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Etape 0 : Ce que j’ai réalisé arrivé à la trentaine

Article Témoins - Vie et spiritualitéEt tout ce qu’on ne m’avait pas dit sur la Vie…

Deux déclics m’ont conduit à lancer cette série articles !

Et de 1…Je suis…

Charly (pour de vrai…;-), ce 30 juillet, j’ai fêté mes 34 ans ! Et j’ai comme la sensation que la vie passe très, très vite !! Pas un jour ne passe sans que mes deux garçons Abel (5 ans 1/2) et Nathan (21 mois) me le rappellent.

Depuis mes 30 ans, je sens que j’entre dans une nouvelle phase de ma vie : un carrefour, un instant. Je réalise qu’il est temps de savoir ce que je veux construire, ce dans quoi je veux investir…ce que je veux laisser derrière moi.

Et de 2…Je croise

…pas mal d’amis du collège et du lycée, voir même de l’école primaire… Et c’est assez drôle…Chaque rencontre me donne cette vague impression de RETOUR VERS LE FUTUR : un flashback où je me revois avec mon ami en “mini nous” en train de courir dans les couloirs de notre école primaire — au Noyer Doré à Antony — en mode “chasse à l’homme” ou encore en train d’attendre mes amis à la sortie du collège Anne Franck.

Sauf qu’AUJOURD’HUI, quand je les vois, ce sont les mêmes sans vraiment l’être… — avec un peu plus de barbe, de muscles (=de brioche), un peu moins de cheveux ;-p et parfois des bambins (d’autres “minis nous”) qui tiennent leurs jambes… Du coup, on se fait un SUPER update depuis qu’on s’est quitté… Tout y passe : études, boulot, statut sentimental et familial…

Mais en réalité, j’aimerais plutôt leur parler d’autre chose, notamment tout ce que j’ai découvert sur la VIE en tant que MARI et PÈRE… J’ai envie de leur poser des questions ! Un peu comme à l’époque quand on était en classe et qu’il y avait une interro surprise (mais qui ne l’était pas) j’ai envie de leur demander… “Tu savais que ça serait comme ça… la VIE ?…Non…parce que moi…”

Personne ne m’avait dit…

…PERSONNE ne m’avait dit qu’être parent serait certainement l’une des étapes les plus EXCITANTES de ma vie. PERSONNE ne m’avait dit qu’avec la venue de notre premier enfant venait l’une des plus grandes joies de la vie et en même temps l’une des plus grandes sources d’inquiétudes ! PERSONNE ne m’avait dit que la vie de couple serait une telle source de bonheur et de frustration ! Tantôt un paradis en tenue d’Adam et Eve, tantôt une prison de laquelle, comme Michael Scofield, on essayerait de s’évader. PERSONNE ne m’avait dit que découvrir qui l’on est vraiment au fond de soi prenait du temps et qu’à 30 ans, ben…c’est pas fini. Alors quand je revois ces amis et…

…qui me posent la fameuse question à 1 millions d’euros… La question qui m’aurait rapporté gros si on me payait à chaque fois que j’y répondais …

Alors qu’est-ce que tu deviens ?

Je me lance dans la litanie classique en balayant les différents secteurs de ma vie. A croire que la vie se résume à : avoir un diplôme, trouver un job, trouver quelqu’un avec qui construire sa vie, avoir des enfants — puis attendre impatiemment les vacances pour ensuite attendre impatiemment la retraite…

“La vie est bien PLUS qu’une succession d’étapes à cocher !”

Est-ce qu’on a la bonne perspective sur la Vie ?

Une belle AVENTURE ? Une chance unique ? Une PRISON ? Il est vrai que parfois nous avons le sentiment de ne pas avoir choisi son bonheur… à commencer par ses études. Combien d’amis me disent, arrivés à la trentaine, qu’ils veulent changer de job pour se retrouver… Une amie du lycée me confiait :

“Charly, je suis bien payé et j’ai une bonne situation mais qu’est-ce que je me fais Ch…er au boulot. J’aurais plutôt dû faire des études de psychologie.”

J’apprends que d’autres amis veulent refaire leur vie après avoir passé plus de 5–7 ans avec la même personne… C’est dur… Et en même temps…

“On ne peut pas passer notre vie à vouloir de manière obsessionnelle éviter son malheur quand le vrai enjeu est de construire son bonheur.”

Le sens de la vie pour moi… c’est ce quelque-chose qui comme l’oxygène me donne l’indispensable pour avancer dans la vie …me permet de vivre au mieux chaque jour que Dieu fait…cette perspective quotidienne…qu’on est sur terre pour…

….“AIMER et ÊTRE aimé”…

On peut avoir chacun sa définition du bonheur et sa vision de la réussite… Pourtant, on ne peut pas chercher à être HEUREUX sans saisir que c’est impossible sans aimer et être aimer.

Et quand j’observe la société dans laquelle nous évoluons, et là je parle bien de la société française, je suis d’abord surpris mais surtout déçu par le tabou qui règne autour de cette thématique essentielle… comme si personne ne veut répondre par l’affirmative à la question…

Les RELATIONS ces espaces catalyseurs d’amour

A nous choisir ! L’amour échangé dans les relations qui comptent vraiment pour nous sont des espaces catalyseurs de changement pour notre propre évolution personnelle. Est-ce qu’on profite de cette école de la VIE ? Est-ce qu’on apprend à mieux aimer et à mieux s’aimer ?

Notamment dans l’AMITIÉ, avec ceux qui ont partagé nos expériences les plus fortes, la CONJUGALITÉ, où l’on choisit la personne qu’on aimerait voir partager le reste de notre vie, la PARENTALITÉ, où la relation avec nos enfants est certainement celle qui nous décentre le plus de nous mêmes ! C’est l’amour en 3D !Pour ma part ma femme et mes enfants me le rappellent mais également mes amis et mes proches.

Article Témoins - Vie et spiritualitéCe sont ces relations les plus importantes pour nous au travers desquelles on reçoit et on donne de l’amour. Or, ces relations ne sont pas toujours évidentes. Elles nous mettent face à de nombreux défis et engendrent des conflits. Ces derniers sont moteurs de CHANGEMENTS qui nous rapprochent ou nous éloignent des êtres aimés. Ces relations peuvent être subies, un peu comme à l’image de l’oignon qui nous fait pleurer à chaque fois qu’on retire une couche et qu’on se rapproche du cœur ou au contraire, à l’image du chercheur d’or :

Quel chercheur d’or a déjà trouvé son trésor à la surface, il sait déjà qu’il devra creuser et retirer de la terre et des rochers pour trouver l’or, ce minerai précieux.

