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Prier, une philosophie Une vision unifiée, par Bertrand Vergely

Comment la prière est-elle perçue par nos contemporains ? Est-elle une activité à part pour une catégorie de gens pieux ? La prière est-elle un recours en dernier ressort ou peut-elle accompagner notre action ?  Prière et réflexion sont-elles des modes de penser complètement différents ? Si certains philosophes pensent que la philosophie et la prière sont des domaines complètement différents, en est-il vraiment ainsi ? Dans son livre : « Prier, une philosophie » (1),   Bertrand Vergely nous aide à répondre à ces questions en élargissant notre conception de la prière et de sa mise en œuvre. « Et, par exemple, dès le départ, il décrit la prière de trois façons : « La première réside dans le fait de demander. La seconde dans celui de remercier et de louer. Et, la troisième dans le fait de vivre en aimant, aimer consistant à vivre en désirant et donc en priant pour ce que l’on aime vivre. Quand ces trois éléments sont ensemble, la prière ne pose aucun problème. Heureuse, elle rend heureux » ( p 19).

Si aux yeux de certains, la prière et la philosophie sont deux domaines séparés, Bertrand Vergely met au contraire en évidence les interrelations. Ainsi met-il en exergue une pensée de Wittgenstein : « La prière est la pensée du sens de la vie ». « Quand on considère les relations entre philosophie et religion, celles-ci s’opposent. Si on envisage philosophie et religion de l’intérieur, il en va autrement. Au sommet, tout se rejoint » (p 15). Et, de même, Bertrand Vergely montre qu’il n’est pas bon, de séparer l’action et la prière. Il ouvre des portes par rapport au déficit engendré par un exercice de la pensée autosuffisant et coupé de la réalité existentielle. « La modernité, qui poursuit un idéal de rationalité et de laïcité, divise la réalité en deux, avec d’un côté, l’action, et, de l’autre, la prière. Les choses sont-elles aussi simples ? » (p 10). De fait, « il y a quelque chose que nous avons tous expérimenté, à savoir la présence. Devenir présent à ce que nous sommes éveillant la présence en nous, on fait advenir la présence de ce qui vit autour de nous » (p 11)… Mettons nous à vivre dans le présent, on rentre dans la présence. En restant dans la présence, on rencontre ce qui demeure stable à travers le changement et le multiple… Présence emmenant loin au delà de soi vers le supra-personnel, le supra-conscient comme le dit Nicolas Berdiaeff. « Nul ne sait ce que peut le corps » dit Spinoza. La présence est en relation avec une présence qui dépasse tout, la divine présence… (p 12). D’où l’erreur de penser que la condition humaine est fermée. Quand on prie en allant de toutes ses forces dans son être profond, ce qui semble impossible devient possible » (p 13).

Bertrand Vergely nous parle à la fois en philosophe et en chrétien de confession et de culture orthodoxe. Ce livre nous emmène loin : « Prier ? Prier les dieux, Prier Dieu ? ; Quand la prière humanise ; Quand la philosophie spiritualise ; Quand la prière divinise ». Il témoigne d’une immense culture. Certes, nous pouvons parfois nous sentir dépassé par le langage philosophique. Mais l’auteur recherche l’accessibilité, notamment en découpant le livre en de courts chapitres. Il n’est pas nécessaire de le lire en continu. Et, dans cette présentation, nous ne couvrirons pas l’ensemble de l’ouvrage ; nous nous centrerons sur une démarche de l’auteur qui rejoint quelques autres, celles de Jürgen Moltmann et de Richard Rohr.

 

Dons et requêtes de la vie

Dans son approche, à de nombreuses reprises, Bertrand Vergely appelle à la conscience de la vie dans tout ce qu’elle requiert et tout ce qu’elle entraine. C’est ainsi qu’on débouche sur une démarche spirituelle et sur la prière.

Et, pour cela, on doit aussi se démarquer d’un monde dominé par notre intellect prédateur et sa rationalité morbide ».

« Transformer son intelligence. Laisser passer le Vivant, l’Unique en soi. On y parvient par la métanoïa, la sur-intelligence. Quand on vit, il n’y a pas que nous qui vivons. Il y a la Vie qui se vit en nous et qui nous veut vivant. Il y a quelque chose à la base de l’existence. Un principe agissant, une force, un premier moteur, comme le dit Aristote, une lumière qui fait vivre. (p 220)… Quand nous rentrons en nous-mêmes afin de savoir qui nous sommes, ce n’est pas un moi bavard que nous découvrons, mais un moi profond porté par la Vie avec un grand V. d’où la justesse de Saint Augustin quand, parlant de Dieu, il a cette formule : « la vie de ma vie » (p 221).

Répondons-nous oui à la vie ? Vivons-nous vraiment ? Ou bien sommes-nous prisonniers de principes auxquels nous nous assujettissons ? La morale et la religion peuvent ainsi s’imposer comme un esclavage. Au contraire, « la morale et la religion sont en nous et non à l’extérieur… C’est ce que le Christ rappelle. L’enfant, qui est la vie même, est le modèle de la morale et de la religion. Ce que n’est pas le pharisien qui ne se laisse plus porter par la vie qui est en lui… » (p 236).

« La Vie. La Vie avec un grand V. Ce n’est pas un terme grandiloquent. Il y a en nous une présence faisant écho à ce que nous avons de plus sensible, d’où la justesse de parler de divine présence.

C’est « une conscience profonde à la base de l’étonnante capacité que nous avons de demeurer le même à travers le temps et que Jankélévitch appelle l’ipséité ». C’est « une conscience vivante avec laquelle rien n’est désincarné, ni impersonnel, le moi étant lié au monde comme le Je est lié au Tu et le Tu au Je pour reprendre l’idée majeure qui guide la pensée de Martin Buber (p 237).

« Chaque fois qu’un sujet se met à être le monde au lieu d’être en face de lui, apparaît une expérience lumineuse, étincelante, faisant tout exister et quelque chose de plus. Une liberté supérieure, divine » (p 238).

 

Dieu vivant 

On peut s’interroger sur les raisons de croire en Dieu en terme de réponse à une recherche de cause. « Quand la raison cherche à démontrer l’existence de Dieu par la raison banale, elle ne convainc personne… Quand une cause a été démontrée rationnellement, nul besoin d’y croire… » (p 225). La relation à Dieu est d’un autre ordre. Elle implique notre être profond. « Il faut exister pour comprendre quelque chose à l’existence de Dieu. Quand on est dans la raison  objective qui aborde le monde à distance, il est normal qu’il n’existe pas » (p 226)… Ainsi la foi implique et requiert une intensité de vie.

« Le monde occidental ne croit plus aujourd’hui que Dieu est la cause du monde. En revanche, quand Dieu est pensé comme sur-existence, il en va autrement. Il se pourrait que nous ne soyons qu’au début de la vie de Dieu et que son temps ne soit nullement passé. La preuve : quand on pense Dieu, on pense toujours celui-ci sur un mode théiste. Jamais ou presque sur un mode trinitaire. D’où deux approches de Dieu pour le moins radicalement différentes. Posons Dieu en termes théistes. Celui-ci est un principe abstrait sous la forme d’une entité dans un ciel vide. Il est comme la raison objective. Unique, mais à quel prix ! A part lui, table rase… Posons à l’inverse Dieu en termes trinitaires. Dieu n’est plus Dieu, mais Père, source ineffable de toute chose. Il n’est plus seul, mais Fils, c’est à dire passage du non manifesté au manifesté… Dans le visible et non dans l’invisible. Dans le théisme, on a affaire à un Dieu, froid, glacial même. Avec le Dieu trinitaire, on a affaire à une cascade de lumière, d’amour et de vie… (p 227-228).

