Quelle merveille de devenir parent : recevoir le cadeau de ces petits si attachants, touchants, éblouissants. Certes, il y a les nuits difficiles où le sommeil devient rare, les soucis pour des fesses irritées, les dents, les pleurs que l’on ne comprend pas encore. Puis l’école, les sorties, les chagrins et les rires. Et les voilà déjà grands, en un éclair ! L’enfance est passée en un instant. Ils sont adultes.

On les aime « comme ses propres enfants », à la mesure du temps et de l’attention qu’on leur a donnés, même insuffisamment, avec la profession et les obligations diverses. On les aime à la mesure de ces êtres qui nous ont été confiés, par la vie, par le Seigneur, et qui nous quittent pour vivre leur vie. Ils ne savent pas encore ce que c’est qu’être parents au fil des jours, des années, des questionnements et des prières.

Ils ont besoin de leur liberté, comme nous au même âge, pour prendre leur envol, construire leur vie. On les voit partir, on attend de leurs nouvelles, souvent trop rares, trop espacées. On attend leur visite, s’ils sont éloignés, ou pas. On sait qu’ils se manifesteront s’ils ont besoin de nous.

L’adolescence est passée, souvent avec ses crises, les reproches, les colères. Mais pas toujours. Toutes les familles ne se ressemblent pas. Certaines restent harmonieuses, plus protégées des accidents de la vie. Parents patients et disponibles, moins stressés que d’autres par la surcharge professionnelle et les trajets (surtout aux environs de Paris).

Certains ont un patrimoine héréditaire un peu lourd qui peut expliquer des difficultés plus graves. La maladie, la mort, l’abandon, laissent des traces dans les relations autour de soi, c’est la double peine…

Cependant, je constate que notre génération faisait très peu de reproches à ses parents, et les respectait quoi qu’il arrive. La génération suivante, celle des 30-40 ans semble plus exigeante, plus sourcilleuse, critique et distante. Je vois mes amis de tous côtés, aborder leurs 60-70 ans avec le même constat : les relations avec leurs enfants sont un peu tendues, même si elles sont bonnes et s’ils se voient régulièrement. Il faut beaucoup de prudence et d’acceptation, pour ne pas empiéter, ou peser, sur leur vie, leurs choix.

Je bénis mes enfants aussi pour cela : avec eux, il n’y a pas de pause dans le travail sur soi ; peu de risque d’avoir une estime exagérée de soi-même… Notre ego, obstacle à la présence de Dieu, reste à sa place.

Dans les groupes de marche, qui réunissent surtout de jeunes retraités, on me dit que c’est général : les jeunes couples avec enfants restent très indépendants, et vite cassants. Ils fixent leurs règles et leur rythme ; aux parents de s’y adapter. Et d’entendre les critiques et reproches sur le passé. Comme si le regard avait changé…

Où sont les égards que nous avions pour nos parents ? Est-ce le résultat d’un certain laxisme dans l’éducation qu’on a donnée ? L’enfant roi depuis des décennies, que l’on a tant dénoncé dans nos sociétés, est-il devenu adulte ? A-t-on trop pratiqué l’autocritique, l’introspection, la culpabilité parentale, le poids du travail professionnel ? Est-ce une conséquence de la contestation de Mai 68 et ce qu’elle a véhiculé ?

L’évolution globale de la société a entamé le respect pour les parents et les anciens, que nous respections malgré leurs propres erreurs. Pourtant le vécu a été riche ; il y a eu de la joie dans les moments passés ensemble, dans l’attention et la compréhension.

Mais souvent trop d’inquiétude a rongé certains parents face à l’avenir de leurs descendants, dans un terreau sociétal de plus en plus mouvant. Trop d’interférences avec les messages extérieurs, anxiogènes et perturbateurs. Notre monde est déstabilisé, la cellule familiale est en première ligne. Le respect aux parents aussi.

À tel point que des psychiatres, psychologues, médecins, communiquent sur le sujet. Je vois par hasard, après ces quelques réflexions, une excellente communication du Docteur Christophe André sur le sujet « les 7 attitudes à ne jamais tolérer chez vos enfants adultes » 1. Il dit en substance : « Nous aimons nos enfants sans condition, mais cet amour ne devrait pas tout tolérer de la part d’un enfant adulte, et devenir le réceptacle de toutes ses frustrations ». Ce thérapeute va jusqu’à constater au fil des années, des situations fréquentes d’abus, une immaturité émotionnelle profonde.

Le parent n’a pas à accepter le mépris : chacun a fait ce qu’il a pu avec ce qu’il était. Et plus encore, il n’a pas à accepter de se laisser détruire, au nom de l’amour parental. Le simple fait d’avoir vieilli ne le rend pas obsolète. La condescendance aussi, est une forme de violence. Un minimum de respect dans la relation est à préserver. « Personne n’est un parent parfait, mais cela ne justifie pas des années de punition ; dit-il. L’enfant se place en victime, et place le parent en coupable. Plus ce dernier cède, plus il valide le schéma ». Tout ceci est à rappeler, signe d’un certain malaise. Ces turbulences plus ou moins fortes dans beaucoup de familles monoparentales, peuvent aussi toucher les milieux stables et enracinés dans la Parole.

Dieu nous demande de ne pas irriter nos enfants, et aux enfants de respecter leurs parents, ce n’est pas nouveau. Revenons à quelques règles de base, avec le soutien du Saint Esprit : le respect, la clarté, la cohérence, le calme, la distance, la dimension spirituelle (le respect du sacré en soi-même et en l’autre). S’il le faut, n’ayons pas peur d’un accompagnement, spirituel ou psy. Et gardons l’espoir de redresser la situation en fixant des limites, même douloureusement : elles changeront un jour les relations. Ces limites sont un acte d’amour et de protection pour soi-même et pour eux.

Comme celles que l’on fixe, finalement, au petit enfant que l’on aime par-dessus tout, pour le protéger de lui-même, et lui apprendre à vivre avec les autres. Pour lui apprendre l’Amour.

Que notre Dieu vienne consoler nos enfants dans ce qui a pu les blesser. Qu’Il nous enseigne à être parents, nous n’y sommes pas préparés. Et que nos enfants continuent à être porteurs de Vie et de Beauté, et à nous façonner eux aussi, en grandissant !

1 https://www.youtube.com/watch?v=gUMJyoCv5UU

Diane Riquet de Souza

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