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Les femmes dans l’Eglise

Un regard libérant

La longue marche des femmes vers un juste statut dans l’église et la société se poursuit. Malgré de belles avancées, la question de leur place dans l’Eglise demeure toujours d’actualité. Joëlle Sutter-Razanajohary, pasteur dans la Fédération des églises baptistes,vient de publier sur ce thème un opus intitulé « Qui nous roulera la pierre ? »  où elle aborde le sujet à partir des récits de la création et d’une réflexion sur l’identité, l’autorité et le sacré, notions sur lesquelles se fondent la direction d’Eglise.

Si, se plonger dans la Bible, c’est aller à la rencontre de Celui qui l’a inspirée, c’est aussi voir qu’elle s’inscrit dans des cultures patriarcales et qu’elle est rédigée, traduite et interprétée uniquement par des hommes. Or, que nous la lisions au pied de la lettre (qui tue ?) ou non, nous l’interprétons en fonction de qui nous sommes : de notre sexe, de nos attentes et de nos contextes religieux, culturels, socio-économiques… Toutefois, grâce à l’étude et à la réflexion, nos interprétations peuvent évoluer. C’est ainsi que, sollicitée par son pasteur pour préparer des études bibliques résumant les différentes positions sur la femme et les « ministères dits d’autorité », Joëlle Sutter-Razanajohary fut conduite, au terme de ses recherches, à devoir « modifier totalement sa vision des relations hommes / femmes ». (2)

 

Au cœur des  textes :

L’auteur commence donc par analyser les premiers récits de la Genèse, ceux qui nourrissent depuis des lustres l’image que la femme juive ou chrétienne doit se faire d’elle-même. Or, surprise, les traductions, dans leur majorité, n’établissent pas de distinctions entre les mots : Adam (humain), zakar (mâle), neqevah (femelle), ish (masculin) et isha (féminin).

En Genèse 1v27 et 5v2 par exemple, il est écrit : « Dieu créa Adam (humain) à son image, il le créa zakar (mâle) et neqevah (femelle) ». C’est le couple qui est à la ressemblance du Créateur, pas le mâle. Détail intéressant : les termes zakar et neqevah ne sont jamais utilisés pour les animaux, créés, eux, « selon leur espèce ». Ils ne le sont que pour le couple humain, créé à l’image de son Créateur et appelé à vivre en relation avec Lui. Dieu n’est pas un soliloque inventant un autre soliloque. L’étymologie de ces mots révèle par ailleurs un parallèle entre eux et la spatio-temporalité. En effet : zakar s’enracine dans le temps, neqevah dans l’espace. Par contre, dans la vie, le désir de « maitrise de l’espace » et de « primauté du faire » anime plutôt le masculin tandis que le désir « d’habitation du temps » et de « primauté du faire croître … » anime plutôt le féminin. Ainsi, résume l’auteur : « La beauté et l’équilibre émanent de ces deux réalités simples : mâle et femelle, ils sont créés ensemble, à la fois semblables et différents, et disposent chacun d’un espace de confort et d’une perspective de recherche, d’investigation et de développement ». (3)

En Genèse 2v18 Dieu dit : « Il n’est pas bon qu’Adam soit seul ». Il ne dit pas « Il n’est pas bon qu’Ish soit seul ». Et pour cause : à ce moment du récit Ish et Isha n’ont pas été nommés. Comme le souligne le rabbin Haim Dinovisz : « Lorsque la Torah parle de solitude d’Adam, elle fait allusion à l’homme et à la femme… » (4). Pour y remédier « L’Eternel Dieu bâtit le côté qu’Il avait pris à l’Adam en une Isha et la fit venir vers l’Adam. Et l’Adam dit voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair. Celle-ci sera appelé Isha parce qu’elle a été prise de l’Ish. » Etonnant verset puisque : selon Dieu Isha vient d’Adam et selon Adam, d’Ish ! Est-il permis de se demander qui dit vrai ou d’admettre humblement que la profonde complexité de ce verset n’a pas à être gommée, bien au contraire puisqu’elle renvoie notre intellect au mystère glorieux des origines et à d’inépuisables exégèses !

Maintenant comment traduire « ezer kenegdo », l’expression sur laquelle on fonde la subordination de la femme créée seconde pour seconder l’homme ? Traduite le plus souvent « aide ou vis-à-vis » elle signifie à la fois : « semblable à lui » et « placé en face de lui » et, elle aussi, est unique dans la Bible. Par contre, employé seul, « ezer » est « utilisé pour Dieu en relation avec Israël. Etre une aide ne signifierait pas une position de secondarité mais un rapport à l’homme à l’identique de celui de Dieu face à Israël » (5).

Genèse 3. En abordant le récit de la chute Joëlle Sutter-Razanajohary revient sur Genèse 2v28 pour souligner, avec André Wénin (6), qu’à son réveil Adam parle à la 3ième personne, c’est à dire à lui-même. Il ne dit pas à Isha : Tu es l’os de mes os, la chair de ma chair mais : Voici celle qui est…. Dans cette absence de dialogue l’auteur décèle une fragilité du couple non étrangère aux causes de la chute. De plus, en affirmant qu’Isha a été prise d’Ish et non d’Adam, Ish ne la relègue-t-il pas déjà en position de dépendance ? Enfin l’auteur attire notre attention sur le fait que « le texte biblique dans son entièreté a été rédigé à l’intérieur du cadre de la chute… » et donc que « malgré l’inspiration divine quelque chose des conséquences de la chute teinte la narration de ce qui s’est passé, même avant la chute. » (7)

Dans son analyse de Genèse 3 Joëlle Sutter-Razanajohary insiste sur la vulnérabilité du couple induite par le manque initial de communication entre eux car Isha non plus ne cherche pas à connaitre Ish. Ils semblent là à attendre que l’autre fasse les premiers pas. Et soudain quelqu’un fait à Isha l’honneur de lui parler ! On connait la suite… Notons à nouveau que, dans le jardin, quand vers le soir Dieu appelle, c’est Adam qu’Il appelle puis que ce sont Ish et Isha qui répondent puis reçoivent les conséquences de leur acte, chacun dans son domaine : l’espace pour Ish (le sol difficile à cultiver), le temps pour Isha (gestations et relations douloureuses).

Joëlle Sutter-Razanajohary s’interroge alors sur les conclusions que Paul tire de ces récits de la Genèse, notamment dans son épitre aux corinthiens (1Cor11v1-16) où il affirme que « Le chef (la tête) de tout homme c’est Dieu, le chef de toute femme c’est l’homme, le chef de Christ c’est Dieu » (verset3) pour justifier… le port du voile par la femme ! Comment passer du Paul obscur de « Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme … Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme… » (1Tim2 v11-12) au Paul lumineux de : « Il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ ». (Gal 3v28) ? Paul a reçu la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, ce message inouï, impensable, avec mission de le transmettre ce dont il s’acquitte pour nous dans des lettres admirables. A côté il y a la création des premières communautés dans la société où elles baignent. La révélation du salut, si elle va peu à peu changer les mentalités, n’a pas vocation à corriger les structures d’une société. On doit donc tenir compte du contexte culturel et admettre que « Paul navigue entre deux postures » (8) : son arrière-plan social et juif, et le souffle libérateur de l’évangile.

