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Diana Butler Bass - Chrisianity after religionDans son livre : « Christianity after religion », Bass nous montre comment, dans un contexte de crise de la « religion organisée », un grand renouveau spirituel se développe actuellement aux Etats-Unis. Il s’inscrit dans l’histoire des réveils américains, surtout dans l’élan religieux des années 1960s et 1970s et l’extraordinaire créativité spirituelle qui s’y est manifestée.  Après une période de réaction conservatrice (1980-1995), le mouvement en avant a repris. La foi se manifeste comme une « croyance expérientielle ». Elle allie vie intérieure et présence active dans la société. Cet éveil spirituel nous paraît à même de se répandre au delà des Etats-Unis. Ce livre ouvre un nouvel horizon et manifeste une espérance en marche.

 

Aujourd’hui, le monde est entré dans une grande mutation. On peut en observer des aspects différents : politiques, économiques, culturels, religieux… Ainsi, nous vivons dans un temps de crise. Les mentalités changent. Dans tous les domaines, des transformations profondes sont en cours. Il y a donc à la fois des effondrements et des surgissements, des décompositions et des recompositions. Cependant, si les paysages se modifient, la vie est toujours à l’œuvre et se poursuit. Le monde religieux participe à cette grande transformation.     Dans cet univers changeant, porteur d’inquiétude, la recherche de sens n’a pas diminué. Au contraire, elle a grandi. Face aux menaces de dissociation, la recherche d’harmonie relationnelle n’a pas disparu. Au contraire, elle s’est amplifiée. Les aspirations spirituelles sont donc là plus que jamais. Mais l’offre religieuse, et ici plus spécifiquement, l’offre chrétienne saura-t-elle se départir de formes dépassées pour répondre avec pertinence. Manifestement, bien des institutions chrétiennes sont en perte de vitesse et, à qui veut bien le voir, parfois dans une gouvernance rigide incapable de s’adapter.
Elles approchent progressivement de l’implosion. Mais parallèlement, on observe d’autres indicateurs qui témoignent d’une vitalité nouvelle.     Et entre autres, n’y a-t-il pas aujourd’hui des signes d’une sensibilité croissante à la dimension spirituelle et aux expériences correspondantes (1). Cette réalité apparaît aujourd’hui dans un ensemble de recherches. Le phénomène est mouvant. Expérience, recherche d’interprétation, découverte de sens vont de pair. Ici, une parole de Jésus résonne avec force : « Le vent souffle où il veut et tu en entend le bruit, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit » (Jean 3.8).