En chacun réside un trésor, et comme tout trésor il faut accepter cette évidence : un trésor ne se trouve pas à la surface, il faut toujours creuser un minimum pour le trouver.

Il est très tentant dans chacune de ces relations de baisser les bras après tant de déceptions et d’investissement personnel. Alors que nous nous apprêtons à baisser les bras un peu comme sur l’image ci dessus, il suffit parfois d’un petit coup de pouce pour aller jusqu’au bout et vivre pleinement la transformation dont nous avons besoin pour mieux aimer et profiter pleinement des relations qui comptent vraiment pour nous. Découvrez samedi prochain ma proposition pour aller de l’avant dans ce challenge auquel nous sommes tous confrontés !

 

La paix, ça s’apprend ! C’est possible !

Thomas D’ANSEMBOURG  “La Paix ça s’apprend !”

La paix- Vie et SpiritualitéNos sociétés sont traversées par des poussées de violence. Il y a là des phénomènes complexes qui peuvent être analysés en termes sociaux, économiques, culturels, politiques, mais également dans une dimension psychosociale, un regard sur les comportements. En dehors même de ces épisodes, dans la vie ordinaire, nous pouvons percevoir et éprouver des manifestations d’agressivité. A une autre échelle, au cours de l’histoire, nous savons combien la guerre a été un fléau dévastateur (1). Ainsi, affirmer la paix aujourd’hui, c’est garder la mémoire du malheur passé pour empêcher son retour, mais c’est aussi effectuer un pas de plus : réduire les sources de violence, pacifier les comportements.

Psychothérapeute, engagé depuis des années dans une campagne pour le développement de la personne, auteur de plusieurs livres, animateur d’un site (2), Thomas d’Ansembourg milite pour répandre des pratiques de paix. Dans cette interview en vidéo à la Radio Télévision Belge Francophone (3), il explique pourquoi il vient d’écrire un nouveau livre en ce sens : « La paix, ça s’apprend. Guérir de la violence et du terrorisme » (4). « Nous avons réagi, David (le co-auteur) et moi à l’attentat du Bataclan, vite relayé par l’attentat de Bruxelles. Nous avons réalisé qu’on ne peut se contenter de mesures de sécurité (renforcement de frontières et traitement de symptômes). Il nous est apparu que le terrorisme est un épiphénomène d’un malaise extrêmement profond de la société et qu’il était intéressant de voir ce qui génère un tel malaise. Dans nos pratiques, lui comme historien et moi comme accompagnant de personnes, nous avons réalisé que la paix, c’est une discipline. Cela ne tombe pas du ciel. C’est une rigueur, c’est un exercice. Cela demande un engagement, de la détermination et du temps, et, petit à petit, on atteint des états de paix qui deviennent de plus en plus contagieux. Et cela devrait s’apprendre, depuis la maternelle, dans toutes les écoles. Tel est le propos de ce livre. C’est de faire savoir. Mettons en place des processus pour pouvoir éduquer des populations à se pacifier ».

Pour une pacification intérieure

« Depuis près de vingt-cinq ans que j’accompagne des personnes dans la quête de sens et la pacification intérieure, j’ai acquis cette confiance que la violence n’est pas l’expression de notre nature. C’est parce que notre nature est violentée que nous pouvons être violents. Quand mon espace n’est pas respecté, je puis être agressif. Quand mon besoin d’être compris et écouté, n’est pas nourri et respecté, je puis être agressif. Et il en va de même lorsque des besoins importants ne sont pas respectés. D’où l’importance d’apprendre à respecter notre nature et donc de la connaître ». Ainsi « apprendre la connaissance de soi dès l’école maternelle nous paraît absolument essentiel aujourd’hui. Jusqu’ici, cela me semblait un enjeu de santé publique, mais aujourd’hui cela me paraît aussi un enjeu de sécurité publique. Tout citoyen qui va à l’école a besoin d’apprendre qui il est, qu’est-ce qui le met en joie… mais aussi qu’est-ce qui le chagrine, qu’est-ce qui le met en colère. Il est bon de comprendre ce qui vous met en rage avant de faire exploser sa rage à la tête des autres. On a largement dépassé la notion de développement personnel. Il y a là un enjeu de santé publique. La plupart de nos gouvernants ne savent pas tout cela, ne connaissent même pas les outils correspondants et la plupart des médias dédaignent cette approche en la considérant comme du « bisounours » alors que ces outils sont des clés pour le vivre ensemble ».

Des outils pour le vivre ensemble

La paix peut s’apprendre à travers des outils. Thomas d’Ansembourg n’a pas souhaité réaliser un inventaire de tous les outils. Dans ce livre, il nous en présente trois qui sont particulièrement efficaces.

« La Pleine conscience » est une approche de méditation qui se dégage des rituels religieux traditionnels et qui peut être vécue d’une façon laïque et d’une manière spirituelle si on le souhaite. Elle permet de trouver un espace de fécondité, de créativité, d’alignement qui est très bénéfique pour le vivre ensemble ».

Thomas d’Ansembourg nous parle également de la communication non violente, une approche « qu’il enseigne depuis des années et qui est proposée dans de nombreux milieux depuis des classes maternelles jusqu’à des prisons en passant par des cockpits d’avion… C’est une approche pratico-pratique pour mieux vivre les relations humaines, dépasser les conflits, les querelles d’égo ».

Il y a une troisième pratique, celle de la bienveillance.

« Il y a plusieurs aspects de la bienveillance : accueillir l’autre tel qu’il est et non tel que je voudrais qu’il soit, être ouvert à son attitude et à sa différence, être disponible à une remise en question par son attitude. Cela demande de l’humilité, peut-être du courage. Et puis, il y a cette attitude positive de prendre soin, bien veiller sur l’autre, l’encourager dans son développement qui n’est pas forcément celui que j’aurais aimé avoir pour lui. Je pense par exemple à notre attitude avec les enfants, ne pas projeter sur eux nos attentes. Cela demande du travail sur soi. Ce n’est pas ingénu. Cela requiert une hygiène de conscience pour remettre en question nos projections, nos attentes, nos préjugés, des idées toutes faites, pour ouvrir notre cœur.

