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De l’espoir sur la prospective

Vous êtes habitué(e) à méditer en marchant dans les rues, sur le bord des chemins et le long des trottoirs ? A lire ou à écrire à l’arrière des voitures et dans les trains, dans des cafés ou au fond de votre lit ? Hé ! Bien, où que vous vous trouviez, notre nouvelle édition est faite pour vous, le sommaire et thèmes de prospective pour 2018 vous attendent dans la suite de cet édito. Autant de pistes pour mieux connaître ce qui marche déjà bien en France et penser à s’engager dans ce qui pourrait marcher encore mieux bientôt, peut-être, grâce à chacune et chacun de nous. « Viser plus, demander plus. C’est cela l’espoir : il attend toujours plus que l’effectuable ; nous sommes dépositaires du surplus de l’espoir sur la prospective. » (Paul Ricoeur*) Bonnes méditations💡 DG

Noyé(e) sous l’info ? A chaque nouvelle édition, la Lettre de nouvelles de Témoins vous propose une sélection dans l’actualité de la culture chrétienne émergente et tente de vous proposer ce qui est important, à travers ses rubriques Recherche et innovation, Culture et société, Vie et spiritualité et Actualités. Ce mois-ci : « Culture numérique et spiritualité », par Pierre-Jean Gubert, « Un évènement dans la ville », par Jean Hassenforder, « Pour une théologie en phase avec les questions de notre temps », par Rodolphe Gozegba, et « Mandela et Gandhi. La sagesse peutelle changer le monde ? »…

Mais tout d’abord voici comme annoncé, 8 pistes de réflexion, ces fameux Tops plus ou moins faciles, qui peuvent nous aider, nous faire sourire ou réfléchir, voire même, nous faire avancer !

1. Les vélos à disposition en autonomie
En ce début d’année, plusieurs nouveaux fournisseurs de la deuxième génération de « Vélib’ » à Paris et en province, Smoovengo et Goobee Bike, par exemple, ont du fermer leurs antennes dès janvier, notamment à Reims, Lille et Montpellier, suite à de trop nombreuses dégradations.
Pourtant ce service renforce l’offre des vélos en libre-service dans les grandes villes et en est quelquefois le seul pourvoyeur. Alors, à quand la victoire de ce nouveau mode de transport urbain qui vient de fêter ses 10 ans en France ? Un repère à cultiver soigneusement (lui aussi), en 2018 : David contre Goliath.

2. La réquisition de logements pour les sans-abri
Dans plusieurs pays, l’Etat a calculé qu’un « sans abri coûte plus cher dans la rue que dans un logement. Dès lors, les pouvoirs publics sont en mesure de faire une réquisition des logements vacants pour accueillir les personnes qui vivent dans la rue. C’est notamment le cas de l’Utah, qui applique systématiquement la mesure depuis une dizaine d’années ». En France, malgré les dispositions législatives de 1945 puis 1995-1996, la réquisition des logements vacants ne progresse pas ou très peu, si l’on tient compte du parc d’immeubles vacants, et surtout de l’importance de notre résistance culturelle. La question : « comment échapper à la réquisition de logements vacants » est au Top des requêtes sur Internet. Vous avez dit: résistance culturelle, ou exception française ?

3. Les auberges de jeunesse
Nous avons de superbes auberges de jeunesse en France et de magnifiques gîtes, hôtels, camping et « Air B and B » (du nom de la principale plate forme d’échanges de logements entre particuliers); mais les auberges de jeunesse, en nombre, finalement, nous n’en avons pas tant que ça (152), par rapport à des dizaines d’autres pays dans le monde. Dans les pays d’Europe, d’Eurasie ou encore d’Amérique latine (ou même aux Etats-Unis, à New-York), l’auberge de jeunesse est le système auquel les jeunes ont le plus souvent recours pour voyager dans de bonnes conditions à des prix abordables. Des auberges de jeunesse plus nombreuses en France… où il fait si bon vivre… I have a dream ?

4. La mise en place de conditions carcérales dignes
Cette liste de pistes prospectives a été imaginée fin 2017, c’est-à-dire un mois avant les grèves de janvier 2018 dans les établissements pénitenciers en France, tant les conditions de vie en prison sont devenues un serpent de mer et un enjeu du débat public. Il est certainement temps de s’inspirer des modèles nordiques, où le taux de récidive est bien moindre qu’en hexagone : « la prison doit aussi préparer à la réinsertion et n’est pas simplement un instrument punitif et de prévention ». Dans ces domaines en France, en urgence, les choses sont en train de changer.

