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Culture numérique et spiritualité

Depuis plusieurs années, Pierre-Jean explore les technologies de la communication. Nous lui avons demandé comment il envisage la relation entre culture numérique et spiritualité.

 Des chercheurs nous présentent l’expansion d’internet et plus largement la culture numérique comme un changement de civilisation. Ainsi Milad Doueihi écrit : « le numérique est devenu une civilisation. En effet, le numérique modifie nos regards pour les objets, les relations et les valeurs ». Dans « Petite Poucette », Michel Serres nous invite à découvrir comment internet change nos représentations et nos comportements. Il nous parle d’un « âge doux » par référence au « software ». C’est dire comment nous pouvons nous interroger sur la manière dont la culture numérique interfère sur les représentations et les expressions du religieux et du spirituel.

 

1- Pierre Jean, peux-tu nous dire quelque chose de ton parcours et comment tu en es arrivé à te poser ces questions ?

Le privilège de chaque génération est de pouvoir écrire une page blanche. La nôtre est virtuelle. Et donc impossible de résister à l’envie de participer.

Le génie de notre époque ne se trouve plus dans la théologie des élites, la tête des mandarins, ni dans la culture subventionnée, mais bien dans la culture numérique. C’est aujourd’hui le plus puissant levier d’invention sociale et culturelle.

Plus que cela, le numérique aujourd’hui cristallise tous les enjeux de société et remet en cause notre rapport à la liberté, à l’autre, à l’information, à l’espace et au temps mais aussi aux biens matériels. Cela fait longtemps qu’internet a … dépassé internet. Et pour reprendre la prophétie de Marc Andresseen*, il dévore le monde.

Du fond de nos poches, les outils numériques ont pris une place incontournable dans nos vies. Les smartphones sont littéralement les écrins de nos intimités ; tout converge vers ce petit morceau de plastique : nos affects, nos émotions, ce qui nous relie aux autres, mais également ce qui nous permet de gérer notre vie pratique au quotidien.

Dans 20 ans, on se souviendra des deux premières décennies des années 2000 où tout était à inventer. Il sera alors temps de nous interroger sur ce que nous avons fait de cet inédit moment de liberté.

Pour la première fois dans l’histoire des hommes, la technique défie son imagination. Historiquement, c’est la nécessité qui poussait l’homme à inventer. Aujourd’hui, la diversité et l’accessibilité des outils technologiques mettent notre imagination en défi face à l’immensité des possibles.

La première révolution industrielle fut une révolution d’ingénieur. Le boom économique des années 80 fut celui du marketing. Le monde qui vient sera celui de la culture et du sens : de ceux qui auront la capacité à raconter des histoires.

2- Dans quel contexte culturel internet est-il apparu et s’est-il développé ? Quelles sont les caractéristiques originales de la culture numérique à ses débuts ?

Daniel Lallemand raconte cette aventure humaine dans un son passionnant livre L’Age du Faire. Le numérique est né de l’union contre nature du complexe militaro-industriel et d’une pensée libertaire issue de la contre-culture des années 60 en Californie : une profusion d’outils innovants se confrontait à la permission de penser différemment. De nombreux pays ont étudié le modèle de la Silicon Valley sans réussir à le reproduire. Sa spécificité est avant tout culturelle et… donc intérieure, impalpable et omniprésente.

Ce bouleversement inédit dans l’Histoire est avant tout une opportunité sociologique et non une opportunité technologique. Par exemple, les conditions technologiques pour l’apparition de facebook existaient depuis la fin des années 90. Son arrivée dans les années 2010 dans nos vies correspond à un moment bien particulier de nos sociétés.

La « valley » a réussi sa mission prométhéenne de démocratiser internet. Avec ses limites : notamment son transhumanisme nihiliste et son rapport compliqué à la culture, au sensible. La question la plus excitante du moment est où aura lieu la prochaine révolution. On peut se prendre à rêver qu’elle sera nourrie d’humanisme et de culture. Et pourquoi pas de la si vieille Europe riche d’histoire, de culture et de complexité. Il ne tient qu’à nous d’écrire le prochain chapitre.