Dans le monde d’aujourd’hui, on observe de plus en plus l’apparition de phénomènes comparables dans différents pays. La recherche met en évidence des tendances communes (2). Bien sûr, il y a des spécificités culturelles qui se manifestent vigoureusement. Mais le mouvement en cours traverse les frontières. Des émergences apparaissent dans des contextes différents. Ainsi l’analyse de la situation dans tel ou tel pays ne nous informe pas seulement sur l’évolution qui intervient dans celui-ci. Dans une approche systémique, elle nous aide dans notre compréhension d’une réalité internationale beaucoup plus vaste à laquelle la France participe.
908DBBLe livre récent d’une chercheuse américaine, Diana Butler Bass, nous paraît ainsi apporter un éclairage particulièrement original. S’il a été salué par des personnalités américaines engagées dans une recherche pionnière comme Brian Mclaren, PhyllisTickle ou Harvey Cox, sa portée semble aller au delà du contexte américain auquel il s’applique. A cet égard, le titre lui-même est éloquent : « Christianity after religion. The end of the church and the birth of a new spiritual awakening » (3) (« Le christianisme après la religion. La fin de l’Eglise et la naissance d’un nouvel éveil spirituel »). L’auteure est une chrétienne engagée, issue d’un milieu évangélique et active aujourd’hui dans la forme américaine de l’Eglise anglicane (Eglise épiscopalienne). Elle situe son étude dans la longue durée et notamment dans la mémoire des grands réveils qui ont marqué l’histoire chrétienne américaine. Elle nous montre comment on assiste aujourd’hui aux Etats-Unis à une émergence spirituelle qui évoque les anciens réveils, mais revêt une forme nouvelle et présente une approche originale. Ce mouvement se développe dans la durée puisqu’il remonte aux années 1960s et 1970s. Il a ensuite été contré par la montée d’une force évangélique conservatrice. Il refait surface à partir de 1995 pour grandir progressivement durant la première décennie du XXIè siècle. Dans un contexte où la religion institutionnelle décline, ce courant associe une expérience renouvelée de la foi chrétienne et une présence dans la vie sociale et culturelle.
L’auteur situe ce réveil chrétien dans un contexte beaucoup plus vaste, celui d’un éveil spirituel qui s’étend au delà du monde chrétien jusqu’à des milieux réceptifs dans d’autres religions. Après avoir mis en évidence les caractéristiques d’une nouvelle spiritualité qui rejette une imposition autoritaire des croyances et valorise l’expérience et la relation, l’auteure nous fait part de la vision qui inspire cet éveil spirituel. « Les gens me demandent souvent de décrire cet éveil. En réponse, je leur raconte des histoires, des paraboles du renouveau spirituel, d’un monde transformé par l’amour de Dieu… ». Aujourd’hui, « nous sommes tous maintenant des immigrants spirituels, des gens de foi, qui avons, volontairement ou non, quitté l’ancien monde pour un nouveau… Le vieux monde religieux est en train de faire défaut, mais l’Esprit bouge à nouveau… ». Et elle évoque un texte d’Esaïe (2.2-4) : « Il arrivera, dans la suite des temps, que la montagne de la maison de l’Eternel sera fondée sur le sommet des montagnes, qu’elle s’élèvera par dessus les collines et que toutes les nations y afflueront… Des peuples s’y rendront en foule et diront : « Venez et montons à la montagne de l’Eternel afin qu’il nous enseigne ses voies et que nous marchions dans ses sentiers… ». Naturellement, des gens de foi ont attendu ce royaume pendant des siècles et ils ont été désappointés. Jésus nous dit de regarder à l’intérieur de nous. Et il nous appelle à réaliser ce royaume. Au lieu d’attendre, nous pouvons déployer cet éveil spirituel dans nos vies, nos églises, nos communautés. Chaque éveil spirituel cherche à rendre visible, même si c’est seulement d’une façon incomplète, le rêve de Dieu pour la création. Ce réveil ne sera pas le dernier dans l’histoire humaine, mais c’est notre réveil. C’est à nous de nous mouvoir avec l’Esprit et de participer à son œuvre pour rendre le monde plus humain, plus juste, plus aimant » (p 207-209).
Comment et dans quel contexte, cet éveil est-il apparu et se développe-t-il aujourd’hui aux Etats-Unis ? Quels enseignements pouvons-nous en tirer dans des contextes différents ?

Crise de la religion.

