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Aujourd’hui

Aujourd’hui, reconnaître la présence de Dieu et vivre la foi au cœur de la vie

A notre époque où le monde est engagé dans une grande mutation, nous pouvons nous polariser sur les menaces qui abondent, nous replier sur notre héritage religieux et culturel. Ou bien, confiant dans la présence active d’un Dieu qui nous appelle à l’espérance, nous pouvons rendre grâce pour les merveilles qui existent dans ce monde et participer à la transformation en cours. Tout dépend de notre regard. Tout dépend de notre vision.
« Que le Dieu de l’Espérance nous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi pour que nous abondions en espérance par la puissance du Saint Esprit ! (Romains 15.13). Avec le théologien Jürgen Moltmann, nous « croyons à un Dieu de l’Espérance qui marche devant nous et nous précède dans le déroulement de l’histoire. C’est le message de la Bible… Le christianisme est résolument tourné vers l’avenir et invite au renouveau… la foi est chrétienne lorsqu’elle est la foi de Pâques. Avoir la foi, c’est vivre dans la présence du Christ ressuscité et tendre vers le futur Royaume de Dieu » (1). Ainsi, nous pouvons reconnaitre la présence de Dieu dans la vie du monde et dans la notre et contribuer à son œuvre.
Les articles publiés aujourd’hui sur ce site participent à cette vision.

Dans son livre : « Cyberthéologie », Antonio Spadaro nous invite à découvrir un nouveau monde : « Le web n’est pas un instrument, mais un milieu dans lequel nous vivons ». En des termes nouveaux, nous sommes appelés à vivre l’Evangile au cœur de la vie. A cet égard, un passage du livre d’Antonio Spadaro nous parait particulièrement signifiant : « Soixante dix ans après le voyage du premier train commercial sortait le roman « Jude l’obscur » (1995) de Thomas Hardy. Dans ces pages, Sue Bridehead répond ainsi à Jude qui lui demande d’aller s’asseoir dans la cathédrale : « Oui, même si en ce qui me concerne, je préférerais aller m’asseoir à la gare », répondit-elle, une trace de colère dans la voix. C’est là que se trouve la vie citadine. La Cathédrale a fait son temps ». La gare, dans ce dialogue, n’est pas un non lieu, un lieu de passage rapide, mais elle devient le centre des connections au cœur même de la ville, « milieu » symbolique également et non pas simple consigne d’un moyen de transport. Si cela est vrai en ce qui concerne la gare, ce l’est encore plus aujourd’hui en ce qui concerne le Net ». La religion a trop souvent été vécue comme un univers clos. Antonio Spadaro nous invite à « penser le christianisme à l’heure d’internet ». C’est vivre l’Evangile au cœur de la vie.

Et, de même, lorsque Frédéric de Coninck découvre la biennale 2012 d’art contemporain de Venise, il nous montre comment, au carrefour de la culture d’aujourd’hui, cette grande exposition évoque des problèmes qui soulèvent des questions spirituelles. « De toute part, les questions et attentes spirituelles des contemporains se livrent à visage découvert ». Or « les grandes religions semblent figées dans des formes rituelles qui ne font plus sens autant pour les artistes que pour la plupart des visiteurs. Et elles suscitent la méfiance parce qu’elles sont érigées en magistère moral dés qu’elles ont accédé au pouvoir ». Ainsi il y a un hiatus à combler entre foi religieuse et spiritualité.

Les jeunes générations vivent aujourd’hui dans un nouvel espace et un nouveau genre de vie. Nouvelles opportunités, mais aussi nouveaux problèmes. Et comment les églises peuvent-elles répondre aux aspirations spirituelles correspondantes alors que, bien souvent, elles sont éloignées de cette génération montante. Lorsqu’il est arrivé à la trentaine, Charly Mootien s’est interrogé sur le sens de sa vie. « Depuis mes 30 ans, je sais que j’entre dans une nouvelle phase de ma vie. Il est temps de savoir ce que je veux construire, dans quoi je veux investir, ce que je veux laisser derrière moi ». En faisant appel à son expérience riche en rencontres et à une vaste information bien choisie et bien présentée, Charly Mootien apporte un itinéraire de réflexion et de formation qui ouvre la voie d’un cheminement et d’une formation en réponse aux questions de cet âge et bien au delà…

En Suisse romande, à Lausanne, Cèdres formation, Institut de formation en théologie, christianisme et religion, vient d’organiser une série de conférences interactives permettant une réflexion sur l’Eglise émergente, les grandes églises innovantes américaines et les « fresh expressions » britanniques comme source d’inspiration pour un renouvellement des Eglises. Depuis des années, Témoins œuvre dans la même voie. Et nous nous réjouissons de cette convergence. Cèdres formation publie également une revue : « La Revue des Cèdres ». David Gonzalez nous présente ici le dernier numéro : « L’Eglise pour y venir », toute une gamme de contributions pour le renouvellement de l’Eglise.

Une des caractéristiques majeures du monde d’aujourd’hui, c’est le mouvement accéléré vers la globalisation, un mouvement croissant d’unification, qui entraine en retour de fortes crispations. Les « articles à relire » traitent de cette dimension. Dans quel contexte international la foi chrétienne se déploie-t-elle aujourd’hui ? On peut revenir à la fin de ce parcours au livre d’Antonio Spadaro qui, dans son dernier chapitre, décrit la densification des communications sur le web à l’image de la « noosphère » évoquée par Teilhard de Chardin.