Au cours de l’histoire, sur les textes bibliques « dissonants » concernant les femmes, diverses positions ont été prises. Faut-il condamner les unes et retenir les autres ? Linda Oyer a choisi de les conserver toutes et de les structurer sous forme de grilles de lectures. Il ressort de son travail que, d’une époque à l’autre, les positions sur la place des femmes évoluent ce qui révèle « le caractère dynamique et évolutif des Ecritures » : si leur l’interprétation était statique, nous pourrions accepter l’esclavage aujourd’hui… (9)

 

Identité, autorité, sacré

Identité

Certes aucun verset biblique n’abolit l’esclavage ni le statut d’infériorité sociale de la femme, mais l’Esprit Saint, instillant l’amour et le respect envers tous, y invite. En Christ s’acquiert une identité nouvelle et se recompose une communauté qui libère des clivages issus des identités sociales, sexuelles, culturelles. Hélas, on ne sort pas aisément des idées reçues sur nous-même car « Nous sommes ainsi fait que nous ne pouvons connaître notre identité que par la parole d’autrui. », dit Charles Daniel Maire (p10). Cette parole, qui nous construit depuis l’enfance, nous pouvons la reprendre à notre compte et la questionner. N’est-ce pas ce vers quoi entraine Dieu dans la Genèse quand Il appelle Adam à quitter père et mère (qu’il n’a pas !) pour bâtir sa propre famille, et Abraham son pays, ses racines pour aller vers lui-même (« Lek leka » : va, va vers toi-même » ? Par Sa Parole Dieu nous appelle à trouver, en marche avec Lui, notre véritable identité.

Malheureusement Sa Parole peut parfois nous parvenir brouillée, à travers des textes soigneusement choisis puis interprétés de manière à établir une répartition de qualités et de rôles dits féminins ou masculins entre les sexes. Joëlle Sutter-Razanajohary donne la dessus son témoignage personnel et montre que chaque personnalité est dotée, à des degrés variables, de qualités féminines et de qualités masculines. Elle en réfère même à Paul exhortant ses lecteurs (et lectrices) à revêtir les qualités masculines du guerrier : force, vaillance et détermination (Eph6v10-12) et les qualités féminines du fruit de l’Esprit : patience, bonté, bénignité, fidélité et douceur (Galates5v22).

Que déduire de cela sinon que devant le Seigneur on doit « Apprendre à inverser l’ordre des regards sur soi-même, à se considérer d’abord comme un disciple avant de se voir comme un homme et une femme… » (11).

 

L’autorité

Qu’est-ce que l’autorité ? Elle n’est pas un pouvoir autoritaire qui s’acquiert en fonction de l’âge (l’ancienneté) ou du sexe, elle est, selon l’étymologie, une responsabilité double : celle de diriger et celle de faire croître. C’est pourquoi, « Contrairement à la domination et à la contrainte, l’autorité vise l’autonomie progressive de celui qui en bénéficie ». (11) On comprend alors que « Le mandat qu’Adam reçoit de Dieu dans le jardin recouvre clairement cette notion de responsabilité de croissance » (12) et non d’exploitation sans fin de la terre au seul profit des humains.

De plus, dans le nouveau testament « exousia » se traduit autorité mais aussi pouvoir (cf. Jean 1v12 : « A ceux qui croient en son nom elle (la lumière) a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu » or il est « construit sur le verbe exestin : c’est libre, c’est permis ». Cette polysémie nous aide à accueillir pleinement le souffle de l’évangile et à « comprendre qu’en Christ nous avons non seulement le droit, l’autorisation mais aussi le pouvoir d’agir comme des enfants de Dieu. » (13)

Pour une femme chrétienne ce pouvoir « d’agir comme des enfants de Dieu » serait-il, selon 1Tim2v11-12, subordonné, dans l’église et dans la famille, à la volonté de l’homme ? « Que la femme s’instruise en silence, en toute soumission, écrit Paul. Je ne lui permets pas d’enseigner ni d’user d’autorité sur l’homme. Elle doit demeurer dans le silence. » Ignorant la culture juive nous ne mesurons pas l’ouverture (la possibilité offerte à la femme de s’instruire) que voile l’interdit d’enseigner. Ce que précise l’auteur sur l’interdiction faite à la femme juive de s’instruire jette un éclairage révolutionnaire sur l’attitude de Jésus chez Marthe et Marie.

L’interdit d’enseigner s’adresse à la femme non encore instruite (la plupart à l’époque). Quant à l’expression : ne pas « user d’autorité sur l’homme » le mot traduit « autorité » n’est pas ici « exousia » mais « authentein » qui renvoie à la notion de « autorité auto-conférée et donc abusive. » 1Tim2v11-12 s’explique sans doute dans un contexte culturel précis. Il n’a pas une dimension universelle et définitive. Dans le livre des Actes Paul sympathise avec Aquilas et sa femme Priscille (Actes 18v1-3). Plus tard le couple rencontre Apollos et que lit-on en Actes 18v26 : « Priscille et Aquilas le prirent avec eux et lui exposèrent plus exactement la voie de Dieu. »

 

Le sacré

L’auteur se demander pourquoi certaines églises attachent une telle importance à l’observance littérale des versets semblant maintenir à jamais la femme sous tutelle masculine ? Joëlle Sutter-Razanajohary relie ce comportement au sacré, ce qui, aux yeux d’une personne « ne peut plus être discuté sans mettre en question l’ordre du monde »(14). Or, « là où les catholiques sacralisent le prêtre qui, en présentant l’eucharistie, représente le Christ (c’est pourquoi il ne peut être qu’un homme), les protestants évangéliques sacralisent les Ecritures mais aussi, comme par rebond, leur relation aux Ecritures » (15). S’ils ne peuvent les prendre à la lettre leur monde s’écroule. A l’inverse, ils retirent une vraie jouissance du sentiment d’être du bon côté de cette barrière invisible infranchissable qui sépare le pur de l’impur.

Et pourtant, qui, sinon Jésus, a combattu avec force l’ingérence du sacré dans la relation à Dieu ? Il a fait front au respect légaliste du sabbat, de la pureté rituelle et ses ablutions, des pratiques ostentatoires du jeûne et de la prière. « Jésus place l’être humain, qu’il soit un homme malade, une femme pècheresse ou un enfant méprisé, au-dessus de toutes les lois sacrées, brisant ainsi leur force paralysante et deshumanisante. » (16) Et Sa mort elle-même, à l’instant où se déchire le rideau du Temple séparant le lieu Saint du lieu Très Saint, détruit la séparation entre Dieu et ses créatures, entre le Père et ses enfants. En Christ ils peuvent venir à Lui, Lui peut venir à eux. « Le sacré n’a plus de raison d’être. » (17)

 

Vivre la direction de l’église autrement

Dans une juste relation entre hommes et femmes en église deux écueils sont à éviter : le complémentarisme par défaut (elle est ce qu’il n’est pas) ou l’égalitarisme (toutes les différences sont à occulter). Joëlle Sutter-Razanajohary propose « un partenariat différencié » où « chacun est responsable devant Dieu et devant les hommes de ce qu’il est et de ce qu’il veut réaliser dans sa vie. » (18) où, dans l’église, chacun a le pouvoir et la responsabilité de faire fructifier les dons qu’il a reçus au service de tous, où ce sont les dons qui sont complémentaires, non les sexes. Bien des résistances demeurent contre cette vision renouvelée d’un faire église qui laisserait chacun y trouver sa place et ne lui en assignerait pas une en fonction de son sexe, sa couleur de peau ou son statut social.

