de voir Dieu, nous-même et le monde autour de nous » (p 119). Ainsi, nous dit Brian, « j’ai trouvé une nouvelle liberté. J’ai senti que j’avais trouvé la permission de migrer d’un univers limité, d’un Etre suprême souvent violent à un univers toujours plus vaste d’un Dieu toujours plus merveilleux, tout en gardant fermement la Bible » (p 120). « La Bibliothèque biblique nous révèle une présence lumineuse, guérissante, et libérante, source de vie » (p 121).

Le chapitre se termine par une réflexion sur la place de Jésus. Dans le contexte originel de l’auteur, « Dieu est perçu comme le réservoir d’une colère infinie qui doit se déverser sur tous ceux qui ne sont pas parfaits. En acceptant la punition de notre statut et de notre conduite pécheresse, Jésus devient notre substitut et permet à la colère de Dieu d’être satisfaite en se déversant sur lui plutôt que sur nous. Un Dieu en colère est ainsi apaisé, au moins pour ceux qui ont les bonnes croyances et peuvent être considérés comme chrétiens »   (p 121) Alors, disent les fondamentalistes, « si nous perdons notre approche littérale et innocente à la Bible, nous perdons le Dieu en colère qu’elle proclame et alors nous perdons  le besoin de Jésus … Mais la vérité, c’est que, si nous lisons la Bible d’un point de vue intégral/littéraire,  Jésus devient plus beau, plus important, plus essentiel…A travers sa vie et ses enseignements, à travers sa profonde non violence même au point d’inclure une mort violente. Jésus révèle un Dieu généreux, un Dieu en profonde solidarité avec toute la création, un Dieu dont la puissance se révèle dans la bienveillance et l’amour » ( p 122).

 

La migration organisationnelle

De la religion organisée à organiser la religion

Une dynamique de mouvement

« En 1974, un anthropologue avait écrit qu’un changement dans la conception de Dieu est un événement culturel d’importance. En d’autres mots, parce que les cultures et les civilisations sont profondément influencées par leur conception de Dieu, les migrations théologiques mènent naturellement à des transformations culturelles. Mais comment ? » (p 128).

Déjà, en quoi et comment le changement de représentations va susciter une transformation de la manière de vivre en église ? Brian McLaren nous rapporte une conversation avec un ami sociologue ayant soutenu une thèse sur la théorie du mouvement social en relation avec l’ecclésiologie et la vie en église. Dans l’histoire du christianisme, il y a effectivement de grands mouvements qui ont changé la situation.

« Nous vivons en communautés… Les institutions se développent dans les communautés pour répondre à leurs besoins. Quand les mutations échouent, des membres de la communauté se lèvent, s’organisent et confrontent les institutions en formant un mouvement.. Les mouvements organisent les gens pour exprimer ce qui ne va pas dans les institutions et proposer ce qu’on devrait faire pour que les choses aillent bien » ( p 131). Des conflits peuvent éclater. Les résultats varient. Le mouvement peut échouer. Il peut aboutir en suscitant un changement dans l’institution. Il peut réussir et se renouveler. Il peut créer une institution concurrente ( p 132).

Il y a des situations de crise particulièrement favorables à l’apparition de mouvements. C’est le cas aujourd’hui. Dans la période actuelle où une mutation s’accomplit, les institutions s’épuisent (« exhaustion »). Les structures des religions traditionnelles sont particulièrement fragiles. « Il est difficile d’imaginer des conditions plus mures pour la montée d’un mouvement spirituel vital » (p 135). On doit aussi prendre en compte la globalisation et la révolution numérique.

La conversation entre Brian McLaren et son ami sociologue s’est poursuivie en analysant les processus. En se reportant à la Bible et particulièrement au Nouveau Testament, on découvre des mouvements dynamiques. Et on peut en apercevoir également dans l’histoire de l’église. « Le christianisme a manifesté une plus grande vitalité lorsqu’il a été dynamisé par des mouvements de cellules s’organisant elles-mêmes. Ou, peut-être, peut-on dire, s’organisant par l’Esprit » ( p 143).

Brian McLaren reconnaît la puissance du mouvement conservateur. Mais, citant Richard Rohr, « la meilleure critique du mauvais est la pratique du meilleur ». « Presque tous les évêques et leaders chrétiens que je rencontre dans mes voyages, sont prêts à répondre positivement si un mouvement spirituel tourné vers l’avenir frappe à leur porte. Ils savent que ce mouvement doit dépasser les comportements confessionnels, travailler à la fois à l’intérieur et à travers les dénominations… Quand nous nous rassemblons mieux entre chrétiens,  nous pouvons mieux nous joindre aux mouvements parallèles d’autres religions, parce que, ultimement, les problèmes auxquels nous faisons face, ne sont pas juste des problèmes chrétiens, ce sont des problèmes humains (9). Nous avons besoin que le mouvement spirituel soit global et multiculturel aussi bien que transdénominationnel. Ce mouvement doit partout permettre aux gens de s’organiser. Il doit permettre aux différents courants de se relier »… (p 144-145).

 

Un monde à sauver de son comportement suicidaire

 Cependant la polarisation de l’église  sur elle-même n’est-elle pas une impasse ? « Se consacrer au bien du monde, n’est-ce pas pour l’Eglise, la seule voie pour sauver son âme ? »  Le monde est en crise tant au point de vue social et économique qu’au point de vue écologique. Il y a actuellement une course à la consommation qui épuise les ressources. En conséquence, l’économie est extractive et destructive des richesses de la planète.  Ainsi, le pape François nous appelle à entendre « le cri de la terre et le cri des pauvres ». Brian McLaren décrit notre civilisation actuelle comme une espèce de  machine suicide (« suicide machine ») (p 148).

« Seul un puissant mouvement spirituel peut interpeller nos institutions et nos communautés pour sortir d’un consumérisme compétitif et prendre part à une régénération collaborative » ( p 152). Et ce mouvement devra susciter chez les chrétiens une prise de conscience, car, actuellement, beaucoup d’entre eux ignorent cet enjeu.  Trop souvent, comme l’écrit l’historienne Diana Butler Bass (10), nous avons affaire à une religion qui regarde vers le ciel et non vers la terre (« elevator religion »). Rappelons également le diagnostic de Brian McLaren sur la violence latente qui règne encore dans certaines formes de christianisme. Alors, « nous avons désespérément besoin de cette troisième migration, d’une religion organisée pour sa conservation et ses privilèges à une religion organisée pour le bien commun à tous » ( p 152). « Les communautés chrétiennes généreuses qui participent à cette migration doivent s’identifier. Et là où de telles communautés n’existent pas, nous appelons les chrétiens à en créer de nouvelles vraiment créatives » (p 155). Ces communautés travailleront en réseau. Une question majeure : « Comment faire connaître au monde qu’il y a là « un nouveau genre de christianisme », que les chrétiens et leurs communautés sont en train de migrer vers une foi plus juste, plus généreuse et plus joyeuse ? » ( p 156).

 

Vous êtes des poètes sociaux

Nous sommes effectivement confrontés à quatre grandes crises : écologique, économique, sociopolitique, spirituelle et religieuse. C’est un immense défi qui appelle la mobilisation de tous les hommes. C’est une perspective qui ouvre notre représentation de l’œuvre chrétienne. Brian McLaren se réfère au missionnaire catholique Vincent Donovan. « Notre but n’est pas d’amener les gens où nous sommes maintenant. Notre but est d’inviter les autres à voyager ensemble avec nous vers un espace nouveau que personne d’entre nous n’a encore vu. Nous devons les inviter à rejoindre cette grande migration spirituelle vers un nouveau genre de vie centré sur l’amour, une nouvelle économie régénérative caractérisée par la paix, la justice et la joie. Mais comment une aussi profonde migration peut-elle se réaliser ? » (p 167).

Brian McLaren continue à nous ouvrir des pistes. Le changement est nécessaire à tous les niveaux : intrapersonnel, interpersonnel, structurel et institutionnel, culturel. Quel genre d’organisations envisager pour répondre à ces différentes exigences ? Et n’est-ce pas là un défi pour les communautés chrétiennes ? Ne sont-elles pas appelées à contribuer à ce changement global ? Brian cite le pape François : « Sur ce chemin, les mouvements populaires jouent un rôle essentiel, non seulement en réclamant, mais plus  fondamentalement en étant créatifs. Vous êtes des poètes sociaux, pourvoyeurs de travail, constructeurs de logement, producteurs de nourriture par dessus tout pour les gens qui sont laissés pour compte par le marché mondial… Fondamentalement, le futur de l’humanité est entre les mains des peuples et leur capacité de s’organiser » (p 174).

Ces enjeux apparaissent aujourd’hui dans les différentes traditions religieuses et les mêmes clivages apparaissent en regard de l’appel à la migration spirituelle. « Comme chrétiens et communautés chrétiennes, nous sommes appelés à migrer d’une religion organisée à une religion qui s’organise pour la mission et le bien commun » ( p 174).