Quelle est actuellement la situation des églises aux Etats-Unis ? Comment la pratique évolue-t-elle ? Quelles sont les grandes interrogations émises aujourd’hui ?
Diana Butler Bass est bien placée pour répondre à ces questions. En effet, elle n’a pas seulement une formation d’historienne, de sociologue et de théologienne, une activité de chroniqueuse dans des journaux et des magazines réputés, elle va aussi à la rencontre du peuple chrétien dans une démarche de partage et d’encouragement spirituel. Or, aujourd’hui, elle fait un constat de crise. Globalement, la fréquentation des églises est en baisse. Certes, on est très loin de l’étiage français, mais il y a bien actuellement un déclin de la pratique qui s’est accéléré dans les dernières années. L’auteure attribue ce déclin à un manque de pertinence de l’offre des églises. Les formes dans lesquelles le message chrétien est transmis ne correspondent plus à l’évolution des mentalités. Les institutions répondent de moins en moins aux attentes. « Beaucoup de mes amis, fidèles pratiquants pendant des années, s’en vont aujourd’hui parce que la religion paraît terne (« dull »). Le discours paraît défensif. Beaucoup de chrétiens en ont assez. Diana Bass nous rapporte plusieurs témoignages à ce sujet. Ce sont des personnes qui restent profondément chrétiennes, mais qui ont quitté « la religion organisée ». Elles ne sont pas parties par indifférence. Au contraire, souvent elles ont fréquenté successivement des églises différentes, sachant apprécier les aspects positifs, mais se heurtant finalement à des pratiques inacceptables. Ainsi Ellen, fille de pasteur, exprime les chocs ressentis dans plusieurs églises : un antiféminisme outrancier, une conception rigide et défensive de l’eucharistie, un discours menaçant à propos du salut… « Je me suis réveillée un dimanche, reconnaissante de ne plus aller à l’église. Je continue à croire au Dieu Vivant, mais après des années de recherche d’église en église, je sais que je puis vivre ainsi maintenant sans mettre en danger mon âme immortelle » (p 22). La mobilité des appartenances est grande aux Etats-Unis. 44% des américains ne sont pas restés dans la dénomination de leurs parents. Et on constate aussi une grande souplesse, comme le vécu reconnu d’un pluralisme d’appartenances et de cultures chrétiennes. Mais cette ouverture ne suffit plus à compenser le discrédit qui commence à atteindre une grande part du monde religieux.
A cet égard, le glissement dans l’usage des mots est significatif. En 1999, selon un sondage Gallup concernant la manière dont on se définit en terme de spirituel ou de religieux, 54% des américains se déclaraient religieux seulement, 30% spirituel seulement, 6% à la fois spirituel et religieux, 9% ni spirituel, ni religieux. Durant les dix années suivantes, nous dit l’auteure, beaucoup de scandales et de faits choquants ont marqué la vie religieuse américaine. Les mentalités ont en conséquence beaucoup évolué. En 2009, un très petit pourcentage d’américains : 9% se disent religieux seulement ; 30% se disent spirituels seulement. Mais 48% se disent à la fois spirituel et religieux (p 92). Le commentaire de l’auteure est nuancé : « Dans un simple déplacement de vocabulaire, beaucoup d’américains expriment une insatisfaction vis à vis de la « religion organisée » et leur espoir que quelque part, la religion puisse regagner sa vraie portée dans l’esprit ».