5. Le financement du gratuit et de Wikipédia
Étonnement, d’après une étude, citée par Topito, seuls 11% des utilisateurs français de Wikipédia se disent prêts à donner de l’argent à la Fondation, « qui ne fonctionne que sur les dons et ne s’inscrit pas dans un modèle de profit mais bien d’entraide collaborative ». A l’opposé, des pays comme l’Inde répondent favorablement à 42% à ces demandes de dons : idem pour l’Egypte et les Etats-Unis ! Il est possible que l’on se mette à aimer payer pour ce qui en vaut la peine en France. C’est une question d’économie, de culture et de réalisme…mais pas seulement.

6. La méditation à l’école
Alors que les études se multiplient prouvant les bienfaits à long terme de la méditation sur la santé, le bien-être et la capacité de concentration, la France tarde toujours à embrasser le mouvement. Aux Etats-Unis, au Canada comme en Europe du nord, des méthodes de méditation adaptées à l’enfant sont mises en place dans certaines classes depuis 2009. Mais en France, les pouvoirs publics demeurent sceptiques par rapport à ces pratiques. Avis aux lanceurs d’alerte !

7. Les livres en libre service
Au Danemark et en Angleterre, au Québec et au Canada – et de manière générale dans tous les pays où il fait froid -, la pratique de la bibliothèque publique et ouverte tard est courante. Le « swapping », l’échange de livre est courant : on prend un livre, on le remplace par un autre. Les livres passent de main en main. Les bons livres ont ainsi plusieurs vies ! Mais en France, pour l’instant, ça n’a pas pris. Alors, je vous le dis, pour ce changement comptez sur moi – et contactez-moi, je vous aiderai à adopter une boîte à livres et alimenter le partage. Et vous verrez, un jour en France : chaque enfant aura un livre à lui, chez lui.

8. Le tri sélectif
Plus de la moitié des Français affirment ne pas trier systématiquement leurs déchets. La mise en place du tri sélectif en France datant du tout début des années 2000, nous devrions avoir fini notre « phase d’adaptation » et atteindre la majorité ; alors, en 2018, nous ferons mieux !

* Conclusion (de Paul Ricoeur dans : Plaidoyer pour l’utopie ecclésiale, Labor et Fides, 2016) :
“Pour moi, la première manière de rendre raison de ma profession de foi, c’est donc, d’une manière encore extérieure, de montrer la nécessité pour nos sociétés modernes d’une tension, d’une dialectique sans fin, entre l’exigence utopique et l’optimum raisonnable d’une action économique, sociale et politique. Viser plus, demander plus. C’est cela l’espoir : il attend toujours plus que l’effectuable ; nous sommes dépositaires du surplus de l’espoir sur la prospective. En quoi est-il besoin de chrétiens pour cet office ? Je ne nie pas que d’autres puissent exercer cette pesée aussi. Je dis que le chrétien a des raisons spécifiques pour le faire : l’annonce de la mort et de la résurrection du Christ, c’est pour lui la lecture d’un chiffre de l’histoire où est attesté le surplus du sens sur le non-sens. Dans le langage de Saint Paul: là où le péché a abondé, la grâce surabonde. Être chrétien, c’est déchiffrer les signes de cette surabondance, dans l’ordre même où l’humanité exprime son dessein. Le chrétien, c’est l’adversaire de l’absurde, le prophète du sens.
Non par volonté désespérée, mais par reconnaissance que ce sens à été attesté dans les événements que l’Ecriture proclame. Mais ce sens, le chrétien n’a jamais fini de le détailler.”

Aujourd’hui

Aujourd’hui, reconnaître la présence de Dieu et vivre la foi au cœur de la vie

A notre époque où le monde est engagé dans une grande mutation, nous pouvons nous polariser sur les menaces qui abondent, nous replier sur notre héritage religieux et culturel. Ou bien, confiant dans la présence active d’un Dieu qui nous appelle à l’espérance, nous pouvons rendre grâce pour les merveilles qui existent dans ce monde et participer à la transformation en cours. Tout dépend de notre regard. Tout dépend de notre vision.
« Que le Dieu de l’Espérance nous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi pour que nous abondions en espérance par la puissance du Saint Esprit ! (Romains 15.13). Avec le théologien Jürgen Moltmann, nous « croyons à un Dieu de l’Espérance qui marche devant nous et nous précède dans le déroulement de l’histoire. C’est le message de la Bible… Le christianisme est résolument tourné vers l’avenir et invite au renouveau… la foi est chrétienne lorsqu’elle est la foi de Pâques. Avoir la foi, c’est vivre dans la présence du Christ ressuscité et tendre vers le futur Royaume de Dieu » (1). Ainsi, nous pouvons reconnaitre la présence de Dieu dans la vie du monde et dans la notre et contribuer à son œuvre.
Les articles publiés aujourd’hui sur ce site participent à cette vision.