Importance du passage. Des Hébreux au Christ, une continuité, un même souffle : diffuser la vie et non la mort, et, par ce geste, glorifier le Père, la source de vie, source ineffable. On est loin du Dieu qui ne fait qu’exister, du Dieu cause. Le Dieu qui cause le monde ne le transforme pas. Le Dieu qui sur-existe le transforme. Il fait vivre en appelant l’homme à la vie afin qu’il sur-existe en devenant comme lui hyper-vivant » (p 229).

 

Dieu vivant, communion d’amour, puissance de vie

En lisant le livre de Bertrand Vergely sur la prière, nous voyons de convergences avec le courant de la pensée théologique que nous avons découvert dans les ouvrages de Jürgen Moltmann, puis dans le livre de Richard Rohr : « The Divine Dance » (2) .

Dans les années 1980, Jürgen Moltmann a été le pionnier d’une nouvelle pensée trinitaire qui nous présente un Dieu relationnel, un Dieu communion. Dans son livre le plus récent : « The living God and the fullness of life » (3), il écrit : « la foi chrétienne a elle-même une structure trinitaire parce qu’elle est une expérience trinitaire avec Dieu »… « Nous vivons en communion avec Jésus, le Fils de Dieu et avec Dieu, le Père de Jésus-Christ, et avec Dieu, l’Esprit de vie… Ainsi, nous ne croyons pas seulement en Dieu. Nous vivons avec Dieu, c’est à dire dans son histoire trinitaire avec nous » (p 60-62).

De même,  Robert Rohr nous parle de la révolution trinitaire comme l’émergence d’un nouveau paradigme spirituel. Et, comme Moltmann, pour exprimer Dieu trinitaire, il emprunte aux Pères grecs, l’image de la « danse divine ». « Tout ce qui advient en Dieu, c’est un flux, une relation, une parfaite communion entre trois, le cercle d’une danse d’amour ». Bertrand Vergely est, lui aussi, émerveillé par le Dieu trinitaire, « cascade de lumière, d’amour et de vie ».

La pensée trinitaire donne toute sa place à la troisième composante divine, l’Esprit de Dieu, l’Esprit qui donne la vie.   « L’agir de l’Esprit de Dieu qui donne la vie est universel et on peut le reconnaître dans tout ce qui sert la vie » (p 8). Il y a unité dans « l’agir de Dieu dans la création,  le rédemption et la sanctification de toutes choses » (p 27). « L’expérience de l’Esprit, qui donne vie, qui est faite dans la foi du cœur et dans la communion de l’amour, conduit d’elle-même au delà des frontières de l’Eglise vers la redécouverte de ce même Esprit dans la nature, les plantes, les animaux et dans les écosystèmes de la terre » (p 28).

Richard Rohr nous parle également du Saint Esprit comme « la relation d’amour entre le Père et le Fils. C’est cette relation qui nous est gratuitement donnée. Ou mieux, nous sommes inclus dans cet amour » (p 196). L’univers est relationnel. Il est habité. « Il est parcouru par le flux de l’amour divin qui passe en nous » (p 56). C’est un flux de vie. Dieu est la force de vie qui anime toute chose et nous invite à reconnaître sa présence.

Cette reconnaissance de la vie divine rejoint celle à laquelle nous appelle Bertrand Vergely dans son livre : « Prier, une philosophie ».

« Il y a en nous une présence faisant écho à ce que nous avons de plus sensible et de plus profond, d’où la justesse de parler d’une divine présence ». « Laissons passer le vivant… Quand on vit, il n’y a pas que ce que nous vivons. Il y a la Vie qui se vit en nous et qui nous veut vivant » (p 237 et 220).

Jean Hassenforder

  1. Bertrand Vergely. Prier, une philosophie. Carnetsnord, 2017
  2. Richard Rohr. With Mike Morrell. The Divine Dance. The Trinity and your transformation. SPCK, 2016. Mise en perspective sur : http://www.vivreetesperer.com/?p=2758
  3. Jürgen Moltmann. The living God and the fullness of life. World Council of Churches, 2016 Mise en perspective sur ce blog : http://www.vivreetesperer.com/?p=2697 et http://www.vivreetesperer.com/?p=2413
  4. Jürgen Moltmann. L’Esprit qui donne la vie. Une pneumatologie intégrale. Cerf, 1999

Une société si vivante. Une France en changement, selon Jean Viard

Une société si vivante ! Cette parole nous interroge et nous interpelle. De quoi s’agit-il ? De quoi parle-t-on ? Sommes-nous exempts de tout immobilisme pour nous dire : « Et bien, oui, cette société est bien la nôtre ». La vie n’est pas toujours facile, mais, c’est sûr, notre société est bien en mouvement. « Une société si vivante » (1), c’est le titre d’un livre que vient de publier Jean Viard, ce sociologue dont nous avons tant appris dans ses livres précédents et notamment : « Le moment est venu de penser à l’avenir » (2).

Car Jean Viard sait nous présenter la société française telle qu’elle apparait aujourd’hui dans toute sa nouveauté, les lignes de force qui la traversent et aussi les situations de crise, une nouvelle carte de France, des grandes métropoles à la France des anciennes provinces, des villages et des petites villes.

Ce regard nouveau, cette intelligence que Jean Viard sait nous communiquer, c’est le fruit de son immersion de longue date dans la société française : « Je cherche depuis plus de quarante ans à lier un travail d’observation du quotidien, du local et une pensée du global et des révolutions qui nous bouleversent. Mon travail est de tenter de mettre notre monde en récit et de le faire partager le plus largement possible ». Et, « comme le disait Alberto Giacometto : « Je ne sais ce que je vois qu’en travaillant ». Je pourrais ajouter, en écrivant et en me nourrissant du quotidien que j’ai choisi » (p 237).

Ce livre-ci est différent des précédents. Non pas tant dans le fond. Nous retrouvons les grands thèmes que nous avons déjà rapportés pour les lecteurs de ce blog, en suivant une écriture construite (2) : « Une nouvelle géographie ; une nouvelle analyse de la société ; tensions, oppositions, blocages ; ouvrir un nouvel espace ; permettre la mobilité ; recréer du récit ». Il est différent dans la forme puisque l’auteur nous présente ici « une cinquantaine de petits portraits » de notre monde et de notre société. « Il forme un tout. Car ce monde est dynamique, réactif, changeant tellement vite que souvent on n’y comprend plus rien et qu’on se croit perdu. Mais y-a-t-il un fil, de nouveaux liens, de nouveaux horizons, des utopies possibles ? Cherchons » (p 12-13).