Le monde se transforme à vive allure. « Nous assistons à un métissage incroyable de la planète, de grands exodes en fonction du réchauffement climatique. C’est plus urgent d’apprendre à vivre ensemble, et pour cela, d’avoir des clés de connaissances de soi pour avoir une bonne estime de soi et une capacité d’accueillir la différence, des clés d’ouverture à l’autre et la cohabitation. Cela ne tombe pas du ciel. On voit bien qu’il y a des tentatives de repli et de méfiance. Ce n’est pas comme cela que nous allons grandir ensemble. Nous avons besoin d’approches pour vivre ensemble. On n’en trouve pas encore dans nos pratiques scolaires, ni même dans nos pratiques religieuses. Il y a de belles idées , mais cela appelle une pratique. Comment est-ce qu’on vit quand on est plein de rage et de colère ? On a besoin d’apprendre à vivre la rage et la colère pour la transformer. Grâce à la communication non violente, j’ai appris à faire des colères non violentes, à exprimer ma colère sans agressivité. Ce sont des apprentissages que l’on peut faire ».

Promouvoir la paix

Thomas d’Ansembourg porte une dynamique et il l’envisage sur différents registres. Ainsi peut-il souhaiter la création d’un ministère de la paix avec un budget, des formations, de la recherche scientifique en neurosciences, en relations humaines.

Et au plan de la transformation des relations quotidiennes, il a conscience de la puissance des outils existants. « Je sais que ces outils transforment la vie des gens. Je rencontre des personnes dont la vie a pivoté parce qu’ils ont appris à savoir qui ils sont, qu’est ce qui fait sens pour eux… ». Ainsi, « il y a des processus, il y a des clés efficaces. J’aimerais qu’ils soient fournis au grand public. Nous assistons à tellement de détresses dans notre société : solitudes, addictions, divorces douloureux, dépendances… Des outils magnifiques existent. Ne pas les faire connaître est une sorte de non assistance à personne en danger ».

Au milieu des drames de l’histoire, l’inspiration de la non violence apparaît comme un fil ténu, mais solide avec des moments de lumière qui sont entrés dans notre mémoire collective depuis les premières communautés chrétiennes jusqu’à  Gandhi et Martin Luther King.

Aujourd’hui, le mouvement pour la paix peut s’appuyer sur de nouvelles méthodes où s’allient une orientation d’esprit et des approches nourries par la psychologie, une conscience renouvelée du corps et les neurosciences. Ainsi, face aux routines traditionnelles, une motivation nouvelle peut apparaître en s’appuyant  sur l’efficacité démultipliée de  nouvelles méthodes. Dans ce livre et dans cette interview, Thomas d’Ansembourg nous apporte une bonne nouvelle : la paix, ça s’apprend ! La paix, c’est possible ! Une voie est ouverte. A nous de nous mobiliser…

Jean Hassenforder

1-« Une philosophie de l’histoire, par Michel Serres » : http://www.vivreetesperer.com/?p=2479

2- Site de Thomas d’Ansembourg : http://www.thomasdansembourg.com

3-« La paix, ça s’apprend ! Il était une foi 02.2017 RTBF » https://www.youtube.com/watch?v=hP-_atpsfT

4-David Van Reybroucq. Thomas D’Ansembourg. La paix, ça s’apprend. Guérir de la violence et du terrorisme. Actes sud, 2016

 D’autres éclairages de Thomas d’Ansembourg :

« Face à la violence, apprendre la paix » : http://www.vivreetesperer.com/?p=2332

« Un citoyen pacifié devient un citoyen pacifiant » : http://www.vivreetesperer.com/?p=2156

« Femmes et hommes. Monde nouveau. Alliance nouvelle » : http://www.vivreetesperer.com/?p=1791

« Vivant dans un monde vivant » :   http://www.vivreetesperer.com/?p=1371

« Réflexion sur le rêve américain de Martin Luther King : http://www.temoins.com/jean-hassenforder-reflexion-sur-le-reve-americain-de-martin-luther-king/

 

Renaissance après une dépression

Renaissance après une dépression, un témoignage de Jean-Jacques.

2 Cor 4 : 16 «C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour».

En introduction, ce que je retiens pour ma part, c’est que la dépression est tout le contraire de ce verset et d’un renouvellement de l’homme intérieur : paradoxalement l’homme extérieur se maintient et ne se détruit pas, mais l’homme intérieur semble être détruit définitivement, sans espoir de renouvellement, au point que certains sont tentés par le suicide…

Et pourtant il y a bien une renaissance après la dépression, du moins quand nous sommes bien aidés pour la traverser ! J’en témoigne aujourd’hui pour la première fois avec autant de détails. Il est vrai que j’ai dû lutter contre le doute et que j’ai pu persévérer en m’appuyant constamment sur le Psaume 23 qui commence ainsi :

« L’Eternel est mon berger, je ne manque de rien,

« Il me fait reposer dans de verts pâturages,

« Il me dirige près des eaux paisibles,

« Il restaure mon âme… »

Et ainsi j’ai continué à avancer sans abandonner. Ce fut une véritable renaissance.

Je confirme que le Seigneur nous restaure pour que de nouveau notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour !

* * *

Comme dans la plupart des cas, ma dépression a résulté d’une combinaison d’événements et de changements stressants et d’une accumulation de situations à risque qui ont agi en sous-terrain de façon inconsciente. Au début je ressentais bien un certain malaise, je me sentais fragilisé, mais pas au point d’avoir ce break-down brutal. Il a suffi d’un événement particulier gérable en temps normal – en l’occurrence au travail besoin de s’organiser pour préparer une offre technique et commerciale – pour déclencher cette implosion. Ce furent des moments d’effroi, d’extrêmes angoisses, de craintes obsessionnelles. J’avais littéralement peur que « le ciel me tombe sur la tête », la seule crainte des ancêtres gaulois. Je me sentais chuter en permanence dans un puits sans fond. Je pensais que ma vie était finie, que j’allais tout perdre – famille, travail, maison – et même que j’allais devenir SDF. J’étais littéralement paniqué pour chaque chose à faire, comme si j’avais perdu toutes mes capacités, et j’étais incapable d’imaginer que j’avais encore un avenir…

Cependant j’ai préféré continuer d’aller à mon travail, car rester à la maison était pire, je tournais littéralement comme un lion en cage. L’activité professionnelle m’a permis de garder un rythme de vie – même ralentie – et de structurer l’emploi de mon temps – en plus de soustraire mon esprit des obsessions dépressives. Bien sûr j’avais perdu mes capacités opérationnelles et j’ai été très reconnaissant à mes collègues directeurs de m’avoir déchargé de mes responsabilités pour un certain temps sans contrepartie…

Pourtant chaque matin avant de partir, je disais à mon épouse « je ne sais pas comment je vais vivre aujourd’hui, ni comment je vais pouvoir rentrer ce soir ». Je me sentais extrêmement mal – mais une souffrance intérieure seulement. Régulièrement mon épouse me demandait «où as-tu mal ? » – sous-entendu où dans mon corps – et je répondais « nulle part », car je n’avais aucune douleur physique, à tel point que je me demandais si ça pouvait être le fruit de mon imagination… Ainsi j’essayais de vivre le plus normalement possible sur le plan physique.