 

Une vision spirituelle

Cette migration spirituelle appelle et suscite de grands changements. Et ces changements ne peuvent pas se réaliser sans que l’on rencontre de grandes difficultés et, en conséquence, de grandes souffrances. « Le chemin de l’amour où l’on rencontre ennui, frustration, désappointement, hostilité, humiliation. Personne ne le choisirait si l’amour ne portait pas finalement sa propre récompense. Ce chemin difficile, ce chemin du Christ est inévitablement le chemin de la croix » ( p 183).  Et Brian McLaren évoque un « cœur ouvert et brisé ». Cependant, la puissance de l’Esprit est là et elle porte force. La migration spirituelle appelle une spiritualité qui invite au changement et qui l’accompagne. Ce n’est pas une spiritualité volontariste. A chacun d’accomplir une tâche à sa mesure. « Dieu peut réaliser à travers nous tous ce qu’aucun de nous ne peut faire seul.  Et ainsi, ce n’est pas un fardeau écrasant.. C’est la vie. C’est la joie. C’est la liberté. Au lieu de jouer Dieu, je joue avec Dieu. Je joue dans le bon monde de Dieu où chaque chose est sainte » (p 198). « Etre ce que nous sommes, où nous sommes, faire ce qu’il nous appartient de faire… Et dans cette voie, être vivant et libre » (p 199).

A travers tout ce périple, après avoir ouvert toutes ces pistes, Brian McLaren peut nous aider à aller de l’avant. Et il s’inspire de l’Exode et de la sortie d’Egypte par le peuple d’Israël. Si les obstacles sont apparents, notre foi est requise. « Nous entendons l’appel à aller de l’avant, non après que la mer se soit ouverte, mais avant » (p 203).

« l’appel à entrer dans la grande migration quittant l’ancien pour le nouveau, ne vient pas quand tout est assuré et réglé et, que tous les obstacles ont été enlevés, mais avant, quand le chaos, l’incertitude et le tumulte prédominent et que la mer ne montre pas de signes d’ouverture. La Parole de Dieu vient à nous : Avancez. Allez de l’avant » (p 203).

 

Entendre ce message

Ce livre : « The Great Spiritual Migration » nous pa rait important parce qu’il nous fait part de l’émergence d’une vision nouvelle et des conditions dans lesquelles celle-ci apparaît.. Il nous paraît important parce que cette vision est mondiale et s’adresse à tous les chrétiens du monde et au delà. Et, c’est pourquoi, nous avons rapporté ce livre, pas à pas.

Brian McLaren est un pionnier de l’Eglise émergente aux Etats-Unis.  C’est un leader, mais c’est aussi un penseur et un chercheur. Aujourd’hui, dans ce livre récemment publié, en 2016, Brian McLaren est certes dans la poursuite de cette dynamique, mais celle-ci entre dans une nouvelle étape. Ici, la vision de Brian McLaren dépasse la conjoncture de l’Eglise émergente aux Etats-Unis.  Il envisage le changement spirituel et le rôle des chrétiens à l’échelle du monde. Et, pour cela, il s’appuie sur une expérience internationale.

L’itinéraire de Brian McLaren sera aussi source d’enseignement.

Brian vient d’un milieu fondamentaliste dont il a perçu progressivement le caractère étouffant Il nous fait part de ses prises de conscience et de son ouverture grandissante. Plus généralement, dans ce livre, Brian McLaren nous parle à travers une expérience qui nous permet de mieux comprendre les enjeux et leur importance vitale. Et, en même temps, il s’appuie sur une culture théologique. Ainsi, cet ouvrage témoigne d’une proximité avec deux personnalités américaines qui apportent une vision théologique et spirituelle originale : Richard Rohr (7) et Diana Butler Bass (10).

Cette mise en perspective d’une migration spirituelle à l’échelle du monde est une vision de grande ampleur. On peut donc se poser des questions sur ses caractéristiques et ses modalités. La culture nationale de l’auteur n’influe-t-elle pas sur les formulations ? Dans quelle mesure ces propositions permettent-elles une visibilité suffisante de ce mouvement ? Quels accents théologiques ajouterions-nous éventuellement ? Cependant,  dans cette situation de crise qui est la notre et qui se manifeste aujourd’hui dans une dimension mondiale,  ce livre apporte des analyses éclairantes et il trace des pistes. Il suscite des  convergences. Il ouvre un chemin.  Et, au total, si cette migration, c’est d’abord le passage d’un état d’esprit à un autre, ce livre permet la prise de conscience de cet enjeu majeur. Ainsi,  entrons-nous dans une vision nouvelle. Nous sommes invités à « une migration spirituelle vers un nouveau genre de vie centré sur l’amour, une nouvelle économie régénérative caractérisée par la paix, la justice et la joie ». C’est, comme l’écrit une collègue et amie de Brian McLaren, Diana Butler Bass, apprendre à « trouver Dieu dans le monde », une « révolution spirituelle ».

 

Jean Hassenforder

 

Le défi de la bienveillance

Décrypter l’actualité avec Gabriel Monet

Dans une actualité où les nouvelles se bousculent, ce sont souvent les plus mauvaises qui sont mises en exergue. Au total, c’est la crainte, le fatalisme, la démobilisation qui peuvent en résulter. Des journalises ont perçu cet effet et ils se sont regroupés pour agir en terme de « reporters d’espoir, journalistes de solution » (1). Pionnier de la psychologie positive, Jacques Lecomte abonde dans le même sens au point d’écrire un livre où il met en évidence les réussites qui peuvent nous encourager : « Le monde va beaucoup mieux que vous ne croyez » (2).

En fait, les réseaux sociaux et l’environnement médiatique traitent des nouvelles selon des émotions et des représentations collectives qui s’y imposent et s’y confrontent. A l’arrière-plan, ces émotions et ces représentations dépendent des expériences et des attitudes devant la vie de ceux qui les partagent, de leurs valeurs et de leur éthique. Dans ce champ, le climat varie. En certains espaces et à certains moments, violence et agressivité peuvent s’exprimer sous des formes variées du persiflage et de la dérision à la critique tout azimut et à la fabrication de boucs émissaires. Si la défiance l’emporte sur la confiance, alors une méfiance systématique va s’exprimer allant jusqu’à la théorie du complot.

Ainsi,  un traitement objectif de l’information fondé sur un recueil fiable et contrôlé des données , la distinction entre la matière de la nouvelle et le commentaire, ne peut l’emporter, à lui seul, sans un environnement qui manifeste un parti pris de confiance. Et, en des termes voisins, la bienveillance n’influe pas seulement sur l’usage de l’information, mais sur sa qualité même.

C’est dire combien  le recueil de chroniques publiées par Gabriel Monet sous le titre : « le défi de la bienveillance » (3), est bienvenu.

« Au travers des ses chroniques radio hebdomadaires ici rassemblées, Gabriel Monet cherche à susciter la réflexion à partir de l’information. Son regard n’est pas neutre . Il se veut libre, constructif et assume un point de vue chrétien ».  Dans ce champ de l’information  exposé à pressions et à des interprétations de toutes sortes, ce travail de réflexion à partir de l’information est de première importance. « Il s’agit malgré tout de distinguer ce qui va bien et donc de savoir s’enthousiasmer et oser la bienveillance. En tout cas, il est important d’avoir un regard lucide et de prendre le temps d’analyser les évènements qui jalonnent notre quotidien . Il est vrai que les nouvelles ne sont pas toujours bonnes. Pourtant ce n’est pas une fatalité. Au contraire, cela doit encourager notre responsabilité pour réagir et être proactif afin de faire émerger des signes, des gestes et des attitudes de bienveillance » (4). Et, effectivement, dans ces chroniques, Gabriel Monet s’engage dans l’esprit de valeurs qui peuvent s’exprimer en terme de bienveillance.

 

La montée de la bienveillance

Or, dans le grand tumulte de notre époque, n’est-il pas signifiant que la bienveillance devienne aujourd’hui  une attitude privilégiée dans des champs très différents ? Ici l’information, mais aussi l’éducation, le travail et même une réinterprétation de certains concepts religieux. Ainsi, si nous vivons des temps difficiles, un regard rétrospectif peut nous indiquer des progrès discrets dans nos pratiques relationnelles. Dans un article paru dans « Sciences humaines », Jean-François Dortier s’est récemment interrogé dans un article intitulé : « Empathie et bienveillance, révolution ou effet de mode » (5). Or, c’est bien une évolution profonde qui apparaît. Et, par exemple, le succès du mot : empathie, quasi inconnu il y a un demi-siècle, « en dit long tant sur la façon de penser les rapports humains que sur nos attentes dans ce domaine ». « Dans les livres en langue française,  son usage a grimpé en flèche dans les décennies 1990 et 2000 »

Dans l’éducation, selon Béatrice Kammerer (6), on voit aujourd’hui un courant de pensée et d’action se développe en faveur d’une éducation bienveillante. Et ce courant a des fondements puisqu’il s’appuie sur des mouvements qui font aujourd’hui référence : « La théorie du care développée au début des années 1980 par la psychologue et la philosophe américaine, Carol Gilligan, la psychologie positive née aux Etats-Unis en 1998 sous l’impulsion du chercheur en psychologie Martin Seligman, les techniques de communication non violente développées notamment par le psychologie Marshall Rosenberg à partir des années 1960 ». Cette éducation bienveillante « s’inscrit dans un idéal contemporain des relations entre parents et enfants ». De même, il existe aujourd’hui un appel à la bienveillance dans l’univers professionnel. Et ainsi, le mouvement en faveur de la bienveillance commence à apparaître dans les entreprises (7).