 

Quelques portraits

A travers ce livre, l’auteur nous permet de prendre conscience de l’ampleur du changement dans la société française et d’en comprendre les ressorts. Et il nous permet à la fois d’envisager les aspects positifs, d’identifier les ressorts et de chercher des remèdes. En voici quelques exemples.

 

La révolution du temps

Le temps a profondément changé. « En un siècle, nous avons allongé la vie de chacun de l’équivalent d’une génération. Vingt ans. Et, dans cette vie allongée, la part que nous consacrons au travail est passée de 40% à 10%. En outre, nous dormons deux à trois heures de moins par jour… Nous sommes donc entrés dans la civilisation « des vies complètes » dont parlait l’économiste Jean Fourastié » (p 24). « Nous sommes contemporains plus longtemps dans des familles de plus en plus « quatre générations » (p 15). En conséquence, notre manière d’envisager la vie change. « L’ancienne stabilité – CDI, mariage, propriété- se transforme en aventure, étape, discontinuité ». « La grande question est alors : qui choisit et qui subit ? » (p 25). Quelle va être notre attitude ? Comment allons-nous vivre le temps ?

 

Une mobilité croissante

Hier les Roms. Aujourd’hui les migrants. « Au delà du principe de l’accueil, marque indéniable d’une civilisation, la question est : Pourquoi cette angoisse de l’envahissement ? Partout semble populaire une demande de sociétés de plus en plus fermées… Ces peurs et ces refus viennent d’un monde qui s’unifie. Le global fait exploser le local… » (p 30). Et si avec Jean Viard, on regardait une perspective d’avenir ? « C’est le temps du monde qui est neuf. Pas la peur des hommes. Nous sommes entrés dans le temps de l’humanité réunifiée après des millénaires de dispersion… ». Il va nous falloir apprendre à lier « unité de l’humanité » et « diversité des cultures ». Immense travail. Il nous faut des frontières, et des passages, des principes d’humanisme et de droit et la conviction de l’apport positif des migrations. Seules les civilisations mortes ont peur des arrivants. Les autres les intègrent et s’enrichissent de leurs apports » (p 31).

 

Le sécateur et le lien social

 Jean Viard nous rapporte des faits d’observation qui témoignent de bouleversements dans notre vie quotidienne. Et puisqu’il vit dans le midi, il s’agit ici des vendanges. « Hier, les vendanges étaient la fête de la campagne. Tout le monde y allait : les femmes, que l’on voyait peu dans les champs, les chômeurs, les étudiants, des bataillons d’espagnols… A midi, on mangeait au bord des vignes… ». Aujourd’hui, « la cave vinicole ouvre à trois heures du matin. Il faut essayer d’être le premier pour ne pas attendre le déchargement. La vendange se fait avec une machine… Trois hommes. Bruit des moteurs, travail au phare… Le village est réveillé par les bennes qui remontent à vide… Vers huit heures, on fait un copieux déjeuner. La sieste sera longue et solitaire… » (p 42-43). Pour tous ceux qui ont connu la vie des campagnes autrefois, quelle perte d’humanité ! Ainsi, cette évolution de notre société a de bons et de mauvais côtés. L’important, c’est de comprendre. « Comment assurer la protection des hommes et réfléchir à la nouvelle solitude du travail ? Comment inventer de nouveaux lieux pour se blaguer et vivre le plaisir d’être ensemble ? ».

 

Bon Noël à chacun

 Noël, c’est bien une fête de la famille propice au bonheur. Comment est-elle vécue dans la société française d’aujourd’hui ? A la fois un grand changement dans la composition de la famille et une continuité dans le partage affectif. « En 2017, 60% des bébés sont nés hors mariage, contre 30% en 1990, 6% en 1968 » (p 10). C’est un bouleversement. Mais, pour Jean Viard, il s’inscrit dans une évolution plus large où la famille se recompose autrement. « Une famille mobile, recomposée… une famille aussi de quatre générations… » (p 73). Et de noter par ailleurs la force de ces liens familiaux. « Le repas du dimanche est redevenu un must, 70% des gens partent en vacances en famille, 20% des emplois sont trouvés grâce à ce réseau de solidarité quand Pôle emploi plafonne à 9% » (p 98). « Nous avons rebâti discrètement le plus solide maillon des sociétés, la famille… en engendrant par moyenne deux enfants par maman. Donc une société nataliste, dynamique. Mais avec des failles, des tristesses. Celle des solitaires, nombreux, des mamans seules. Des enfants qui ne verront pas leur papa à Noël. Des SDF, solitaires absolus qui ont perdu tous les liens : travail, logement, famille, amitié… Au bilan, nouveaux bonheurs privés, faiblesse des liens sociaux et des projets communs. « Fraternité », demandait-on en 1848. Pour 2048 aussi ! Bon Noël à chacun ! » (p 74).

 

Faire tête ensemble

Nous sommes tous embarqués dans une même mutation, une mutation mondiale, la révolution numérique.

« 3,81 milliards de cerveaux humains sont connectés par internet, soit 41% des cerveaux de l’humanité. 75% des terriens possèdent un téléphone portable. Bien sûr, les hommes se sont toujours reliés par des mots, des concepts qui, pour eux, font sens : Dieu, Révolution, Nation, Amour. Cette capacité à vivre et à mourir pour des mots pourrait même définir l’espèce humaine. Mais là, ce que nous avons inventé est encore plus fantastique – et dérangeant… Le savoir est à portée de la main de qui sait le trouver. Le mensonge aussi, bien sûr. La propagande. Mais retenons ici le positif et sa force à peine explorée. Nous sommes balbutiants comme aux prémices de l’écriture. Mais déjà tout s’accélère… Blablacar déplace chaque mois, en France, deux millions de passagers… Une immense révolution est en marche. Une révolution  dans le proche comme dans le lointain » (p 116-117). Cette révolution va inclure également un nouveau rapport avec la nature… « Notre idée de nature et notre agriculture, notre management de la planète devrait entrer peu à peu dans la civilisation numérique et collaboratrice… ». « Cette révolution numérique favorise aussi une classe créative » qui tire en avant nos sociétés. C’est elle qui restructure nos sociétés et nos entreprises… 61% de la richesse française sont ainsi produits dans les treize plus grandes cités. Mais il y a ceux qui sont loin, dans les quartiers, dans les villages, dans les Suds. Eux qui cherchent du sens et en sont privés. Eux aussi sont derrière l’écran, mais souvent sans les moyens de consommer, sans avoir assez étudié pour apprendre. La société collaborative produit ainsi ses néosédentaires qui souvent ont la haine. Il va falloir apprendre à faire tête ensemble – comme le disent les Créoles – sur cette toile qui se tend… comme on a appris, il y a un siècle, à bâtir l’école pour tous et l’éducation populaire. Il faut donner à chacun les clefs pour apprendre sur internet » (p 118-119).