Si des siècles de patriarcat ont laissé des blessures identitaires profondes chez la femme, l’homme ne s’est pas forcément épanoui dans le rôle viril qu’il avait à tenir. Les deux sexes ont besoin de guérison. « Pour sortir du cercle vicieux d’un rapport dominant/dominée, l’Evangile propose aux hommes et aux femmes de regarder le Christ qui ne se définissait pas premièrement comme un être de sexe masculin (même s’il l’était) mais comme le fils d’un Père céleste. » (19). Car « Fils » renvoie bien à la filiation, non au sexe. Comment recevoir autrement l’absence quasi-totale des mères et des filles dans les généalogies et ailleurs ? Dernière question : « Le visage de Jésus humain, lorsqu’Il était sur terre, ressemblait-il au visage de Marie, Sa mère ? »

« Qui nous roulera la pierre ? » est un livre précieux pour les femmes mais également pour les hommes dans la mesure où le regard des uns comme des autres, lorsqu’ils lisent la Bible, traverse un brouillard « masculin » avant de rencontrer ce Dieu qui les appellent à devenir qui ils sont, non pour les autres ou les églises, mais pour Lui.

Françoise Rontard

Notes :

1 – Joëlle Sutter-Razanajohary « Qui nous roulera la pierre ? » Empreinte 2018

2 – Opus p21

3 – Opus p33

4 – Cité p38 : Le rabbin Haim Dinovisz : « Le vrai visage de la femme juive », Centre Mélakhim

5 – Opus p35

6 – Cité p46 : André Wénin : « D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain ». Lecture de Genèse – Cerf 2017.

7 – Opus p44 note

8 – Opus p54

9 – Linda Oyer « Lire Paul à la lumière de Jésus » Neal Blough dir., De l’écriture à la communauté de disciple, Perspectives anabaptistes, Excelsis 2016.

10 – Cité p62 : Charles Daniel Maire «  Identité subie, identité choisie » Olivétan 2009

11 – Opus p74

12 – Opus p77 note

13 – Opus p78

14 – Opus p83

15 – Opus p82

16 – Opus p86

17 – Opus p87

18 – Opus p90

19 – Opus p97

 

 

 

 

 

Renaissance après une dépression

Renaissance après une dépression, un témoignage de Jean-Jacques.

2 Cor 4 : 16 «C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour».

En introduction, ce que je retiens pour ma part, c’est que la dépression est tout le contraire de ce verset et d’un renouvellement de l’homme intérieur : paradoxalement l’homme extérieur se maintient et ne se détruit pas, mais l’homme intérieur semble être détruit définitivement, sans espoir de renouvellement, au point que certains sont tentés par le suicide…

Et pourtant il y a bien une renaissance après la dépression, du moins quand nous sommes bien aidés pour la traverser ! J’en témoigne aujourd’hui pour la première fois avec autant de détails. Il est vrai que j’ai dû lutter contre le doute et que j’ai pu persévérer en m’appuyant constamment sur le Psaume 23 qui commence ainsi :

« L’Eternel est mon berger, je ne manque de rien,

« Il me fait reposer dans de verts pâturages,

« Il me dirige près des eaux paisibles,

« Il restaure mon âme… »

Et ainsi j’ai continué à avancer sans abandonner. Ce fut une véritable renaissance.

Je confirme que le Seigneur nous restaure pour que de nouveau notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour !

* * *

Comme dans la plupart des cas, ma dépression a résulté d’une combinaison d’événements et de changements stressants et d’une accumulation de situations à risque qui ont agi en sous-terrain de façon inconsciente. Au début je ressentais bien un certain malaise, je me sentais fragilisé, mais pas au point d’avoir ce break-down brutal. Il a suffi d’un événement particulier gérable en temps normal – en l’occurrence au travail besoin de s’organiser pour préparer une offre technique et commerciale – pour déclencher cette implosion. Ce furent des moments d’effroi, d’extrêmes angoisses, de craintes obsessionnelles. J’avais littéralement peur que « le ciel me tombe sur la tête », la seule crainte des ancêtres gaulois. Je me sentais chuter en permanence dans un puits sans fond. Je pensais que ma vie était finie, que j’allais tout perdre – famille, travail, maison – et même que j’allais devenir SDF. J’étais littéralement paniqué pour chaque chose à faire, comme si j’avais perdu toutes mes capacités, et j’étais incapable d’imaginer que j’avais encore un avenir…

Cependant j’ai préféré continuer d’aller à mon travail, car rester à la maison était pire, je tournais littéralement comme un lion en cage. L’activité professionnelle m’a permis de garder un rythme de vie – même ralentie – et de structurer l’emploi de mon temps – en plus de soustraire mon esprit des obsessions dépressives. Bien sûr j’avais perdu mes capacités opérationnelles et j’ai été très reconnaissant à mes collègues directeurs de m’avoir déchargé de mes responsabilités pour un certain temps sans contrepartie…

Pourtant chaque matin avant de partir, je disais à mon épouse « je ne sais pas comment je vais vivre aujourd’hui, ni comment je vais pouvoir rentrer ce soir ». Je me sentais extrêmement mal – mais une souffrance intérieure seulement. Régulièrement mon épouse me demandait «où as-tu mal ? » – sous-entendu où dans mon corps – et je répondais « nulle part », car je n’avais aucune douleur physique, à tel point que je me demandais si ça pouvait être le fruit de mon imagination… Ainsi j’essayais de vivre le plus normalement possible sur le plan physique.

En fait j’avais l’impression de vivre un dédoublement : d’un côté j’avais envie de vivre, de profiter de chaque occasion pour être actif, j’avais la volonté de m’en sortir et de trouver des solutions ; mais d’un autre côté la « logistique » intérieure ne suivait pas, je me sentais « paralysé du cerveau ». Cette phase critique a duré plus d’une année pendant laquelle j’ai dû être « porté » par les autres, que ce soit à la maison, dans la famille, à l’église, à Famille Je t’Aime et au travail – sans compter le suivi médical efficace dont j’ai eu la grâce de bénéficier. J’étais incapable de faire des projets même à court terme. Je n’avais pas d’autre choix que de me laisser conduire au jour le jour sans savoir où j’allais, comme si j’étais handicapé. Et je comprends combien c’était très dur pour mon entourage, tant j’étais plutôt passif et « robotisé ».