En fait j’avais l’impression de vivre un dédoublement : d’un côté j’avais envie de vivre, de profiter de chaque occasion pour être actif, j’avais la volonté de m’en sortir et de trouver des solutions ; mais d’un autre côté la « logistique » intérieure ne suivait pas, je me sentais « paralysé du cerveau ». Cette phase critique a duré plus d’une année pendant laquelle j’ai dû être « porté » par les autres, que ce soit à la maison, dans la famille, à l’église, à Famille Je t’Aime et au travail – sans compter le suivi médical efficace dont j’ai eu la grâce de bénéficier. J’étais incapable de faire des projets même à court terme. Je n’avais pas d’autre choix que de me laisser conduire au jour le jour sans savoir où j’allais, comme si j’étais handicapé. Et je comprends combien c’était très dur pour mon entourage, tant j’étais plutôt passif et « robotisé ».

* * *

Je devais donner un sens à ce qui m’arrivait. Je vivais cette dépression d’autant plus difficilement que j’étais chrétien (un chrétien peut-il être en dépression ?) et que j’avais connaissance des enseignements de Famille Je t’Aime – nous avions suivi des cycles complets de formation à la Relation d’Aide. J’avais donc plein de questionnements : quelle est la cause de cette dépression, quelle en est la finalité ? Est-ce une maladie psycho-physique (le métabolisme du cerveau est très subtil), ou une attaque spirituelle, ou la conséquence d’un péché, ou une épreuve envoyée par Dieu, ou simplement l’évolution d’un fonctionnement inadapté de ma personnalité ? L’absence de réponse de Dieu ne me rassurait pas, renforçait mes doutes, et ma foi en a été éprouvée : « Est-ce que j’ai raison de faire encore confiance à Dieu ? Dois-je plutôt tout laisser tomber ? ». Quand j’ai considéré toutes les conséquences d’une vie sans Dieu, j’ai mesuré le contraste entre la lumière et l’Amour du Créateur d’une part, et les ténèbres et l’abandon absolu d’autre part. J’ai compris qu’un désespoir existentiel allait m’envahir – ce qui serait bien pire que la dépression. Finalement j’ai renoncé au doute, j’ai persévéré et choisi la Vie. Pourtant je n’ai pas eu du tout de réponse à mes questions, et j’ai dû « faire avec » sur le coup – et même aujourd’hui je n’ai toujours pas de réponse… Je me disais « c’est peut-être un peu toutes ces possibilités à la fois ». Avec le temps je me suis aperçu que ces questions n’étaient pas les plus importantes en pareilles circonstances. Par ailleurs ma prière tout humaine consistait à demander une guérison rapide et miraculeuse, car mon obsession était de retrouver la santé comme avant le plus vite possible. Mais la guérison a été progressive et naturelle dans le temps : le Seigneur avait visiblement un plan pour me faire croître à travers cette épreuve, la pédagogie du Seigneur est bien différente de la nôtre !

* * *

La sortie du tunnel a été tout aussi progressive, avec des hauts et des bas : un progrès acquis un jour ne semblait pas assuré pour le lendemain. J’ai dû « tout réapprendre » – c’est-à-dire reprendre les activités avec confiance, et tout ré-apprivoiser, car toute tâche habituelle et bien maitrisée avant ma dépression m’angoissait. Mais avec la grâce de Dieu je me suis retrouvé dans une nouvelle vie – même si mon caractère et ma personnalité n’ont pas beaucoup varié… En effet, pour les autres, vu de l’extérieur, c’est plutôt la continuité de ma personne qui est visible, mais j’ai vécu le renouvellement à l’intérieur !

Tout au long de cette épreuve j’ai eu la force de chercher du secours pour essayer de comprendre le problème et les solutions possibles auprès de nombreuses personnes : accompagnements spirituels et pastoraux avec partage d’expériences de leaders chrétiens qui avaient vécu une renaissance après leur dépression, séminaires de restauration, soins médicaux psychiatriques et psychologiques…

J’avais besoin de nourrir mon maigre espoir que je pourrais en sortir un jour ! Je me souviens du docteur psychiatre très compétent qui m’a littéralement tenu « à bout de bras » pendant 2 ans lors de courtes séances hebdomadaires, et qui dès le début avait refusé de m’hospitaliser car il m’avait dit « si vous rentrez à l’hôpital, vous aurez du mal à en sortir ». Bien qu’il ne fût pas chrétien, il respectait et soutenait ma foi. Ses conseils et ses encouragements m’ont été précieux, notamment quand il me répétait « vous ne pouvez pas retrouver votre situation d’avant votre dépression, mais vous êtes en train de vous reconstruire, et vous aurez une vie nouvelle ». Je suis extrêmement reconnaissant au Seigneur d’avoir été au contrôle pour tout cela : j’ai vu sa grâce à travers toutes les personnes qui m’ont accompagné, chrétiennes et non chrétiennes, car elles m’ont toutes aidé à marcher par la foi, et ont toutes contribué à ce que je puisse progressivement restaurer cette foi vacillante.

Un collègue m’avait aussi partagé l’expérience d’un ami qui se sentait plus fort après sa dépression qu’avant. Et effectivement c’est ce que j’ai ressenti : je me suis senti mieux armé. Même si ma renaissance a été progressive et en « dents de scie » au début, elle est effective : j’ai acquis un goût renouvelé pour la Vie et un sens plus aigu de ma destinée en Christ, j’ai appris à avoir un regard tourné vers le positif et à développer une attitude orientée plus vers la louange et la reconnaissance que vers la requête personnelle, je me permets de prendre plus de recul sur les événements et de m’engager avec plus d’objectivité dans les activités. De fait le Seigneur me pousse à aller de l’avant (cf. Phil 3 :13-14). Avant même que je ne sois bien rétabli, les amis m’ont fait confiance : les dirigeants de Famille Je t’Aime m’ont proposé d’assumer le rôle de Président – et ce dès 2003 ; j’ai été intégré à l’équipe pastorale de mon église ; on m’a offert un nouveau poste de responsabilité managériale au travail dans le domaine de la Qualité et de la Certification. Je ne me sentais pas encore en pleine capacité, mais j’ai placé ma confiance en Dieu pour exercer ces responsabilités !