Voici donc quelques unes des réflexions originales engagées par Jean Viard à partir de faits singuliers : données statistiques et observations personnelles. Nous apprenons ainsi à nous situer dans un monde nouveau. Car les anciennes grilles d’analyse qui sont à l’origine de l’opposition gauche-droite, classes et ordres s’épuisent aujourd’hui. La montée de l’individualisme, la part croissante de l’autonomie individuelle, nous appellent en regard à rechercher ce qui fait lien. « Il faut que nous retrouvions une direction, un chemin. Un sens à ce monde, un commun. Mais un commun du futur ». « La révolution est culturelle » (p 205). Dans les années 60, « On est sorti d’une société de groupe, de classe, pour devenir une société d’individus autonomes qui a favorisé la place nouvelle des femmes, de la nature, le tourisme, et la mondialisation aussi. Comme la mobilité des gens augmentait, il a fallu inventer des techniques pour se lier. C’est bien la rupture culturelle des années 60, qui a induit des besoins technologiques, lesquels ont à leur tour bousculé la société. C’est elle qui bouscule actuellement le travail et lie l’humanité en une grande communauté sur une terre si petite, perdue dans l’univers… » (p 206-207).

Ce nouveau livre de Jean Viard, comme les précédents, contribue à la vie citoyenne en clarifiant les enjeux (3). Il appelle le croyant à apporter sa part à la recherche de sens pour cette humanité  en devenir (4). Il peut aider chacun à comprendre ses situations de vie, c’est à dire à réduire les peurs et à développer une bienveillance constructive.

 

Jean Hassenforder

  1. Jean Viard. Une société si vivante. Editions de l’aube, 2018
  2. Jean Viard. Le moment est venu de penser à l’avenir. Editions de l’aube, 2016 : http://www.vivreetesperer.com/?p=2524 Et aussi : Jean Viard. Nouveau portrait de la France. La société des modes de vie. Editions de l’aube, 2011: http://www.vivreetesperer.com/?p=799
  3. La réflexion citoyenne requiert une compréhension de l’évolution de la société, une analyse des aspirations et des besoins. Ainsi, les livres de Jean Viard m’ont apporté un éclairage lors de la dernière campagne présidentielle. De la même manière, j’ai apprécié l’apport d’un livre de Thomas  Friedman, journaliste au New York Times sur les incidences du changement technologique accéléré à l’échelle mondiale : Thomas Friedman. Merci d’être en retard. Survivre dans le monde de demain. Saint Simon, 2017. Mise en perspective sur ce blog : http://www.vivreetesperer.com/?p=2624 Et aussi, mise en perspective de la version originale : Thank you for being late : http://www.temoins.com/le-monde-en-tension/
  4. Notre engagement personnel dans la société s’inscrit dans une vision chrétienne dans l’esprit de « la nouvelle création » qui se prépare dans la mouvance de Christ ressuscité. C’est la théologie de l’espérance de Jürgen Moltmann. Dans cette perspective, « le christianisme est résolument tourné vers l’avenir et invite au renouveau » (Jürgen Moltmann. De commencements en recommencements. Empreinte, 2012 (p 100-101)

« La paix, ça s’apprend » Une pratique de paix, selon Thomas d’Ansembourg

Nos sociétés sont traversées par des poussées de violence. Il y a là des phénomènes complexes qui peuvent être analysés en termes sociaux, économiques, culturels, politiques, mais également dans une dimension psychosociale, un regard sur les comportements. En dehors même de ces épisodes, dans la vie ordinaire, nous pouvons percevoir et éprouver des manifestations d’agressivité. A une autre échelle, au cours de l’histoire, nous savons combien la guerre a été un fléau dévastateur (1). Ainsi, affirmer la paix aujourd’hui, c’est garder la mémoire du malheur passé pour empêcher son retour, mais c’est aussi effectuer un pas de plus : réduire les sources de violence, pacifier les comportements.

Psychothérapeute, engagé depuis des années dans une campagne pour le développement de la personne, auteur de plusieurs livres, animateur d’un site (2), Thomas d’Ansembourg milite pour répandre des pratiques de paix. Dans cette interview en vidéo à la Radio Télévision Belge Francophone (3), il explique pourquoi il vient d’écrire un nouveau livre en ce sens : « La paix, ça s’apprend. Guérir de la violence et du terrorisme » (4). « Nous avons réagi, David (le co-auteur) et moi à l’attentat du Bataclan, vite relayé par l’attentat de Bruxelles. Nous avons réalisé qu’on ne peut se contenter de mesures de sécurité (renforcement de frontières et traitement de symptômes). Il nous est apparu que le terrorisme est un épiphénomène d’un malaise extrêmement profond de la société et qu’il était intéressant de voir ce qui génère un tel malaise. Dans nos pratiques, lui comme historien et moi comme accompagnant de personnes, nous avons réalisé que la paix, c’est une discipline. Cela ne tombe pas du ciel. C’est une rigueur, c’est un exercice. Cela demande un engagement, de la détermination et du temps, et, petit à petit, on atteint des états de paix qui deviennent de plus en plus contagieux. Et cela devrait s’apprendre, depuis la maternelle, dans toutes les écoles. Tel est le propos de ce livre. C’est de faire savoir. Mettons en place des processus pour pouvoir éduquer des populations à se pacifier ».

 

Pour une pacification intérieure

 « Depuis près de vingt-cinq ans que j’accompagne des personnes dans la quête de sens et la pacification intérieure, j’ai acquis cette confiance que la violence n’est pas l’expression de notre nature. C’est parce que notre nature est violentée que nous pouvons être violents. Quand mon espace n’est pas respecté, je puis être agressif. Quand mon besoin d’être compris et écouté, n’est pas nourri et respecté, je puis être agressif. Et il en va de même lorsque des besoins importants ne sont pas respectés. D’où l’importance d’apprendre à respecter notre nature et donc de la connaître ». Ainsi « apprendre la connaissance de soi dès l’école maternelle nous paraît absolument essentiel aujourd’hui. Jusqu’ici, cela me semblait un enjeu de santé publique, mais aujourd’hui cela me paraît aussi un enjeu de sécurité publique. Tout citoyen qui va à l’école a besoin d’apprendre qui il est, qu’est-ce qui le met en joie… mais aussi qu’est-ce qui le chagrine, qu’est-ce qui le met en colère. Il est bon de comprendre ce qui vous met en rage avant de faire exploser sa rage à la tête des autres. On a largement dépassé la notion de développement personnel. Il y a là un enjeu de santé publique. La plupart de nos gouvernants ne savent pas tout cela, ne connaissent même pas les outils correspondants et la plupart des médias dédaignent cette approche en la considérant comme du « bisounours » alors que ces outils sont des clés pour le vivre ensemble ».

 

Des outils pour le vivre ensemble

 La paix peut s’apprendre à travers des outils. Thomas d’Ansembourg n’a pas souhaité réaliser un inventaire de tous les outils. Dans ce livre, il nous en présente trois qui sont particulièrement efficaces.

« La Pleine conscience » est une approche de méditation qui se dégage des rituels religieux traditionnels et qui peut être vécue d’une façon laïque et d’une manière spirituelle si on le souhaite. Elle permet de trouver un espace de fécondité, de créativité, d’alignement qui est très bénéfique pour le vivre ensemble ».

Thomas d’Ansembourg nous parle également de la communication non violente, une approche « qu’il enseigne depuis des années et qui est proposée dans de nombreux milieux depuis des classes maternelles jusqu’à des prisons en passant par des cockpits d’avion… C’est une approche pratico-pratique pour mieux vivre les relations humaines, dépasser les conflits, les querelles d’égo ».