Diana Bass consacre trois chapitres de ce livre aux évolutions dans la manière de croire, de se comporter et d’appartenir. Ces analyses sont très instructives et s’appliquent bien au delà du contexte américain. L’auteure rejoint Harvey Cox, sociologue et théologien américain, dans la réflexion que celui-ci nous propose dans son livre : 908Future« The future of faith » (4) concernant  le développement d’une approche de plus en plus expérientielle de la foi et une manière nouvelle, beaucoup moins conceptuelle, d’envisager la croyance.
La croyance (« belief »), spécialement la croyance chrétienne, est entrée dans une phase critique au sein de la société occidentale. Pendant des siècles, les chrétiens ont assimilé la foi et la croyance. Etre croyant, c’était accepter certaines idées sur Dieu et Jésus, spécialement celles qui s’exprimaient dans des déclarations de foi » (p 108). Pour appartenir à une Eglise, il fallait souscrire à un ensemble de croyances. « En rapport avec cette accumulation de croyances, une incrédulité correspondante s’est répandue dans la culture occidentale menant à l’ennui, au scepticisme, à l’agnosticisme et à l’athéisme ». La foi chrétienne aujourd’hui est en train de changer de tonalité. « Le christianisme, au lieu d’être une religion au sujet de Dieu, devient une expérience de Dieu » (p 110).
Ainsi les questions changent. Elles sont moins : « Qu’est ce que je crois ? » et davantage : « Comment je crois ? » et « Qui je crois ? ». Comment est une question de sens qui pousse les gens à s’engager plus profondément plutôt que de mémoriser des faits » (p 113). « Passer du quoi au comment, c’est passer de l’information à une expérience de… »  (p 114). Et de même, la question : « Qui je crois ? » va de pair avec un recul de la dépendance vis-à-vis d’une autorité extérieure. « Dans ce début du XXIè siècle, la crédibilité ne repose plus simplement sur un expert qui a un diplôme ou un certain rôle dans une institution. L’autorité provient davantage de deux dimensions : la relation et l’authenticité. L’autorité provient de la connection, de l’investissement personnel et d’une responsabilité partagée plutôt que de la soumission à un système ou à des structures d’expertise »… Reliée directement à l’amitié, il y a le test de l’authenticité. Quelque chose est vrai et digne de confiance parce que cela provient de bonnes motivations et de bonnes intentions avec des résultats qui prouvent que cela accroît le bonheur et rend la vie des gens meilleure » (p 115).  Ces observations nous rappellent celles qui sont formulées par la sociologue Danièle Hervieu-Léger dans son livre inspirant :908Pellerin « Le pèlerin et le converti » (5).
Si on considère Dieu comme un être personnel digne de confiance, celui qui fait parvenir de bonnes nouvelles à l’humanité, « l’importance des organisations religieuses, des autorités institutionnelles et des croyances conventionnelles régresse en comparaison avec une amitié directe avec Dieu, à travers la prière et le discernement comme moyen de compréhension spirituelle. L’amitié avec Dieu peut être mystique et individuelle, mais elle est aussi partagée et communautaire. Finalement, l’autorité spirituelle repose sur la voix de Dieu, les voix de communautés et nos propres voix. C’est un chemin plus difficile pour entendre la réponse que de demander à quelqu’un de vous la donner, mais c’est le chemin dans lequel beaucoup de gens se sont maintenant engagés » (p 116).
Pourquoi un tel accent a-t-il été mis sur la croyance doctrinale ? On peut évidemment voir là une conséquence de la transformation de l’Eglise en pouvoir dominant qui contrôle ses sujets à travers une orthodoxie. Une telle attitude remonte à la fusion entre l’Eglise et l’empire romain. Diane Bass porte principalement son attention sur l’évolution de la culture à partir du XVIIIè. « L’idée que croire est religieusement important se trouve être une idée moderne » (p 119). On passe de la confiance en un être aimant à une opinion abstraite. Ainsi l’auteure revient sur l’évolution dans le sens donné au mot croire. A travers une analyse linguistique et exégétique, elle montre la déviation qui s’est produite, le glissement de sens d’un amour personnel à une opinion impersonnelle. De fait, elle peut retracer une autre histoire, celle de la croyance comme expérience. De nouvelles formes d’expression peuvent y contribuer. A titre d’exemple, dire : « Je crois en Dieu », se traduit aussi en « J’ai confiance en Dieu » (p 131-133). Aujourd’hui, la foi chrétienne se manifeste à nouveau comme une croyance expérientielle (« experiential belief »). Cette évolution s’inscrit dans une transformation profonde de la culture. En 1962, 22% des américains déclaraient avoir eu une « expérience mystique ». En 1976, ils sont 31 %. Mais en 2009, 48 % des américains disent avoir eu une rencontre mystique avec le divin  (p 3). Il y a là un changement considérable de mentalité. En Europe, certains indicateurs vont dans le même sens (6).

Dynamique et conjoncture du renouveau spirituel.

Comment le grand renouveau spirituel qui est en train d’apparaître s’inscrit-il dans l’histoire américaine ? Diana Bass nous permet de comprendre cette évolution.
Cette réflexion est par ailleurs liée à sa propre évolution spirituelle. Diana raconte comment en 1976, elle a découvert une foi personnelle et chaleureuse dans une petite église de réveil. « Je ne savais pas comment l’expliquer, mais Dieu avait touché mon cœur et je me sentais nouvelle et toute fraîche, en ressentant la présence de Dieu » (p 2). Quelques années plus tard, en 1979, sur le campus de Santa Barbara (Californie), elle s’engage dans un mouvement étudiant qui vit la foi chrétienne profondément et activement. Elle raconte comment elle participait à des réunions de prière où chacun s’impliquait et aussi comment elle menait de pair une réflexion théologique et de nombreuses actions sociales (p 218).
A l’époque, en Californie, il y a convergence entre cet engagement chrétien et de grandes causes comme l’égalité des sexes, la défense des droits de l’homme et la protection de l’environnement. Durant les années 1960s et 1970s, il y a ainsi aux Etats-Unis un immense réveil qui manifeste un extraordinaire créativité spirituelle. « Des « Jesus people » et du renouveau charismatique au féminisme chrétien, au mouvement liturgique, aux luttes pour la justice interraciale, à la théologie de la libération, les formes anciennes de la pensée et de l’organisation chrétienne ont été interpellées de l’intérieur et de l’extérieur de l’Eglise… Il y a eu un changement radical par rapport aux pratiques traditionnelles, comme les gens adoptaient des formes plus démocratiques, plus ouvertes, plus inclusives, plus expérientielles » (p 219). (7)908Crisis