* * *

Je devais donner un sens à ce qui m’arrivait. Je vivais cette dépression d’autant plus difficilement que j’étais chrétien (un chrétien peut-il être en dépression ?) et que j’avais connaissance des enseignements de Famille Je t’Aime – nous avions suivi des cycles complets de formation à la Relation d’Aide. J’avais donc plein de questionnements : quelle est la cause de cette dépression, quelle en est la finalité ? Est-ce une maladie psycho-physique (le métabolisme du cerveau est très subtil), ou une attaque spirituelle, ou la conséquence d’un péché, ou une épreuve envoyée par Dieu, ou simplement l’évolution d’un fonctionnement inadapté de ma personnalité ? L’absence de réponse de Dieu ne me rassurait pas, renforçait mes doutes, et ma foi en a été éprouvée : « Est-ce que j’ai raison de faire encore confiance à Dieu ? Dois-je plutôt tout laisser tomber ? ». Quand j’ai considéré toutes les conséquences d’une vie sans Dieu, j’ai mesuré le contraste entre la lumière et l’Amour du Créateur d’une part, et les ténèbres et l’abandon absolu d’autre part. J’ai compris qu’un désespoir existentiel allait m’envahir – ce qui serait bien pire que la dépression. Finalement j’ai renoncé au doute, j’ai persévéré et choisi la Vie. Pourtant je n’ai pas eu du tout de réponse à mes questions, et j’ai dû « faire avec » sur le coup – et même aujourd’hui je n’ai toujours pas de réponse… Je me disais « c’est peut-être un peu toutes ces possibilités à la fois ». Avec le temps je me suis aperçu que ces questions n’étaient pas les plus importantes en pareilles circonstances. Par ailleurs ma prière tout humaine consistait à demander une guérison rapide et miraculeuse, car mon obsession était de retrouver la santé comme avant le plus vite possible. Mais la guérison a été progressive et naturelle dans le temps : le Seigneur avait visiblement un plan pour me faire croître à travers cette épreuve, la pédagogie du Seigneur est bien différente de la nôtre !

* * *

La sortie du tunnel a été tout aussi progressive, avec des hauts et des bas : un progrès acquis un jour ne semblait pas assuré pour le lendemain. J’ai dû « tout réapprendre » – c’est-à-dire reprendre les activités avec confiance, et tout ré-apprivoiser, car toute tâche habituelle et bien maitrisée avant ma dépression m’angoissait. Mais avec la grâce de Dieu je me suis retrouvé dans une nouvelle vie – même si mon caractère et ma personnalité n’ont pas beaucoup varié… En effet, pour les autres, vu de l’extérieur, c’est plutôt la continuité de ma personne qui est visible, mais j’ai vécu le renouvellement à l’intérieur !

Tout au long de cette épreuve j’ai eu la force de chercher du secours pour essayer de comprendre le problème et les solutions possibles auprès de nombreuses personnes : accompagnements spirituels et pastoraux avec partage d’expériences de leaders chrétiens qui avaient vécu une renaissance après leur dépression, séminaires de restauration, soins médicaux psychiatriques et psychologiques…

J’avais besoin de nourrir mon maigre espoir que je pourrais en sortir un jour ! Je me souviens du docteur psychiatre très compétent qui m’a littéralement tenu « à bout de bras » pendant 2 ans lors de courtes séances hebdomadaires, et qui dès le début avait refusé de m’hospitaliser car il m’avait dit « si vous rentrez à l’hôpital, vous aurez du mal à en sortir ». Bien qu’il ne fût pas chrétien, il respectait et soutenait ma foi. Ses conseils et ses encouragements m’ont été précieux, notamment quand il me répétait « vous ne pouvez pas retrouver votre situation d’avant votre dépression, mais vous êtes en train de vous reconstruire, et vous aurez une vie nouvelle ». Je suis extrêmement reconnaissant au Seigneur d’avoir été au contrôle pour tout cela : j’ai vu sa grâce à travers toutes les personnes qui m’ont accompagné, chrétiennes et non chrétiennes, car elles m’ont toutes aidé à marcher par la foi, et ont toutes contribué à ce que je puisse progressivement restaurer cette foi vacillante.

Un collègue m’avait aussi partagé l’expérience d’un ami qui se sentait plus fort après sa dépression qu’avant. Et effectivement c’est ce que j’ai ressenti : je me suis senti mieux armé. Même si ma renaissance a été progressive et en « dents de scie » au début, elle est effective : j’ai acquis un goût renouvelé pour la Vie et un sens plus aigu de ma destinée en Christ, j’ai appris à avoir un regard tourné vers le positif et à développer une attitude orientée plus vers la louange et la reconnaissance que vers la requête personnelle, je me permets de prendre plus de recul sur les événements et de m’engager avec plus d’objectivité dans les activités. De fait le Seigneur me pousse à aller de l’avant (cf. Phil 3 :13-14). Avant même que je ne sois bien rétabli, les amis m’ont fait confiance : les dirigeants de Famille Je t’Aime m’ont proposé d’assumer le rôle de Président – et ce dès 2003 ; j’ai été intégré à l’équipe pastorale de mon église ; on m’a offert un nouveau poste de responsabilité managériale au travail dans le domaine de la Qualité et de la Certification. Je ne me sentais pas encore en pleine capacité, mais j’ai placé ma confiance en Dieu pour exercer ces responsabilités !

* * *

Avec le recul je suis reconnaissant au Seigneur d’avoir traversé cette dépression, car Il m’a protégé d’un break-down fatal et me permet de mieux comprendre les personnes qui traversent des souffrances similaires. Je disais régulièrement à mon épouse « je ne souhaite à personne de vivre ce que je suis en train de vivre » tant c’était dur. Encore aujourd’hui dans ma prière quotidienne je dis au Seigneur « Merci pour cette dépression qui m’a servi de garde-fou (pour m’éviter le pire) et qui a été source de renaissance ». Oui par la grâce de Dieu, ces épreuves n’ont pas détruit ma foi, et j’ai réalisé que ma vie sans Dieu n’aurait eu aucun sens !

Aujourd’hui je ne peux que témoigner et rendre gloire à Dieu pour la Vie qu’il m’accorde. Bien sûr la personne humaine reste complexe et fragile, je dois rester vigilant pour ne pas m’exposer de nouveau à des risques dépressifs. Par ailleurs j’ai encore besoin de changer dans certains domaines, je dois poursuivre mon chemin de restauration personnelle et ma croissance spirituelle. Mais je peux de nouveau dire avec Paul que « mon être intérieur se renouvelle de jour en jour » (cf. 2 Cor 4 v16) !

Mes pensées vont envers tous ceux qui traversent une dépression ou qui se posent des questions sur une dépression récente. Je vous invite à vous référer à l’Evangile, en particulier au récit des disciples pris d’angoisse dans leur barque agitée par la tempête et faisant des reproches à Jésus qui dormait en toute confiance (cf. Marc 4:35-41) : Jésus est là dans notre tempête pour accompagner chacun, et c’est lui qui choisit la façon la plus pédagogique pour calmer cette tempête et la mieux adaptée à la personnalité de chacun.

Avec la grâce de Dieu, oui il y a une nouvelle vie après la dépression !

Phi 3 : 13-14 «Frères, je ne pense pas l’avoir saisi, mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ».

Jean-Jacques LANGLOIS Président de Famille Je t’Aime

Article paru dans le bulletin « Un cœur pour la famille » N°63 Automne-Hiver 2016 de l’association « Famille Je t’Aime ». Publié avec l’aimable autorisation « Famille Je t’Aime » et de l’auteur.

« Famille Je t’Aime » est une Association Familiale Protestante au service des églises œuvrant pour la famille, les couples, les enfants, les personnes individuelles. Elle est « une réponse chrétienne aux besoins de la famille d’aujourd’hui ». Voir le site http://famillejetaime.com/

Un chemin de foi dans des contextes différents, le témoignage d’Ide.

Septième de neuf enfants au sein d’une famille catholique pratiquante dont le père était médecin, je suis née avec des malformations corporelles, qui ont été soignées. Mais, enfant, le sujet n’a jamais été évoqué : ni avec mon père, ni avec ma mère. Il a été complètement occulté et j’ai donc été élevée comme mes autres frères et sœurs, sans aucun privilège et aucune faveur. J’étais comme les autres !