Nous sommes donc bien en présence d’une émergence de bienveillance . C’est un changement de regard sur les relations humaines. Ce changement rompt avec des représentations pessimistes de l’homme et une pratique autoritaire du pouvoir ancrées dans un héritage du passé. Et, puisqu’il s’agit d’une transformation en profondeur, elle nous invité à revisiter des conceptions religieuses répandues dans la chrétienté occidentale. Ainsi, dans son livre : « Oser la bienveillance » (8), Lytta Basset montre comment ce pessimisme radical sur la nature humaine est étranger à la veine originelle du christianisme et à la bienveillance manifestée par Jésus.

informées, équilibrées dans leur approche,  riches en  analyses fines des comportements, agréables à lire, ces chroniques ouvrent la voie à un usage responsable de l’information. A cet égard, elles participent à une éducation civique. Elles traduisent sur ce registre le message d’amour et de respect du prochain qui rayonne dans l’Evangile.

Si aujourd’hui, la bienveillance est une attitude en pleine émergence, ce livre : « le défi de la bienveillance » participe à ce mouvement dans une belle contribution.

Jean Hassenforder

 

L’économie symbiotique : un processus et une vision

Avec Isabelle Delannoy

Face à la crise, l’économie symbiotique, c’est la convergence des solutions.

Symbiose est un mot inventé à la fin du XIXè siècle et qui signifie : vivre ensemble. « Il décrit l’association étroite et pérenne entre deux organismes différents qui trouvent, dans leurs différences, leurs complémentarité. La croissance de l’un permet la croissance de l’autre et réciproquement » (p 52). En proposant le terme d’économie symbiotique, Isabelle Delannoy a écrit un livre (1) sur ce thème dans lequel elle ouvre un avenir à partir de la mise en évidence de la complémentarité d’approches innovantes qui sont déjà à l’œuvre aujourd’hui. « La vraie révolution que l’on a apporté avec l’économie symbiotique, c’est de faire croiser trois sphères : la matière avec la sphère de l’économie circulaire, la sociosphère avec l’économie collaborative, l’ingénierie écologique et l’utilisation des écosystèmes du vivant, pour qu’on puisse restaurer nos écosystèmes naturels et ne plus rester dans la logique extractive » (Laura Wynne) (2).

Ce livre est le fruit d’un parcours. Ingénieur agronome, Isabelle Delannoy a très vite mesuré l’ampleur du déséquilibre écologique. « Nous relâchons en quelques décennies un carbone que des êtres vivants ont mis des centaines de milliers d’années à enfouir ». (p 23). Et elle a participé à la réalisation du film « Home » de Yann Arthus Bertrand. « Dans ce film diffusé en 2009, nous disions une vérité lourde : Si nous ne sommes pas capables d’inverser la tendance avant dix ans, nous basculerons dans une planète au visage inconnu. A la suite de la détérioration du socle des équilibres planétaires, la détérioration des écosystèmes d’un côté, la croissance des émissions de gaz à effet de serre de l’autre, le climat pourrait entrer dans une phase d’emballement qui ferait basculer la terre dans un autre état thermodynamique global… » (p 28). Mais Isabelle Delannoy n’a pas voulu rester sur le registre de la mise en garde. Elle s’est engagée dans une recherche de solutions qui a abouti à la publication de ce livre. Et cette recherche a couvert toute la gamme des approches innovantes  que l’on peut observer aujourd’hui. « J’ai alors cherché systématiquement les logiques économiques et productives qui pouvaient participer à répondre à cette déstabilisation de l’écosystème Terre et à renverser la tendance » (p 28). En regard, elle a trouvé une pléthore d’innovations, mais « aucune de ces logiques ne suffisait… Toutes semblaient nécessaires, mais largement insuffisantes » ( p 29).

C’est alors qu’Isabelle Delannoy a vu se dessiner un mouvement global. « A mesure que je cherchais, il se formait un motif, un design commun. Je me rendais compte que, sous leur diversité apparente, elles présentaient des analogies de fonctionnement remarquable.. . Pour l’ingénieur agronome que je suis, c’est à dire une scientifique à orientation technique, les principes que je voyaient se dessiner étaient comme les rouages d’un nouveau moteur, les éléments unitaires d’un nouveau système logique économique » (p 29). Isabelle Delannoy a développé ces principes pour en faire le fondement d’une « économie symbiotique ». Tout au long de cet ouvrage, elle nous présente cette économie en devenir.

 

Vers une économie symbiotique

Dans cette période de mutation, nos regards se transforment. La mise en évidence des processus symbiotiques est elle-même le fruit d’une inflexion récente de la recherche. « La symbiose fut longtemps ignorée face à la compétition mise en avant par Charles Darwin dans sa théorie publiée au XIXè siècle… Depuis ces dernières décennies, la symbiose a le vent en poupe. Des chercheurs comme Lynn Margulis, Olivier Perru, Marc-André Sélosse… montrent que la symbiose en particulier, et les mécanismes coopératifs en général agissent également comme un des moteurs principaux de l’évolution » (p 52) (3). L’auteure cite l’exemple des coraux qui sont la résultante d’une symbiose entre deux organismes : l’un constructeur : le polype, l’autre nourricier : la zooxanthelle, une algue qui sait capter l’énergie lumineuse grâce à la photosynthèse. Aujourd’hui, le sens du mot  symbiose est de plus en plus réservé aux « relations à bénéfices réciproques entre deux ou plusieurs organismes qui se lient de façon pérenne » (p 53). L’économie symbiotique s’inscrit ainsi dans dans un univers caractérisé par la complémentarité, la réciprocité, la synergie. En examinant différentes approches innovantes à elle seule insuffisantes pour répondre au grand défi, Isabelle Delannoy « s’est rendu compte que, sous leur diversité apparente, elles présentaient des analogies de fonctionnement remarquables…. Je voyais converger l’agroécologie, la permaculture, l’ingénierie écologique, l’économie circulaire, l’économie de la fonctionnalité, les smart grids, l’économie collaborative et du pair à pair, la gouvernance des biens communs et les structures juridiques des coopératives. Dans tout ce qui fait économie, ressources vivantes, ressources techniques, ressources sociales, une nouvelle logique…était apparue » (p 30). A partir de l’observation des pratiques nouvelles, Isabelle Delannoy a élaboré une théorie, « un système logique commun qui peut se traduire jusque dans des formulations mathématique, systémique et thermodynamique » ( p 30)

 

Penser en terme d’écosystème

« En écologie, un écosystème est un ensemble formé par une communauté d’êtres vivants en interrelation avec un environnement » (Wikipedia). Penser en terme d’écosystème, c’est reconnaître et encourager une dynamique interrelationnelle. Et cette approche est particulièrement active dans ce livre sur l’économie symbiotique : « une économie de l’information ; réanimer les ressorts de la terre ; une économie structurée en écosystèmes, l’énergie et la matière ; une économie en écosystèmes… ».

Les milieux naturels se lisent en terme d’écosystèmes. Et, dans l’agriculture, on prend conscience actuellement des méfaits de la monoculture mécanisée et on reconnaît les avantages de la diversité et de la complémentarité. En France, la ferme du Bec Hellouin est  ainsi reconnue dans son expérimentation innovante dans l’esprit de la permaculture (4). Et le même esprit est présent dans une ferme en Autriche dans une vallée peu propice à la culture. Or, un pionnier, Sepp Holzer y a construit un écosystème agricole ultra productif. Comment a-t-il atteint cette performance ? « Sepp Holzer a réfléchi à sa ferme comme un ensemble d’écosystèmes. A la petite échelle de la parcelle, il met en compétition les espèces qui vont s’enrichir mutuellement. Ainsi chaque arbre est planté avec un ensemble de graines d’une cinquantaine de plantes différentes qui entreront en synergie. Elles trouveront leur complémentarité dans la différence de taille, de morphologie, d’enracinement, d’écosystèmes microbiens associés, de synthèse de molécules, de préférence pour l’ombre et la lumière. Ces coopérations engendrent des relations nutritives entre les plantes et permettent de se passer d’engrais. Elles entretiennent une diversité d’hôtes et de prédateurs et il et possible de s’affranchir des pesticides… Mais Sepp Holzer a également créé une association d’écosystèmes diversifiés selon un design très précis permettant leur mise en synergie… Ainsi, à mesure des années, il a créé un ensemble de soixante dix mares et étangs et étagé le relief en terrasses. Le miroir créé par la surface de l’eau envoie les rayons du soleil sur les coteaux qui la surplombent et produit de nouvelles conditions climatiques pour des espèces qui n’auraient pu se développer  dans les conditions initiales… » (p 59-60). « Le système entre  en croissance selon un mécanisme synergique et enrichit son milieu. Sepp Holzer a créé un système productif qui ne détruit pas les ressources écologiques, mais qui, au contraire, en crée » ( p 60).

Cependant, les écosystèmes vivants ne sont pas à même de remplacer toutes les industries. « Ces industries doivent être alimentées en matériaux et en énergie pour fonctionner. De plus, de nombreuses infrastructures, machines et outils, ne peuvent exclusivement faire appel à des matériaux biosourcés. Il s’agit donc d’organiser les systèmes économiques et productifs  qui permettront une réutilisation maximale de la matière qui la compose » (p 109). Alors Isabelle Delannoy nous expose les voies innovantes d’une économie en écosystèmes pour traiter de l’énergie et de la matière. Et là aussi, elle s’appuie sur de nombreuses études de cas.