3- Cette originalité s’exprime dans le livre : « la cathédrale et le bazar ». Dans quel contexte, ce livre a-t-il été publié ?

Il s’agit d’un texte écrit initialement sur un blog pour relater une expérience de développement collaborative d’un logiciel informatique. Contrairement à l’intuition initiale de l’auteur, l’ouverture et le partage à d’autres développeurs de son code et l’autorisation des utilisateurs à faire remonter leurs impressions lui a permis de mieux travailler et surtout de proposer un service parfaitement en phase avec ses utilisateurs. Il faut aussi lire en paratexte que cette liberté n’est possible que si un projet, un problème, est bien défini.

Ce modèle est aujourd’hui celui de l’Open Source, c’est à dire une technologique librement modifiable par tous, collaborative, bénévole, gratuite au service de ses utilisateurs. Il a notamment permis le développement de l’objet techniquement le plus avancé conçus par l’humanité : l’OS Linux, ce logiciel faisant tourner la grande majorité des serveurs permettant le fonctionnement d’internet.

4- En quoi ce livre : « la cathédrale et le bazar » nous ouvre de nouvelles perspectives dans notre manière d’envisager la vie sociale et politique ? Comment cette perspective peut-elle s’appliquer également à l’expression du religieux et du spirituel ?

Ce texte pose une question essentielle : est-il de possible de construire un projet commun, complexe et ambitieux sans une organisation structurée et hiérarchisée ? Et de manière contre-intuitive il répond qu’au contraire, la qualité de l’exécution, la dynamique, l’adhésion des participants et la qualité des idées qui en découlent sont bien meilleures.

Ce texte rejoint un corpus de textes qui partagent ce constat : nous pouvons citer le manifeste AGILE, le texte passionnant de David Marquet « Turn the Ship Around »… Le monde du numérique s’est dès son commencement posé la question de l’organisation d’équipes autour de projets complexes, regroupant de nombreuses inconnues dans son process et regroupant des gens conscients, informés et cultivés.

5- Philosophe, historien des religions et spécialiste du numérique, titulaire de la chaire sur les cultures numériques à l’Université Laval (Québec), Milad Doueihi plaide pour « un humanisme numérique ». Qu’entend-il par là ?

Comment devient-on un des plus pertinents penseurs du numérique en venant de l’histoire des religions ?

La conviction de Milad Doueihi est que le rôle de la religion, depuis toujours, est de gérer la communication et la médiation : c’est exactement le rôle du numérique aujourd’hui. L’étymologie du mot religion nous éclaire : relier ou relire. Selon ce chercheur, la caractéristique du numérique est de renouveler la manière de relier et relire de manière radicale.

Lui aussi affirme que : « L’humanisme numérique est l’affirmation que la technique actuelle, dans sa dimension globale, est une culture dans le sens où elle met en place un nouveau contexte à l’échelle mondiale, et parce que le numérique (…) est de devenue une culture qui se distingue par la manière dont elle modifie nos regards sur les objets, les relations et les valeurs, et qui se traduit par de nouvelles perspectives qu’elle introduit dans le champ de l’activité humaine ».

Selon lui, la conséquence majeure est une hybridation entre le virtuel et le réel. Un mélange entre les humanités anciennes et ce nouveau paradigme.

6- Mettant l’accent dans cette interview sur les aspects positifs, quelles valeurs la culture numérique porte-t-elle ?

Regarder 20 ans en arrière nous permet de constater à quel point beaucoup de nos usages et les valeurs qui en découlent ont été bouleversés.