J’avais, heureusement pour moi, un tempérament gai, taquin, enjoué et je chantonnais beaucoup. Nous avons tous été scolarisés dans l’école catholique de la ville où nous habitions.

Quand j’ai fait ma première communion, à 7 ans, recevoir Jésus dans mon corps, dans mon cœur… a été quelque chose de formidable ! Il est devenu mon Ami. Et quand on se moquait de moi ou qu’on ne voulait pas jouer avec moi, je filais dans la chapelle et restais là, le temps de la récréation, à pleurer.

A 12 ans, j’ai fait ma Communion Solennelle et là, je m’entends encore dire :

“Je m’attache à Jésus christ et je m’engage à le suivre pour toujours”

C’était d’autant plus important pour moi, que, peu après, je quittais l’école pour subir une grosse opération chirurgicale puis être soignée pendant deux ans à l’Institut Calot de Berck (62). Dans ces moments la seules ma foi et mon assurance que Jésus était avec moi, en toutes circonstances, m’ont aidée à tenir le coup ! L’opération a duré 8h30 et faillit mal se terminer ! Mais, non, Dieu veillait sur moi.

A 14 ans,  de retour, à la maison puis de nouveau à l’école catholique, j’ai beaucoup souffert de rejets, de quolibets de toutes sortes. Mais, je filais dans la chapelle familière et, devant la Croix, je confiais tout à Jésus. De là est venu mon goût pour la prière et l’adoration au pied de la croix.

Durant mes deux ans à Berck, je m’étais créée “des amies de galère”. L’une d’elles souhaitait voir TAIZE et rencontrer le Frère Roger Schutz. Mes parents m’ont autorisée à y aller pour Pâques 1968.

Là, j’ai découvert les Psaumes qui, lus avec tellement d’intensité dans la prière par ce frère protestant, m’ont bouleversée et fort interpellée. Cela m’a donné envie de mieux connaître les protestants, dont j’ignorais totalement l’existence ! Prier et lire un psaume en se confiant à l’Eternel étaient choses nouvelles et j’y ai pris goût !

En rentrant, j’ai cherché à connaître mieux ces nouveaux frères. Plus tard, en 1973, je me suis engagée dans un groupe œcuménique. Je travaillais alors sur Troyes. J’ai appris à apprécier chaque particularité des différentes religions du groupe : catholiques, protestants et orthodoxes.

Mais ma soif n’était pas assouvie ! J’ai eu alors la joie de découvrir les groupes charismatiques : d’abord sur Paris, puis sur Troyes et, en 1977, j’ai pu recevoir “l’Effusion de l’Esprit”, avec ce chant que j’avais choisi :

O Prends mon âme, prends la Seigneur et que Ta flamme brûle en mon cœur…”

Et des forces, des énergies nouvelles, un nouveau dynamisme m’ont été donnés !

Par la suite, n’ayant pas reçu beaucoup de manifestations affectives de la part de mes parents, il y eut une période où, en quête d’amour humain, je me suis, si je puis dire, égarée. Cependant, chaque année, je participais à une retraite pour faire le point sur ma vie. En 1981 je décidais de faire cette retraite à La Roche d’Or. Là, le Seigneur m’attendait au virage : Lors d’un long temps d’adoration dans la chapelle, j’ai reçu cette phrase dans mon cœur :

“Mon amour te suffit ! Cesse de courir après l’amour des hommes” !

De retour chez moi je quittais aussitôt l’homme avec lequel je vivais et m’orientais vers une vie toute donnée à Jésus. Malheureusement, pour diverses raisons, mes deux essais de vie communautaire ont échoué. Mais, heureusement, j’ai pu retrouver un groupe interconfessionnel dans la région parisienne.

Cependant je n’étais pas totalement satisfaite de ma vie. Je restais toujours en recherche de quelque chose de plus radical, de plus vrai. Il m’a fallu des années pour que je me décide à demander le baptême « adulte » dans une église évangélique. Pour moi ce fut-là enfin l’engagement total et vrai. J’appartenais à l’église de Jésus, à tous ces chrétiens qui Lui ont donné leur vie, qui s’en remettent à Lui seul pour gérer leur existence. Maintenant, je ne peux plus dire que je suis catholique ou protestante ! J’appartiens à l’Eglise de Christ ! Mais, en même temps, je ne peux me résoudre à quitter totalement l’église catholique, ni à m’engager uniquement dans une église baptiste (celle que je fréquente actuellement) car, je trouve, dans les deux confessions, des richesses différentes.

Avec mes frères catholiques, j’aime le silence, le recueillement dans l’église. Je trouve important de se reconnaître pécheur à chaque début de messe, ensuite l’offertoire et la consécration du pain et du vin sont des rites qui m’interpellent, qui me rendent humble et toute petite devant mon Seigneur et Maître. L’eucharistie reste pour moi une chose très importante parce que, à chaque fois que je reçois la communion, c’est la présence vivante de Christ en moi, et je reçois une force qui me dynamise, me revitalise et me donne une immense joie et une immense paix. Je ne me sens plus la même avant et après.

Avec mes frères Protestants, j’apprécie d’étudier la Parole de Dieu, de pouvoir jongler entre les différents écrits (l’ancien et le nouveau testament), de pouvoir prier, partager tout haut notre Foi, notre Confiance totale en l’Eternel à travers ce que nous vivons, ou de pouvoir communiquer tel texte qui nous a fortifié dans la semaine. J’aime faire mon culte du matin avec Sa Parole et pas uniquement en récitant le Notre Père, une très belle prière, mais qui bien souvent, dans notre enfance, était récitée comme un moulin. Aujourd’hui, quand je la récite, je la vis avec tout mon cœur. Après, quand je suis avec mes frères Protestants, je ressens davantage l’action de l’Esprit Saint.