Ainsi une architecture bioclimatique produit des bâtiments consommant un minimum d’énergie pour le chauffage et la climatisation. C’est l’exemple de l’entreprise Pocheco dans le nord de la France qui est devenu autosuffisante en matière de chauffage, six jours sur sept (p 115). Au Val d’Europe, une zone d’activité de la région parisienne,  le data center de la banque Natixis a été conçu dès son implantation comme une centrale à la fois de données et de chauffage. L’activité des serveurs est intense et dégage une grande chaleur. Cette énergie est la base d’un réseau de chaleur faisant circuler une eau à 55°C qui alimente un centre aquatique, une pépinière d’entreprises, deux hôtels et une centaine de logements collectifs (p 119).

Et, en même temps, dans l’industrie, une approche systémique se développe. « La logique de fonctionnement actuelle est très mal adaptée à la limitation des ressources. Elle repose sur une logique linéaire : j’extrais, je transforme, je consomme, je jette. Son efficience tend vers zéro » (p 12). On peut agir autrement : « ne plus bâtir des « chaines » de production, mais des écosystèmes de production en agissant sur toutes les étapes. Ainsi, à Kalundberg, au Danemark, les industriels se sont rendus compte que les uns achetaient comme matière première ce que les autres rejetaient en tant que déchets. Ils sont entrés en coopération et celle-ci s’est étendue à des échanges de matière et d’énergie ( p 126-127). Cet écosystème industriel est aujourd’hui un exemple. « En bout de chaine, avec l’apparition du web, une telle organisation collaborative se répand chez les consommateurs. Ils forment des écosystèmes ou chacun peut être à la fois fournisseur, acheteur ou usager d’un bien » (p 128).

Lorsque les consommateurs se rapprochent de la production et inversement, on enregistre des gains très importants d’efficience. C’est le cas lorsqu’au lieu de vendre des objets, le fabricant en vend l’usage. C’est une « économie de fonctionnalité ». « Puisqu’il reste propriétaire de son bien, le fabricant a tout intérêt à en prolonger la durée de vie ». et il pourra, en fin de cycle, récupérer les matériaux .

Spécialisé dans la fabrication de photocopieuses, Rank Xerox est une des références les plus anciennes. « Aujourd’hui, Rank Xerox réutilise 94% des composantes de ses anciennes machines pour en fabriquer de nouvelles (p 133). « Les modèles dynamiques d’accès  permettent de vendre beaucoup en produisant peu » (p 136).

Et, bien sur, la nouvelle économie portée par le Web abonde en systèmes écoproductifs. « Ce sont des projets open source. L’open source est un exemple des principes symbiotiques appliqués à l’innovation et à la production : une diversité d’acteurs partageant des valeurs similaires et un centre d’intérêt commun mettant en partage leurs savoirs et savoir-faire. De leur coopération naissent des logiciels (tel Wordpres, Firefox, Linux), des encyclopédies du savoir telle Wikipedia… » ( p 143).    L’émergence des fablabs pour permettre une mutualisation des outils industriels à l’intention d’acteurs de terrain témoigne de même de la métamorphose de la production (p 146-148).

« Dans les fablabs, la combinaison d’internet et le libre partage de l’innovation accélèrent le brassage des innovations. Il se crée un écosystème entre concepteurs, usagers et ateliers de fabrication qui change radicalement la logique de la production industrielle : ouverte, coopérative, locale, personnalisée »  (p 155).

Ainsi, Isabelle Delannoy nous montre l’avancée de l’économie symbiotique dans son visage industriel. C’est une métamorphose radicale de la fabrication des biens d’équipement et de consommation. On peut maintenant envisager « la transformation de la chaine industrielle en un vaste écosystème mondial reliant des écosystèmes locaux » ( p 160).

 

Le temps de l’information

Nos yeux s’ouvrent et nous commençons à voir le monde en terme d’information. Nous prenons conscience du rôle prépondérant de l’information. « Depuis son origine, la Terre n’a cessé de créer de l’information. Grâce à elle, des mouvements ordonnés de la matière se sont créés, donnant lieu à une diversité de formes, de couleurs, de mouvements, exceptionnelle : la vie telle que nous la connaissons. De cette information motrice, l’une a été motrice plus que tout autre. Il s’agit de celle qui est codée dans les gènes du végétal portant les mécanismes de la photosynthèse » (p 43).  La photosynthèse est un processus exceptionnellement puissant. « La photosynthèse permet de capter une énergie brute et immatérielle, l’énergie lumineuse, de la stocker et de la distribuer de façon extrêmement fine… ». Grâce aux informations contenues dans sa bibliothèque génétique, le végétal va ainsi à l’encontre des lois physiques de l’énergie qu’on appelle l’entropie » (p 44). Le vivant se caractérise par la richesse de l’information. Il en déborde. Apprenons à la respecter. « C’est très simple. Si nous coupons une forêt pour bruler son bois, nous aurons perdu l’intelligence contenue dans le matériau bois qui aurait pu servir pour la construction, mais aussi l’intelligence chimique de ses molécules qui auraient pu servir à la pharmacopée, et encore celle apportée par l’écosystème forêt réparatrice de la qualité de l’eau, de la fertilité du sol, du climat » (p 45).

Nous pouvons faire mieux. En terme d’information, l’intelligence humaine est elle-même extrêmement créatrice. L’intelligence humaine peut devenir catalysatrice. « En agissant comme un catalyseur des écosystèmes vivants, l’espèce humaine devient un facteur multipliant leur efficience naturelle » (p 46). Le rôle de l’information va en croissant. Dans les écosystèmes vivants, il y a d’abord une construction de structures. « Ils créent alors beaucoup de biomasse et tissent peu de réseaux. Mais lorsque leurs structures deviennent plus matures, les réseaux s’enrichissent…les racines se connectent…des signaux chimiques s’échangent…. La faune vient s’installer. Les informations circulent extrêmement abondantes » (p 48). On peut envisager une évolution comparable dans l’histoire humaine. Ne serions-nous pas arrivé dans la phase de maturité où « presque toute l’efficience à produire des services vient de la capacité à produire et à traiter de l’information ».

Isabelle Delannoy nous ouvre un horizon. « Admirons l’improbable conjoncture que forme notre époque. Nous vivons l’instant où le niveau de destruction des écosystèmes menace la perpétuation de nos conditions de vie en même temps que nous accédons à un stade de structuration des écosystèmes dans son plein niveau possible d’efficience (p 49).

 

Emergence

Isabelle Delannoy a mené une recherche pour mettre en évidence les principes qui fondent une économie symbiotique et toutes les synergies que celle-ci engendre. Des exemples, comme le nouveau mode de fabrication permis par la voiture électrique sont particulièrement éloquents (p 241-244). La moindre chaleur émise permet une grande souplesse et inventivité dans la mise en œuvre des matériaux. Ainsi, avec Isabelle Delannoy, nous assistons à une émergence : émergence de nouvelles pratiques, mais également avec elle, émergence d’un nouveau regard : « Il semble que, dans le silence, un nouveau regard, une métamorphose  sociale et économique soit en train de naitre. Apparues sans concertation, les différentes logiques économiques et productives que nous avons successivement présentées  couvrent toutes les activités économiques et forment un écosystème  économique complet. Sous leur apparente diversité et la multiplicité des termes : ingénierie écologique, permaculture,  biomimétisme, écologie industrielle, économie circulaire, économie de la fonctionnalité, smart grids, open source, makerspaces, open data, économie de pair à pair, contribution sociale et solidaire, elles sont d’une extraordinaire cohérence dans leur système de fonctionnement et peuvent être décrites selon les mêmes principes » (p 227). Isabelle Delannoy a « qualifié ces principes,  et le principe logique dont ils sont le cœur, de « symbiotique ». « Ce système logique est utilisable en tant que tel, sans même vouloir développer une économie symbiotique complète. Il caractérise un fonctionnement continu et typique d’une nouvelle logique émergente » (p 227).

La recherche d’Isabelle Delannoy a commencé en 2009 dans la conscience de la menace du basculement climatique. Cette menace n’a pas disparu. On doit y faire face et il y a urgence. Le remède passe par une transformation de l’économie. Isabelle Delannoy nous apporte une bonne nouvelle. Non seulement, cette transformation est possible, mais  elle a déjà commencé. Un puissant mouvement est déjà en cours.

« Une nouvelle forme de pensée se développe partout dans le monde. Extraordinairement cohérente, non concertée, apparue majoritairement ces cinquante dernières années, elle laisse entrevoir que, dans le silence, est en train de naitre une métamorphose économique, technique et sociale radicale de nos sociétés… cette nouvelle économie a le potentiel de devenir symbiotique et régénératrice au niveau global…Elle organise une symbiose entre les écosystèmes vivants, les écosystèmes sociaux et l’efficience de notre technique » (p 313-314). On assiste donc à une multiplication d’écosystèmes innovants. L’économie symbiotique grandit à partir des réalités locales. On peut imaginer une économie décentralisée avec « des places de marché locales et reliées ». Cette économie nouvelle surgit de toute part.