  1. La confiance mutuelle : AirBnB, Drivy… proposent de mettre à disposition d’autrui ses biens contre rémunération. Cette économie collaborative qui porte mal son nom sous entend une grande confiance envers les autres. Ce mode de consommation était inimaginable il y a encore 10 ans.
  2. Le collaboratif : notamment via l’Open Source. Enormément d’applications qui façonnent nos vies ont été conçues de manière collaborative. Au-delà de la conception d’application, cette culture est devenue un mode de consommation, de financement de projet, de co-création… Cette culture du partage est née avec l’idée sous-jacente que pour recevoir, il faut avant tout partager. Et qu’il y aura toujours beaucoup plus d’intelligence en dehors des organisations qu’à l’intérieur.
  3. Le droit d’être soi-même : internet permet à toutes les micro-cultures d’exister. Personne n’est plus seul dans sa singularité.
  4. Le droit à l’information et à la culture : historiquement, le pouvoir et l’argent naissaient de l’accès à l’information. Lorsque celle-ci est instantanément et universellement disponible, où se trouve la légitimité de toute forme d’autorité ?
  5. La remise en cause de la verticalité : il y a encore 20 ans une entreprise pouvait distribuer de mauvais produits et les vendre grâce à un marketing efficace. Aujourd’hui, cela se sait instantanément. Cela est évidemment valable dans la politique, la culture,…

Sans promouvoir un techno-utopisme béat, et malgré les questions cruciales des données personnelles et de la neutralité du net, le numérique reste une immense avancée culturelle.

7- Philosophe, historien des sciences, penseur interdisciplinaire, à travers son livre : « Petite Poucette », Michel Serres met en évidence la nouveauté d’internet et de ses effets. A quoi es-tu particulièrement sensible dans cette pensée ?

Michel Serre dresse le portrait d’un habitant de ce nouveau monde numérique.

A l’opposé des lieux communs réactionnaires, il tente de décrire le nouveau monde dans lequel le numérique nous immerge et d’en comprendre les bouleversements qu’il implique dans la relation au savoir, à l’autre, à la politique, à l’histoire, à l’espace… Il rappelle notamment que l’invention de l’écriture et celle plus tardive de l’imprimerie bouleversèrent les collectifs plus que les outils. Il est vertigineux d’imaginer l’impact qu’a déjà le digital. Il renverse toutes les composantes de nos vies. Et il est évident que la manière de vivre sa foi sera impactée.

8- En quoi les représentations et les comportements issus de la culture numérique viennent-ils à la rencontre de ta perception des expressions nouvelles du spirituel et du religieux ?

Lors de la réforme protestante, Luther a promu la liberté de conscience et l’accès aux textes religieux. Cette revendication est née en partie grâce à l’invention de Gutenberg : l’imprimerie.

Au regard de cette révolution, impossible de ne pas se poser la question des conséquences spirituelles d’une révolution aussi globale et profonde qu’est l’arrivée du numérique dans nos vies.

9- Quelles leçons et quelles opportunités pouvons-nous tirer de l’arrivée rapide et indispensable du numérique dans nos vies ?

Plus qu’un outil, le numérique permet un autre rapport à l’autre, à l’action et à la liberté. Que nous apprend-t-il ?

Que la culture est essentielle dans la vie d’une organisation. 

Le coût pour mettre en place un service sur internet déclinant d’année en année et tendant vers 0 rend facile et accessible la concurrence. Pour se différencier et fidéliser ses talents, la culture est capitale pour une organisation. Elle est ce qui rend pérenne et résiliente une organisation autour d’un problème identifié.

Qu’il faut essayer ! Qu’il faut itérer !

L’autre conséquence de ce faible coût de mise ne place d’un service est qu’il devient très facile d’essayer. Et c’est dans cette suite d’essais que se trouve petit à petit la forme idéale d’une organisation.

Ne pas avoir d’à priori !

Plutôt qu’une forme préconçue en amont, le numérique invite à essayer de manière itérative et à trouver sa forme en écoutant les retours des utilisateurs. Cela implique d’avancer tout en n’ayant pas d’idées précises mais d’être à l’écoute de son environnement. Il faut avoir le courage d’avancer sans idées toutes faites en restant radicalement tourné vers l’extérieur.

Faire confiance…

Le numérique donne une forme à une intelligence dite collective. Et que cette intelligence fonctionne. Le meilleur exemple reste l’encyclopédie Wikipedia : elle comporte moins d’imprécisions et d’erreurs que ses concurrentes payantes. La somme des bonnes volontés sera toujours meilleure qu’une ambition isolée.

