Rodolphe Gozegba
Ce matin, cette parole de Genèse 12,1 me questionne au plus haut point. Elle résonne comme un appel intime, une alerte… Elle m’arrête, me saisit et me traverse. « Le Seigneur dit à Abram : va-t’en de ton pays, de ta patrie et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai. »
« Va » en hébreu est ℎ, qui signifie marcher, aller ; et ℎ en hébreu signifie littéralement « pour toi », « vers toi », ou « à toi ». Ainsi, ℎ-ℎ exprime littéralement : « Va pour toi-même », « va vers toi-même », « va avec toi-même » ce qui veut dire : « Va vers ton véritable être, ce que Dieu a mis en toi, dépouille-toi de ce qui n’est pas toi et mets-toi loin de ce qui n’est pas pour toi ».
Dieu dit à Abram : « Va, car c’est pour ton bien, pour ton accomplissement. »
En d’autres termes : « Quitte ce que tu connais, non pas comme une perte, mais comme une transformation pour ton propre épanouissement. »
Dieu ne dit pas simplement à Abram : « Quitte ton pays », mais plutôt : « Détache-toi des surfaces de ton être pour revenir à la source de ton être divin. »
L’invitation « va vers toi » signifie pour Abram : retourne à la racine de ton âme.
Cela suppose pour lui de quitter son pays, symbole des attachements matériels et des réalités de ce monde ; de se détacher de sa patrie, symbole des habitudes mentales, culturelles et des héritages psychiques qui façonnent son identité ; et de s’éloigner enfin de la maison de son père, image des structures spirituelles héritées, de l’égo spirituel qui se nourrit des certitudes acquises. Ainsi, Dieu invite Abram à une déconstruction radicale de son identité pour découvrir sa véritable origine, qui n’est pas terrestre, mais divine. L’ordre divin n’est donc pas un exil, mais une renaissance : quitter les surfaces de l’être pour retrouver le lieu intérieur où l’homme et Dieu se rencontrent.
Le « départ » d’Abram n’est donc pas géographique, mais cosmique : il quitte l’extérieur pour entrer dans l’intérieur. C’est le commencement d’un alignement entre l’homme et son Créateur.
Ainsi, la parole divine devient : « Va vers toi, pour te rectifier, afin que le monde à travers toi soit rectifié. » « Va vers toi-même — pour te connaître, pour connaître ta racine et pour t’unir à ton origine. »
Et peut-être qu’aujourd’hui, Dieu te murmure la même parole : « va avec toi-même » ! Oui, va vers toi-même, et dépose tout ce qui ne t’appartient pas.
Ose ce voyage intérieur, ose le lâcher-prise.
Marche vers ce que Dieu voit en toi, même si toi tu ne le vois pas encore.
Le pays promis n’est pas seulement une terre à habiter — c’est une âme à devenir, une entreprise à construire, un nouveau départ, un nouveau commencement à accueillir.
« Va vers toi » n’est pas une fuite, c’est un retour, un nouveau commencement.
Un retour à toi-même, là où Dieu t’attend.
Prions : Seigneur, Toi qui as dit à Abram : « Va vers toi », redis-le aujourd’hui à nos cœurs fatigués. Apprends-nous à faire comme Abram, à nous détacher de ce qui ne nous appartient pas. Aide-nous à descendre en nous-mêmes pour retrouver la lumière de ton image. Conduis nos pas du dehors vers le dedans, du tumulte vers le silence habité, de la peur vers la confiance. Fais de chaque départ une renaissance, de chaque dépouillement une bénédiction, de chaque pas une rencontre plus vraie avec toi.
Et quand nous hésitons ou doutons, redis-le-nous doucement : « Descends en toi pour monter vers Moi (Dieu). » Alors, nos départs deviendront des retours, et nos chemins, des naissances. Amen.