Ide

Parcours de foi aux marges des cadres institutionnels

Texte intégral de Pierre LeBel

Je me présente. Je suis responsable de Jeunesse en mission (JEM) à Montréal et l’un des directeurs de JEM en Amérique du Nord pour ce qui est du développement de nos ministères dans les centres urbains. Je suis aussi mentor pour l’Echad, un groupe de jeunes émergents ici à Montréal. Je suis aussi, pour un temps, handicapé avec mon pied et ma jambe dans le plâtre.
J’aurai aimé entendre les présentations de samedi matin afin de pouvoir mieux situer mon intervention. J’aurai aussi aimé rencontrer Andy pour nous entretenir un temps avant le moment de nos présentations en après-midi. Je n’ai aucun doute quant à la pertinence de leurs propos à tous face à la réflexion qui nous réunis aujourd’hui.
Quelles questions pour les institutions ? J’ai pensé répondre à la question qui nous est posée, à Andy et moi, en commençant par une réflexion du célèbre poète et chanteur montréalais, Léonard Cohen. Afin de donner corps à ses pensées, je poursuivrai avec quelques réflexions inspirées par Charles Taylor dans son livre, L’âge séculier. Comme réponse au contexte de postchrétienté, je proposerai l’incarnation comme modèle de la mission de l’Église avec la kénose, le dépouillement, comme premier principe et dont j’en tire trois pistes de réflexions et d’engagements pour les églises qui se veulent émergentes. En conclusion, je soulignerai les
quelques questions auxquelles je crois que les Églises ont de nos jours à répondre.
A) Léonard Cohen – aucune stratégie spirituelle.
Léonard Cohen s’est éteint, il y a deux semaines et inhumé à Montréal le 10 novembre. Dans une entrevue lors du lancement de son dernier CD sortie en octobre, que deux-trois semaines avant sa mort, il répond à la question d’un journaliste.
« Quelle est l’importance de la religion à ce stade de votre vie? » Il avait 82 ans.
« Je ne me suis jamais considéré comme une personne religieuse. Je n’ai pas de stratégie spirituelle. Je ne fais que boiter comme le font beaucoup d’entre nous dans ces domaines. J’ai, à l’occasion, ressenti la grâce d’une autre présence dans ma vie, mais je ne peux pas construire n’importe quelle structure spirituelle sur ça. J’ai le sentiment que c’est un vocabulaire avec lequel j’ai grandi. Ce paysage biblique m’est très familier. Il est naturel que j’utilise ces repères comme références. Autrefois, ils étaient des références universelles et tout le monde les comprenait et les connaissait et les gardait, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais c’est
toujours mon paysage. J’essaie de faire ces références. J’essaie de m’assurer qu’ils ne sont pas trop obscurs. Mais en dehors de cela, je ne peux pas, je n’ose rien réclamer dans le domaine spirituel pour moi-même. » (1)
Ces paroles de Cohen résument de façon concise le coeur de notre conversation aujourd’hui à propos des parcours de foi aux marges des cadres institutionnels.
On voit dans la réponse de Cohen comment sa tradition religieuse juive lui a donné le langage et les images d’interprétation nécessaires pour sa poésie et pour ses chansons, malgré le fait qu’il soit un homme plutôt séculier et principalement associé à la culture populaire et postchrétienne actuelle. Il reconnaît tout autant que ses références, autrefois universelles, sont à présent oubliées de la majorité. Il a su malgré tout traduire et transmettre son héritage religieux pour éveiller chez un grand nombre de nos contemporains un intérêt pour la spiritualité, non pas en tant que religion, mais comme questionnement, essence et fond de la
vie. Dans le film documentaire, L’Heureux Naufrage, Éric-Emmanuel Schmitt, évoque le fait que ce que nous avons en commun les êtres humains, que nous soyons croyants ou non, c’est la question. Cohen a su évoquer pour l’homme contemporain la question. Ses images bibliques ont été reçues par les foules du monde entier parce qu’elles ont contribuées à poser la question. Elles n’ont pas été présentées comme réponses autre que de valider la dimension spirituelle des humains. Cohen représente bien le défi qui nous appartient en tant que chrétiens aujourd’hui. Comment utiliser les références qui sont les nôtres dans la vie de Jésus et les traduire de sorte qu’elles soient à la portée de notre monde comme témoignage à la vie ? Mais une telle démarche suscite d’importantes questions à propos de ce qu’est la tradition ainsi que du rôle des institutions pour la sauvegarder si tel est le cas. Où doit s’inscrire aujourd’hui la fidélité des chrétiens ? Envers les traditions et les institutions ? Ou envers le Christ vivant toujours
aujourd’hui dans le monde ? Y a-t-il une fidélité chrétienne qui pourrait paraître pour plusieurs comme une trahison de la foi ? C’est ce qu’évoque Peter Rollins dans ses ouvrages2.
Pour certains, les institutions et les traditions chrétiennes du passé seraient plutôt vues comme des contraintes à la transmission de la foi en postchrétienté. Mais sans tradition, peut-il y avoir même un souvenir dans lequel puiser nos références ? Nos traditions sont-elles figées dans le temps ou vivantes, présentes et renouvelés aujourd’hui et à chaque jour ?
Les dernières paroles de Cohen au fait qu’il « ne peut pas, qu’il n’ose rien réclamer dans le domaine spirituel pour lui-même » éveillent pour moi une autre question : Les institutions chrétiennes, les Églises, ont-elles revendiqué la vérité incarnée en Jésus Christ pour elles-mêmes et transformé la foi comme « stratégie spirituelle » ? En d’autres mots, la foi chrétienne est-elle devenue prisonnière des traditions et des institutions qu’elle a mis au monde comme religion ?
B. Charles Taylor – les conditions de la croyance.
Afin de mieux élaborer et situer le contexte social de notre questionnement, je me tourne vers Charles Taylor qui, dans l’Âge séculier, va au-delà des propositions classiques de la sécularisation, (1 – le retrait progressif du religieux de la sphère publique et 2 – le déclin de la croyance et de la pratique religieuse) et leur oppose ce qu’il nomme sécularité (3) pour décrire, premièrement, comment, s’est constitué une alternative humaniste exclusive face à la foi chrétienne, un humanisme selon lequel les humains sont en mesure d’assurer eux-mêmes leur propre épanouissement ; deuxièmement, pour expliquer la multiplication continue des positions disponibles comme visions du monde entre la foi et l’incroyance, ce qu’il désigne comme « théâtre d’une diversification » ou « supernova » — un pluralisme quasi illimité — et, pour terminer, comprendre l’éthique de l’ « authenticité » ou de « l’individualisme expressif » qui s’est imposé au cours des dernières décennies et par lequel chacun est invité à trouver son propre chemin (3).
Taylor met donc en lumière trois caractéristiques de la postchrétienté actuelle qu’il considère comme étant les nouvelles « conditions de la croyance (4) » que la sécularité moderne impose. En postchrétienté, ce n’est plus une institution qui détermine les croyances du peuple, mais plutôt, la décision du croire revient à l’individu et il peut, s’il le veut, ne s’enraciner nulle part. Il peut aussi croire en Dieu, en opposition au sécularisme promu, car Taylor fait clairement voir que, bien que nous habitions tous le monde temporel, la transcendance demeure une option (5). Toutefois, les temps de la domestication de la foi par les Églises et de la croyance naïve (6) des gens sont périmés. En fait, chaque être humain expérimente la vie de façon unique et personnelle quelque soient la croyance, la culture, l’ethnie et la nationalité qui est sienne et, par respect de sa personne, il a le droit de l’exprimer. Chacun (qu’il en soit
conscient ou non) a, pour ainsi dire, sa propre vision du monde (qu’il soit capable de l’articuler ou non) bien que celle-ci s’inscrit de manière générale dans une vision plus large et partagée avec d’autres. Par contre, ces visions du monde collectives sont elles aussi multiples presque à l’infini et chacune campée quelque part entre la religion transcendante d’un bord et la non-croyance tenace de l’autre.
Ce qui est à retenir ici est la perte de statut et d’autorité imposé aux institutions en général et aux religieuses en particuliers, dans une société laïque et postchrétienne qui prône la liberté individuelle. Le théologien québécois, Martin Bellerose, résume succinctement la situation ainsi : « Plus jamais la religion n’aura la possibilité d’encadrer la vie publique parce que le
cours de l’histoire l’a dépouillée de ce qu’elle était originellement, c’est-à-dire de son hétéronomie (7). »
Le prêtre anglican, John T. Skinner, affirme que l’Église a subit « une kénose involontaire, une humiliation traumatique (8) » du fait qu’elle a été incapable de quitter d’elle-même la chrétienté. Les églises ont le plus souvent choisies de sauvegarder les meubles et les cadres institutionnels. En fait, on pourrait considérer les églises évangéliques comme étant la dernière vague de la chrétienté et dont la preuve est les nombreux projets d’implantation d’églises locales dans chaque ville, village et quartier du monde entier avec leurs cultes le plus souvent le dimanche matin (9). Ce projet semble bien se poursuivre sur les continents du sud. Mais le contexte occidental est bien différent. La mission de l’Église comme reproduction d’une culture et d’un cadre religieux particulier, facilement assimilée à un colonialisme religieux, est à son terme en postchrétienté. Les masses ne reviendront plus s’assoir sur nos bancs d’églises. Et les bancs d’églises n’appartiennent plus toujours aux associations dénominationelles connues. Il est à noter que cette déstructuration de l’Église et des églises est tout autant évidente parmi les nouvelles églises fondées par les diverses communautés issues de l’immigration dans les centres urbains. Selon Martin Bellerose « Il y a présentement un éclatement de structures traditionnelles particulièrement chez les églises, Réformés et Évangéliques. Comme on peut considérer les relations entre croyants comme l’essence même de l’Église, l’arrivée de chrétiens d’ailleurs transforme nécessairement l’Église
et les églises(10). »
Le temps ne serait-il pas arrivé pour les Églises de s’inspirer de la parabole des cents brebis (Luc 15,3-7) pour aller à la recherche de la brebis égarée tout en quittant les 99 toujours dans l’enclos ? Sauf que, de nos jours, ce sont plutôt les 99 qui se sont égarés et l’un seul qui est resté. C’est ce que nous révèle l’étude pancanadienne, mandatée par l’Alliance évangélique du Canada et réalisée en 2011-2012, et dont le rapport porte comme titre, Hémorragie de la foi. Entre autres, les données révèlent que, au Québec, sur 100 enfants qui, en 1991,