Donner la liberté

Donner la liberté de faire, de penser est toujours la bonne idée. Mais pas à n’importe quelle condition. Dans ce grand brouhaha qu’est internet aujourd’hui il faut souligner la contradiction suivante : sur un forum la pertinence des participations vient de la précision de la question posée. En découle la qualité et l’intelligence des réponses. Une liberté oui, mais avec un cadre défini… Et là, nous revenons à la culture.

La métaphore religieuse est omniprésente dans la sphère technologique. Il est notamment question d’évangélistes pour les promoteurs de solutions. Au religieux de s’approprier le numérique.

 

Sources :

Pour un humanisme numérique de Milad Doueihi

Le Seuil (10 février 2011)

Petite Poucette de Michel Serres (Le Pommier, 2012)

Marc Andressen est le créateur Mozaic, le premier navigateur de l’histoire d’internet qui deviendra Netscape. Il est aujourd’hui l’un des investisseur le plus avertit et plus actif de la Silicon Valley.

L’Âge du faire. Hacking, travail, anarchie de Michel Lallement

Le Seuil (22 janvier 2015) / Collection : COULEUR IDEES

The Cathedral & the Bazaar d’Eric Raymond et Bob Young

O’Reilly (2001)

Manifeste Agile : http://agilemanifesto.org/iso/fr/manifesto.html

Turn the Ship Around!: How to Create Leadership at Every Level de David Marquet

Portfolio Penguin (8 octobre 2015)

Sur ce site, voir aussi :

« Un nouvel univers social et culturel. La révolution internet et ses conséquences. Le regard de Michel Serres : « Petite Poucette » : http://www.temoins.com/un-nouvel-univers-social-et-culturel-la-revolution-internet-et-ses-consequences-le-regard-de-michel-serres-l-petite-poucette-r/

« Un guide pour entrer dans l’ère numérique. (Gilles Babinet. L’ère numérique. Un nouvel âge de l’humanité) » : http://www.temoins.com/un-guide-pour-entrer-dans-lere-numerique/

« Le pouvoir d’organiser sans organisation. Les structures hiérarchiques en question (« Here comes everybody. The power of organising without organization » (Clay Shirky) » : http://www.temoins.com/le-pouvoir-dorganiser-sans-organisation-les-structures-hierarchiques-en-question/

Cyberespace et théologie. Regard chrétien sur le net. Selon Antonio Spadaro, rédacteur en chef de la revue : Civilta Cattolica : http://www.temoins.com/cyberespace-et-theologie/

La vie et la présence d’Odile

Sa Présence dans ma vie

Sa Présence dans ma vie, livre de Odile HasseforderPour l’ouverture du nouveau site il m’a paru juste d’honorer une personne chère à mon cœur qui, dès l’origine fut, de manière discrète et dévouée, l’une des principales chevilles ouvrières de Témoins. Or, comment l’honorer sinon en invitant à lire ou à relire l’œuvre qui nous donne accès à la profondeur de sa pensée et de sa spiritualité à travers des mots et des écrits partagés lors de sa parution.
F. R.

Odile Hassenforder : « Sa Présence dans ma vie ». Un témoignage vivant

Il y a cinq ans, en 2011, les Editions « Empreinte Temps présent » publient un recueil de textes d’Odile Hassenforder : « Sa présence dans ma vie. Parcours spirituel » (1). L’éditeur présente ce livre en ces termes :
« Comment Dieu se rend-il présent à nos vies ? Comment garder confiance malgré les épreuves ? Odile Hassenforder nous guide dans cette recherche de plénitude et partage avec nous une expérience qui a changé sa vie, nous offrant ainsi un véritable condensé d’espérance.
Le livre alterne témoignage d’un riche vécu de foi-guérisons, groupes de prière, accompagnement spirituel-et méditations de textes bibliques. L’auteure y transmet avec talent ses compétences psychologiques et son expérience spirituelle. Elle nous convie à une dimension extraordinaire, qui donnera une nouvelle saveur à nos existences ».