 

Vers une nouvelle civilisation

Ce livre nous fait entrer dans un monde en transformation : une métamorphose, un changement de paradigme, une nouvelle civilisation en germination. C’est bien ce qui apparaît à Isabelle Delannoy dans l’exploration qu’elle a entrepris et qu’elle nous rapporte dans cet ouvrage. Si nous définissons une civilisation comme « l’ensemble des traits qui caractérisent une société donnée du point de vue technique, intellectuel, économique, politique et moral, cette étude m’amène à penser qu’émerge aujourd’hui une nouvelle civilisation » (p 19).

Dans ce livre, nous voyons apparaître une ligne de force majeure : la reconnaissance du vivant dans toutes ses dimensions. Cela induit une nouvelle vision de l’humain. « Ces travaux ont renouvelé ma conception de l’être humain et de sa place dans l’univers. Nous avons une vision très négative de l’homme vis-à-vis du vivant. L’idée que nous devons choisir entre notre développement et celui de la nature est profondément ancrée. Il s ‘agit donc au mieux de faire le moins de mal possible. L’économie symbiotique apporte (et requiert) une vision positive de l’espèce humaine et de son rôle dans l’univers (p 35-36). Aujourd’hui, l’humain prend un autre rôle dans le vivant. Il n’observe plus la nature pour la soumettre,  pour en devenir « maitre et possesseur » comme l’expriment Francis Bacon et René Descartes, pères du rationalisme occidental moderne, mais pour en comprendre et en faciliter les équilibres afin de favoriser son développement et sa croissance (p 37). L’auteure nous indique un changement de cap majeur dans les attitudes et les représentations : «  Nous pensions quantité, masse, forces. En comprenant que nous pouvons devenir symbiotes de notre planète, notre génie se déploie. Nous pensons informations, liens, synergie (5). Jamais notre imagination n’a été nourrie de la possibilité que le beau puisse être efficace, que ce qui est doux puisse être puissant » (p 37).

 

Ouvertures spirituelles

A la suite de cette vaste enquête et de ce travail de synthèse, Isabelle Delannoy nous permet d’entrevoir la montée d’une civilisation nouvelle. Celle-ci commence à se frayer un chemin à travers de nouvelles représentations et de nouvelles pratiques. Et, dans le même mouvement, une nouvelle éthique et une nouvelle spiritualité apparaissent. Isabelle Delannoy évoque « une nouvelle alliance » ( p 103-106), reconnaissance et respect du vivant par l’humanité. Dans le même mouvement, c’est aussi l’affirmation de valeurs comme la bienveillance, la collaboration, l’entraide, la solidarité. Des pièces du puzzle rassemblées par l’auteur, on voit apparaître un paysage nouveau.

Laissons libre cours à notre émerveillement. Et, pour les chrétiens, à partir d’une approche théologique nouvelle, sachons reconnaître l’œuvre de l’Esprit. Nous pouvons écouter cette interpellation de Pierre Teilhard de Chardin, scientifique et théologien précurseur, cité par Isabelle Delannoy (p 57). « Si les néohumanistes du XXè siècle nous déshumanisent sous leur Ciel trop bas, de leur côté, les formes encore vivantes du théisme ( à commencer par la chrétienne) tendent à nous sous-humaniser dans l’atmosphère raréfié d’un Ciel trop haut. Systématiquement fermées encore aux grands horizons et aux grands souffles de la Cosmogenèse, elles ne se sentent plus vraiment avec la terre, une Terre dont elles peuvent bien encore, comme une huile bienfaisante, adoucir les frottements internes, mais non (comme il le faudrait) animer les ressorts ».

Et, déjà, pour participer à l’évolution en cours, pour y apporter une contribution, le christianisme est appelé à retrouver son esprit d’origine dans une marche en avant qui regarde vers la nouvelle création à venir et qui s’inscrit dans une théologie de l’espérance. « Dieu est lié à l’espérance humaine de l’avenir. C’est un Dieu de l’espérance qui marche « devant nous » et nous précède dans le déroulement de l’histoire » (Jürgen Moltmann) (6). L’Esprit de Dieu est « l’Esprit qui donne la vie » (7). Cet Esprit n’est pas seulement  l’Esprit rédempteur, c’est aussi l’Esprit créateur à l’œuvre dans une création qui se poursuit (8). Ainsi, Jürgen Moltmann peut-il écrire : « Dieu est celui qui aime la vie et son Esprit est dans toute la création. Si on comprend le créateur, la création et son but de façon trinitaire, alors le créateur habite par son Esprit dans l’ensemble de la création et dans chacune de ses créatures et il les maintient ensemble et en vie par la force de l’Esprit » (9). Ainsi l’Esprit Saint anime et relie. « Si l’Esprit Saint est répandu dans toute la création, il fait de la communauté des créatures avec Dieu et entre elles, cette communauté de la création dans laquelle toutes les créatures  communiquent chacune à sa manière entre elles et avec Dieu…L’ « essence » de la collaboration dans l’Esprit est, par conséquent, la « collaboration » et les structures manifestent la présence de l’Esprit dans la mesure  où elles font reconnaître l’ « accord général ». « Au commencement était la relation » (Martin Buber) (9). Cette vision fait apparaître une correspondance entre l’inspiration de l’Esprit qui induit reliance et créativité et ce que nous entrevoyons  dans la civilisation symbiotique en voie d’émergence.

Nous vivons à un tournant de l’histoire. Nous ne voyons que trop les menaces engendrées par les abus de l’humanité vis à vis de la nature. Les remèdes sont en route, mais le temps presse. Comme d’autres observateurs, Jürgen Moltmann  nous rapporte une parole du poète allemand, Friedrich  Hölderlin : « Dieu est proche et difficile à saisir. Mais , au milieu du danger, se développe le salut » (6).

Dans ce contexte, ce livre sur l’économie symbiotique arrive au bon moment. Isabelle Delannoy met en évidence la convergence de nouveaux courants économiques qui débouchent sur une transformation générale de l’économie et portent un changement de mentalité.  L’action dépend de l’horizon qui lui est proposée. « Nous devenons actifs pour autant que nous espérions. Nous espérons pour autant que nous puisions entrevoir des possibilités futures. Nous entreprenons ce que nous pensons être possible » (Jürgen Moltmann) (10). A juste titre, Isabelle Delannoy évoque la puissance de la pensée. Elle cite Lune Taqqiq : « Le poids d’une pensée peut faire basculer le cours de l’humanité » (p 316). Ce livre sur l’économie symbiotique participe à notre « conscientisation ». En faisant apparaître l’émergence d’une économie et d’une société nouvelle à travers l’apparition de multiples innovations signifiantes, il nous enseigne, il nous éclaire, il nous mobilise. Merci à Isabelle Delannoy !

Jean Hassenforder

 

 

Voir aussi, en prospective économique :

« Le monde en tension. Accélération du changement et adaptation sociale» (Thomas Friedman) : http://www.temoins.com/le-monde-en-tension/

 

« Les clés du futur, selon Jean Staune »  http://www.temoins.com/cles-futur-selon-jean-staune/

Femmes et hommes en coresponsabilité dans l’Eglise

Dialogue théologique entre Elisabeth Moltmann-Wendel et Jürgen Moltmann

Depuis les années 1960, on a vu apparaître une vision nouvelle de l’humanité portée par la dynamique d’une communion spirituelle. Un aspect de cette évolution réside dans la montée d’un nouveau rapport entre les hommes et les femmes, le recul de la domination masculine permettant l’émergence d’une égalité responsable entre les genres. Ainsi, si l’égalité croissante entre les hommes et les femmes est un mouvement à l’œuvre au cours des deux derniers siècles, il s’est accéléré dans les dernières décennies. En arrière-plan, c’est toute une organisation sociale fondée sur le patriarcat et plusieurs fois millénaire, la prépondérance des hommes et celle des pères qui est en train de s’effondrer. Cette évolution, qui est aussi une révolution, se heurte à de fortes résistances, tout particulièrement dans le monde religieux. Les églises chrétiennes sont, pour la plupart, encore marquées par la prépondérance masculine (1). Et pourtant, les Evangiles témoignent de l’engagement de Jésus dans une entière reconnaissance de la personnalité féminine, ouvrant la voie à l’apparition de « communautés d’hommes et de femmes » (2). L’histoire nous montre comment la société patriarcale a étouffé ou circonscrit ce changement. Le recul actuel de cette société ouvre  un  nouvel espace pour un christianisme en phase avec son inspiration première.  Dans ce contexte, une réflexion s’est opérée et on a vu apparaître une théologie féministe. Cette théologie fait entendre la voix des femmes dans sa diversité. Elisabeth Moltmann-Wendel a été une des premières théologiennes féministes. Elle s’exprime dans une configuration originale en fonction de son mariage avec une des plus grands théologiens de l’époque, Jürgen Moltmann (3). Ainsi, à la fin du XXè siècle, la théologie féministe ouvre un regard nouveau sur la foi chrétienne.  Certes, depuis cette époque, le contexte a évolué. La parité entre hommes et femmes s’est imposée dans de nombreux pays. Dans les églises, quelques unes se sont engagées dans une pleine reconnaissance des femmes et des hommes  dans l’exercice à toutes les responsabilités. En France, c’est le cas de l’Eglise Protestante Unie. Par contre, dans d’autres milieux, dans des formes variées et dans des langages différents, la  prépondérance masculine, la tonalité patriarcale continue à s’exercer, même si elles perdent du terrain, ça et là. Les prises de conscience s’opèrent progressivement. Et il est important de mettre en évidence tous les engagements en ce sens comme le texte de Joseph Moingt : « Les femmes et l’avenir de l’Eglise » dans la revue Etudes (4) et le livre de Joëlle Sutter-Razanajohary : « Qui nous roulera la pierre ? Les femmes dans l’Eglise » (5), présenté aujourd’hui sur ce site. Parce qu’il éclaire cette évolution à partir de ses débuts, il nous paraît opportun de présenter un texte déjà ancien puisqu’il remonte à 1981 : un dialogue entre Elisabeth Moltmann-Wendel et Jürgen Moltmann à la conférence œcuménique internationale de Sheffield en juillet 1981. Ce dialogue est intitulé : «  Devenir des personnes dans la communauté nouvelle des hommes et des femmes » (6). Voici succinctement la trame de ce dialogue.