* * *

Avec le recul je suis reconnaissant au Seigneur d’avoir traversé cette dépression, car Il m’a protégé d’un break-down fatal et me permet de mieux comprendre les personnes qui traversent des souffrances similaires. Je disais régulièrement à mon épouse « je ne souhaite à personne de vivre ce que je suis en train de vivre » tant c’était dur. Encore aujourd’hui dans ma prière quotidienne je dis au Seigneur « Merci pour cette dépression qui m’a servi de garde-fou (pour m’éviter le pire) et qui a été source de renaissance ». Oui par la grâce de Dieu, ces épreuves n’ont pas détruit ma foi, et j’ai réalisé que ma vie sans Dieu n’aurait eu aucun sens !

Aujourd’hui je ne peux que témoigner et rendre gloire à Dieu pour la Vie qu’il m’accorde. Bien sûr la personne humaine reste complexe et fragile, je dois rester vigilant pour ne pas m’exposer de nouveau à des risques dépressifs. Par ailleurs j’ai encore besoin de changer dans certains domaines, je dois poursuivre mon chemin de restauration personnelle et ma croissance spirituelle. Mais je peux de nouveau dire avec Paul que « mon être intérieur se renouvelle de jour en jour » (cf. 2 Cor 4 v16) !

Mes pensées vont envers tous ceux qui traversent une dépression ou qui se posent des questions sur une dépression récente. Je vous invite à vous référer à l’Evangile, en particulier au récit des disciples pris d’angoisse dans leur barque agitée par la tempête et faisant des reproches à Jésus qui dormait en toute confiance (cf. Marc 4:35-41) : Jésus est là dans notre tempête pour accompagner chacun, et c’est lui qui choisit la façon la plus pédagogique pour calmer cette tempête et la mieux adaptée à la personnalité de chacun.

Avec la grâce de Dieu, oui il y a une nouvelle vie après la dépression !

Phi 3 : 13-14 «Frères, je ne pense pas l’avoir saisi, mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ».

Jean-Jacques LANGLOIS Président de Famille Je t’Aime

Article paru dans le bulletin « Un cœur pour la famille » N°63 Automne-Hiver 2016 de l’association « Famille Je t’Aime ». Publié avec l’aimable autorisation « Famille Je t’Aime » et de l’auteur.

« Famille Je t’Aime » est une Association Familiale Protestante au service des églises œuvrant pour la famille, les couples, les enfants, les personnes individuelles. Elle est « une réponse chrétienne aux besoins de la famille d’aujourd’hui ». Voir le site http://famillejetaime.com/

Un chemin de foi dans des contextes différents, le témoignage d’Ide.

Septième de neuf enfants au sein d’une famille catholique pratiquante dont le père était médecin, je suis née avec des malformations corporelles, qui ont été soignées. Mais, enfant, le sujet n’a jamais été évoqué : ni avec mon père, ni avec ma mère. Il a été complètement occulté et j’ai donc été élevée comme mes autres frères et sœurs, sans aucun privilège et aucune faveur. J’étais comme les autres !

J’avais, heureusement pour moi, un tempérament gai, taquin, enjoué et je chantonnais beaucoup. Nous avons tous été scolarisés dans l’école catholique de la ville où nous habitions.

Quand j’ai fait ma première communion, à 7 ans, recevoir Jésus dans mon corps, dans mon cœur… a été quelque chose de formidable ! Il est devenu mon Ami. Et quand on se moquait de moi ou qu’on ne voulait pas jouer avec moi, je filais dans la chapelle et restais là, le temps de la récréation, à pleurer.

A 12 ans, j’ai fait ma Communion Solennelle et là, je m’entends encore dire :

“Je m’attache à Jésus christ et je m’engage à le suivre pour toujours”

C’était d’autant plus important pour moi, que, peu après, je quittais l’école pour subir une grosse opération chirurgicale puis être soignée pendant deux ans à l’Institut Calot de Berck (62). Dans ces moments la seules ma foi et mon assurance que Jésus était avec moi, en toutes circonstances, m’ont aidée à tenir le coup ! L’opération a duré 8h30 et faillit mal se terminer ! Mais, non, Dieu veillait sur moi.

A 14 ans,  de retour, à la maison puis de nouveau à l’école catholique, j’ai beaucoup souffert de rejets, de quolibets de toutes sortes. Mais, je filais dans la chapelle familière et, devant la Croix, je confiais tout à Jésus. De là est venu mon goût pour la prière et l’adoration au pied de la croix.

Durant mes deux ans à Berck, je m’étais créée “des amies de galère”. L’une d’elles souhaitait voir TAIZE et rencontrer le Frère Roger Schutz. Mes parents m’ont autorisée à y aller pour Pâques 1968.

Là, j’ai découvert les Psaumes qui, lus avec tellement d’intensité dans la prière par ce frère protestant, m’ont bouleversée et fort interpellée. Cela m’a donné envie de mieux connaître les protestants, dont j’ignorais totalement l’existence ! Prier et lire un psaume en se confiant à l’Eternel étaient choses nouvelles et j’y ai pris goût !

En rentrant, j’ai cherché à connaître mieux ces nouveaux frères. Plus tard, en 1973, je me suis engagée dans un groupe œcuménique. Je travaillais alors sur Troyes. J’ai appris à apprécier chaque particularité des différentes religions du groupe : catholiques, protestants et orthodoxes.

Mais ma soif n’était pas assouvie ! J’ai eu alors la joie de découvrir les groupes charismatiques : d’abord sur Paris, puis sur Troyes et, en 1977, j’ai pu recevoir “l’Effusion de l’Esprit”, avec ce chant que j’avais choisi :

O Prends mon âme, prends la Seigneur et que Ta flamme brûle en mon cœur…”

Et des forces, des énergies nouvelles, un nouveau dynamisme m’ont été donnés !

Par la suite, n’ayant pas reçu beaucoup de manifestations affectives de la part de mes parents, il y eut une période où, en quête d’amour humain, je me suis, si je puis dire, égarée. Cependant, chaque année, je participais à une retraite pour faire le point sur ma vie. En 1981 je décidais de faire cette retraite à La Roche d’Or. Là, le Seigneur m’attendait au virage : Lors d’un long temps d’adoration dans la chapelle, j’ai reçu cette phrase dans mon cœur :

“Mon amour te suffit ! Cesse de courir après l’amour des hommes” !