Tout ce que nous venons d’évoquer en présentant cette nouvelle livraison sur le site de Témoins, peut se traduire en une expression : la foi au cœur de la vie. C’est aussi le fil conducteur de la spiritualité vécue à Témoins depuis ses débuts. Et un accent sur la communion fraternelle va de pair. Et c’est bien là une démarche en phase avec une aspiration à la convivialité et à la fraternité qui s’exprime de plus en plus à notre époque en des registres divers et des lieux variés. Nous suivons ce mouvement dans notre veille de recherche, tant ce qui apparait dans la société que ce qui s’exprime dans les Eglises. Les célébrations du 500è anniversaire de la Réforme n’ont-elles pas pris la fraternité pour emblème ? Et, tout récemment, nous découvrions un message de Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, rapporté dans une interview du « Pèlerin » (2). Celui-ci, annonçant que les paroisses ne couvriraient plus désormais l’ensemble de ce territoire, invitait les baptisés à la mise en oeuvre d’une « fraternité de proximité ». Il « invitait les baptisés à se retrouver en petites « fraternités, une fois par semaine pendant une demie heure pour échanger quelque nouvelles et prier… Ces fraternités devraient être ouvertes. Je leur demande de dire le Notre Père… Petit à petit, je pense que, dans l’esprit du Notre Père, elles vont se remplir. Ce ne seront plus seulement les quatre personnes présentes. Ce seront les voisins, les voisines, ceux qui précisément vers qui nous sommes envoyés… ». Que Dieu, communion d’amour et puissance de vie, nous donne de vivre l’Evangile au cœur de la vie et de reconnaître le mouvement de l’Esprit dans le monde d’aujourd’hui comme dans le renouveau et la créativité des communautés chrétiennes.

Jean Hassenforder

(1) Jürgen Moltmann. De commencements en recommencements. Une dynamique d’espérance. Empreinte Temps présent, 2012 (p 109-110)
(2) http://www.pelerin.com/A-la-une/Mgr-Dominique-Lebrun-Il-n-y-aura-plus-de-paroisses-sur-tout-le-territoire

Cyberespace et théologie

Regard chrétien sur le Net
Selon Antonio Spadaro, rédacteur en chef de la revue : Civilta Cattolica

A une époque où la culture numérique entraine un changement dans notre manière de vivre et de penser (1), nos sensibilités et nos représentations religieuses sont également affectées. La théologie peut nous aider à répondre à nos questionnements. C’est la tâche de tout chrétien, car on a pu dire qu’en chaque chrétien, il y avait un théologien (2). Mais c’est aussi une recherche entreprise par des hommes d’étude et de foi qui nous aident à envisager nos croyances à partir d’une réflexion sur le donné biblique et l’expérience spirituelle en relation avec la culture de notre temps. Cependant, il y a des variables importantes selon les théologiens. Certains s’emploient à garder le passé. D’autres, au contraire, ouvrent des chemins nouveaux, pour permettre à la foi chrétienne de se vivre en phase avec le changement culturel. Et c’est ainsi, par exemple, que des théologiens catholiques ont ouvert la voie du renouveau intervenu au Concile Vatican II (3). Aujourd’hui encore, certains théologiens nous aident à vivre notre foi dans l’intelligence des transformations en cours.

Antonio Spadaro. Un itinéraire de vie et de recherche

A travers ses livres, le théologien Antonio Spadaro nous aide à aller à la rencontre de la culture numérique. Cependant, son œuvre s’est développée dans un contexte religieux particulier puisqu’il se situe dans l’environnement de la papauté.
Antonio Spadaro est un prêtre jésuite, également écrivain et journaliste (4). Si sa formation de base en philosophie et en théologie s’est déroulée dans le contexte de l’Italie, notamment à l’Université grégorienne, on peut noter qu’au cours d’un séjour aux Etats-Unis, il s’est familiarisé avec la culture américaine. C’est une donnée importante qui entre en compte dans les centres d’intérêt d’Antonio Spadaro : la critique littéraire, la musique, l’art contemporain, les technologies de la communication et leur impact sur le style de vie, la lecture digitale, les réseaux sociaux, la cyberthéologie.
Dans les années 1990, Antonio Spadaro commence à écrire des articles dans la revue jésuite : Civilta Cattolica. Publiée de longue date, Civilta Cattolica est également étroitement associée au Vatican. En 2011, Antonio Spadaro devient rédacteur en chef de cette revue où il continue à écrire. Ainsi, en 2017, il y publie un article qui s’attaque au lobby conservateur qui soutient Donald Trump à partir d’une alliance entre le fondamentalisme évangélique et l’intégrisme catholique. Cet article témoigne de l’ouverture d’esprit de son auteur. On comprend qu’il soit réputé proche du pape François. Consultant pour la culture et la communication dans des commissions pontificales, Antonio Spadaro s’est particulièrement investi dans l’étude de la culture numérique.

Une théologie du cyberespace

Ainsi a-t-il écrit deux livres traduits en français : « Cyberthéologie. » (2014) (5) et « Quand la foi passe par le réseau » (2017) (6).
Le premier se propose de « penser le christianisme à l’heure d’internet » dans une approche théologique qui aborde des thèmes majeurs énoncés dans les titres des chapitres : « Internet entre théologie et technologie ». « L’homme décodeur et le moteur de recherche de Dieu ». « Corps mystique et connecté ». « Ethique hacker et vision chrétienne ». « Liturgie, sacrement et présence virtuelle ». « Le défi théologique de l’intelligence collective ».
Cette approche théologique éclaire des questionnements aujourd’hui répandus.
Bien informé par la recherche au plan international, cette réflexion prend en considération les avancées de la culture numérique et les changements de mentalité qui en découlent. Cependant, parce qu’émise à partir d’un contexte religieux qui s’inscrit dans une forme très hiérarchisée, cette pensée manque parfois de recul et peut se trouver limitée. Mais si on perçoit des traces de cette situation dans l’exposé du livre, on appréciera d’autant plus le savoir, l’ouverture et l’intelligence de l’auteur. Il nous apporte un éclairage positif sur les nouvelles formes de communication.