L’élan religieux qui s’est manifesté durant les années 1960s et 1970s aux Etats-Unis a ses caractéristiques propres. Il est également une première étape dans un processus qui se poursuit aujourd’hui. Mais il s’inscrit également dans une histoire, celle des grands réveils qui ont jalonné l’histoire américaine et lesquels des gens se sont engagés en masse dans une foi intense et active. Diane Bass évoque les trois principaux réveils de l’histoire américaine qui ont eu lieu en 1730-1760, 1800-1830 et 1890-1920. A chaque fois, « les formes plus anciennes de la foi chrétienne ont été revitalisée, réorientées, reconstruites et parfois remplacées par une conception plus pertinente de la personne, de Dieu, de la communauté et du service dans le monde. Dans le processus, des formes nouvelles du christianisme sont apparues et ont eu de profondes conséquences spirituelles et politiques » (p 30).
Mais qu’est-il donc advenu à la fin des années 1970 après ces deux grandes décennies de créativité spirituelle où l’intensité de la foi a été de pair avec « la connection, le sens de l’égalité et la lutte pour les droits de l’homme » et qui ont ouvert la voie pour une acceptation du changement social et technologique » (p 223). L’auteure évoque comme un tournant la victoire de Ronald Reagan et la défaite de Jimmy Carter en 1980. Il y a eu alors un retour en arrière comme si la peur du changement, une recherche de sécurité avait envahi beaucoup de gens. Pendant quinze ans, jusqu’à 1995, la conjoncture a profondément changé. Le christianisme évangélique a été détourné par des leaders conservateurs. Comme en d’autres moments de l’histoire, une réaction, un mouvement en arrière est apparu. Cette période a été marquée par la montée de la « majorité morale », l’affirmation de la droite religieuse et la croissance d’églises évangéliques très conservatrices. Cependant cette prédominance n’a pas duré. Elle a commencé à s’effriter à partir de 1995. Aujourd’hui, le mouvement d’éveil spirituel est à nouveau en expansion. Certes, il peut y avoir des réactions hostiles comme l’esprit que se manifeste aujourd’hui dans le « tea party », mais, dans l’ensemble, une marche en avant a repris.