De retour chez moi je quittais aussitôt l’homme avec lequel je vivais et m’orientais vers une vie toute donnée à Jésus. Malheureusement, pour diverses raisons, mes deux essais de vie communautaire ont échoué. Mais, heureusement, j’ai pu retrouver un groupe interconfessionnel dans la région parisienne.

Cependant je n’étais pas totalement satisfaite de ma vie. Je restais toujours en recherche de quelque chose de plus radical, de plus vrai. Il m’a fallu des années pour que je me décide à demander le baptême « adulte » dans une église évangélique. Pour moi ce fut-là enfin l’engagement total et vrai. J’appartenais à l’église de Jésus, à tous ces chrétiens qui Lui ont donné leur vie, qui s’en remettent à Lui seul pour gérer leur existence. Maintenant, je ne peux plus dire que je suis catholique ou protestante ! J’appartiens à l’Eglise de Christ ! Mais, en même temps, je ne peux me résoudre à quitter totalement l’église catholique, ni à m’engager uniquement dans une église baptiste (celle que je fréquente actuellement) car, je trouve, dans les deux confessions, des richesses différentes.

Avec mes frères catholiques, j’aime le silence, le recueillement dans l’église. Je trouve important de se reconnaître pécheur à chaque début de messe, ensuite l’offertoire et la consécration du pain et du vin sont des rites qui m’interpellent, qui me rendent humble et toute petite devant mon Seigneur et Maître. L’eucharistie reste pour moi une chose très importante parce que, à chaque fois que je reçois la communion, c’est la présence vivante de Christ en moi, et je reçois une force qui me dynamise, me revitalise et me donne une immense joie et une immense paix. Je ne me sens plus la même avant et après.

Avec mes frères Protestants, j’apprécie d’étudier la Parole de Dieu, de pouvoir jongler entre les différents écrits (l’ancien et le nouveau testament), de pouvoir prier, partager tout haut notre Foi, notre Confiance totale en l’Eternel à travers ce que nous vivons, ou de pouvoir communiquer tel texte qui nous a fortifié dans la semaine. J’aime faire mon culte du matin avec Sa Parole et pas uniquement en récitant le Notre Père, une très belle prière, mais qui bien souvent, dans notre enfance, était récitée comme un moulin. Aujourd’hui, quand je la récite, je la vis avec tout mon cœur. Après, quand je suis avec mes frères Protestants, je ressens davantage l’action de l’Esprit Saint.

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Redressez-vous et relevez la tête !

Vide de Anne FaisandierNouvelle année égal nouvelles craintes, nouveaux espoirs !

Vaille que vaille, jours après jours nous avancerons. Autant marcher alors aussi confiant que possible puisque, à supposer qu’à sa toute fin 2017 donne raison aux pessimistes, les marcheurs optimistes auront traversé plus agréablement l’année. Raison de plus pour accueillir et méditer le texte ci-dessous.

Dans un monde où les menaces abondent, et, à notre échelle personnelle, une circulation de nouvelles qui nous rappellent la fragilité de notre existence terrestre, nous sommes aujourd’hui comme en d’autres temps bien plus sombres, confrontés à l’adversité. Et pourtant, ce n’est qu’une part de la réalité. Car nous sommes portés par un mouvement de vie et nous sommes à même de pouvoir ressentir constamment des expressions de générosité, de bonté et de beauté. Pour faire route dans cet univers contrasté, pour adopter un regard juste, pour porter de bons fruits, nous avons besoin d’éclairages qui suscitent en nous des dispositions positives. Anne Faisandier nous appelle ainsi à l’accompagner dans une méditation à partir d’un texte d’évangile (Luc 21. 25-33) qui, en décrivant des évènements catastrophiques, nous appellent à la vigilance. A vrai dire, ce texte peut donner lieu à bien des interprétations selon les pulsions et les humeurs. Ainsi, au long des années, on a entendu à propos de ce texte des propos nébuleux et, pire, des commentaires engendrant la peur et la culpabilité. Au contraire, à partir de ce texte, Anne Faisandier apporte un discernement, appelle à une vigilance positive et ouvre à l’espérance : « « Redressez-vous et relevez la tête ». Nous avons relevé les paroles de Anne Faisandier dans une vidéo (1) de la série « Pasteur du dimanche » (2) et nous en soulignons certains passages.

« L’apocalypse, cela nous fait toujours peur parce que cela met sous nos yeux la réalité terrifiante d’un monde en train de se déconstruire, un univers ébranlé et des catastrophes naturelles, et aussi la violence, l’homme contre l’homme et le règne de la mort. Si ce texte fait cela, ce n’est pas pour nous menacer de quelque chose qui pourrait nous arriver demain, C’est, je crois, au contraire pour prendre tout à fait au sérieux ce qui nous arrive aujourd’hui, parce que c’est notre réalité aujourd’hui que de devoir traverser ces angoisses, ces frayeurs, cette déconstruction du monde.

Mais le mot : apocalypse ne veut pas dire : catastrophe. Non, il veut dire : révélation. Et je crois que s’il nous met cette réalité là sous les yeux, c’est pour nous révéler trois choses.

La première, c’est qu’il ne faut pas être dans le déni. Parce que le déni de cette réalité difficile, compliquée, terrifiante est pire que de la regarder en face et de prendre en compte la réalité.

La deuxième chose, c’est que, si nous sommes dans le déni, alors il y a de fortes chances que nous soyons soumis à ces forces du mal qui sont à l’œuvre et qui déconstruisent le monde, ces forces qui sèment la terreur, qui profèrent la haine, qui prônent le repli sur soi, qui érigent l’injustice en loi, l’égoïsme en principe de base au risque de détruire l’univers qui est autour ce nous.

La troisième chose que fait ce texte, c’est qu’il nous indique une espérance : « Redressez-vous et relevez la tête quand vous verrez cela arriver », nous dit le texte. Redressez-vous et relevez la tête, parce que c’est dans cette réalité-là, dans ce monde-là que vous verrez celui qui vient vers vous en Jésus-Christ. C’est là que Dieu a choisi d’établir son royaume pour vous, avec vous, pour le monde entier. Le monde de l’apocalypse est le même que celui où vient s’établir le royaume de Dieu.

Alors ce texte nous indique que nous avons devant nous un choix, le choix de voir la réalité en face ou de la refuser, le choix de nous engager ou de baisser  la tête comme si de rien n’était. Et il nous dit clairement que le choix de la vie, c’est le choix du veilleur, de celui qui relève la tête, de celui qui s’engage et qui choisit la vie… ».