Expérience du Net et témoignage chrétien

Le petit livre suivant : « Quand la foi passe par le réseau » vient nous éclairer au sujet de notre usage d’internet. Il met en évidence le potentiel du Net. « Internet n’est pas un simple « instrument » de communication, mais un « milieu » culturel qui détermine un style de pensée et crée de nouveaux territoires et de nouvelles formes d’éducation, contribuant à définir un mode nouveau de stimulation des intelligences et de construction de la connaissance et des relations » (p 34). Ainsi, on ne peut plus opposer aujourd’hui vie réelle et fréquentation du web. « Conserver le dualisme en ligne/hors connexion, multiplie les aliénations » (p 35). « Nous sommes appelés à vivre en étant conscient que le Net fait partie de notre milieu vital et que désormais se développe en lui une partie de notre capacité à en faire l’expérience » (p 46).
Ainsi le Net apparaît maintenant comme un milieu de vie où nous sommes appelés à vivre dans l’esprit de notre foi et donc à en témoigner tout naturellement. Cependant, il y a bien une tâche spécifique à laquelle nous sommes appelés : dans un esprit de convivialité et de fraternité, faire évoluer le Net d’un lieu de « connexion » à un lieu de « communion ». « La connexion en soi ne suffit pas à faire du Net un lieu de partage pleinement humain. Travailler en vue d’un tel partage est la tâche spécifique du chrétien » (p 45). Antonio Spadaro exprime là une foi vécue dans le naturel de la vie et appelée à se manifester de la même façon sur le Net.
« Le défi ne doit pas être : comment bien « utiliser » le Net, mais comment bien « vivre » à l’époque du Net. En ce sens, le Net n’est pas un nouveau mode d’évangélisation, mais, avant tout, un contexte où la foi est appelée à s’exprimer… en fonction du caractère congénital du christianisme et de la vie des hommes » (p 47). « Témoigner signifie avant tout vivre en dehors et en dedans du Net » (p 69). A une époque où on ressent généralement une aspiration à la convivialité et à la fraternité et où cette tendance s’exprime en des lieux variés et sur différents registres (7), cette voie nous paraît pertinente.

Ce parcours autour de l’itinéraire d’Antonio Spadaro et de sa réflexion théologique sur le cyberespace, nous a permis de suggérer l’ampleur et l’intérêt de ce champ de recherche. Cette oeuvre est très riche et nous y reviendrons. Dans l’immédiat, nous avons relayé un regard qui vient éclairer notre pratique du Net. Nous vivons aujourd’hui dans un nouvel espace. C’est un appel à l’émerveillement qui trouve un écho dans la pensée de Teilhard de Chardin (8). C’est un appel à la relation tel que nous le ressentons existentiellement et spirituellement (9).

Jean Hassenforder

(1) Dans « Petite Poucette », Michel Serres nous introduit dans une « nouvelle manière d’être et de connaitre », une « nouvelle manière de vivre ensemble » engendrée par la révolution internet : http://www.temoins.com/un-nouvel-univers-social-et-culturel-la-revolution-internet-et-ses-consequences-le-regard-de-michel-serres-l-petite-poucette-r/
(2) « En chaque chrétien, un théologien ! », c’est le message communiqué par Philip Clayton, dans son livre : « Transforming christian theology » : http://www.temoins.com/en-chaque-chretien-un-theologien/
(3) « La théologie catholique dans une Eglise en crise. Une contribution de Bernard Sesboüé » : http://www.temoins.com/la-theologie-catholique-dans-une-eglise-en-crise-une-contribution-de-bernard-sesbouee/
(4) From Wikipedia, the free encyclopedia : Antonio Spadaro : https://en.wikipedia.org/wiki/Antonio_Spadaro
(5) Spadaro (Antonio). Cyberthéologie. Penser le christianisme à l’heure d’internet. Lessius, 2014 Interview d’Antonio Spadaro dans le journal La Croix : http://livre-religion.blogs.la-croix.com/cybertheologie/2014/09/15/
(6) Spadaro (Antonio). Quand la foi passe par le réseau. Parole et Silence, 2017
(7) Il y a bien aujourd’hui un désir de convivialité et de fraternité : « Emergence d’espaces conviviaux et aspirations contemporaines » : http://www.temoins.com/emergence-despaces-conviviaux-et-aspirations-contemporaines-troisieme-lieu-l-third-place-r-et-nouveaux-modes-de-vie/ « Appel à la fraternité » : http://www.vivreetesperer.com/?p=2086 « Plus proche sur facebook » : http://www.temoins.com/plus-proche-fb/
(8) Le livre d’Antonio Spadaro sur la cyberthéologie se termine par un chapitre consacré aux « défis théologiques de l’intelligence collective » dans lequel il présente la vision anticipatrice de Teilhard de Chardin
(9) Cette importance majeure de la relation est bien exprimée par le théologien Jürgen Moltmann : « L’essence de la création dans l’Esprit est par conséquent la « collaboration », et les structures manifestent la présence de l’Esprit, dans la mesure où elles font connaître l’« accord général ». « Au commencement était la relation » (Martin Buber) (« Dieu dans la création », Cerf (p 25)

Sur ce site, voir aussi :
« Les chrétiens et internet : une nouvelle dimension » : http://www.temoins.com/les-chretiens-et-internet-une-nouvelle-dimension/
« Le pouvoir d’organiser sans organisation. Les structures hiérarchiques en question » : http://www.temoins.com/le-pouvoir-dorganiser-sans-organisation-les-structures-hierarchiques-en-question/
« Le Royaume de Dieu : un univers connecté » : http://www.temoins.com/le-royaume-de-dieu-un-univers-connectetisser-une-tapisserie-spirituelle/
« Quelle vie en Eglise à l’ère numérique ? Apport de le recherche anglophone » : http://www.temoins.com/quelle-vie-en-eglise-a-lere-numerique/

Les enfants ouvrent les portes du Royaume

Les enfants, portiers du royaumeReconnaître une spiritualité propre à l’enfant, c’est croire que Dieu se révèle aussi par lui, d’une manière toute particulière. Ainsi reconnu comme une personne déjà en relation avec Dieu, il peut évangéliser à sa manière. Il enseigne et catéchise à son tour. Vue sous cet angle, la place de l’enfant dans la catéchèse change, mais c’est surtout la posture de l’adulte qui se trouve changée. Certaines pratiques catéchétiques, comme Godly Play®, une approche catéchétique créé par Jerome W. Berryman, mettent particulièrement en évidence que l’enfant n’est plus uniquement considéré comme quelqu’un à qui on doit tout enseigner.