fréquentaient fidèlement une église en compagnie de leur famille, il ne restait que 40 adolescents en 2001. Rendus, en 2011, à l’âge adulte, plus que 19 demeuraient toujours membres de leurs églises. Une perte, en vingt ans, de 81 personnes. La méthodologie
employée n’était pas proprement scientifique, mais ces résultats représentent néanmoins les réponses de 435 Québécois âgés de 18 à 35 ans. Ailleurs au Canada, principalement anglophones, 39 jeunes de 18 à 35 ans fréquentaient toujours une Église sur les 100 de 1991.
Bien qu’ils aient quittés leurs églises, ont-ils nécessairement tous quittés la foi ?
C) L’incarnation
La postchrétienté exige aux Églises de repenser leur mission. Pour les Églises évangéliques avec lesquelles je suis plus familier, la mission chrétienne s’inspire des textes de Mt 28,19-20, Mc 15,15 et Actes 1,8, communément appelés la grande commission (the Great Commission).
Elle est aussi motivée par les voyages missionnaires de Paul qui a fondé de nombreuses églises dans les villes de l’Empire romain. L’étendue de la mission apostolique est comprise dans son sens géographique mondial, « en Judée, à Jérusalem et jusqu’aux extrémités de la terre ». Le règne de Dieu est certes universel.
Pourtant, ces textes de la grande commission ne nous indiquent rien quant au comment accomplir ce mandat. Ce sont les textes de Jean qui nous en donne la clé. « Comme le Père m’a envoyé ainsi je vous envois dans le monde » (Jn 17,18 et 20,21). Premièrement, Jésus exprime ces mots dans sa prière pour l’unité des disciples. Deuxièmement, il répète ses mêmes paroles à ses disciples le jour de leur consécration. Et voilà qu’en 1Jn 4,17, lettre écrite on ne sait combien d’année plus tard, Jean fait toutefois la constatation, « tel il est lui, tel nous sommes aussi dans ce monde ». L’incarnation est le seul modèle donné par Jésus à
ses disciples pour accomplir leur mission.
Le monde dans lequel Jésus est venu était plus qu’un lieu géographique associé au peuple juif de la première alliance en attente du messie. C’était tout autant un monde politique et militaire dominé par les Romains et dont l’empereur Auguste a ordonné un recensement de tous les habitants de l’Empire, ce qui a eu comme résultat la naissance de Jésus à Bethléem. Son monde était aussi culturel. Jésus est allé à Cana afin de participer à un mariage où il s’est assuré de la qualité comme de la quantité du vin. Lui-même a souvent parlé de l’économie, fondée en son temps sur l’agriculture et la pèche, dans son enseignement et dans ses paraboles. Le règne de Dieu doit s’inscrire dans toutes les sphères de la société, l’éducation, la santé, les arts et les médias, le gouvernement et la politique, le milieu des affaires et des finances et j’en passe. Ce sont les domaines de la vie partagée pour la société humaine. Ce
sont dans chacune de ces sphères que les chrétiens ont à vivre, interpréter et exprimer leur foi.
Le lieu de l’Église c’est le monde là où les chrétiens sont aussi citoyens. Les institutions chrétiennes doivent être au service des chrétiens qui sont, eux, les témoins du royaume dans le monde et non l’inverse. Ce message est particulièrement important pour les églises évangéliques qui tendent vers une ecclésiologie de la sortie du monde.
Le danger pour les églises instituées est de vouloir s’imposer comme médiatrices entre Dieu et les hommes et les églises locales devenir une fin en soi. Les grandes églises ont tendance à devenir centralisatrices. C’est la nature de toutes institutions que de vouloir réunir, compiler, organiser et administrer le savoir et le faire en établissant les règles pour leurs membres. En fait, dans la sphère religieuse, c’est aussi le moyen de vouloir domestiquer Dieu pour les chrétiens et pour le monde. Il importe de nous souvenir les paroles de Jésus à propos du sabbat. « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » (Mc 2,27) Nous
avons tout un chacun une relation immédiate avec le Dieu présent et ineffable par le seul médiateur, Jésus Christ. (1Ti 2,5) Les Églises sont au service de leurs membres pour les soutenir en vue de leurs missions respectives dans la société.
D) La kénose
Afin d’éviter de tels dangers, les églises, à la suite de Jésus, ne seraient-elles pas appelées à continuellement se « dépouiller » ? La kénose est le premier principe de l’incarnation. « Jésus christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié luimême, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. » (Phil 2,5-8)
Pour devenir la Parole faite chaire, Jésus s’est premièrement dépouillé – kénose – de ce qui était sien, sa gloire. « Père, redonne-moi la gloire qui était mienne avant la fondation du monde » (Jn 17,5). Pour devenir homme et serviteur, il a quitté le lieu et l’état qui lui étaient familiers. C’est aussi ce que fait chaque missionnaire envoyé par son église afin de transmettre la foi dans un nouveau lieu. Les églises commencent toujours aux marges des institutions par le témoignage de personnes qui ont quitté les lieux et les traditions qui leur sont familiers afin de s’intégrer aussi pleinement que possible au sein d’une nouvelle communauté et culture. Enfin, l’engagement missionnaire est par nature et en obéissance au Christ un engagement hors institution (religieuse). Le corolaire à ce principe est que toute oeuvre missionnaire qui cherche en premier lieu à reproduire une culture religieuse particulière et préconçue comme norme et forme est en contradiction avec l’objectif même de sa mission.
E) Proposition de pistes de réflexions et d’engagements
Je propose trois pistes de réflexions et d’engagements pour les églises qui émergent aujourd’hui en postchrétienté. Pour relever les défis cités plus haut par Taylor, elles doivent :
1) Se dépouiller des acquis des Églises institutionnelles. Les Églises émergentes doivent s’efforcer à redécouvrir et à pratiquer la foi chrétienne sans s’appuyer sur une prétendue autorité, réputation ou prestige historique, culturel ou institutionnel des Églises, comme ce fut le cas pendant l’ère de la chrétienté. Toute notion des acquis des Églises en ce sens est écartée puisque ceux-ci ne lui sont plus reconnus en postchrétienté, les Églises ayant perdu leur statut.
2) Reconnaitre leurs membres comme citoyens-interprètes de la foi chrétienne dans le monde. Jésus a aussi reconnu l’individualité de la foi pour chacun, « Qu’il te soit fait selon ta foi » at-il dit au centenier et puis aux aveugles. (Mt 8,13 et 9,29) La liberté de conscience et de religion est à présent reconnue à chacun. C’est alors à chaque chrétien d’assumer sa propre foi en postchrétienté. Mais ce principe a déjà été reconnu par le protestantisme dans sa doctrine du sacerdoce universel, la prêtrise de tous les chrétiens. Chaque personne qui demeure en Jésus-Christ entretien une relation immédiate avec le Père et devient par nécessité un médiateur ou ambassadeur du Royaume. Il devient donc un interprète de la foi là où Dieu l’a placé dans ce monde. Ce sont donc les membres des églises qui sont, dans leurs lieux d’études  ou de travail, ou comme simple citoyen, ceux qui doivent apprendre à vivre, interpréter et exprimer la foi chrétienne dans leur monde et dans la société.
La participation des membres à la communauté chrétienne doit être libre et cette participation doit permettre la réciprocité pour le bien de la communauté comme de l’individu. La vie et le sens de l’Évangile doivent être en partage pour tous les membres lors des rencontres de la communauté. Et la communauté doit reconnaître à ses membres leurs engagements propres – vie professionnelle, de famille, de quartier — et les soutenir selon les besoins. La confiance réciproque est le fondement de toutes relations et donc de toutes communautés, ce qui est possible quand les personnes se reconnaissent respectées et considérées. 3) Se frayer de nouvelles voies hors sentiers afin de se trouver chacune leur propre voix. Les Églises émergentes devront rechercher des nouvelles façons pour vivre, interpréter et exprimer leur foi dans le monde. Leurs démarches les rapprocheront de la société dont ils se considèrent en faire partie. Leur fidélité ne peut plus être envers l’Église comme institution mise à part du monde, ni même envers une idée préconçue de ce que devrait être l’Église.
Dorénavant, ils devront se considérer eux-mêmes l’Église et membres du corps du Christ là où ils sont. Dans cette optique, rien ne pourra les empêcher d’explorer des voies différentes et prendre de nouveaux chemins dans leur obéissance à Christ. Pour les émergents, l’Église est tout autant présente quand deux ou trois se réunissent en son nom au cours de la semaine que lors d’une grande assemblée du dimanche. Ils s’inscrivent dans une compréhension protestante du sacerdoce universelle, la prêtrise de tous les membres. Dans leurs présences au monde, ils prennent conscience de la grâce commune offerte par Dieu aux hommes et
perçoive les expressions partielles de la rédemption et du règne de Dieu là où elles sont évidentes dans vie de tous les jours.
F) Conclusion – questions aux institutions religieuses. Ces quelques réflexions ont inspiré les questions que je pose aux Églises.
Les Églises sont-elles capables, comme le Christ, de se dépouiller de ce dont elles sont familières, de leurs acquis, de leurs traditions, de leurs gloires institutionnelles, pour se mêler auprès des gens du monde là où Jésus les a envoyés ? Quand de nouvelles personnes viennent à la foi, est-il nécessaire de les intégrer obligatoirement dans nos institutions et traditions propres ? Est-il nécessaire de faire de ces nouveaux disciples des baptistes, des pentecôtistes, des réformées ou des catholiques ? Peut-être Jésus voudrait-il bâtir son Église différemment et enfin créer de multiples nouvelles expressions de son corps dans le monde et non pas toujours dans la sphère particulière de la religion. Pourquoi les Églises institutionnelles doivent-elles se penser la norme théologique et la forme ecclésiale de l’Église ? Quelle gloire les Églises retirent-elles des nouvelles Églises qu’elles fondent ?
Les Églises locales doivent-elles toujours être fondées avec l’idée de devenir une communauté permanente ? N’est-ce pas là une continuité de la vision paroissiale de la chrétienté qui se veut reconnue au sein de la société comme une référence institutionnelle
centrale ? L’idée ne tient plus en postchrétienté. Dans une société en constant mouvement, y a-t-il place pour des communautés de foi temporaires ? Et qu’en est-il des « deux ou trois réuni en son nom » ? Ne s’agit-il pas de l’expression la plus simple de l’Église ?
Les Églises ne sont pas l’objectif final de l’oeuvre de Dieu dans le monde. La multiplication des églises locales, chacune selon ses croyances et ses traditions, n’équivaut pas au règne du Christ dans toutes les sphères de la société et dont les chrétiens sont témoins.
Pierre LeBel Le 22 novembre 2016