Il y a une troisième pratique, celle de la bienveillance.

« Il y a plusieurs aspects de la bienveillance : accueillir l’autre tel qu’il est et non tel que je voudrais qu’il soit, être ouvert à son attitude et à sa différence, être disponible à une remise en question par son attitude. Cela demande de l’humilité, peut-être du courage. Et puis, il y a cette attitude positive de prendre soin, bien veiller sur l’autre, l’encourager dans son développement qui n’est pas forcément celui que j’aurais aimé avoir pour lui. Je pense par exemple à notre attitude avec les enfants, ne pas projeter sur eux nos attentes. Cela demande du travail sur soi. Ce n’est pas ingénu. Cela requiert une hygiène de conscience pour remettre en question nos projections, nos attentes, nos préjugés, des idées toutes faites, pour ouvrir notre cœur.

Le monde se transforme à vive allure. « Nous assistons à un métissage incroyable de la planète, de grands exodes en fonction du réchauffement climatique. C’est plus urgent d’apprendre à vivre ensemble, et pour cela, d’avoir des clés de connaissances de soi pour avoir une bonne estime de soi et une capacité d’accueillir la différence, des clés d’ouverture à l’autre et la cohabitation. Cela ne tombe pas du ciel. On voit bien qu’il y a des tentatives de repli et de méfiance. Ce n’est pas comme cela que nous allons grandir ensemble. Nous avons besoin d’approches pour vivre ensemble. On n’en trouve pas encore dans nos pratiques scolaires, ni même dans nos pratiques religieuses. Il y a de belles idées , mais cela appelle une pratique. Comment est-ce qu’on vit quand on est plein de rage et de colère ? On a besoin d’apprendre à vivre la rage et la colère pour la transformer. Grâce à la communication non violente, j’ai appris à faire des colères non violentes, à exprimer ma colère sans agressivité. Ce sont des apprentissages que l’on peut faire ».

 

Promouvoir la paix

Thomas d’Ansembourg porte une dynamique et il l’envisage sur différents registres. Ainsi peut-il souhaiter la création d’un ministère de la paix avec un budget, des formations, de la recherche scientifique en neurosciences, en relations humaines.

Et au plan de la transformation des relations quotidiennes, il a conscience de la puissance des outils existants. « Je sais que ces outils transforment la vie des gens. Je rencontre des personnes dont la vie a pivoté parce qu’ils ont appris à savoir qui ils sont, qu’est ce qui fait sens pour eux… ». Ainsi, « il y a des processus, il y a des clés efficaces. J’aimerais qu’ils soient fournis au grand public. Nous assistons à tellement de détresses dans notre société : solitudes, addictions, divorces douloureux, dépendances… Des outils magnifiques existent. Ne pas les faire connaître est une sorte de non assistance à personne en danger ».

Au milieu des drames de l’histoire, l’inspiration de la non violence apparaît comme un fil ténu, mais solide avec des moments de lumière qui sont entrés dans notre mémoire collective depuis les premières communautés chrétiennes jusqu’à  Gandhi et Martin Luther King (5).

Aujourd’hui, le mouvement pour la paix peut s’appuyer sur de nouvelles méthodes où s’allient une orientation d’esprit et des approches nourries par la psychologie, une conscience renouvelée du corps et les neurosciences. Ainsi, face aux routines traditionnelles, une motivation nouvelle peut apparaître en s’appuyant  sur l’efficacité démultipliée de  nouvelles méthodes. Dans ce livre et dans cette interview, Thomas d’Ansembourg nous apporte une bonne nouvelle : la paix, ça s’apprend ! La paix, c’est possible ! Une voie est ouverte. A nous de nous mobiliser…

Jean Hassenforder

  1. « Une philosophie de l’histoire, selon Michel Serres » : http://www.temoins.com/philosophie-de-lhistoire-selon-michel-serres/
  2. Site de Thomas d’Ansembourg : http://www.thomasdansembourg.com
  3. « La paix, ça s’apprend ! Il était une foi 02.2017 RTBF » https://www.youtube.com/watch?v=hP-_atpsfT0
  4. David Van Reybroucq. Thomas D’Ansembourg. La paix, ça s’apprend. Guérir de la violence et du terrorisme. Actes sud, 2016
  5. « La sagesse peut-elle changer le monde ? Mandela et Gandhi » : http://www.temoins.com/mandela-gandhi-sagesse-changer-monde/ Martin Luther King, 50 ans après : http://www.temoins.com/mlk-50-ans-apres-10-morceaux-indispensables-selon-le-king/

Quand l’Église n’est plus au centre du village

L’Eglise en postchrétienté d’après Stuart Murray

« Etre et faire Eglise en postchrétienté » (1) nous appelle Gabriel Monet dans la publication de sa thèse sur l’Eglise émergente. Et, sur le site de Témoins, depuis le début des années 2000, nous cherchons à comprendre les transformations sociales et culturelles en cours, et, en regard, à rechercher la pertinence des pratiques d’Eglise. Ainsi,  en 2003,  nous avons accueilli Stuart Murray (2), et, en 2004, présenté un de ses livres majeurs : « Post-Christendom. Church and mission in a strange new world » (3). Stuart Murray s’y montre historien et sociologue. C’est aussi un théologien qui envisage l’avenir de l’Eglise.

Lorsqu’on consulte la biographie de Stuart Murray, on découvre un itinéraire à la fois constant et diversifié. Dans une mouvance anabaptiste, c’est un missionnaire, au sens moderne du mot, qui, au fil des années, œuvre pour l’implantation de nouvelles églises, particulièrement en milieu urbain. Et, dans cette perspective, il cherche à comprendre et à faire comprendre notre culture et notre société. Il nous appelle au discernement. Grâce aux Editions mennonites, cette expérience et ce savoir sont aujourd’hui accessibles en langue française, dans un recueil : « Quand l’Eglise n’est plus au centre du village » (4). Ce recueil rassemble des conférences de Stuart Murray lors d’une retraite de la Pastorale mennonite romande du 17 au 19 octobre 2013. « Ce théologien et implanteur d’Eglises, fondateur du réseau anabaptiste en Grande-Bretagne et en Irlande dans les années 1990, a partagé sa vision de l’Eglise dans un contexte occidental de postchrétienté ». Ces conférences ont été traduites, puis rédigées et présentées par un pasteur, Michel Ummel. Il en résulte un livre particulièrement accessible  qui communique la pensée de Stuart Murray à un vaste public : « Après avoir expliqué le passage de la chrétienté à la postchrétienté, il a redéfini les missions et les tâches de l’Eglise dans ce contexte. Il a montré les possibilités considérables d’action de l’Eglise, les possibilités d’implantation d’Eglise et a imaginé différents scénarios  pour l’Europe à l’heure de la postchrétienté ». Quelques notations permettront de mettre en évidence l’importance de ce livre et d’appeler à sa lecture.