A l’écoute de la Parole

Les séances Godly Play®, peuvent particulièrement bien soutenir la spiritualité des enfants. Tous sont en cercle et commencent par entendre une histoire. La Parole de Dieu est transmise sur un support, du sable ou une feutrine, et le narrateur déplace des figurines en bois ainsi que d’autres objets. Son attitude est fondamentale pour que cette Parole soit le centre de l’attention et qu’elle résonne en chacun. Le rythme lent du récit et des gestes, le silence, offrent un espace à l’imagination. Les enfants vont ensuite réagir au moment des questions d’émerveillement. Avec elles, ils vont pouvoir faire des aller-retours entre leur vie et ce qu’ils viennent d’entendre.
Dans les séances Godly Play®, le regard sur « l’enfant théologien » met en évidence une véritable source d’évangélisation. La foi, l’émerveillement, le questionnement sont signes de la présence de Dieu. La joie et le plaisir partagés provoquent un élan pour lui rendre grâce. La Parole est mise en résonance avec d’autres paroles et nourrit la réflexion pour sa propre vie.
Les enfants écoutent attentivement la Parole de Dieu, sont touchés par elle et y prennent goût. Ils se réjouissent de venir, de revenir, et emmènent parfois leurs amis. Les histoires bibliques accompagnées du questionnement les renvoient à leur propre vie, leurs propres expériences, les liens se font naturellement ou avec l’aide du narrateur. Les enfants apprennent à exprimer leur pensée, à trouver les mots justes pour être compris. Parce que leur parole est bien accueillie, ils comprennent qu’elle est importante à donner, et qu’elle a de la valeur. Ils n’hésitent pas à s’exprimer, librement. Les enfants ne sont pas évalués quant à leurs connaissances. Ils savent qu’ils peuvent risquer une parole sincère ou approximative car il leur est reconnu le droit à un apprentissage par tâtonnement par le biais du langage religieux. Cette sécurité contribue à créer les conditions de la confiance. Leur développement religieux s’effectue ainsi dans un espace de liberté, ludique et pédagogique à la fois, un lieu qui leur est réservé. Ce qui se passe là est différent, merveilleux, ils découvrent ce que peut être un « espace sacré ». Ils s’y sentent en sécurité, avec la famille de Dieu. Ils font l’expérience de la communauté, qui sont les amis présents avec eux ; et aussi de la communauté des saints par la proximité des personnages bibliques. Ils leur deviennent familiers en entendant leurs histoires, mais aussi parce que les objets avec lesquels elles sont racontées sont toujours là. Les enfants s’initient aussi au langage religieux. Godly Play® fait le choix du langage hérité de la tradition chrétienne. Ce langage se décline sur quatre registres : celui des récits bibliques, celui des paraboles, celui des actions liturgiques et celui du silence. Le lien avec le temps ecclésial est souligné par le jeu des couleurs (blanc, rouge, vert, violet…). Ces formes de langage font écho à la vie communautaire et particulièrement cultuelle, d’autant plus que la séance est comme une réplique d’une célébration (accueil, liturgie de la parole, liturgie eucharistique, prière, envoi, bénédiction…). Par la prière partagée tous ensemble, les enfants parlent à Dieu, ou à Jésus et entendent les autres parler à Dieu ou à Jésus. Parfois, ils ne disent rien, mais aiment à fermer les yeux pour se recueillir.

L’Esprit à l’œuvre

Les narrateurs, par l’apprentissage des textes par cœur, connaissent mieux et se nourrissent de la Parole. Ils voient leurs représentations de Dieu évoluer. Les enfants leur apportent des éléments qui vont déclencher leur réflexion. Ils peuvent observer l’Esprit Saint à l’œuvre, en eux et dans les enfants. Eux aussi retrouvent goût à transmettre leur foi dans ce contexte. Ce sont des témoins importants car l’amour de Dieu passe à travers eux, leur comportement respectueux, leur écoute, leur amitié. Lorsque les enfants les saluent pour dire au revoir, ils leurs donnent une parole de bénédiction, comme Jésus qui aimait bénir les enfants. La relation au Christ du narrateur peut s’entendre dans la manière d’habiter le récit raconté, l’émotion qui est partagée. Leur comportement respectueux vis-à-vis des enfants, mais aussi du lieu et du matériel, montre implicitement leur importance.
La structure de la catéchèse se trouve elle-même « évangélisée », c’est-à-dire qu’elle se trouve transformée. Elle quitte l’efficacité pour laisser la place à la rencontre dans des expériences. Godly Play privilégie le statut de l’imaginaire par rapport à celui de la raison. Il ne donne pas un contenu à la foi (ce qu’il faut croire) mais réunit les moyens nécessaires à dire sa foi, c’est-à-dire à approcher par le langage le mystère de la présence de Dieu dans la vie des enfants. Il est en outre important de partager régulièrement ce qui est vécu dans des discussions collectives pour toujours mieux s’ajuster. Avec l’équipe qui a été formée à ce concept, nous vivons des « cercles de narrateurs » c’est-à-dire que nous nous montrons les histoires Godly Play® les uns aux autres, apportant nos questions ou nos difficultés. Ces échanges sont motivants, enthousiasmants, et nous apprenons beaucoup en voyant différentes manières de raconter ou de déplacer les objets. Chaque geste compte pour s’approcher du mystère, l’appréhender d’une nouvelle façon. Ce concept porte une incontestable dimension œcuménique, et la collaboration harmonieuse au sein de l’équipe du Centre Œcuménique de Catéchèse à Genève le montre bien.
Les effets de l’évangélisation sont réciproques, agissant aussi bien sur les enfants que sur le pédagogue religieux ; et d’une certaine manière, l’approche religieuse Godly Play® « évangélise » aussi l’éducation chrétienne.