Dans un  monde qui « souffre les douleurs de l’enfantement » (Romains 8.23), nous croyons qu’en Christ ressuscité, une nouvelle création est en route. Ce processus est déjà opérant. Et c’est donc bien dans la réalité actuelle que « Nous voyons Celui qui vient vers nous en Jésus-Christ » et que « Dieu a choisi d’établir son Royaume pour nous, avec nous et pour le monde entier ». Alors nous pouvons regarder en avant et nous appuyer sur des signes positifs comme nous y invite le théologien de l’espérance, Jürgen Moltmann (3) : « L’attente de l’avenir du Christ situe le présent dans la lumière de ce qui vient, et fait faire l’expérience de la vie corporelle dans la force de la résurrection. C’est ainsi qu’elle devient une vie « la tête haute » (Luc 21. 28) et « une marche debout » (Ernst Bloch)…. Vivre dans l’espérance, c’est vivre dans l’anticipation de ce qui vient, dans « une attente créatrice »… C’est à une telle vie vécue dans l’anticipation qu’avait appelé l’Assemblée du conseil œcuménique des Eglises à Upsal en 1968 : « Assurés de la puissance de Dieu, nous vous adressons cet appel : prenez part à l’anticipation du royaume de Dieu et rendez visible dès maintenant quelque chose de la création nouvelle que le Christ accomplira lors de son jour » (4).

Ainsi, dans ce monde où nous rencontrons menaces et souffrances, « Faisons le choix du veilleur, de  celui qui relève la tête, de celui qui s’engage et qui choisit la vie ».

J H

Sur voir aussi sur le blog http://www.vivreetesperer.com : « Face à la détresse du monde » : http://www.vivreetesperer.com/?p=1643

« Les malheurs de l’histoire. Mort et résurrection » : http://www.vivreetesperer.com/?p=744

« En eau profonde » : http://www.vivreetesperer.com/?p=409

« Une vie intérieure qui croit et que rien ne peut détruire » : http://www.vivreetesperer.com/?p=888

« L’avenir inachevé de Dieu. Pourquoi c’est important pour nous ! » http://www.vivreetesperer.com/?p=1884

« Confiance ! Le message est passé » http://www.vivreetesperer.com/?p=1246

La prière dans la vie de Barack Obama

Un ancrage face à la peur

Vidéo de Barack ObamaDans bien des circonstances de notre vie, face aux menaces qui surgissent et font irruption dans notre existence, nous ressentons désarroi, peur, angoisse. C’est le moment de nous rappeler que nous ne sommes pas seul. Le croyant peut se confier à Celui qui est présence d’amour et puissance de vie.

A travers les médias, nous sommes confrontés aux souffrances et aux inquiétudes répandues dans le monde. Là aussi, nous avons besoin d’une inspiration qui puisse nous éclairer. Et combien cette inspiration est-elle nécessaire pour les dirigeants engagés dans la conduite des affaires du monde ! C’est là que le témoignage de Barack Obama comme président des Etats-Unis, est particulièrement précieux. Confronté à des situations parfois redoutables, il s’est récemment exprimé sur sa pratique de la prière, dans le cadre du « National Prayer Breakfast » (1). Il a ouvert son intervention en citant un verset biblique (2 Timothée 7), puis en le commentant à partir de son expérience personnelle : « Car Dieu ne nous a pas donné un esprit de peur, mais un esprit de puissance, d’amour et de sagesse » (« For God has not given us a spirit of fear, but of power and of love and of a sound mind ».

 « La peur peut nous entrainer à tomber dans le désespoir, la paralysie ou le cynisme »

« Nous vivons à une époque extraordinaire », nous dit Barack Obama. C’est une période où « le changement est extraordinaire » et il en mesure les avantages, mais aussi les menaces et les dangers. « Il y a un écart  qui donne le vertige entre les gens dans le besoin et ceux dans l’abondance. Nous pouvons craindre la possibilité non seulement que le progrès soit en perte de vitesse, mais que, peut-être, nous ayons davantage à perdre. Et la peur produit des choses étranges. La peur peut nous pousser à nous en prendre à ceux qui sont différents… Elle peut nous entrainer à tomber dans le désespoir, la paralysie ou le cynisme. La peur peut nourrir nos penchants les plus égoïstes et éroder les solidarités communautaires ». Et « la peur est une émotion primitive dont chacun de nous fait l’expérience. Elle peut être contagieuse, en se répandant à travers les sociétés et les nations. Et si nous nous laissons entrainer, les conséquences de cette peur peuvent être pires que toute menace extérieure ». Voici un diagnostic qui fait écho aux menaces que nous percevons aujourd’hui dans certaines attitudes politiques. Et cela vaut aussi pour les extrémismes religieux.

Président Obama et la prière

« Pour moi, la foi est un grand remède à la peur »

Sur ce blog, à travers la présentation d’un dialogue entre Barack Obama et le Pape François, nous avons pu dégager de grandes orientations communes qui s’inspirent des valeurs de l’Evangile (2). Aujourd’hui, Barack Obama nous fait part de la force intérieure qu’il trouve dans la prière et qui lui permet d’assumer des responsabilités considérables. C’est un homme authentique qui ose parler, non seulement de ses convictions, mais de ses émotions personnelles.

« Pour moi, la foi est le grand remède à la peur. Jésus est un bon remède à la peur. Dieu donne aux croyants la puissance, l’amour et la sagesse requise pour vaincre la peur… N’est-ce pas dans cette époque changeante et tumultueuse que nous avons besoin de sentir Jésus se tenir à coté de nous, affermissant nos esprits, purifiant nos cœurs et nous montrant ce qui importe vraiment… Son amour nous donne le pouvoir de résister à la tentation de la peur. Il nous donne le courage pour rejoindre les autres par delà ce qui divise plutôt que de les rejeter. Il nous donne le courage d’aller à l’encontre des conventions pour défendre ce qui est juste, même quand ce n’est pas populaire, le courage de résister non seulement à nos ennemis, mais parfois à nos amis. Il nous donne la force de nous sacrifier pour une cause qui nous dépasse… ou pour prendre des décisions ardues en sachant que nous pouvons seulement faire de notre mieux. Moins de moi, plus de Dieu. Et ensuite, d’avoir le courage d’admettre nos échecs et nos péchés tout en nous engageant à apprendre de nos fautes et en essayant de faire mieux… Certainement, durant le temps de cet immense privilège pour moi de servir comme président des Etats-Unis, c’est ce que la foi m’a apporté. Elle m’aide à faire face aux craintes quotidiennes que nous partageons tous ». Et le président de mentionner avec humour les inquiétudes liées au départ des grands enfants du foyer familial.