 

De la chrétienté à la postchrétienté

Stuart Murray nous rappelle l’histoire et les caractéristiques d’une « civilisation façonnée par l’histoire, la langue, les symboles et les rythmes du christianisme »  et marquée par un arrangement politique dans lequel l’Eglise et l’Etat se soutenaient l’un l’autre de façon souvent tumultueuse » (p 15). Ce système a régné en Europe pendant des siècles. Aujourd’hui, cette ère se termine. « La notion de société chrétienne se termine. Imposer le christianisme n’a pas fonctionné. L’alliance entre le pouvoir, la richesse et le statut est aujourd’hui une pierre d’achoppement. L’Eglise est considérée instinctivement comme une institution obsolète et oppressive » (p  16). Nous entrons donc dans une culture nouvelle. « Une tentative de définition de la postchrétienté peut être formulée ainsi : c’est la culture qui émerge lorsque la foi chrétienne perd sa force de cohésion dans une société façonnée par l’histoire chrétienne et où décline l’influence des institutions qui exprimaient des convictions chrétiennes » (p 17). Cette transformation se manifeste par un certain nombre de changements. « Les Eglises passent du centre aux marges. Les chrétiens sont devenus minoritaires… Les chrétiens, outre leurs privilèges, perdent de leur importance dans un contexte de pluralité.  On évolue du contrôle social vers le témoignage. C’est le passage du statu quo vers la mission. On passe de l’institution au mouvement. » (p 18). Comment réagir dans cette transition ? Certains refusent le changement et se replient dans l’imaginaire du passé. Stuart Murray met en évidence la complexité de la situation et il appelle au discernement. « Il faut recourir à une approche qui soit provisoire, exploratoire et flexible, dans un environnement changeant… Il faut rechercher dans une approche « capable de discerner dans le contenu culturel ce qu’il faut adopter et adapter du passé, une approche qui passe par une réflexion théologique patiente et prudente » ( p 22).

 

Participer à la Mission de Dieu, « Missio Dei »

En chrétienté, l’Eglise régnait sans partage. La mission était tournée vers l’extérieur. Elle se conjuguait souvent avec une imposition politique ou culturelle. Aujourd’hui elle passe au premier plan. « Elle va de partout à partout ». « On assiste à un renouveau théologique radical en redécouvrant le Dieu missionnaire qui, par amour, tend les bras à toute la création » (p 29). Dans sa thèse sur l’Eglise émergente, Gabriel Monet nous appelait à entrer dans la vision de la mission de Dieu à laquelle participe « une Eglise missionnelle » (1). C’est aussi la perspective que Stuart Murray met ici en évidence. « La « Missio Dei », la Mission de Dieu, c’est la compréhension de la mission à l’époque de l’Eglise primitive. La mission est une action divine. C’est la manière d’agir de la Trinité. L’Eglise est prise dans ce flux de la mission. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20.21). L’Eglise n’est donc pas « l’expéditeur », mais « l’envoyée ». L’expéditeur, c’est Dieu » (p 30). « La mission de Dieu est cosmique et universelle. Elle inclut « la restauration de toutes choses » (Actes 3.21). C’est le grand dessein de Dieu, le rêve de Dieu, la « grande histoire » de la Bible » (p 31).

Les barrières et les prétentions institutionnelles tombent. Nous voici dans une dynamique ouverte. « La vision de Dieu avance dans l’Eglise, en dépit de l’Eglise, au delà de l’Eglise et vers l’EgliseLa portée de la mission est très large : l’évangélisation, le soin de la création, le travail pour la justice, l’implantation d’Eglises, le renouveau culturel, l’activisme politique, l’éducation, la guérison des esprits et des corps… La mission n’est pas seulement liée à l’Eglise. Dieu est déjà à l’œuvre dans tous les contextes et la mission du chrétien est de participer à la mission de Dieu. Le chrétien n’apporte pas Dieu avec lui, même s’il a quelque chose de frais à apporter dans toute situation. Il doit discerner ce que Dieu fait et ce que Dieu l’appelle à faire dans un tel contexte. Il doit aussi repérer comment Dieu est à l’œuvre par d’autres peut-être d’une manière surprenante. La tâche de l’Eglise est d’équiper et de soutenir ses membres à participer à la mission de Dieu » (p 33). Si l’on envisage la pratique courante et les représentations qui l’inspirent dans nombre d’Eglises, cette vision nous paraît libératrice et révolutionnaire.

Stuart Murray perçoit l’importance du changement. « Il faut reconnaître qu’il s’agit là d’un changement de paradigme » (p 33).

Et, dans le chapitre suivant, il nous invite à  nous interroger en écoutant les personnes qui ont quitté les Eglises (p 47-49) (5). D’une manière ou d’une autre, leurs aspirations ne rejoignent-elles pas la vision nouvelle de l’Eglise exprimée dans les termes de la « Missio Dei » ?

 

Implanter de nouvelles Eglises

Depuis des années, depuis le début de sa vie active,  Stuart Murray est engagé dans un travail pour l’implantation d’Eglises nouvelles.  Pourquoi et comment implanter des Eglises après la chrétienté ? Un chapitre du livre traite de cette question.

L’implantation d’Eglises prend tout son sens dans ce temps de changement culturel. Il existe donc de nombreuses raisons pour implanter des Eglises aujourd’hui. Il n’est pas surprenant que l’implantation d’Eglises soit de nouveau d’actualité ou que le langage de l’Eglise missionnelle ou de l’Eglise émergente soit utilisé (6). Il faut toutefois souligner que seuls certains types d’implantation d’Eglise vont réussir. Une partie des implantations d’Eglise réalisées au cours des dernières années n’a  pas été vraiment utile » (p 54).  « Le contexte de la postchrétienté exige à la fois le renouveau et l’implantation » (p 58). Mais Stuart Murray énonce toutes les bonnes raisons qui justifient l’implantation de nouvelles Eglises. Cette activité permet une expérimentation, une recherche, un dialogue, l’approche de milieux nouveaux.

Fondateur du « Réseau anabaptiste » en Grande-Bretagne, Stuart Murray s’inspire de l’exemple de la création de nouvelles Eglises par les anabaptistes au XVIè siècle, communautés croyantes à l’encontre des pesanteurs institutionnelles de la chrétienté. Stuart Murray nous rapporte également son expérience personnelle de l’implantation d’Eglises dans le cadre de « Urban expression ». « Urban expression » est une agence missionnaire active dans les villes en Grande-Bretagne qui recrute, équipe et envoie des équipes de pionniers dans des quartiers pauvres économiquement et pauvres en Eglises, pour y vivre une foi chrétienne de manière créative et pertinente » ( p 63). Ici, plutôt que de recourir à une grande équipe où une « Eglise-mère » exerce un contrôle, l’équipe a plus de liberté et d’incitation à être créative » (p 65) (7).

Si des sociologues nous aident à comprendre une réalité sociale en pleine évolution (8), celle-ci est certes complexe. Stuart Murray est prudent dans ses analyses. Il reste qu’on peut constater une transformation majeure qui s’opère dans le long terme, ainsi le passage de la chrétienté à la post chrétienté. Et, en regard, se pose la vision théologique de la Missio Dei, de la Mission de Dieu. Lorsque Stuart Murray porte attention aux observations des gens qui ont quitté les Eglises, il accorde de l’importance à une expression d’expérience. Cette expérience peut trouver réponse dans une nouvelle manière de reconnaître l’œuvre de Dieu et d’envisager le rôle des Eglises.