Bribes de partages

Une écoute attentive et une relecture d’échanges vécus au sein de rencontres catéchétiques confirment que les enfants sont de petits théologiens en herbe, et que par leurs interrogations, les réponses qu’ils apportent d’eux-mêmes, ils ouvrent les portes d’un monde dans lequel nous sommes tous invités à entrer avec une âme d’enfant, ils permettent « le passage » dans le Royaume de Dieu…
Avec mon expérience dans Godly Play®, je remarque que donner la parole permet aux enfants d’avoir confiance en eux et de croire que leur parole vaut la peine d’être dite. Parce que c’est leur parole, et qu’elle exprime ce qu’ils pensent, cela justifie qu’ils puissent la dire. Le « temps d’émerveillement » donne cette occasion et je m’émerveille avec eux non seulement de l’histoire que nous venons d’entendre mais aussi de leurs réponses.
J’ai été particulièrement frappée par la prise de parole d’un garçon d’environ neuf ans, et de la liberté avec laquelle il s’est exprimé.
C’était en février 2014, et j’avais raconté la Parabole du Bon Samaritain. A la dernière question Je me demande ce qui se passerait si c’était un enfant qui trouvait le blessé ? Nous avons eu diverses réponses, suivies de ma reformulation :
– « Il va chercher l’ambulance. » …
– « Il va l’aider. » ….
– « Il continue son chemin. » … Cette réponse, différente des autres, attire mon attention. Je reformule « Il continue son chemin ? » et cela emmène l’enfant à continuer :
– « Oui, car il a peur. »
Ce garçonnet a osé exprimer cela, alors que les autres réponses parlaient du prochain qui avait secouru le blessé, et qui avait en quelque sorte le beau rôle. Il s’est senti libre de dire son sentiment à haute voix. Sa réaction ayant été accueillie de la même manière que les autres, tous dans le cercle l’ont acceptée sans la juger. Il avait ouvert une nouvelle voie, celle d’avoir le droit d’avoir peur. Cela a été un moment très fort. J’ai conclu en redisant que dans une telle situation, un enfant pourrait aller chercher de l’aide, une ambulance, et qu’il pourrait aussi avoir peur et continuer son chemin. Toutes les paroles étaient également valables, chacun avait le droit de réagir à sa façon, et ils l’ont fait !

Avec le récit de la Création, les enfants me renvoient aussi des occasions de réfléchir :
A la question Je me demande si on peut enlever un jour sans que cela change quelque chose ? un enfant répond : « non, si on enlève un jour, il faut changer tout le reste… »
Intuitivement, il a compris que tout se tient, que la Création comporte intrinsèquement une cohérence, que si on y touche, elle est profondément perturbée. Les alertes écologiques en témoignent aujourd’hui. Avec la création, Dieu nous a fait don d’un cadeau mais nous ne pouvons pas en faire n’importe quoi.
Un autre enfant relève :
« Si on enlève le jour du repos, on ne peut plus se souvenir… le jour du repos, il est là pour se souvenir… »
S’arrêter pour se souvenir, avoir un jour qui permette de regarder en arrière, pour voir les belles choses accomplies, l’enfant nous dit avec ses mots que nous devons garder ce temps. L’enfant vit intensément le moment présent, mais il aime entendre son père ou sa mère, ou une grand-mère, raconter les souvenirs du passé. Cela lui dit d’où il vient, l’enracine, lui donne un sens. Pour cela, il est important de prendre du temps, de calmer le rythme effréné de la vie quotidienne, d’avoir un jour de repos.

Une des séances qui m’a le plus étonnée et émerveillée est celle où j’ai raconté « La parabole des paraboles » pour la première fois. La présentation propose un alignement de boîtes gigognes.
Lorsque je l’apprenais, j’étais surprise déjà par le contenu de cette histoire, j’avais de la peine à y entrer, à répondre moi-même aux questions d’émerveillement !
Lors de la rencontre avec les enfants, le temps d’émerveillement a particulièrement été fructueux pour moi :
A la question je me demande si vous vous êtes déjà approchés de l’intérieur d’une parabole ? J’attendais qu’ils me répondent oui, dans telle ou telle parabole des boîtes dorées (qui contiennent les paraboles de Jésus). Mais j’ai été surprise quand un enfant qui venait d’être baptisé à 10 ans a répondu :
– « dans la prière » puis « au moment de mon baptême »
Sur le moment, j’ai accueilli ce qui s’est dit, écouté un autre enfant, continué la séance. Mais ensuite, une fois rentrée à la maison, j’y ai repensé et face aux réponses ci-dessus, je me suis sentie dans une situation où je devais choisir comment « entendre » ces réponses :
Est-ce que je considérais que cet enfant, ne sachant pas quoi répondre avait dit ce qui se rapporte au « catéchisme » ? la prière, le baptême… des réponses « bateau » en quelque sorte.
Ou je faisais confiance à sa parole, à sa spiritualité et me laissais interpeler par ses réponses ?
J’ai choisi la deuxième option et me suis demandé ce que moi je trouve à l’intérieur d’une parabole : le Royaume de Dieu… et à quel moment s’approche-t-on du Royaume de Dieu sinon dans la prière et le baptême !? L’enfant a répondu simplement et intuitivement, mais il a aussi exprimé à sa manière une expérience spirituelle forte qu’il a vécue au moment de son baptême. J’ai été émerveillée ainsi après coup.
A la question Je me demande ce que voyez-vous lorsque les boîtes sont toutes alignées ? une question que je trouvais très difficile !… Les enfants ont répondu assez vite et spontanément :
– « l’évolution de l’Eglise »
– « l’évolution de la vie »
– « la jeunesse » comme je n’ai pas compris ce que l’enfant voulait dire, il a précisé « quand on grandit »
– « l’évolution de la parabole, elle grandit de plus en plus et elle va remplir toute la pièce »
Là je me suis émerveillée sur le moment-même ! Et je leur ai dit que je trouvais leurs réponses très intéressantes ! Ils m’ont totalement éblouie, je me suis sentie évangélisée par eux particulièrement ce jour-là.