 

L’empreinte du système patriarcal

 

Elisabeth met en évidence le petit groupe de femmes qui a entouré Jésus et qui l’a soutenu jusqu’au bout. L’Histoire de l’Eglise a commencé à la rencontre entre Jésus ressuscité et les femmes qui l’avaient suivi. Mais l’histoire officielle l’a reportée à l’envoi des hommes apôtres. « Aujourd’hui, presque toutes les Eglises sont gouvernées et modelées par des hommes et s’appuient sur des catégories masculines. Dieu lui-même est envisagé dans des termes en prédominance masculins ». « L’expérience des femmes, que Jésus est un ami qui partage leurs vie, qui donne chaleur, intimité et tendresse à tous ceux qui sont abandonnés et sans soutien, est oubliée » ( p 1). « Le Féminisme, le mouvement des femmes dans le monde occidental, a donné à beaucoup de femmes le courage de se découvrir, d’exprimer à nouveau leurs propres expériences de Dieu, de lire la Bible avec des yeux nouveaux et de recouvrir leur rôle unique et original dans l’Evangile ».

Elisabeth incrimine le système patriarcal. «  Ce système est incompatible avec l’identité et les conceptions des femmes ». Le système patriarcal s’est également exprimé dans le colonialisme et le racisme, le capitalisme et le sexisme. « Aujourd’hui, les femmes comprennent Jésus comme ce qu’il a été pour elles. Elles veulent se débarrasser de la domination du système patriarcal ».

 

Elisabeth se garde de tout radicalisme. Sa pensée féministe est en phase avec un idéal social pour une société où le pouvoir est partagé et où la vie des femmes est respectée. «  Nous voulons une vie pleine qui joigne le corps, l’âme et l’esprit, une vie qui ne soit plus divisée entre la sphère publique et la sphère privée  et qui nous remplisse de confiance et d’espoir par delà la mort biologique ». Et, dans cette perspective, elle se réfère à des passages bibliques  comme la vision de paix du prophète Esaïe.

Dans cette volonté d’échapper au système patriarcal, il y a des femmes qui s’éloignent de l’Eglise et de Dieu. Qu’en pense Jürgen ? »

 

La réponse de Jürgen Moltmann est particulièrement incisive.

« Vous me demandez si Dieu est du côté du système patriarcal. Je voudrais tenter une réponse en m’interrogeant : quel est le Dieu du système patriarcal ? »

Ce système patriarcal n’est pas venu dans le monde à travers le christianisme. « L’ordre du pouvoir patriarcal est ancien et répandu. A un stade précoce, l’Eglise a été reprise en main dans une culture patriarcale. En conséquence, le potentiel libérateur du christianisme a été paralysé ». On a parlé de la captivité constantinienne de l’Eglise. La théologie féministe participe à la critique de cet enfermement. Ainsi, la libération des femmes et, en conséquence, celle des hommes, pour sortir du système patriarcal, est connectée avec la redécouverte de liberté de Jésus et une nouvelle expérience des énergies de L’Esprit. Nous devons laisser derrière nous le Dieu monothéiste des Seigneurs et des males, et découvrir, depuis les origines du christianisme, le Dieu de la communauté qui est riche en relations, capable de souffrance et apporte l’unité. C’est le Dieu vivant, le Dieu de la vie que le système patriarcal a déformé à travers les idoles de la domination. En  lui, les hommes aussi expérimentent une libération de la distorsion dont les femmes ont souffert et souffrent encore comme conséquence du système patriarcal ». Jürgen Moltmann  dénonce une éducation qui a imposé aux garçons et aux jeunes gens un rôle dominant et une pression de contrôle sur eux-mêmes. Les jeunes hommes ont été coupés en deux dans une survalorisation de la raison et de la volonté et le refoulement des émotions. Dans sa grandeur, le Dieu patriarcal reflète la misère qui s’exprime dans un male divisé et isolé. Pour  connaître ce Dieu-là, on remonte du père de famille au père des peuples, du père des peuples au père de l’Eglise et on parvient au Père de Tout au ciel. Puis, on redescend à nouveau du Père céleste pour légitimer les autorités. Ce Père de Tout au ciel n’a rien à voir avec le mystère du cher père, Abba, de Jésus

 

Dans des formes chrétiennes, cela aboutit à la séquence suivante : l’homme est la tête de la femme, Christ est la tête de l’homme, Dieu est la tête du Christ. C’est seulement sous la tête de l’homme que la femme est à l’image de Dieu…. ». Ce Dieu du système patriarcal est un Dieu solitaire et dominateur. Aujourd’hui, les hommes avec les femmes,  doivent se débarrasser de la pression du patriarcat comme un cauchemar et en finir avec cette répression de la vraie vie pour devenir une personne complète. Jürgen Moltmann rappelle l’expérience de Pâques où les femmes ont montré le chemin. « Dans le mouvement de la pleine résurrection, nous les hommes devons découvrir « la nouvelle communauté des hommes et des femmes » (2) qui nous délivre des distorsions du système patriarcal et nous ouvre à une pleine vie humaine ».

 

Une théologie pour une vie nouvelle.

En évoquant certains signaux qui sont communiqués par la Bible et par l’Eglise, Elisabeth en déduit une influence qui amène les femmes à envisager leur vie comme supplément à celle de l’homme, une vie de l’esprit et de la parole, mais non de l’unité de corps, de l’âme et de l’esprit. « Pendant trop longtemps, dans la tradition patriarcale, nos corps ont été considérés comme embarrassants, impurs et choquants. Ceci n’est pas la plénitude de vie, mais une vie à moitié.

Est-ce que la tradition chrétienne  peut nous aider de sortir de cette vie à moitié ? Où est-ce que nous pouvons trouver des sources et des motivations pour notre identité ? Quelles traditions chrétiennes peuvent nous guider vers la plénitude ? Quelles traditions chrétiennes peuvent aussi aider les hommes à avoir une vie pleine ? » (p 7).

 

La réponse de Jürgen Moltmann nous rejoint en plusieurs étapes (p 7-10).

« Les traditions de la Bible, du christianisme ou de l’Eglise ont été effectivement  écrites et rassemblées par des males dominants. L’histoire, a-t-on dit, est toujours  écrite par les vainqueurs. Les perdants sont dépouillés de la conscience de leur propre histoire. Maintenant, nous pouvons lire ces traditions « d’en haut », mais nous pouvons aussi les lire, contrairement à la manière dont elles ont été rapportées, « d’en bas » . Dans l’histoire des gouvernants,  nous trouverons ainsi l’histoire refoulée des révoltes contre leurs dominateurs. En ce sens, il y a aussi une histoire des femmes dans et par dessous l’histoire masculine de l’Eglise.  Vous-même, vous en avez redécouverte une partie. Mais, ici et là, on peut aussi trouver des histoires de liberté dans l’histoire masculine ».

 

°  Moltmann regarde le nouveau départ après le second récit de la chute entrainée par la corruption de l’humanité et du monde en Genèse 6.11-13. « Ce mal là, c’était la généralisation de la violence. Ainsi, la perte, à son origine, n’est rien d’autre que des actes de violence. La rédemption réside dans une « une vie non violente » du genre de celle à laquelle Jésus appele dans le Sermon sur la Montagne. Aurions-nous davantage écouté cette histoire, nous n’aurions jamais généré le mythe de l’infériorité de la femme ».

° Aujourd’hui, les femmes s’insurgent : « Est-ce que Dieu est un homme ? Selon la doctrine actuelle, les personnes divines semblent masculines. Mais est-ce le cas ? il y a une tradition refoulée de la maternité du Saint Esprit. Jürgen Moltmann renvoie ainsi aux communautés gnostiques, à l’Eglise éthiopienne, aux Pères grecs et à la redécouverte de cette perception par le comte Zinzendorf au XVIIIè siècle. Moltman ajoute : « Si l’Esprit est notre mère, alors je puis sentir que je ne suis pas « sous Dieu », mais « en Dieu ». Cette approche me libère des images monothéistes, partiales du Père et m’aide à faire l’expérience du Dieu plénier dans la plénitude de mon être. Elle m’aide à trouver un Dieu qui est communauté ».