En traduisant les conférences de Stuart Murray, en les recueillant  dans un livre, les Editions mennonites ont fait œuvre utile. En effet, cet ouvrage est particulièrement bien présenté, tant en ce qui concerne son organisation qu’à travers les introductions de Michel Ummel. Ainsi, ce livre est un outil qui peut contribuer à modifier les représentations et à les rendre plus pertinentes. C’est dire qu’il mérite une large diffusion bien au delà d’un public prédéterminé.

Jean Hassenforder

(1) Gabriel Monet. « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en Postchétienté. LIT Verlag, 2014

« Des outres neuves pour du vin nouveau. Interview de Gabriel Monet, auteur de « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en postchrétienté » : http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/

(2) « Eglise en devenir. Compte-rendu par Françoise Rontard de la rencontre avec Gabriel Monet (novembre 2003) » : http://www.temoins.com/eglise-en-devenir/

(3) « Faire Eglise en postchrétienté. Le livre de Stuart Murray : Post-Christendom. Church and mission in a strange new world  (2004) » : http://www.temoins.com/faire-eglise-en-post-chretiente/

(4) Stuart Murray. Quand l’Eglise n’est plus au centre du village. Editions mennonites, 2018 Le livre est disponible pour un achat en ligne sur le site des Editions mennonites

(5) « Chrysalide. La métamorphose de la foi. Une ressource pour des chrétiens en recherche ». Mise en perspective d’un livre d’Alan Jamieson à partir de l’expérience de chrétiens ayant quitté les Eglises (Empreinte, 2014) : http://www.temoins.com/chrysalide-les-metamorphoses-de-la-foi-une-ressource-pour-des-chretiens-en-recherche/

(6) Les « Fresh expressions » britanniques s’inscrivent dans ce courant de l’Eglise émergente et se développent rapidement, expression d’initiative et d’innovation, à la fois autonomes et en lien avec des Eglises comme l’Eglise anglicane et l’Eglise méthodiste. « Les Fresh expressions en Grande-Bretagne : point de vie d’un pionnier. Propos de Michael Moynagh » : http://www.temoins.com/les-fresh-expressions-en-grande-bretagne-point-de-vue-dun-pionnier-propos-de-michael-moynagh-recueillis-par-pippa-soundy-en-reponse-aux-questions-dalain-gubert-et-de-je/

(7) « Urban expression. An interview with Stuart Murray Williams » : https://themennonite.org/urban-expression-interview-stuart-murray-williams/

(8) « Le Christianisme en Europe. Quelles perspectives ? » : « Europe, The exceptional case » par la sociologue Grace Davie : http://www.temoins.com/le-christianisme-en-europe-quelles-perspectives/

Une nouvelle manière de communiquer

Nous entrons dans un nouvel âge. Et, parmi les transformations en cours, la révolution numérique a un rôle et une dimension incommensurable.  Elle vient répondre à une image du monde en terme de relation qui se révèle et s’impose à nous aujourd’hui. « Dans le Dieu trinitaire, il y a la réciprocité et l’échange de l’amour. C’est un Dieu relationnel. Et, si l’Esprit Saint est répandu sur toute la création, il fait de la communauté de toutes les créatures de Dieu, avec Dieu et entre elles, cette communauté de la création dans laquelle toutes les créatures communiquent, chacune à sa manière, entre elles et avec Dieu… L’ « essence » de la création dans l’Esprit est par conséquent « la collaboration » et les structures manifestent la présence de l’Esprit, dans la mesure où elles font connaître l’ « accord général ».  « Au commencement était la relation » (Martin Buber).  Cette citation du théologien Jürgen Moltmann, dans  son livre : « Dieu dans la création » (1) éclaire notre horizon. Or, l’expansion d’internet qui s’élance à partir de la fin du XXè siècle a créé aujourd’hui les conditions d’une humanité communicante où les obstacles ne résident plus dans la technique, mais dans le cœur et l’esprit des hommes dans leur confrontation aux craintes et aux menaces engendrées par les dérèglements actuels .

Comme le journaliste américain Thomas Friedman l’a brillamment exposé , à travers quelques grandes étapes, internet s’est imposé au cours des deux dernières décennies (2). Cependant, en l’an 2000 déjà, dans un livre précurseur : « World philosophie » (3), Pierre Lévy annonce la transformation que nous poursuivons aujourd’hui. « Depuis la fin du XXè siècle, l’humanité unit ses capacité de perception et de création en constituant progressivement une seule intelligence collective interconnectée dont la communauté scientifique internationale, le marché mondial, l’expression du cyberespace et la compréhension croissante du caractère universel des religions sont les meilleurs signes.. De plus en plus, les gens deviennent des chercheurs associés ». Nous assistons à la naissance d’une nouvelle culture caractérisée par des « principes de liberté, de communication horizontale et de réseau interactif ». Dans cette approche, Pierre Lévy se réfère à la vision prémonitoire du scientifique et théologien,  Pierre Teilhard de Chardin qui énonçait comme un « phénomène », le développement d’un processus d’unification de l’humanité (4).

Aujourd’hui, si nous n’en avons pas tous conscience au même degré, en raison de la diversité de nos parcours, nous sommes entrés dans un âge nouveau. « Le numérique est devenu une civilisation » (Milad Doueihi) » (5). « Le net fait désormais partie de notre milieu vital » (Antonio Spadaro) (6). Ainsi notre vie se déroule aujourd’hui dans un nouveau contexte. Dans son livre : « Petite Poucette » (7), Michel Serres nous montre concrètement en quoi internet change radicalement nos représentations et nos pratiques. C’est une nouvelle manière d’être et de connaître. C’est une nouvelle manière de communiquer.

 

Internet, les églises et les chrétiens

On  peut donc se demander comment les chrétiens participent à ce grand changement non seulement dans leur existence quotidienne, mais aussi dans leur vie et leur expression collective. La révolution numérique s’inscrit elle-même dans une transformation sociale et culturelle engagée à partir des années 1960 et qui se traduit notamment par une émancipation par rapport à des cadres institutionnels imposés d’en haut et par une montée de l’autonomie des individus. Comme l’écrit le sociologue Jean Viard (8), « C’est bien la rupture culturelle des années 60 qui a induit les besoins technologiques, lesquels ont, à leur tour, bousculé la société. C’est elle qui bouscule en ce moment le travail et lie l’humanité en une grande communauté sur une terre si petite, perdue dans l’univers ». Ainsi, le rapport des pratiques chrétiennes avec la révolution numérique  ne peut s’interpréter que dans un cadre plus large, la manière dont elles s’inscrivent dans l’évolution sociale et culturelle. C’est dans le contexte de cette évolution que se développe des attitudes nouvelles : une « autonomie croyante » (Danièle Hervieu-Léger (9), une recherche d’authenticité (Charles Taylor) (10). En regard, pour la plupart, les institutions chrétiennes peinent à s’adapter en raison des structures hiérarchiques et des pratiques traditionnelles héritées de la chrétienté. Cependant, le courant de l’Eglise émergente expérimente des voies nouvelles comme l’a mis en évidence Gabriel Monet dans son livre-thèse : « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en post-chrétienté » (11). Et, par ailleurs, des innovations sont également apparues dans le champ numérique. On peut rappeler à cet égard, qu’ici-même à Témoins, au début des années 2000, un effort d’inventaire et de mise en relation a été réalisé sous l’impulsion de Pascal Colin et de Yves Desbordes. Des rencontres ont été organisées, ainsi « la première journée des internautes chrétiens francophones », le 2 décembre 2000 (12). Cependant, c’est bien dans l’aire anglophone que l’innovation en ce domaine a été vigoureuse et massive, en se manifestant jusque dans la création d’Eglises nouvelles sur le web. Cette innovation nous est rapportée dans les recherches de Timothy Hutchins et Heidi Campbell (13) et les travaux du Codec à l’Université de Durham (14).

