On parle d’une triste période de Covid et de confinement, fragilisant les plus démunis. Je viens de m’installer à Poitiers pour ma retraite entre les deux confinements ; Poitiers, ville universitaire comptant une des plus fortes densités d’étudiants par habitant.
On rappelle souvent leur difficulté à vivre, enfermés en cité, sans contact avec la ville et ses habitants, sans contact entre eux, et sans possibilité de trouver un job pour assurer leur subsistance. Les étrangers, notamment les africains francophones, arrivent en France avec une monnaie dévaluée deux fois par la France depuis la décolonisation (années 1960). Un CFA (africain) = 1 FF (français), puis, = 0,50 FF, puis = 0,01 FF, avant l’euro. Après avoir payé les frais d’inscription, et les cautions et premiers loyers, généralement, il faut se débrouiller pour le reste. Et les Restos du Cœur, avec les marginaux et les mendiants, c’est décourageant, surtout s’il faut produire un bon des services sociaux (circuit inconnu, parcours du combattant). Seuls, les boursiers ont un tarif préférentiel au resto U., et ceux-là ne sont pas boursiers. La première année, pour eux, est vraiment difficile.
On parle de leur solitude extrême. Où s’adresser quand l’ordinateur tombe en panne pour suivre les cours, rendre les devoirs, avant d’avoir pu établir le moindre lien ?
Solitude et désarroi de l’étranger qui ne connaît pas les rouages d’une société très différente. Je suis moi-même allée en Afrique plusieurs fois, et malgré une aisance financière, je me trouvais complètement démunie, sans repère.
Je demande donc à un étudiant béninois de ma paroisse de me donner un contact dans une association d’étudiants étrangers. J’appelle le président d’un collectif d’associations, pour lui proposer d’organiser un accueil dans les familles. Nous allons commencer par un repas dans mon jardin en juin 2021, avec Maryvonne partante avec moi, et quelques paroissiens présents pour accueillir les étudiants qui viendront assez nombreux : une porte leur est ouverte chez l’autochtone.
Ils arrivent d’Afrique noire et du Maghreb, en majorité, du Moyen Orient, de Russie, Ukraine, et quelquefois Europe de l’Est.
Mon objectif est de créer du lien, liens personnels de parrainage, objectif ambitieux qu’il a fallu revoir ; tout le monde est très pris. Mais déjà, ainsi, il se crée des liens entre eux.
Après un deuxième accueil-café, en septembre, je décide de m’orienter plutôt vers des sorties. Je réunis des personnes de bonne volonté pour véhiculer les étudiants un dimanche par mois environ, à partir de février (galette des Rois en janvier avec des amis catholiques dans leurs locaux). Rappelons qu’il n’a jamais été question de prosélytisme, d’un commun accord ; simplement d’un accueil.
Nous organisons donc des sorties autour de Poitiers qui foisonne de sites historiques, paléontologiques, religieux. Les participants découvrent un musée du protestantisme à Beaussais, qui les passionne : les guerres, les guerres de religion, la barbarie ici aussi, ils n’en ont jamais entendu parler ; on parcourt les sentiers cachés, les cimetières protestants. On visite un site gallo-romain, un château médiéval privé qui nous ouvre ses portes, les tumulus archéologiques de Bougon. Ils ont un aperçu de la culture française qu’ils ne soupçonnaient pas, jeunes n’ayant accès qu’aux grandes surfaces et placards publicitaires, à première vue.
Puis, à la campagne, nous voyons les cultures agricoles, les jardins potagers, les forêts, les rivières, lavoirs, abbayes : la France rurale peu touristique du Poitou.
Nous échangeons sur nos valeurs, pas si différentes des leurs ; sur notre foi : ils pensaient que l’Occident l’avait perdue. Ils ont une sorte d’éblouissement à découvrir autre chose que la façade de la richesse (tout est relatif et pas toujours partagé), et du matérialisme contemporain.
Les quelques accompagnants – il y en a toujours eu assez pour des groupes de 20 à 40 personnes environ – donnent des conseils, discutent sur des orientations. On relit des CV pour les aider à les enrichir ; des mémoires (Masters) pour en faire des travaux plus personnels. Les adultes qu’ils connaissent n’appartiennent pas à notre culture, chaque conseil est précieux. Quelquefois, on leur donne un petit travail de jardinage. Ils cherchent des stages, le circuit ne fonctionne pas.
Une paroisse du Poitou rural leur donne beaucoup de denrées alimentaires, la distribution n’est pas toujours transparente et efficace, mais elle se fait…
Enfin, nous avons organisé en juin un Week-end dans une ancienne ferme chez un professeur, à la retraite, d’éducation physique et sportive et maître-nageur, avec camping dans le pré : moments forts de vie dans la rusticité et le partage, joie du bain sécurisé dans la rivière (crocodile ou autre serpent non attendus), joie d’un premier cours de natation…
D’autres adultes nous ont rejoint régulièrement. Nous constatons une bénédiction constante sur cette activité, pour la venue des participants, pour la météo, ainsi qu’un accompagnement et un soutien discret du ciel : beau temps en général, et si un mauvais temps est prévu ou prégnant, nous avons toujours pu faire la sortie dans des conditions correctes ; il est même arrivé que les grosses averses ne tombent que lorsque nous visitions une église, un lieu abrité… Très agréable pour celui qui organise, la pluie cessait quand nous sortions.
Le bilan est donc positif, notre modèle informel est copié parait-il, par d’autres organismes. On nous demande de continuer. Mais comment faire quand le nombre des activités, des engagements, s’alourdit ? L’idéal serait d’élargir encore l’équipe, pour assurer la poursuite de ces rencontres qui demandent souplesse et persévérance. Les rencontres portent du fruit : que le Seigneur nous vienne en aide !
Diane Riquet de Souza. Décembre 2025.