S’ajuster sans cesse

En tant que narratrice, l’apprentissage des textes par cœur me permet de mieux connaître et de me nourrir de la Parole. Mais la pratique de Godly Play® m’aide surtout à changer mon regard sur les enfants, pas seulement en théorie mais aussi dans la pratique ! Même si j’adhère totalement à cette vision de l’enfant, que je lui fais confiance, je me surprends dans des moments où j’ai de vieux réflexes qui ressortent et me retrouve dans des situations cocasses :
Un jour, lors d’une séance, je proposai aux enfants une prière du Notre Père gestuée et chantée. Nous étions en cercle et j’avais mis la Lumière du Christ au centre en disant qu’il était là, parmi nous. Une petite fille me dit avec un doigt dirigé vers le haut : « Lui il est là-haut ». Cette petite phrase m’a énervée car je venais de dire qu’Il était au milieu de nous… et je n’aimais pas cette représentation de Dieu qui était induite (pour moi) là-haut, lointain, sur un nuage… Mais je n’ai pas exprimé mon agacement et j’allais continuer pour commencer la prière quand je me suis dit « elle m’a interpelé, j’ai quand même dû avoir l’air étonné, je ne peux pas la laisser comme ça ». Alors j’ai reformulé « Là-haut ? » et elle répond « Oui, dans le ciel ». Voilà qui confirmait encore mon agacement, alors j’ai dit « Oui, il est là-haut et il est aussi ici parmi nous ». J’avais besoin de redire et d’insister… Nous avons ensuite chanté la prière du Notre Père qui commence par « Notre Père qui es aux cieux… » en levant les bras au ciel. Chaque fois que je raconte cette histoire, nous rions beaucoup. Mais heureusement que je n’avais pas dit à la fillette, « non tu te trompes, il n’est pas là-haut, il est au milieu de nous » ! Non seulement elle avait raison, mais je risquais de provoquer des troubles en elle, dans sa foi, en lui faisant entendre deux choses contradictoires. Je me suis rendue compte que je me trouve dans une constante conversion et à quel point les enfants m’aident.

Avec Godly Play®, j’adhère totalement à cette phrase de Sofia Cavalletti qui parle du catéchète : il sent « passer parfois dans son travail une force qu’il perçoit clairement comme ne lui appartenant pas, un souffle imperceptible nous prévenant que l’Esprit Saint – et non pas nous – travaille dans les cœurs. »
Ecouter les enfants dans un esprit de bénédiction, c’est reconnaître ce qui est bon dans ce qu’ils disent. Même si cela met sens dessus-dessous nos manières de penser, laissons-les nous ouvrir les portes du Royaume.

Caroline Baertschi-Lopez

Caroline Baertschi-Lopez est l’auteur d’un livre à partir duquel cet article a été écrit et à paraître prochainement :
BAERTSCHI-LOPEZ, Caroline, Les enfants, portiers du Royaume. Accueillir leur spiritualité, éditions Cabédita, octobre 2017.

CAVALLETTI, Sofia, Le potentiel religieux de l’enfant, Desclée De Brouwer, Langres, 2007, p.127.

Pour en savoir plus sur Godly Play® : http://godlyplay.ch
Ou téléchargez le dépliant de l’association Godly Play Suisse Romande ci-dessous

Sur ce site, voir aussi :

Découvrir la spiritualité des enfants. Un signe des temps ?

Découvrir la spiritualité des enfants. Un signe des temps ?

La vie spirituelle comme une conscience relationnelle. Une recherche de David Hay sur la spiritualité d’aujourd’hui.

La vie spirituelle comme une « conscience relationnelle ». Une recherche de David Hay sur la spiritualité aujourd’hui.

L’enfant est un être spirituel. Une prise de conscience révolutionnaire.

L’enfant est un être spirituel

Un mouvement pour la paix en Centrafrique

Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé, Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé, pasteur et théologien en Centreafrique est venu en France pour préparer une thèse sur la théologie d’espérance dans une situation critique à partir de la pensée de Jürgen Moltmann. Il vient  de rentrer d’un court séjour dans son pays. Nous lui avons posé quelques questions.

1 Rodolphe, pourquoi as-tu choisi de rédiger une thèse à partir de la pensée de Jürgen Moltmann ?

Les années 2012-2016 ont été des années de deuil, de souffrance, de pleur et de gémissement pour les centrafricains. Ainsi, on a entendu des pleurs, comme le dit le prophète Jérémie, « des pleurs amers. » (Jérémie 31, 15). Ce sont les centrafricains qui pleurent sur leurs biens détruits et sur leurs proches parents qu’on a froidement tués. Nous étions bombardés tous les jours et chaque jour. Comme Moltmann dans le contexte de la destruction d’Hambourg, j’ai vu des dégâts tout autour de moi en Centrafrique. J’ai vu des édifices de l’État détruits et saccagés. Des membres de ma famille ont souffert de graves agressions. La destruction généralisée de maisons et de lieux de travail a obligé  des milliers de Centrafricains à fuir, principalement vers des pays voisins comme le Cameroun, le Congo RDC et le Congo Brazzaville. Pour faire face à ces tristes réalités, j’ai consacré mes études de thèse de doctorat à la théologie de Jürgen Moltmann. Dans sa théologie, Moltmann interprète la souffrance de Jésus-Christ sur la croix comme la volonté de Dieu d’intervenir dans la souffrance humaine et de la transformer. Le but principal de la thèse est donc de montrer combien le Christ Crucifié et ressuscité a souffert à la croix pour libérer l’humanité dans toute oppression.

2 Tu étais pasteur en Centreafrique. En quoi cette recherche théologique est-elle en rapport avec les questions que tu te posais  et en quoi penses-tu qu’elle éclaire ta pratique ? 

