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Des milliers de femmes et d’hommes venant de l’Afrique noire  tentent la migration vers l’Europe. Des milliers meurent en route.
Des milliers sont refoulés soit en Europe soit au Maghreb puisque  l’Europe fait faire le travail de refoulement pas ses “pays amis”… moyennant finances.
Comment aider ces personnes déja traumatisées par l’échec, puis violentées par diverses autorités, par la faim, l’isolement l’exploitation… à rentrer chez elles. Depuis Alger des refoulés sont candidats au retour . Comment les aide-t-on ?
D’autres sont conduites de force, après de multiples violences à la  frontière algéro-malienne où il se passe ce que décrit l’article.
Et à Gao quelques pauvres , aidés par le CCFD Terre solidaire aident  ces retournants à poursuivre la route.

L’anti-chambre du diable.

Nul Français n’a pu ignorer les conditions du renvoi, médiatisé, en Afghanistan de trois  migrants malchanceux.
Mais qui pourrait imaginer le sort que subissent actuellement des centaines d’hommes, de femmes et enfants qui meurent sous le soleil, à la frontière algéro-malienne ?
Leur tort ? Avoir tenté la migration vers l’Europe et avoir été refoulés depuis le sol européen, ou  depuis l’Algérie, le Maroc ou la Libye.
C’est en effet à ces pays « amis » que la France, l’Italie, l’Espagne confient la gestion de ces retours au pays.
À Tinzaouaten, un oued asséché sépare le Tinza algérien du Tinza malien. Entassés dans des abris de fortune ou des maisons effondrées, des centaines d’être humains tentent de survivre à la chaleur, la soif, pire aux violences des trafiquants en tout genre qui peuplent le désert. Pire encore, ils essaient de demeurer humains  après avoir vécu l’épreuve de l’humiliation, des brutalités policières des vols et des viols. En un mot, de la déshumanisation subie depuis le lieu de leur arrestation jusqu’à cet endroit , qu’ils surnomment  « l’anti chambre du diable ».
Chaque semaine des véhicules algériens déversent leur cargaison humaine comme l’on déverse  des déchets encombrants dans le jardin du voisin. Il faut bien en effet vider régulièrement les camps de rétention surpeuplés par les vagues successives de refoulements.
Répartis en « ghettos » , par nationalité, des camerounais, libériens,  nigériens et nigérians, sénégalais, ivoiriens ou maliens subissent la loi des caïds et attendent, sous le regard des militaires. Facile d’imaginer l’esclavage auquel des individus dépouillés de tout peuvent être livrés pour tenter de réunir le peu d’argent qui leur permettrait de fuir. Et que dire du sort des femmes… et des quelques enfants qui s’y trouvent !
Pour atteindre Kidal puis Gao au Mali (à 700 Km), il faut avoir la chance d’être inscrit sur la liste du convoi hebdomadaire qu’organisent depuis peu la Croix rouge malienne et Internationale. Devinons ce qu’il a fallu faire pour pouvoir être « sélectionnés » !

À Gao, au bord du magnifique fleuve Niger, qui n’en finit pas de d’éveiller les « rêves africains », une petite maison sans aucun confort, les accueille : la Maison des Migrants. Quelques hommes, quatre anciens migrants aidés adossés à des associations locales et à la paroisse de Gao et appuyés par des équipes locales et par le CCFD Terre solidaire, donnent à boire et à manger, réconfortent. Ils tentent d’organiser avec chacun les modalités du retour dans leur pays à des milliers de kilomètres.
Quand les pauvres aident les plus pauvres nous ne pouvons qu’admirer.

Mais cela ne suffit pas et la générosité de quelques uns ne peut excuser notre silence.
Comment vaincre la loi du silence qui laisse mourir dans le désert des personnes que le désespoir absolu avait conduits à émigrer… et que nos autorités européennes rejettent ?
Sans pouvoir faire ici le procès d’une politique européenne du contrôle des migrations aveugle et inhumaine, le courage des aidants et le calvaire des aidés nous imposent d’informer nos autorités sur les conséquences de leurs choix politiques . Nous ne voulons pas nous en laver les mains.
La politique de la forteresse coûte des centaines de millions d’euros à l’Europe. Ils seraient mieux employés dans des processus de coopération véritable mettant la priorité sur le développement local et la satisfaction des besoins essentiels des populations. À ce sujet les accords bilatéraux signés par la France et certains Etats, « exécuteurs des basses œuvres », ne respectent ni les droits humains ni la souveraineté des pays.
Les Etats africains doivent êtres interpellés quand ils refusent de voir le problème et de le traiter entre africains, pourtant porteurs d’une tradition d’accueil qui ne survit ni à la raison d’état ni aux petits calculs profitables.
Albert Camus, que certains appellent aujourd’hui à la rescousse, évoquant la découverte du drame de la guerre par ceux de sa génération écrivait : « Nous disons non à ce monde… à sa fondamentale absurdité, à la civilisation de mort que nous voyons construire autour de nous(…) nous affirmions que ce processus était allé trop loin ; qu’il y avait une limite au supportable(…). Simultanément nous affirmions de façon positive quelque chose qui en nous repoussait l’offense et ne pouvait indéfiniment se laisser humilier ».
L’humiliation n’aura pas le dernier mot !

Guy Aurenche
–  Avocat honoraire.
–  Président du CCFD Terre solidaire (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement).
– Président d’honneur de la Fédération Internationale de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture).

 ** On lira aussi, sur ce site, de Guy Aurenche l’article : ” Tout homme est une histoire sacrée ” **