 

Culture numérique et parcours de foi

Il semble qu’on puisse distinguer deux phases dans ce mouvement. Dans un premier temps, le web est apparu comme un espace nouveau à investir dans des innovations conquérantes. Dans un second temps, le web et la vie quotidienne s’interpénètrent. Dans son livre sur la cyberthéologie (15), Antonio Spadaro met en évidence cette interpénétration. « Internet est maintenant un espace humain  dans la mesure où il est peuplé d’hommes. Il n’est plus un espace anonyme et aseptisé, mais un milieu anthropologiquement qualifié . Il s’agit d’un espace d’expérience qui devient, de plus en plus, partie intégrante, de manière fluide de la vie quotidienne : « un nouveau contexte existentiel ». Il ne s’agit plus d’un lieu spécifique dans lequel on entre à certains moments pour vivre « online » et dont on sort pour renter dans la vie « offline ». Ce n’est plus un milieu séparé, mais de plus en plus intégré, connecté avec la vie quotidienne ». Effectivement, internet   participe maintenant à la vie quotidienne, en ouvrant de nouvelles relations. Blablacar en est un bon exemple (16)

La prochaine rencontre de Témoins, le 10 novembre 2018, est intitulée : « Culture numérique et parcours de foi ». Ces parcours sont très divers. Ils ne se résument plus comme autrefois à une pratique paroissiale. Ils peuvent chevaucher des églises et des milieux différents. Ils peuvent se dérouler en marge des cadres institutionnels comme nous l’avons envisagé dans la dernière journée de Témoins, le 26 novembre 2016 (17) et ils s’inscrivent ainsi potentiellement dans le courant de l’Eglise émergente. On peut ajouter qu’il y a aujourd’hui beaucoup de chrétiens en chemin, lorsqu’on considère, d’après une récente enquête sur le christianisme en Europe occidentale (18), que le groupe de loin majoritaire est celui des chrétiens non pratiquants. Au total,  quelles qu’elles soient, toutes ces personnes en parcours de foi sont en quête de dialogue pour partager des questions, des découvertes, des expériences, une fraternité et rechercher des expressions communes. Il y a donc là un besoin de communication. Comment internet peut-il au mieux faciliter des échanges interpersonnels et ouvrir des possibilités de rencontre en petits groupes ? On sait combien le petit groupe permet un partage fructueux et on se rappelle la parole de Jésus lorsqu’il déclare que « là ou deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18.20). Dans quelles conditions pourrait-on créer sur internet un dispositif alliant entraide et expression et permettant à la fois une communication en réseau, la possibilité de rencontres et une orientation vers des ressources pour l’approfondissement et la recherche ?

Ce sont ces questions et d’autres auxquelles nous chercherons à répondre dans la  prochaine rencontre de Témoins. Dans l’expression de chacun, nous attendons qu’une intelligence collective puisse se manifester et l’inspiration de l’Esprit nous guider. Dans une approche participative, merci de nous faire connaître dès maintenant vos observations et vos suggestions .

Jean Hassenforder

(1) Jürgen Moltmann. Dieu dans la création. Traité écologique de la création. Cerf, 1988   Sur ce site, la vie et la pensée de Jürgen Moltmann. « Une théologie pour notre temps » : http://www.temoins.com/une-theologie-pour-notre-temps-lautobiographie-de-juergen-moltmann/

(2) Thomas Friedman . The world is flat. 2005. Présentation sur ce site : http://www.temoins.com/la-grande-mutation-les-incidences-de-la-mondialisation/  Thomas Friedman. Thank you for being late. 2016. Mise en perspective : http://www.temoins.com/le-monde-en-tension/

(3) Pierre Lévy. World philosophie. Odile Jacob, 2000. Voir : « Les chrétiens et internet. Une nouvelle dimension » (2003) : http://www.temoins.com/les-chretiens-et-internet-une-nouvelle-dimension/

(4) Pierre Teilhard de Chardin. Le phénomène humain. Seuil, 2005

(5) Milad Doueihi. Pour un humanisme numérique. Seuil, 2011. Voir : Pierre-Jean Gubert. Culture numérique et spiritualité. http://www.temoins.com/culture-numerique-spiritualite/

(6) Antonio Spadaro. Quand la foi passe par le réseau. Parole et silence, 2017. Voir : « Regard chrétien sur le Net, selon Antonio Spadaro : http://www.temoins.com/cyberespace-et-theologie/

(7) Michel Serres. Petite Poucette. Le Pommier, 2012.  Mise en perspective sur ce site : http://www.temoins.com/un-nouvel-univers-social-et-culturel-la-revolution-internet-et-ses-consequences-le-regard-de-michel-serres-l-petite-poucette-r/

(8) Jean Viard. Une société si vivante. L’Aube, 2018 ( p 207).  Sur ce site : « La France en changement, selon Jean Viard »

(9) « L’autonomie croyante. Questions pour les églises. Interview de Danièle Hervieu-Léger » : http://www.temoins.com/jean-hassenforder-lautonomie-croyante-questions-pour-les-eglises/

(10) « L’âge de l’authenticité, selon Charles Taylor » : http://www.temoins.com/lage-de-lauthenticite/

(11) « Des outres neuves pour le vin nouveau. Interview de Gabriel Monet, auteur de « l’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en post-chrétienté ». http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/

(12) Magazine Témoins, N° 132, novembre-décembre 2000 : http://www.temoins.com/project/4302/

(13) « Quelle vie en Eglise à l’ère numérique. Apport de la recherche anglophone. Heidi Campbell et Tim Hutchins » : http://www.temoins.com/quelle-vie-en-eglise-a-lere-numerique/

(14) Codec research center for digital theology » : https://www.dur.ac.uk/codec/

(15) Antonio Spadaro. Cyberthéologie. Penser le christianisme à l’heure d’internet. Lessius, 2014 (p 15)

(16) « David Gonzalez. Blablacar. Un nouveau mode de vie » : http://www.vivreetesperer.com/?p=1999

(17) Rencontre Témoins. Parcours de foi aux marges des cadres institutionnels : http://www.temoins.com/26-novembre-2016-rencontre-temoins-theme-parcours-de-foi-aux-marges-cadres-institutionnels/

(18) Pew Research Center. Being christian in Western Europe : http://www.pewforum.org/2018/05/29/being-christian-in-western-europe/