« La foi m’aide à traiter des affaires qui sont propres à ma fonction »

« Chaque jour, nous craignons de ne plus avoir une vue claire du dessein de Dieu. Nous cherchons à voir comment nous nous inscrivons dans son projet. Et puis la foi m’aide à traiter des affaires qui sont propres à ma fonction. Comme Nelson Mandela l’a une fois déclaré : « J’ai appris que le courage n’était pas l’absence de la peur, mais la victoire par rapport à celle-ci. L’homme brave n’est pas celui qui n’éprouve pas la peur, mais celui qui la surmonte ». Et certainement, il y a des moments où je dois me répéter cela dans l’exercice de mes fonctions ».

Barack Obama évoque quelques défis qu’il a du affronter. « Comme chaque président, comme chaque dirigeant, comme chaque personne, j’ai connu la peur. Mais ma foi me dit que je n’ai pas à craindre la mort, que l’acceptation du Christ me promet la vie éternelle et le pardon des péchés. Si l’Ecriture m’enseigne à « porter la pleine armure de Dieu » pour que je sois capable de résister lorsque vient la tourmente, alors certainement je peux faire face à des aléas temporaires, certainement je puis combattre les doutes, je puis me mettre en action ».

« Ce que j’ai vu chez tant d’entre vous, ce Dieu que je vois en vous, cela me rend confiant dans l’avenir »

Mais la foi de Barack Obama n’est pas une foi solitaire. Elle s’inscrit dans une communion. « Et si ma foi vacille, si je perd mon chemin, je puise ma force, non seulement chez ma remarquable épouse, chez des amis et des collègues exceptionnels, mais aussi chez les bonnes personnes de toutes  confessions dont je suis témoin qui, à travers ce pays et à travers le monde, réalisent chaque jour le travail du Seigneur en s’appuyant sur sa puissance, son amour et sa sagesse pour nourrir ceux qui ont faim, guérir les malades, enseigner nos enfants et accueillir l’étranger ». Barack Obama évoque des exemples d’action humanitaire entreprise par des croyants à travers le monde, cette « marche d’espérance vivante » (« This march of living hope », ainsi dénommées par le Pape François.

Et puis, « il y a encore davantage : l’effort moins spectaculaire, plus tranquille des communautés croyantes simplement pour aider les gens. Voir Dieu dans les autres. Et nous sommes poussés à faire cela parce que nous croyons à  ce que tant de nos confessions de foi nous enseignent : Je suis le gardien de mon frère, je suis le gardien de ma sœur. Comme chrétiens, nous sommes poussés par l’Evangile de Jésus : le commandement d’aimer Dieu et de nous aimer les uns les autres ». Ainsi, « oui, comme chacun d’entre nous, il y a des moments où j’ai peur. Mais, ma foi, et encore plus ce que j’ai vu chez tant d’entre vous, ce Dieu que je vois en vous, cela me rend confiant dans l’avenir. J’ai vu tant de gens qui savent que Dieu ne nous a pas donné un esprit de peur. Il nous a donné puissance, amour et sagesse ».

Deux histoires qui nous parlent de foi, d’amour et de courage

Barack Obama achève son exhortation en racontant deux histoires qui nous parlent de foi, d’amour et de courage.

Il évoque ainsi un sergent fait prisonnier par l’armée allemande, avec d’autres soldats américains, pendant la dernière guerre mondiale. Les allemands voulaient identifier les soldats juifs. Au lieu de désigner ses camarades juifs, le sergent réunit tous les soldats et, malgré la menace de mort d’un officier nazi, il répéta : « Nous sommes tous juifs ». « Ainsi, à travers cette lumière morale, à travers un acte de foi, le sergent Edmonds a sauvé tous ses frères d’arme juifs ».

La seconde histoire est celle d’un musulman américain rencontré par Barack Obama lors de sa récente visite à la mosquée de Baltimore. Rami Nashashibi est travailleur social à Chicago où il collabore avec différentes communautés et églises. Il a raconté à Obama comment, se promenant dans un parc avec ses enfants, après la tuerie de San Bernardino commise par des terroristes islamistes, il avait hésité à prier publiquement selon le rite musulman des cinq prières quotidiennes. Sa fille lui avait demandé pourquoi il ne priait pas comme il le faisait habituellement. Alors, il s’était souvenu des nombreuses fois où il avait raconté à ses enfants la marche pour les droits humains et la justice, effectuée dans ce parc, par Martin Luther King et le rabbin Robert Marx. « Et alors, à ce moment, puisant du courage dans le souvenir de l’action de ces hommes de différentes religions, Rami a refusé d’enseigner la peur à ses enfants ». Il a déployé son tapis de prière et il a prié.

« Ces deux histoires », rapporte Barack Obama, « me donnent du courage et de l’espoir. Et elles m’édifient dans ma propre foi chrétienne ».

 Ainsi, la prière de Barack Obama se déploie en communion avec tous ceux qui recherchent la paix, la justice, la bonté. C’est un état d’esprit qui fait écho à la parole d’une épitre : « Portez votre attention sur ce qui est bon et digne de louange, sur tout ce qui est vrai, respectable, juste, pur, agréable et honorable » (Philippiens 4.8). C’est une prière qui  fortifie et qui porte une dynamique de vie. « Je prie pour que nos dirigeants agissent toujours avec humilité et générosité. Je prie pour que mes défaillances soient pardonnées. Je prie pour que nous remplissions notre devoir d’être de  bons serviteurs de la création de Dieu, cette belle planète. Je prie pour que nous voyons chaque enfant comme si c’était le nôtre, chacun digne d’amour et de compassion. Et je prie pour que nous répondions à l’appel de l’Ecriture à aider les gens vulnérables à se relever, à tenir bon en faveur de la justice et à agir pour que chaque être humain vive dans la dignité ».

Jean Hassenforder

1)  Sur YouTube: Président Obama speaks at the National Prayer Breakfast (intervention à la fin de cette rencontre) : https://www.youtube.com/watch?v=ifvN7JDpkXw

Texte de l’intervention : The White House. Remarks by the President at the National Prayer Breakfast : https://www.whitehouse.gov/the-press-office/2016/02/04/remarks-president-national-prayer-breakfast-0 Pour faciliter l’accessibilité de ce texte aux francophones, nous proposons ici des extraits adaptés en français

2)  Sur le bloghttp://www.vivreetesperer.com « La rencontre entre le Président Obama et le Pape François » : http://www.vivreetesperer.com/?p=2192