Dans son livre : « Cyberthéologie », Antonio Spadaro nous invite à découvrir un nouveau monde : « Le web n’est pas un instrument, mais un milieu dans lequel nous vivons ». En des termes nouveaux, nous sommes appelés à vivre l’Evangile au cœur de la vie. A cet égard, un passage du livre d’Antonio Spadaro nous parait particulièrement signifiant : « Soixante dix ans après le voyage du premier train commercial sortait le roman « Jude l’obscur » (1995) de Thomas Hardy. Dans ces pages, Sue Bridehead répond ainsi à Jude qui lui demande d’aller s’asseoir dans la cathédrale : « Oui, même si en ce qui me concerne, je préférerais aller m’asseoir à la gare », répondit-elle, une trace de colère dans la voix. C’est là que se trouve la vie citadine. La Cathédrale a fait son temps ». La gare, dans ce dialogue, n’est pas un non lieu, un lieu de passage rapide, mais elle devient le centre des connections au cœur même de la ville, « milieu » symbolique également et non pas simple consigne d’un moyen de transport. Si cela est vrai en ce qui concerne la gare, ce l’est encore plus aujourd’hui en ce qui concerne le Net ». La religion a trop souvent été vécue comme un univers clos. Antonio Spadaro nous invite à « penser le christianisme à l’heure d’internet ». C’est vivre l’Evangile au cœur de la vie.

Et, de même, lorsque Frédéric de Coninck découvre la biennale 2012 d’art contemporain de Venise, il nous montre comment, au carrefour de la culture d’aujourd’hui, cette grande exposition évoque des problèmes qui soulèvent des questions spirituelles. « De toute part, les questions et attentes spirituelles des contemporains se livrent à visage découvert ». Or « les grandes religions semblent figées dans des formes rituelles qui ne font plus sens autant pour les artistes que pour la plupart des visiteurs. Et elles suscitent la méfiance parce qu’elles sont érigées en magistère moral dés qu’elles ont accédé au pouvoir ». Ainsi il y a un hiatus à combler entre foi religieuse et spiritualité.

Les jeunes générations vivent aujourd’hui dans un nouvel espace et un nouveau genre de vie. Nouvelles opportunités, mais aussi nouveaux problèmes. Et comment les églises peuvent-elles répondre aux aspirations spirituelles correspondantes alors que, bien souvent, elles sont éloignées de cette génération montante. Lorsqu’il est arrivé à la trentaine, Charly Mootien s’est interrogé sur le sens de sa vie. « Depuis mes 30 ans, je sais que j’entre dans une nouvelle phase de ma vie. Il est temps de savoir ce que je veux construire, dans quoi je veux investir, ce que je veux laisser derrière moi ». En faisant appel à son expérience riche en rencontres et à une vaste information bien choisie et bien présentée, Charly Mootien apporte un itinéraire de réflexion et de formation qui ouvre la voie d’un cheminement et d’une formation en réponse aux questions de cet âge et bien au delà…

En Suisse romande, à Lausanne, Cèdres formation, Institut de formation en théologie, christianisme et religion, vient d’organiser une série de conférences interactives permettant une réflexion sur l’Eglise émergente, les grandes églises innovantes américaines et les « fresh expressions » britanniques comme source d’inspiration pour un renouvellement des Eglises. Depuis des années, Témoins œuvre dans la même voie. Et nous nous réjouissons de cette convergence. Cèdres formation publie également une revue : « La Revue des Cèdres ». David Gonzalez nous présente ici le dernier numéro : « L’Eglise pour y venir », toute une gamme de contributions pour le renouvellement de l’Eglise.

Une des caractéristiques majeures du monde d’aujourd’hui, c’est le mouvement accéléré vers la globalisation, un mouvement croissant d’unification, qui entraine en retour de fortes crispations. Les « articles à relire » traitent de cette dimension. Dans quel contexte international la foi chrétienne se déploie-t-elle aujourd’hui ? On peut revenir à la fin de ce parcours au livre d’Antonio Spadaro qui, dans son dernier chapitre, décrit la densification des communications sur le web à l’image de la « noosphère » évoquée par Teilhard de Chardin.