° Enfin, « je découvre que l’approfondissement de la doctrine de la Trinité dans la représentation chrétienne de Dieu a aussi déjà préparé le remplacement d’un Seigneur Dieu male. Dans le passé, une compréhension individualiste des êtres humains et une compréhension monothéiste de Dieu ont grandi ensemble. Si maintenant, nous considérons les êtres humains en tant qu’unité du corps, de l’âme et de l’esprit, et qu’ils trouvent leur salut dans la totalité de leur vie, alors l’image de Dieu sur Terre ne peut pas être seulement leurs âmes. Dans leur nature corporelle, dans la communauté des femmes et des hommes, ils correspondent à Dieu. Mais quel Dieu ? Surement, le Dieu qui est riche en relations, qui unit, qui forme communauté, en bref, le Dieu triun. Ce Dieu ne gouverne pas en divisant et en isolant (Diviser et régner), mais il est présent dans l’unification de ce qui est séparé et la guérison de ce qui est divisé. Le male puissant peut être une imitation du Tout Puissant, mais seule une communauté humaine peut être l’image du Dieu triun. Cette idée m’aide à  chercher Dieu non seulement au dessus au Ciel, seulement profondément dans mon âme, mais, avant tout, « parmi nous », dans notre communauté ».

° « Vous m’avez demandé :  Quelles sont les traditions chrétiennes qui peuvent nous mener dans un chemin de totalité Les espoirs passés, les expériences passées sont constamment enregistrés dans nos traditions. Cela a de la valeur, mais une valeur seulement limitée. Aucune tradition ne peut engendrer le futur. Au mieux, les traditions peuvent préparer le chemin vers le futur. L’Esprit lui-même crée constamment de nouvelles réalités et nous apporte plein de surprises. L’Esprit n’est pas lié aux traditions, mais il leur empreinte ce qui tend vers l’avenir. Le christianisme, c’est plus qu’une tradition, c’est une espérance » (p 10).

Le dialogue se poursuit au sujet de la transformation des églises dans le mouvement de la promotion féminine. A ce point, Jürgen Moltmann met en évidence les affinités que certains hommes vont rencontrer dans le changement de rôle et d’attitude qui leur est demandé, car cela requiert une transformation profonde de leur personnalité. Il y a aussi un pas à franchir dans la conception de l’église. « C’est seulement si l’église qui se sent responsable d’en haut, devient la communauté des gens, qu’elle accueillera sur un plan d’égalité les femmes, les travailleurs, les handicapés et les envisagera dans la dynamique de l’Esprit » ( p 13).

 

Un jalon qui nous parle encore aujourd’hui

Dans son livre autobiographique : « A broad place », Jürgen Moltmann consacre un chapitre à son engagement avec Elisabeth, son épouse dans une recherche théologique inspirée par la question féministe (7). De fait, l’impulsion est venue d’Elisabeth qui a commencé à suivre cette voie à partir de 1974. Dans cet itinéraire, la conférence  œcuménique organisée à Sheffield par le Conseil Mondial des Eglises à laquelle Jürgen et Elisabeth Moltmann ont été appelés à produire ce dialogue a été un épisode important. Le texte correspondant remonte donc à 1981 Cette intervention s’inscrit donc ainsi dans le premier tiers du parcours théologique de Jürgen Moltmann (8). On trouve donc dans ce texte des intuitions, des orientations, parfois dans des expressions encore peu élaborées. On découvre là des thèmes que Moltmann va approfondir et développer dans les années 1980 et 1990  dans de grandes œuvres :  Trinité et Royaume de Dieu (1980), Dieu dans la création (1985), Jésus, le Messie de Dieu (1988), L’Esprit qui donne la vie (1991) (9). Quatre décennies se sont écoulées depuis cette intervention conjointe de Jürgen et d’Elisabeth. On peut donc se demander si ce texte garde encore une actualité. De fait, si le contexte a changé, les questionnements gardent leur pertinence. Certes, l’égalité des femmes et des hommes a beaucoup progressé dans la société. A cet égard, la situation est tout à fait différente . Mais en est-il de même dans les églises ? Dans le champ religieux, si des progrès importants sont apparus dans certains secteurs, les résistances restent considérables. Et plus généralement, dans le monde, la participation conjointe des femmes et des hommes à la vie sociale, politique et religieuse apparaît comme un enjeu puisqu’en face, on rencontre encore une volonté de puissance et de domination Ainsi ce texte peut continuer à nourrir notre réflexion.

Jean Hassenforder

 

  • Dans un pays comme la Grande-Bretagne où les églises ont fait des pas très importants vers la reconnaissance des ministères féminins, la sociologue Linda Woodhead diagnostiquait encore récemment la persistance du paternalisme. http://www.temoins.com/paternalisme-probleme-leglise/
  • « La communauté des hommes et des femmes. Une vision de l’Eglise selon Jürgen Moltmann » : http://www.temoins.com/la-communaute-des-hommes-et-des-femmes-une-vision-de-leglise/
  • « Une théologie pour notre temps. L’autobiographie de Jürgen Moltmann » : http://www.temoins.com/une-theologie-pour-notre-temps-lautobiographie-de-juergen-moltmann/
  • « Joseph Moingt sj Les femmes et l’avenir de l’Eglise. Etudes  Janvier 2011 ». Dans ce remarquable article, Joseph Moingt, théologien renommé, met en évidence le fossé qui se creuse entre l’univers féminin et l’Eglise catholique. Il montre les différents aspects de ce déphasage et notamment la tendance actuelle à dénier aux femmes des responsabilités ecclésiales. C’est « une attitude suicidaire ». En regard, Joseph Moingt rappelle l’approche du  Concile Vatican II : https://www.cairn.info/revue-etudes-2011-1-page-67.htm
  • Joëlle Sutter-Razanajohary. Qui nous roulera la pierre ? Les femmes dans l’Eglise. Empreinte, 2018. L’auteure a un rôle actif comme pasteur dans la mouvance baptiste. Ce livre est présenté sur ce site par Françoise Rontard
  • Becoming persons in a new community of women and men. The joint opening lecture at an oecumenical conference on « The community of Women And Men in the Church » Sheffield, England , 11-18 july 1981 » p 1-16 dans : Elisabeth Moltman-Wendel. Jürgen Moltmann.  His and Hers  SCM Press, 1991
  • Jürgen Moltmann. A broad place. An autobiography. SCM Press, 2007 Chapter 24 : God-His and Hers. Joint theology with Elisabeth p 321-333
  • Colloque organisé en 1988 à New York avec Jürgen et Elisabeth Moltman pour faire le point sur la réception de la théologie de l’espérance , vingt ans après le livre pionnier de Jürgen Moltmann sur cette question. On y verra aussi l’intervention d’Elisabeth Moltmann-Wendel : http://www.vivreetesperer.com/?p=2674
  • Ici les dates de parution sont celles de l’édition allemande. Ces livres ont été traduits en français et publiés aux éditions du Cerf.

Prier, une philosophie Une vision unifiée, par Bertrand Vergely

Comment la prière est-elle perçue par nos contemporains ? Est-elle une activité à part pour une catégorie de gens pieux ? La prière est-elle un recours en dernier ressort ou peut-elle accompagner notre action ?  Prière et réflexion sont-elles des modes de penser complètement différents ? Si certains philosophes pensent que la philosophie et la prière sont des domaines complètement différents, en est-il vraiment ainsi ? Dans son livre : « Prier, une philosophie » (1),   Bertrand Vergely nous aide à répondre à ces questions en élargissant notre conception de la prière et de sa mise en œuvre. « Et, par exemple, dès le départ, il décrit la prière de trois façons : « La première réside dans le fait de demander. La seconde dans celui de remercier et de louer. Et, la troisième dans le fait de vivre en aimant, aimer consistant à vivre en désirant et donc en priant pour ce que l’on aime vivre. Quand ces trois éléments sont ensemble, la prière ne pose aucun problème. Heureuse, elle rend heureux » ( p 19).

Si aux yeux de certains, la prière et la philosophie sont deux domaines séparés, Bertrand Vergely met au contraire en évidence les interrelations. Ainsi met-il en exergue une pensée de Wittgenstein : « La prière est la pensée du sens de la vie ». « Quand on considère les relations entre philosophie et religion, celles-ci s’opposent. Si on envisage philosophie et religion de l’intérieur, il en va autrement. Au sommet, tout se rejoint » (p 15). Et, de même, Bertrand Vergely montre qu’il n’est pas bon, de séparer l’action et la prière. Il ouvre des portes par rapport au déficit engendré par un exercice de la pensée autosuffisant et coupé de la réalité existentielle. « La modernité, qui poursuit un idéal de rationalité et de laïcité, divise la réalité en deux, avec d’un côté, l’action, et, de l’autre, la prière. Les choses sont-elles aussi simples ? » (p 10). De fait, « il y a quelque chose que nous avons tous expérimenté, à savoir la présence. Devenir présent à ce que nous sommes éveillant la présence en nous, on fait advenir la présence de ce qui vit autour de nous » (p 11)… Mettons nous à vivre dans le présent, on rentre dans la présence. En restant dans la présence, on rencontre ce qui demeure stable à travers le changement et le multiple… Présence emmenant loin au delà de soi vers le supra-personnel, le supra-conscient comme le dit Nicolas Berdiaeff. « Nul ne sait ce que peut le corps » dit Spinoza. La présence est en relation avec une présence qui dépasse tout, la divine présence… (p 12). D’où l’erreur de penser que la condition humaine est fermée. Quand on prie en allant de toutes ses forces dans son être profond, ce qui semble impossible devient possible » (p 13).