Mon pays est passé par une expérience similaire à l’expérience de désolation vécue par Moltmann – Tout cela me frappe tellement que je me suis senti porté à comprendre – en partie – la théologie de Moltmann. J’ai eu comme motivation  de concevoir –  des bases théologiques –  sur des perspectives pour mon pays. Cela ne veut pourtant pas dire que la théologie de Moltmann soit systématiquement transposable  ou convertible en Centrafrique. Mais, si je la reprends, je me trouve face à un vécu réel, intelligent, et sensible qui me concerne directement. Je peux donc en déduire que cela a modifié le sentiment du désespoir que je ressentais à propos mon pays. J’ai été touché par la théologie de Moltmann parce que ce que Moltmann a vécu en Allemande et qu’il a raconté est très proche de ce que j’ai également vécu en Centrafrique. Voilà pourquoi l’idée d’écrire sur la théologie de Moltmann a pris tout son sens. Je suis un échantillon des centrafricains qui ont souffert dans leur chair de cinq ans de guerre, de violence et d’atrocité. Mon étude sur Moltmann a donc toute sa signification.

3 Peux-tu rappeler les événements politiques, en particulier la guerre civile, qui ont marqué l’histoire de la République Centrafricaine au cours de ces dernières années ?

Au mois de décembre de 2012, plusieurs groupes de rébellion dans le Nord du pays se sont associés pour former la Séléka – qui signifie « alliance ou coalition » en sango, l’une des deux langues officielles avec le français. Beaucoup de ces groupes étaient géographiquement situés dans les zones marginalisées du nord et étaient majoritairement musulmans. Ajoutant à cela, les forces qui composaient la Séléka contenaient également de nombreux mercenaires étrangers notamment du Tchad et du Soudan, pays majoritairement musulmans. Ces facteurs ont joué un rôle dans l’identification de la Séléka en tant que groupe musulman, malgré sa structure et sa composition fluide et disparate. Un cessez-le-feu a été négocié entre la Séléka et le gouvernement de la RCA, avec l’aide du Tchad, en 2013. Cette négociation a échoué et les gens de la Séléka ont repris leur lutte contre le gouvernement, s’emparant de Bangui, la capitale le 24 mars 2013. Cependant, les combats se sont poursuivis entre les forces de la Séléka et les partisans de François Bozizé, le président de l’époque. Le pire de la violence a eu lieu en septembre. À ce moment-là, les forces anti-Balaka, formées en grande partie par des milices chrétiennes d’autodéfense dans les années 90, se sont impliquées dans la lutte contre les Séléka. Le porte-parole autodidacte du groupe, Sébastien Wenezoui, a déclaré que les anti-Balaka luttaient pour défendre les chrétiens contre les musulmans, et bon nombre des recrues anti-Balaka continuent encore aujourd’hui à provenir des communautés chrétiennes et animistes. Cela a renforcé la dimension religieuse des combats qui se sont considérablement développés depuis 2013. À la fin de 2013 et au début de 2014, la violence avait atteint des niveaux sans précédent et le potentiel de génocide a été reconnu par la communauté internationale, ce qui a amené au déploiement par la France de l’opération Sangaris, et l’intervention des Nations-Unies à travers la MINUSCA.  Grâce à cette action la situation a été contrôlée. Depuis décembre 2012, nous avons vu un pays dévasté.  Selon les différentes évaluations, de  3 000 à 6 000 personnes sont mortes. Des milliers d’autres ont trouvé refuge à l’extérieur du pays en laissant derrière elles leurs maisons et leurs biens. 1 300 000 personnes supplémentaires ont été déplacées à l’intérieur du pays , vivant dans des circonstances dégradantes, privées d’abri, d’eau potable, d’électricité, de nourriture et de soins médicaux. Des centaines de blessés sont morts faute de soin médicaux. Des milliers d’enfants se couchaient terrifiés par les tirs de rafales et à l’arme lourde. Des milliers ne dormaient pas dans leur propre lit, forcés de quitter leur maison pour se retrouver avec leurs enfants sans abri et vivant dans des hangars publics ou dans des lieux arides. D’autres ne savaient pas si eux ou leurs enfants et leurs proches verraient la lumière d’un nouveau jour. Des dizaines de milliers de familles ont perdu des êtres chers – un enfant, un père, une mère ou un mari.

4 Lors de ton récent séjour, comment as-tu perçu l’évolution de la situation politique, sociale et économique en Centreafrique ?

Cette guerre a vraiment affecté la situation politique et sociale de la Centrafrique. Socialement et psychologiquement les populations souffrent énormément. Cela ne m’a pas étonné parce qu’il n’existe nulle part dans le monde une guerre qui ne détruit pas le patrimoine culturel et les vies humaines.  Le gouvernement actuel fait de son mieux pour maintenir la normalité et la tranquillité dans les villes autant qu’il le peut. Bangui la capitale est relativement calme, mais il y a encore beaucoup d’insécurité dans les provinces, notamment le nord.

5 Plus particulièrement, comment la vie économique évolue-telle actuellement ?

Le coût de la vie est devenu très élevé à cause de la forte présence des étrangers (fonctionnaires des Nations Unies, fonctionnaires des organisations humanitaires, des forces conventionnelles…). J’ai constaté que les prix des denrées alimentaires ont explosé sur les marchés par rapport aux années passées ; les prix des loyers sont très chers. Internet ne fonctionne pas bien, si bien que durant mon séjour je ne me suis pas bien connecté. En outre, il y a un réel manque d’accès aux soins de santé, à l’éducation, à la nourriture et de nombreuses personnes sont au chômage

6 Comment as-tu perçu la vie actuelle des églises chrétiennes en Centreafrique ?

Les églises au niveau de Bangui mènent normalement leur vie chrétienne. Les églises se sont engagées pour donner un message d’espoir et d’encouragement. Elles ont également initié de nombreuses rencontres intercommunautaires pour la paix, le pardon et la réconciliation. Les églises apportent également un message de paix dans une diversité de points de vue biblique, et cette action contribue au changement de mentalité. En général les églises, au niveau de la capitale, ont coopéré avec le pouvoir politique pour pouvoir mettre un terme à la guerre.  Mais ce n’est pas le cas dans les églises provinciales – je veux parler des églises qui se trouvent dans le nord du pays. Les chrétiens de cette zone ,dont nombre d’entre eux a été victime sdu chaos et d’attaques des musulmans depuis 2012, craignent sans cesse des affrontements intercommunautaires. Cela étant dit, tant qu’il n’y aura pas une fin totale des conflits dans ladite zone, la population chrétienne continuera toujours à vivre des situations très difficiles.