Par rapport aux années 1960s et 1970s, le contexte est marqué par des caractéristiques nouvelles.
Bien entendu, on le sait, si le milieu chrétien très conservateur a globalement régressé, il reste actif. Pour nous aider à apprécier les caractéristiques spécifiques de ce qu’elle appelle un éveil spirituel (« spiritual awakening »), Diana Bass distingue la religion « dogmatique » et cet autre courant qu’elle désigne sous le nom de « réalisme romantique » qui associe la prière et la passion de faire le bien, une vie de contemplation et de  justice (p 237). Elle met également en évidence la différence entre ce qu’elle appelle la « lumière nouvelle » (« New light ») et la « lumière ancienne » (Old light ») qui renvoie au passé.   Aujourd’hui, « la « nouvelle lumière » qui caractérise l’éveil spirituel en cours, commence avec une vision de l’humanité créée à l’image de Dieu et se dirige vers une vie en plénitude et en communion universelle dans l’inspiration de l’Esprit de Dieu. La spiritualité de la « nouvelle lumière » met l’accent sur la création, la restauration de celle-ci par rapport aux dommages encourus et la « shalom » (paix et bien être universel). La foi expérientielle conjugue « l’individu en communauté » et un chemin spirituel librement choisi fondé sur les principes d’empathie et de compassion et jugé sur le critère de l’authenticité intérieure » (p 229).
Par rapport aux années 1960s et 1970s, le contexte est également marqué par deux caractéristiques nouvelles : les nouvelles technologies de la communication et un pluralisme religieux.
Les nouvelles technologies ne facilitent pas seulement l’éveil spirituel. Puisque, par définition, elles concernent la connection et la communauté, elles ont une incidence spirituelle. D’autre part, au milieu des années 1960s, les Etats-Unis se sont ouverts beaucoup plus largement à l’immigration en provenance d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud, si bien que la diversité religieuse s’est considérablement accrue. La dimension interreligieuse n’implique pas la confusion, mais elle appelle le dialogue et le respect réciproque. Et par ailleurs, on peut constater dans les différents groupes religieux, la même distinction que celle qui peut être observé en milieu chrétien entre une spiritualité expérientielle et une religion dogmatique.
Dans un chapitre sur la participation au mouvement d’éveil spirituel, Diana Bass nous invite à suivre Jésus dans sa proclamation du Royaume de Dieu. Le peuple de Dieu est appelé à vivre l’amour, la bonté, la miséricorde, la paix, le pardon, la justice. L’adoration de Dieu va de pair avec une manifestation d’amitié et de joie qui se répand dans la vie sociale.  La nouvelle spiritualité doit se traduire par des actes depuis des manifestations de sociabilité jusqu’à des engagements dans la société. Ce mouvement de renouveau spirituel est appelé également à s’exprimer publiquement. En citant le sociologue et philosophe, Charles Taylor, l’auteure met en évidence un rapport entre désir d’authenticité et expression des convictions. « Chaque individu ou petit groupe agit dans sa propre voie, mais aussi avec la conscience que la manifestation de cette action dit quelque chose aux autres, suscite chez eux une réaction, participe au développement d’un état d’esprit commun ». C’est une manière nouvelle d’être en société qui associe l’expression personnelle et l’expression commune. C’est la culture du « display », de la manifestation collective telle qu’elle se réalise par exemple dans les « flash mobs », ces jaillissements  d’expression qui appellent les gens à participer (p 256-258).  Ainsi le renouveau spirituel apparaît comme un mouvement intérieur qui s’exprime dans toute la vie, un état d’esprit qui grandit, se répand et porte des fruits. « A nous  de nous mouvoir avec l’Esprit et non à son encontre et de participer en rendant le monde plus humain, plus juste, plus aimant » (p 269).

Le  renouveau spirituel : une dimension internationale.

Il y a bien sûr une spécificité du contexte américain, mais on peut penser qu’il y a aussi aux Etats-Unis une fonction de laboratoire culturel, parce que, comme le dit Diana Bass, c’est un grand pays d’immigration qui rassemble aujourd’hui des gens issus du monde entier et aussi, parce qu’il est un lieu où se manifeste l’expansion des technologies de la communication.
On sait par ailleurs combien des tendances communes se manifestent dans le monde d’aujourd’hui. Et, par exemple, l’analyse sociologique montre que le groupe des « créatifs culturels » (« cultural creatives ») aux Etats-Unis a été identifié à la fin de la dernière décennie du XXè siècle, mais que l’état d’esprit correspondant se répand aujourd’hui dans le monde (8). Il y a chez les « créatifs culturels » un intérêt conjugué pour la spiritualité, l’environnement, la justice. On peut établir un rapprochement entre le développement de cette mentalité et la vision que Diana Bass exprime. Et, sur un autre registre, cette vision rejoint celle de l’Eglise émergente qui, selon une analyse de 908GMonetGabriel Monet (9) conjugue trois dimensions : incarnationnelle, expérientielle et missionnelle. Et d’ailleurs lorsqu’on observe l’accueil réservé à cet ouvrage, on constate que sa réception est très positive parmi les leaders de l’Eglise émergente américaine, par exemple 908BMcLarenBrian McLaren.
On peut tirer de ce livre une autre leçon. Les processus de changement se réalisent dans la durée. Ils peuvent se heurter à des obstacles. Les avancées ne sont pas continues. On peut enregistrer des reculs, des reflux. A cet égard, l’analyse de la conjoncture aux Etats-Unis est instructive. Le grand réveil des années 1960s et 1970s a été suivi par une période où des forces contraires l’ont emporté. Et puis, à partir de 1995, le mouvement en avant a repris. Dans un contexte cultuel différent, on peut observer des phénomènes comparables dans d’autres pays. C’est un appel à persévérer.
Ce grand mouvement requiert de nous attention et recherche pour y discerner les « signes des temps » comme nous y invite les paroles de Jésus (Mathieu 16.3). Il appelle aussi une réflexion théologique sur le dessein de Dieu, sur l’œuvre de l’Esprit, sur la manifestation divine dans l’expérience humaine (10).
La vision que nous suggère Diana Bass est grande et profonde. Selon le positionnement de chacun, telle ou telle objection pourra être formulée, mais c’est un livre qui nous paraît essentiel pour envisager le parcours de la foi chrétienne dans le monde d’aujourd’hui. C’est un livre qui ouvre un horizon et manifeste une espérance en marche. Cherchons ensemble quelle est pour nous l’inspiration de l’Esprit.

