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 « Un poison violent » est le premier long métrage inattendu de Katell Quillévéré, une cinéaste de 30 ans. Elle y dépeint avec finesse et vérité les interrogations, sur fond d’un quotidien pesant et déchiré, d’une ado tiraillée entre la foi catholique transmise par sa mère et l’éveil de sa sensualité. Le temps de vacances, probablement pascales, Anna quitte son pensionnat pour la maison familiale.

Son père vient de partir vers une autre femme. Sa mère cherche un appui auprès du prêtre, un ami d’enfance. Son grand père paternel, complice tendre et « mécréant » est malade. Pierre, un ami de son âge, la « courtise » et c’est l’année de sa confirmation.

 

L’histoire se déploie, par touches délicates ou fortes, au rythme de balades bretonnes, de temps de solitude, d’échanges, de découvertes de soi et de circonstances graves de la vie. Les personnages sont justes, chacun a sa part d’ombre et de lumière, de force et de faiblesse. Les dialogues touchent. Par exemple cette jolie question d’Anna au prêtre : « Et pour Dieu, comment tu as su ? » Comment tu as su quoi, pense t-on. Et l’on apprend que ce n’est pas lui qui a su et, plus tard, que ce curé de campagne a peut-être raté une belle carrière de footballeur. Qu’importe, son coup de pieds magique le rapproche aujourd’hui des jeunes et la partie de ballon est un pur moment de joie !

Les scènes expriment magnifiquement le ressenti des êtres, certaines sont d’une audace inouïe, choquante même, d’autres donnent à sentir le paysage, la pluie ou la rigueur écrasante de la lecture de l’épître de Saint Paul aux Galates par l’évêque, hiératique et droit entre les hauts murs de l’immense église. Plusieurs s’achèvent sur des ellipses qui impriment dans le cœur le sillage de ce qui se devine.

« Un poison violent » est un moment de l’adolescence à l’embranchement de routes qui auraient pu se fondre en une seule mais qui, pour Anna, vont se séparer comme se séparent ses parents. Le visage que lui donne à voir le christianisme reste figé dans l’icône religieuse, le rite et le ton exigeant de l’évêque. La foi n’est pas soluble dans le poison violent de l’amour ni l’amour violent dans la foi. Anna doit choisir.

Ce film hors mode ne se situe pas dans les années 60 mais il y fait songer. Il se déroule dans un contexte catholique mais pourrait se concevoir dans d’autres milieux chrétiens. Il serait alors intéressant de voir comment il fonctionne et quelle image il offre de la foi chrétienne…

« Un poison violent » a reçu le prix Jean Vigo 2010.
 
Françoise Rontard

Sortie : 04 Août 2010
Avec : Clara Augarde , Lio , Michel Galabru
Durée : 1h32min
Distributeur : Sophie Dulac Distribution

 

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