7 Comment les églises chrétiennes participent-elles à la promotion de la paix en Centreafrique ?

Une plateforme des leaders religieux centrafricains a été mise en place. Peu connue début 2013, elle a fini par avoir un impact positif sur la vie du pays. Formée fin 2012, cette plateforme est dirigée par trois chefs religieux : le Cardinal de Bangui, Monseigneur Nzapalainga, le président de l’Alliance des évangéliques en Centrafrique, le pasteur Anicet Guerekoyame, et le président national de la communauté des musulmans centrafricains, l’Imam Kobine Lamaya. Ces trois responsables religieux se sont réunis parce qu’ils ont vu dans leur unité une possibilité de construire la paix au-delà de leurs différences religieuses. Ce but est porté dans leur devise, maboko na maboko téné ti siriri, ce qui signifie « ensemble pour la paix ». Leur mission est d’intervenir sur toute l’étendue du territoire centrafricain, de maison en maison, de famille en famille, et de personne à personne, pour apporter aux Centrafricains un message de guérison, de restauration, de réconciliation, de paix et d’espoir d’un lendemain meilleur. En 2013, la plateforme est devenue incontournable et a largement été reconnue, au niveau national comme international, pour sa capacité de leadership et ses actions menées. Pas une semaine ne pouvait se passer sans que les trois hommes ne soient sollicités par le gouvernement pour négocier la paix entre les communautés chrétienne et musulmane. La présence de cette plateforme interreligieuse est donc devenue très importante un peu partout dans le pays, là où le gouvernement et les forces conventionnelles internationales ne semblaient pas en mesure de trouver des moyens pacifiques pour mettre fin à la violence. La plateforme a joué un rôle important dans la création d’une passerelle entre le gouvernement et les porteurs d’armes. Alors que de nombreuses organisations non-gouvernementales sont orientées vers l’aide humanitaire, la plateforme, elle, fonctionne et plaide pour une fin du conflit dans le pays. Bien qu’elle n’ait jamais joué un rôle de médiateur à proprement parler, elle a exploré néanmoins des possibilités pour que les deux partis en guerre se réconcilient et puissent rester en contact comme des frères et sœurs, filles et fils d’un même pays. Par cette démarche, elle a su créer de la confiance des deux côtés. À maintes reprises, les trois leaders religieux ont été reçus par le gouvernement, qui les a encouragés dans leurs engagements pour la paix. C’est ainsi qu’au début de l’année 2014, ils ont été impliqués dans les pourparlers de paix et de réconciliation nationale en tant que conseillers spirituels et observateurs du processus de paix durable. La plateforme a été en mesure de combler un vide qui n’avait jamais été rempli par aucune organisation de la société civile en Centrafrique. Elle s’est engagée à  ne pas s’arrêter dans son combat tant que la paix ne serait pas advenue. En outre, elle ne s’est jamais rangée du côté des parties en conflits, mais s’est toujours identifiée aux personnes vulnérables. Elle s’est opposée aux groupes armés en raison de leur violence commise sur la population et a interpellé le gouvernement sur sa responsabilité à apporter la paix à la population. Pour atteindre son but, la plate-forme participe à l’éducation à la paix : une société pacifiée en profondeur. Cette éducation s’est faite grâce à la formation des communautés locales et à la proximité des chefs traditionnels. La plate-forme s’est engagée dans nombre d’activités pour la paix en Centrafrique. Ses actions ont forgé le pardon, ont réinséré d’anciens rebelles. Grâce à son dévouement et à sa persévérance, elle a fait des pas importants vers la paix espérée pour la Centrafrique.

8 Quel horizon pour la société centrafricaine dans les années à venir ?

Pour penser à l’avenir, il va falloir commencer par penser à la reconstruction du pays en investissant dans l’éducation des jeunes-gens pour un vrai changement de mentalité. C’est l’étape la plus importante. Et comme je l’ai précédemment dit, le pays a été vraiment détruit pendant les événements passés. Je plaide donc pour que la communauté internationale, les ONGs, des personnes de bonne foi soutiennent la Centrafrique.

Les enfants, portiers du royaume

Les enfants, portiers du royaumeAccueillir la spiritualité des enfants et reconnaître l’enfant théologien, cela bouleverse profondément nos modèles d’éducation chrétienne. Une spiritualité propre à tous les enfants est aujourd’hui évidente. Mais à travers elle, les enfants ont-ils quelque chose à révéler de Dieu ? Ouvrent-ils les portes du royaume ? Oui. Leurs actes et leurs paroles ont une valeur théologique.

A partir d’échanges vécus au sein de rencontres catéchétiques, l’auteure confirme que les enfants sont de petits théologiens en herbe, qu’ils évangélisent à leur tour, et que les enfants de la Bible et Jésus nous mettaient déjà sur cette piste. Enfin, l’approche catéchétique Godly Play® est présenté dans cet ouvrage car elle soutient particulièrement la spiritualité des enfants et offre un espace à l’enfant théologien.

Êtes-vous prêts ? Les enfants sont là, sur le pas de la porte, et vous invitent à entrer dans le Royaume.

L’auteur désire rendre le lecteur attentif à la spiritualité de l’enfant, ouvrir des pistes qui engagent dans une catéchèse toujours renouvelée. Ce livre s’adresse aux éducateurs religieux et à tous ceux qui s’intéressent aux enfants et à leur spiritualité.

Carole Baertschi-Lopez travaille dans la catéchèse de paroisse avec des enfants depuis plus de trente ans. Collaboratrice du Service Catholique de Catéchèse de Genève depuis 2011, elle est également narratrice et formatrice de la méthode Godly Play®.