Un livre qui parle au cœur et à l’esprit

Depuis sa parution, ce livre a fait l’objet de commentaires qui témoignent de la manière dont il parle au cœur et à l’esprit. En voici quelques uns :

Paul. Un ami médecin
J’ai beaucoup apprécié la présentation de la vie et de la pensée d’Odile.
Oui, Odile a été une vraie témoin de l’amour de Dieu.
A aucun moment de sa maladie qui a été un très long chemin, je ne l’ai jamais sentie en révolte.
Elle puisait la Vie directement dans la Vie éternelle.
Elle reste pour moi un être qui a su vivre sa foi en pleine lumière.

Anne. Professeur. Expérience charismatique
Ayant eu le privilège de voir Odile juste avant son voyage vers le Père, moment où la vérité profonde de l’être se fait dense, je trouve que les pages que j’ai lues, donnent à ce moment un sceau d’éternité.
Pour moi, la parole prophétique qu’elle a prononcée en ma présence, se déroule sous mes yeux : « Le Seigneur continue son œuvre » à travers elle en nous la laissant proche de nous, sur notre table de chevet. Quel cadeau !

Véronique. Une amie d’une famille amie. Musicienne
Merci d’avoir ouvert la malle aux trésors !
A la lecture de ces textes, j’ai été profondément touchée. Ils sont pour moi un enseignement précieux. Ils m’éclairent sur le chemin.
Beaucoup sont des témoignages magnifiques qu’Odile nous laisse comme des cadeaux de vie. Ils sont basés sur du concret, sur des faits de vie toujours à la lumière de la Parole de Dieu et débouchant sur une vraie réflexion qui ne cesse de m’interpeller, car je les lis, je les relis tranquillement ; la plupart se lisent facilement, parlant à la  fois au cœur et à l’esprit.
Je pense que beaucoup de gens peuvent être touchés à travers ces écrits.

Henri. Cadre. Institution sociale.
Très ressourçant. Source de méditation. Un livre qui invite à la louange. Un ouvrage bien présenté, facilement accessible. Superbe. Bien pour des tas de gens.

Evelyne. Théologienne.
Ce livre va être mon livre de chevet spi pour le mois à venir.
Je suis vraiment heureuse de partager cela. C’est vraiment bien que cet échange puisse être continué avec d’autres et fécond au delà de la séparation et de la transformation des liens.

Fred. Animateur
Ce livre nous permet de prendre conscience de la profondeur de la vie. Une œuvre qui donne à réfléchir, mais aussi qui incite à l’admiration et à la contemplation de la création. Un hymne à l’espoir. Un cri d’amour pour la vie.

Françoise. Retraitée. Culture philosophique
C’est avec beaucoup d’empathie, d’admiration et de reconnaissance que j’ai lu ce témoignage.
Ce qui me frappe, c’est l’intelligence de l’écriture ciselée par la vie, ciselée par la foi et comme tissées ensemble.

Elisabeth. Cadre. Institution sociale
J’ai lu ce livre à plusieurs reprises et je reprends des passages régulièrement. Ce livre est fascinant et admirablement bien écrit. Les remarques sont profondes et pleines d’éternité. On sent qu’Odile a vraiment vécu les différents passages, car c’est exprimé avec simplicité et vérité. J’y trouve tous les jours des encouragements. Cet ouvrage est pour moi une exhortation quotidienne.

Un message qui passe à travers des rencontres

Il venait de passer une consultation d’oto-rhino, lorsque de retour auprès de l’assistante, celle-ci l’interrogea en évoquant le livre de Madame Hassenforder. Et, à sa grande surprise et à son grand bonheur, elle lui dit combien ce livre l’avait touchée (2). Une brève conversation en résulta.  « Grande lectrice », et même dans le passé, engagée dans des travaux d’édition, elle avait découvert « Sa présence dans ma vie » à la librairie « La Procure », en regardant les ouvrages présentés au public.

