Un témoignage de parcours de vie.

Nous sommes tous un jour confrontés à la maladie grave d’un proche, à la maladie psychique ou à la grande fragilité d’un des nôtres ou d’une de nos fréquentations, professionnelle ou associative.

Ce peut être par exemple un complexe de Diogène avec lequel on doit cohabiter, un complexe de persécution -voire de paranoïa-, un début de démence sénile, un syndrome de bipolarité… ; ou encore ce qu’on appelle le « borderline », et en tant qu’aumônier, à la prison, l’absence totale de repères et de structuration face à la vie.

C’est lourd et désarmant. L’écoute bienveillante ne suffit pas (on essaie aussi le cadrage, la fermeté), et l’on touche alors à son impuissance. Il semble par moment que la personne aille mieux, qu’elle reprenne pied avec la réalité, et puis elle retombe. Ces souffrances semblent assez répandues.

Vient alors la question : quelle approche avoir ? Une formation serait nécessaire pour faire face, ainsi qu’un groupe de paroles pour déposer ses propres difficultés d’accompagnant, souvent épuisantes.

J’ai longtemps pensé qu’il fallait ramener ces personnes à la réalité, à la « normalité » ; essayer d’endiguer le flot des objets encombrant le quotidien ; essayer de repousser les crises d’angoisse, de persécution, par la parole et la raison. Force est de constater que c’est en général inutile, sauf pour se soulager soi-même, ce qui n’est pas rien.

Alors ? Valoriser, entourer, visiter, oui, bien sûr. Ne pas rejeter. Manifester son intérêt ou son affection au-delà de tout cela. Ne pas attendre en retour la moindre reconnaissance pour la prise en charge du quotidien qui devient difficile. Ne pas se décourager, ne pas abandonner, comme Jésus qui ne nous abandonne jamais.

Mais au-delà de cela, que faire sinon prier, encore et encore, pour une délivrance, une lumière dans la nuit du proche que l’on porte – avec le Seigneur.

Sont handicapés ceux qui ont manqué d’amour, d’attention, de présence, adultes aux pieds d’argile, mais aussi ceux qui ont reçu cette faiblesse de façon mystérieuse.

Comment vivre avec eux, ou du moins leur éviter le pire ? Veiller à ce qu’ils ne manquent de rien d’essentiel, et renoncer à une vie pour eux, que l’on aurait souhaitée plus belle. Chacun son chemin, dit la chanson. Les respecter, c’est aussi respecter leur chemin, différent, apparemment sans progrès.

Cela m’évoque la démarche de la Fondation chrétienne John Bost, en Dordogne, qui accueille handicapés physiques ou mentaux, ceux dont personne ne veut, pour leur donner un cadre d’épanouissement unique, dans un espace de liberté, et de beauté dans la nature environnante. Ceux qui y vivent sont privilégiés.

Mais il y a tous ceux qui emplissent nos rues, abandonnés sur nos trottoirs, dans nos prisons, notre quotidien, dont la maladie sournoise détruit leur vie.

Je rêve de lieux d’accueil pour une partie d’entre eux, qui leur fourniraient au moins le gîte et le couvert, à l’abri du froid, et de quoi survivre dans la dignité (comme les hospices autrefois dans les villages, accessibles à tous). Car vivre dans la rue, n’est-ce pas une lente descente aux enfers qui manifeste une vraie fragilité ?

Et je salue les familles qui assument leurs proches faibles ! Qu’elles soient aidées dans cette tâche éprouvante de l’accompagnement de la fragilité psychique. Que soient vraiment remerciés tous ceux qui prennent soin de l’autre dans sa vulnérabilité, à l’image de Celui qui nous donne la Vie.

Diane Riquet de Souza.

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