Tout ce que nous venons d’évoquer en présentant cette nouvelle livraison sur le site de Témoins, peut se traduire en une expression : la foi au cœur de la vie. C’est aussi le fil conducteur de la spiritualité vécue à Témoins depuis ses débuts. Et un accent sur la communion fraternelle va de pair. Et c’est bien là une démarche en phase avec une aspiration à la convivialité et à la fraternité qui s’exprime de plus en plus à notre époque en des registres divers et des lieux variés. Nous suivons ce mouvement dans notre veille de recherche, tant ce qui apparait dans la société que ce qui s’exprime dans les Eglises. Les célébrations du 500è anniversaire de la Réforme n’ont-elles pas pris la fraternité pour emblème ? Et, tout récemment, nous découvrions un message de Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, rapporté dans une interview du « Pèlerin » (2). Celui-ci, annonçant que les paroisses ne couvriraient plus désormais l’ensemble de ce territoire, invitait les baptisés à la mise en oeuvre d’une « fraternité de proximité ». Il « invitait les baptisés à se retrouver en petites « fraternités, une fois par semaine pendant une demie heure pour échanger quelque nouvelles et prier… Ces fraternités devraient être ouvertes. Je leur demande de dire le Notre Père… Petit à petit, je pense que, dans l’esprit du Notre Père, elles vont se remplir. Ce ne seront plus seulement les quatre personnes présentes. Ce seront les voisins, les voisines, ceux qui précisément vers qui nous sommes envoyés… ». Que Dieu, communion d’amour et puissance de vie, nous donne de vivre l’Evangile au cœur de la vie et de reconnaître le mouvement de l’Esprit dans le monde d’aujourd’hui comme dans le renouveau et la créativité des communautés chrétiennes.

Jean Hassenforder

(1) Jürgen Moltmann. De commencements en recommencements. Une dynamique d’espérance. Empreinte Temps présent, 2012 (p 109-110)
(2) http://www.pelerin.com/A-la-une/Mgr-Dominique-Lebrun-Il-n-y-aura-plus-de-paroisses-sur-tout-le-territoire

Sors de ta chambre !

Témoins - Edito septembre 2017Dernièrement nous étions invités à élargir l’espace de nos tentes (Esaïe 54;2). Or en ces temps de reprise de nos activités habituelles, nous pourrions avoir le réflexe de nous réfugier dans notre quotidien ou notre confort et de rester bien camper dans notre tente. Mais lorsque l’Eternel se révèle à Moïse, comme un homme parle à son ami, lors d’un face à face, (Exode 33;11) nous observons que son jeune assistant Josué ne bénéficie pas de cette relation personnelle car il ne sort pas de la tente. Quel que soit la nature et la grandeur de notre tente, Dieu nous dit : “Sors de la tente !”
Ainsi Témoins vous propose non pas une rentrée mais une excursion afin d’entretenir votre face à face avec Dieu.

3 nouveaux articles de Jean Hassenforder sont à découvrir :
– A partir du livre de Caroline Baertschi-Lopez, les enfants, portiers du Royaume; Accueillir leur spiritualité, nous constatons la nécessité d’une remise en cause personnelle constante auprès des enfants. L’expérience des Godlyplay en Suisse nous y aide.
– Découvrez également cet appel à de nouvelles formes communautaires d’église grâce à Facebook avec l’article Plus proche sur FB ?
– Enfin nous vous proposons un entretien avec Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé, pasteur et théologien en Centrafrique, qui nous parle d’une mise en application des thèses de Moltmann en faveur de la paix grâce au rôle des églises de son pays : Un mouvement pour la paix en Centrafrique.
Vous avez également la possibilité de redécouvrir d’anciens articles de notre site internet grâce à une nouvelle rubrique intitulée Articles à relire.

Toute l’équipe vous souhaite de bons moments à la lecture de ces articles, en espérant qu’ils suscitent pour vous un face à face comme celui de l’Eternel avec son ami Moïse.

Fred Ménigoz

Tous au camping !

Temoins-Edito juillet 2017En cette période estivale des millions de français et de touristes étrangers vont parcourir le territoire et y poser leur “toile”. C’est l’occasion pour certains de découvrir de nouveaux horizons, pour d’autres de retrouver des paysages rassurants ou bien encore d’oser l’aventure vers l’inconnu.

Combien parmi ceux-ci répondront à l’appel d’Esaïe (chap. 54;2) d’agrandir l’espace de leur tente !

S’il est une saison qui incite aux grands espaces et au renouvellement des pensées, c’est celle qui nous immerge, même pour un temps éphémère, dans un espace-temps autre. C’est le moment d’ouvrir le champ de nos pensées et de nos cœurs.

Dans sa nouvelle formule “magazine” le site internet de Témoins déploie sa toile et propose une étude des pratiques spirituelles hors des champs traditionnels. Ces parcours de foi répondent à l’appel d’Esaïe en explorant, en tentant, en osant. Cela fait écho au discours de Barack Obama, invité d’honneur du Kirchentag le 25 mai dernier : Dans un monde pluriel, il faut essayer de voir que chacun d’entre nous détient une part de la vérité. Découvrir cet espace nous demande d’élargir le nôtre.

Venez sur le site parcourir ce champ à explorer et Déployez les toiles qui vous servent  d’habitation : n’en retenez rien ! Allongez vos cordages et renforcez vos piquets!

Bonne lecture et bon été à tous au camping de la vie spirituelle !