Bertrand Vergely nous parle à la fois en philosophe et en chrétien de confession et de culture orthodoxe. Ce livre nous emmène loin : « Prier ? Prier les dieux, Prier Dieu ? ; Quand la prière humanise ; Quand la philosophie spiritualise ; Quand la prière divinise ». Il témoigne d’une immense culture. Certes, nous pouvons parfois nous sentir dépassé par le langage philosophique. Mais l’auteur recherche l’accessibilité, notamment en découpant le livre en de courts chapitres. Il n’est pas nécessaire de le lire en continu. Et, dans cette présentation, nous ne couvrirons pas l’ensemble de l’ouvrage ; nous nous centrerons sur une démarche de l’auteur qui rejoint quelques autres, celles de Jürgen Moltmann et de Richard Rohr.

 

Dons et requêtes de la vie

Dans son approche, à de nombreuses reprises, Bertrand Vergely appelle à la conscience de la vie dans tout ce qu’elle requiert et tout ce qu’elle entraine. C’est ainsi qu’on débouche sur une démarche spirituelle et sur la prière.

Et, pour cela, on doit aussi se démarquer d’un monde dominé par notre intellect prédateur et sa rationalité morbide ».

« Transformer son intelligence. Laisser passer le Vivant, l’Unique en soi. On y parvient par la métanoïa, la sur-intelligence. Quand on vit, il n’y a pas que nous qui vivons. Il y a la Vie qui se vit en nous et qui nous veut vivant. Il y a quelque chose à la base de l’existence. Un principe agissant, une force, un premier moteur, comme le dit Aristote, une lumière qui fait vivre. (p 220)… Quand nous rentrons en nous-mêmes afin de savoir qui nous sommes, ce n’est pas un moi bavard que nous découvrons, mais un moi profond porté par la Vie avec un grand V. d’où la justesse de Saint Augustin quand, parlant de Dieu, il a cette formule : « la vie de ma vie » (p 221).

Répondons-nous oui à la vie ? Vivons-nous vraiment ? Ou bien sommes-nous prisonniers de principes auxquels nous nous assujettissons ? La morale et la religion peuvent ainsi s’imposer comme un esclavage. Au contraire, « la morale et la religion sont en nous et non à l’extérieur… C’est ce que le Christ rappelle. L’enfant, qui est la vie même, est le modèle de la morale et de la religion. Ce que n’est pas le pharisien qui ne se laisse plus porter par la vie qui est en lui… » (p 236).

« La Vie. La Vie avec un grand V. Ce n’est pas un terme grandiloquent. Il y a en nous une présence faisant écho à ce que nous avons de plus sensible, d’où la justesse de parler de divine présence.

C’est « une conscience profonde à la base de l’étonnante capacité que nous avons de demeurer le même à travers le temps et que Jankélévitch appelle l’ipséité ». C’est « une conscience vivante avec laquelle rien n’est désincarné, ni impersonnel, le moi étant lié au monde comme le Je est lié au Tu et le Tu au Je pour reprendre l’idée majeure qui guide la pensée de Martin Buber (p 237).

« Chaque fois qu’un sujet se met à être le monde au lieu d’être en face de lui, apparaît une expérience lumineuse, étincelante, faisant tout exister et quelque chose de plus. Une liberté supérieure, divine » (p 238).

 

Dieu vivant 

On peut s’interroger sur les raisons de croire en Dieu en terme de réponse à une recherche de cause. « Quand la raison cherche à démontrer l’existence de Dieu par la raison banale, elle ne convainc personne… Quand une cause a été démontrée rationnellement, nul besoin d’y croire… » (p 225). La relation à Dieu est d’un autre ordre. Elle implique notre être profond. « Il faut exister pour comprendre quelque chose à l’existence de Dieu. Quand on est dans la raison  objective qui aborde le monde à distance, il est normal qu’il n’existe pas » (p 226)… Ainsi la foi implique et requiert une intensité de vie.

« Le monde occidental ne croit plus aujourd’hui que Dieu est la cause du monde. En revanche, quand Dieu est pensé comme sur-existence, il en va autrement. Il se pourrait que nous ne soyons qu’au début de la vie de Dieu et que son temps ne soit nullement passé. La preuve : quand on pense Dieu, on pense toujours celui-ci sur un mode théiste. Jamais ou presque sur un mode trinitaire. D’où deux approches de Dieu pour le moins radicalement différentes. Posons Dieu en termes théistes. Celui-ci est un principe abstrait sous la forme d’une entité dans un ciel vide. Il est comme la raison objective. Unique, mais à quel prix ! A part lui, table rase… Posons à l’inverse Dieu en termes trinitaires. Dieu n’est plus Dieu, mais Père, source ineffable de toute chose. Il n’est plus seul, mais Fils, c’est à dire passage du non manifesté au manifesté… Dans le visible et non dans l’invisible. Dans le théisme, on a affaire à un Dieu, froid, glacial même. Avec le Dieu trinitaire, on a affaire à une cascade de lumière, d’amour et de vie… (p 227-228).

Importance du passage. Des Hébreux au Christ, une continuité, un même souffle : diffuser la vie et non la mort, et, par ce geste, glorifier le Père, la source de vie, source ineffable. On est loin du Dieu qui ne fait qu’exister, du Dieu cause. Le Dieu qui cause le monde ne le transforme pas. Le Dieu qui sur-existe le transforme. Il fait vivre en appelant l’homme à la vie afin qu’il sur-existe en devenant comme lui hyper-vivant » (p 229).

 

Dieu vivant, communion d’amour, puissance de vie

En lisant le livre de Bertrand Vergely sur la prière, nous voyons de convergences avec le courant de la pensée théologique que nous avons découvert dans les ouvrages de Jürgen Moltmann, puis dans le livre de Richard Rohr : « The Divine Dance » (2) .

Dans les années 1980, Jürgen Moltmann a été le pionnier d’une nouvelle pensée trinitaire qui nous présente un Dieu relationnel, un Dieu communion. Dans son livre le plus récent : « The living God and the fullness of life » (3), il écrit : « la foi chrétienne a elle-même une structure trinitaire parce qu’elle est une expérience trinitaire avec Dieu »… « Nous vivons en communion avec Jésus, le Fils de Dieu et avec Dieu, le Père de Jésus-Christ, et avec Dieu, l’Esprit de vie… Ainsi, nous ne croyons pas seulement en Dieu. Nous vivons avec Dieu, c’est à dire dans son histoire trinitaire avec nous » (p 60-62).

De même,  Robert Rohr nous parle de la révolution trinitaire comme l’émergence d’un nouveau paradigme spirituel. Et, comme Moltmann, pour exprimer Dieu trinitaire, il emprunte aux Pères grecs, l’image de la « danse divine ». « Tout ce qui advient en Dieu, c’est un flux, une relation, une parfaite communion entre trois, le cercle d’une danse d’amour ». Bertrand Vergely est, lui aussi, émerveillé par le Dieu trinitaire, « cascade de lumière, d’amour et de vie ».

La pensée trinitaire donne toute sa place à la troisième composante divine, l’Esprit de Dieu, l’Esprit qui donne la vie.   « L’agir de l’Esprit de Dieu qui donne la vie est universel et on peut le reconnaître dans tout ce qui sert la vie » (p 8). Il y a unité dans « l’agir de Dieu dans la création,  le rédemption et la sanctification de toutes choses » (p 27). « L’expérience de l’Esprit, qui donne vie, qui est faite dans la foi du cœur et dans la communion de l’amour, conduit d’elle-même au delà des frontières de l’Eglise vers la redécouverte de ce même Esprit dans la nature, les plantes, les animaux et dans les écosystèmes de la terre » (p 28).

Richard Rohr nous parle également du Saint Esprit comme « la relation d’amour entre le Père et le Fils. C’est cette relation qui nous est gratuitement donnée. Ou mieux, nous sommes inclus dans cet amour » (p 196). L’univers est relationnel. Il est habité. « Il est parcouru par le flux de l’amour divin qui passe en nous » (p 56). C’est un flux de vie. Dieu est la force de vie qui anime toute chose et nous invite à reconnaître sa présence.

Cette reconnaissance de la vie divine rejoint celle à laquelle nous appelle Bertrand Vergely dans son livre : « Prier, une philosophie ».

« Il y a en nous une présence faisant écho à ce que nous avons de plus sensible et de plus profond, d’où la justesse de parler d’une divine présence ». « Laissons passer le vivant… Quand on vit, il n’y a pas que ce que nous vivons. Il y a la Vie qui se vit en nous et qui nous veut vivant » (p 237 et 220).

Jean Hassenforder

  1. Bertrand Vergely. Prier, une philosophie. Carnetsnord, 2017
  2. Richard Rohr. With Mike Morrell. The Divine Dance. The Trinity and your transformation. SPCK, 2016. Mise en perspective sur : http://www.vivreetesperer.com/?p=2758
  3. Jürgen Moltmann. The living God and the fullness of life. World Council of Churches, 2016 Mise en perspective sur ce blog : http://www.vivreetesperer.com/?p=2697 et http://www.vivreetesperer.com/?p=2413
  4. Jürgen Moltmann. L’Esprit qui donne la vie. Une pneumatologie intégrale. Cerf, 1999