A la lecture de ce livre, elle a été touchée par la « sincérité » de son auteure : Odile Hassenforder. Ce livre l’a impressionnée parce qu’il invitait le lecteur à entrer dans « une autre dimension ». Il y a un chapitre dans cet ouvrage : « Dame confiance » qui apporte un témoignage concernant la confiance (3). Mais cet état d’esprit est présent dans la dynamique qui se manifeste dans la plupart des textes. Aussi, c’est bien ce terme que la lectrice a « mémorisé ». « J’ai compris qu’il suffisait d’un mot pour que la situation change de plan ».

Aujourd’hui, nous dit-elle, maintenant, j’hésite à dire « courage » aux gens. Mais aux personnes en difficulté, je dis : « bonne confiance ». Et « j’utilise cette expression au moment de la nouvelle année » et aussi aux anniversaires. Je souhaite « bonne confiance » dans les situations où il y a un mouvement de « bascule ». « Les personnes y sont extrêmement sensibles. Je sais que j’ai touché à quelque chose de beaucoup plus profond. Cette expression aide à prendre de la hauteur par rapport à la situation ». La confiance nous permet d’entrer dans une double dimension : « Se sentir en lien, et aussi pouvoir relire la situation avec un autre regard ».

Ainsi, ce livre, découvert sur un présentoir de librairie, a produit du fruit. « Je ne crois pas au hasard. Je crois aux rencontres. J’ai mémorisé ce livre. J’en ai extrait l’essentiel ». Et voyant combien j’étais concerné par ce livre, elle me dit une parole qui m’est allée droit au cœur : « Le message est passé ».

La vie et la pensée d’Odile Hassenforder

Ce livre nous présente des expériences de vie, des témoignages, des réflexions, des méditations. Mais quel a été le chemin de vie d’Odile Hassenforder. Pourquoi et comment a-t-elle écrit ? Comment ses textes ont-ils été rassemblés et publiés dans la forme de ce livre ? Voici l’introduction du livre qui répond à ces questions.

Odile Hassenforder a quitté la vie terrestre le 11 mars 2009. La célébration qui a suivi a manifesté l’amour et la reconnaissance qui lui étaient portés de toute part. Au long des années, non seulement elle a activement participé à des groupes et associations, mais elle a été en relation avec de nombreuses personnes dans une démarche d’entraide psychologique et spirituelle. Plusieurs d’entre elles ont ainsi témoigné comment Odile leur a permis de sortir d’une impasse, voire d’un gouffre. Cette attention, cet esprit d’entraide étaient fondés sur une expérience spirituelle enracinée de longue date, au cœur même de sa personnalité. Sa conscience de l’amour et de la bonté de Dieu se traduisait dans l’amour et l’attention qu’elle portait à tous ceux qui l’entouraient : sa famille, ses ami(e)s, de nombreuses relations. Son expérience de la grâce de Dieu et de sa puissance de vie lui a également permis de faire face, durant les dernières années, à une atteinte cancéreuse, dans un contexte où elle a bénéficié en retour de l’aide de nombreux amis et soignants. Dans les derniers jours, ils ont été témoins du rayonnement qui se dégageait de sa personnalité. Ses dernières paroles ont été des expressions de foi et d’amour.

Ces quelques observations ont simplement pour but de présenter celle qui vient aujourd’hui s’entretenir avec vous. En effet, dans les dernières années de sa vie, Odile a manifesté à plusieurs reprises son désir de transmettre une expérience et une réflexion qui se sont développées au cours de toute son existence. Ainsi a-t-elle exprimé dans plusieurs écrits un grand désir de communiquer un message d’amour et de vie. Sont repris ici quelques passages de ces textes que vous allez découvrir au fil des pages. «Ce que j’ai la joie de partager aujourd’hui est la découverte des bienfaits de Dieu : manifestation de sa bonté infinie que j’ai pu ressentir, de sa magnificence que j’ai pu reconnaître dans sa création, de sa présence dans l’énergie vitale de tout ce qui existe. (…) Cette joie de reconnaissance explose en moi. J’ai envie de la partager. La vie vaut la peine d’être vécue ! » (« Désir de partage »). Quelques années plus tôt, elle avait déjà exprimé la même intention et elle s’adressait ainsi à nous: « En pensant au lecteur qui parcourra ces lignes, mon souhait le plus profond, c’est qu’à travers cette lecture, il puisse, à son tour, louer Dieu pour les merveilles qu’il découvre en lui et dans sa vie » (« Être reconnaissant »). Ces mots ont été écrits dans les dernières années de la vie d’Odile, au moment où elle faisait face à la menace de la maladie. C’est dire la force de sa conviction. Mais comme on pourra le voir dans ce recueil, le cœur de ce message s’est affirmé très tôt à partir d’une expérience fondatrice et s’est ensuite décliné à travers toute une existence dans des expressions très variées.