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Notes :
1) Page Facebook de Leonard Cohen, vidéo postée le 4 novembre 2016 à 10h36.
https://www.facebook.com/leonardcohen. Consulté le 19 novembre 2016.
2) https://peterrollins.com
3) Charles Taylor, L’Âge séculier, Montréal, Les Éditions du Boréal, 2011 (2007), p. 527.
4) C. Taylor, « L’Âge …», p. 915.
5) C’est aussi ce que nous propose la post-sécularité dont traite le philosophe Jean-Marc Ferry dans son ouvrage sortie en juillet dernier : « La raison et la foi ».
6) C. Taylor, « L’Âge …», p. 46.
7) Martin Bellerose, Les chrétiens et la sortie de la religion, Une nouvelle présence chrétienne dans la société post-hétéronome, Bogota, Ediciones Antropos Ltda., 2008, p. 7.
8) John T. Skinner, «Introducing New Monasticism », le premier d’une série de 59 cours en ligne intitulé The European School of New Monasticism, qui s’est tenu du 13 octobre au 13 novembre 2015. http://www.newmonasticism.com/e-school-of-newmonasticism-2/.
9) DAWN, CtoC Network, Church Planting Canada, Every Nation, etc
10) Dans un courriel personnel daté du 2 novembre 2016 à 15h27.

Bientôt Noël !

Alors :’Voici Noël’ le nouveau concert de John Featherstone.
Plus qu’un spectacle il est une célébration de la venue du Christ sur terre.
Alternant chants et textes bibliques il retrace en effet l’histoire de l’Incarnation de la Genèse jusqu’à la naissance du Christ.

 

 

Et le but du spectacle n’est pas seulement de se réjouir entre chrétiens de la naissance du Christ-Sauveur, mais de partager avec tout le public la raison de notre espérance.

** Voir le site de de John Featherstone **

  – Le 30 novembre à 15h au Palais de la Femme

– Le 5 décembre à 20h30 à l’église protestante unie du St Esprit
– Le 6 décembre à 20h30 à l’église protestante unie de l’Etoile
– Le 7 décembre à 19h30 à l’église protestante unie des Billettes,

Avec, sur scène : la fanfare de l’Armée du Salut, une section rythmique et une soixantaine de membres de la grande chorale de Bercy !

Françoise Rontard