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 Extrait d’un rapport de Jane Maire sur l’église émergente / église missionnelle à la société Wycliffe (Suisse).
 
Quand je suis revenue de côte d’Ivoire pour travailler pour Wycliffe en Suisse j’étais frappée par la difficulté des Eglises évangéliques, dont je fais partie, à avoir un contact pertinent avec la population locale. L’Eglise, en général, n’avait plus son mot à dire et j’ai trouvé très difficile de parler de ma foi. En même temps, quand on essayait de faire des « café-cultes » pour que la population se sente à l’aise de venir, peu sont ceux qui ont franchi la porte. Que faire ?

Je me suis intégrée dans une équipe de tennis ce qui m’a aidé énormément à m’intégrer dans le monde hors-église. Là, j’ai constaté que mes amies avaient une perception de l’Eglise très légaliste, rabat joie. Il fallait en quelque sorte leur désapprendre ce que c’est d’être chrétien. Ca prend du temps et je m’impatientais ! En même temps je ne pouvais pas les imaginer comme membres de l’Eglise que je fréquentais, l’abîme entre les deux mondes me semblait infranchissable. Et ça me rendait perplexe et frustrée.

C’est en me penchant sur le mouvement émergent que je me suis rendu compte que ce que j’étais prête à faire à l’étranger pour communiquer l’Evangile, je ne le faisais pas en Suisse. Je parle du concept connu dans les milieux missionnaires d’incarnation : vivre avec les gens, partager leur quotidien, les connaître de l’intérieur de leur monde. Je caricature un peu, mais c’était comme si je faisais des virées momentanées dans leur monde pour ensuite les inviter à l’Eglise (cours alpha, cafés cultes etc). Mais en fait, je ne faisais pas partie de leur monde. Donc, il y avait la mission (incarnationnelle) pour l’étranger, et l’évangélisation (attractionnelle) pour chez-moi.

Et puis je fais la connaissance de l’Eglise émergente, missionnelle, et tout d’un coup les choses commencent à se mettre à leur place. M’insérer dans le monde, être avec les gens, prendre le temps, mais raconter mon histoire avec Jésus de façon naturelle et aux moments opportuns, penser l’Eglise chez eux, et non pas « chez nous » « à l’Eglise ». Maintenant, je peux imaginer l’Evangile qui se répand, chez nous, en occident.

Mais je ne suis qu’un individu. Si le mouvement émergent portera du fruit, ce sera parce que des Eglises entières auront changé d’attitude et de comportement. La recherche que j’ai faite pour Wycliffe à propos de ce mouvement m’a permis de voyager virtuellement autour du monde et de prendre conscience de ce que Dieu est en train de faire pour ramener son Eglise à sa mission première, celle de témoin de Jésus. J’ai pu voir qu’ici en Suisse, sans que les uns ou les autres connaissent forcément le terme « Eglise émergente », des choses « émergentes » sont petit à petit en train de devenir réalité.

J’espère de tout mon cœur qu’un autre fruit se dégagera du mouvement émergent : celui de réunir les chrétiens de toutes les confessions et dénominations dans un élan commun pour la cause de Christ pour enfin réaliser son dernier souhait exprimé à son Père, « qu’ils soient un, comme nous sommes un ». Qu’au lieu de dresser des listes de points de doctrine aussi longues que le bras pour nous différencier, nous avancions humblement ensemble, sachant que nous pouvons bénéficier, et avons besoin, l’un de l’autre.

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