Jean Hassenforder

Notes

(1)    Un livre instructif à cet égard : Hay (David). Something there. Darton, Longman, Todd, 2006. L’auteur met en évidence une montée des aspirations spirituelles en Grande-Bretagne. ** Voir sur ce site ** une mise en perspective : « La vie spirituelle comme conscience relationnelle. Une recherche de David Hay sur la spiritualité d’aujourd’hui ».

(2)    Des recherches sur l’évolution des cultures et des mentalités existent au plan international, ainsi les recherches du  sociologue américain, Paul Ray sur le développement de la culture des « créatifs culturels » ou l’enquête internationale sur les valeurs (« World values survey ». Un aperçu dans l’article : « Eglise émergente et évolution culturelle », ** Voir sur ce site ** .

(3)    Butler Bass (Diana). Christianity after religion. The end of church and the birth of a new spiritual awakening. Harper one, 2012. On trouvera sur You Tube des interviews de l’auteure au sujet de son livre.

(4)    Cox (Harvey). The future of faith. Harper One, 2009. ** Voir sur ce site ** la mise en perspective : « Quel horizon pour la foi chrétienne ?.. »

(5)    Hervieu-Léger (Danièle). Le pèlerin et le converti. La religion en mouvement. Flammarion, 1999. Publié en 1999, ce livre, réédité en livre de poche, est devenu un classique  dont les analyses restent particulièrement pertinentes pour comprendre la situation actuelle. ** Voir sur ce site **, un interview de Danièle Hervieu-Léger : « L’autonomie croyante. Questions pour les églises ».

(6)    Dans son livre : « Something there » (Voir : note 1), David Hay montre une augmentation très sensible de la proportion des britannique rapportant une expérience spirituelle de 1987 à 2000 (p 8-11). En France, à une question posée pour la première fois en 2008 dans l’enquête sur les valeurs des européens, 47 % des français disent avoir « leur propre manière d’être en contact avec le divin sans avoir besoin des églises ou des services religieux ». Dans le contexte de l’enquête, c’est une proportion très élevée. ** Voir sur ce site ** : « L’émergence d’un nouveau paysage religieux en France. Croire sans appartenir »

(7)    Pour analyser la situation dans son ensemble et notamment sa dimension internationale : McLeod (Hugh). The religious crisis of the 1960s. Oxford University Press, 2007. ** Voir sur ce site ** la mise en perspective : « La crise religieuse des années 60. Quel processus pour quel horizon ? »

(8)    Voir la note 2. ** Voir sur ce site **, une mise en perspective d’une enquête sur les « créatifs culturels » en France : « Les « créatifs culturels ». Un courant émergent dans la société française »

(9)  ** Voir sur ce site ** les exposés de Gabriel Monet à la rencontre sur l’Eglise émergente organisée par Témoins le 11 novembre 2011  Soutenance de la thèse de doctorat de Gabriel Monet à la faculté de théologie protestante de Strasbourg à la fin de l’année 2012.

(10)    Sur ce thème : Moltmann (Jürgen). L’Esprit qui donne la vie. Cerf, 1999. L’Esprit Saint n’appartient à un domaine réservé des églises. Transcendance et immanence ne sont pas opposées. « Celui qui schématise révélation et expérience en en faisant une alternative aboutit à des révélations qui ne peuvent pas faire l’objet d’une expérience et à des expériences dépourvues de révélation » (p 24). Sur la pensée de Jûrgen Moltmann,  ** Voir le blog : « L’Esprit qui donne la vie » **

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