Il importe de donner ici quelques points de repère à propos de la vie d’Odile. Début 2008, préparant une session œcuménique d’exercices spirituels ignaciens, Odile a indiqué elle-même quelques jalons de son itinéraire spirituel (« Parcours spirituel »). Elle exprime un événement capital en ces termes : « 1973. Rencontre de notre petit groupe de partage spirituel avec le renouveau charismatique catholique. Au même moment, un pasteur pentecôtiste “spirituel au delà des doctrines” prie avec son église pour ma guérison. Huit jours après ma première démarche, le dernier jeudi d’octobre 1973, à 23 heures, après une réunion de prière dans la crypte de Saint Sulpice, je sors d’une seconde à l’autre d’une dissociation de personnalité. Baptême dans l’Esprit… Depuis ce jour, méditation quotidienne de la Bible ». Il y a là une expérience fondatrice qui a suscité une transformation majeure dans la vie d’Odile et qu’elle a décrite dans plusieurs textes publiés dans ce livre (« Expérience fondatrice »). Trente ans plus tard, elle s’y réfère encore dans ces quelques lignes : « Je ne me crois pas meilleure que les autres. Depuis le jour où Dieu s’est révélé à moi à travers une prière exaucée et où j’ai découvert que je recevais de lui une paix et une plénitude, je suis entrée dans un univers spirituel, une nouvelle dimension. Dans la relation avec Dieu, en Jésus-Christ, je suis assurée de sa sollicitude jusque dans l’éternité » (« Libre parole sur la venue du Dalaï Lama »).

A partir de cette expérience fondatrice, la vie d’Odile va prendre un nouveau cours. En effet, elle s’investit dans un groupe de prière interconfessionnel, « le Sénevé » où elle transmet son inspiration. Elle développe une activité de partage autour de la Bible. Elle allie formation psychologique, expérience spirituelle et un sens du dialogue empreint d’amour et de respect pour apporter une aide à des personnes en difficulté. Dans une position de responsabilité, elle participe également à l’animation de « Témoins », association chrétienne interconfessionnelle et à la production de son magazine. Sa vie familiale continue à se dérouler dans l’amour qu’elle porte aux siens. Ses petits-enfants étaient chers à son cœur. Elle poursuit une activité intellectuelle et culturelle dans une vaste gamme de centres d’intérêt comme en témoigne « Mosaïque itinéraire de lecture » qui exprime aussi sa recherche spirituelle. Elle manifeste également un penchant pour l’expression poétique. Durant les années 80 et 90, cette « vie en mouvement » s’exprime dans des textes qui manifestent ces orientations et aussi un approfondissement de sa vie spirituelle.
Dans la dernière décennie, la santé d’Odile fut attaquée sur plusieurs fronts. Face à la remontée de souvenirs traumatisants issus de son enfance et de son adolescence, elle s’engage dans une psychothérapie dont elle percevra les bienfaits. Bénéficiant d’une entraide spirituelle chaleureuse constamment présente et d’un suivi médical personnalisé, entre autres celui d’un médecin ami, jusqu’aux tout derniers mois, elle parvient à mener une vie presque normale malgré les angoisses liées aux poussées cancéreuses et à  l’appréhension des examens et des traitements lourds. C’est dans ce contexte qu’Odile tient un journal spirituel et écrit de nombreux textes concernant son expérience et sa vision de la « vie en Christ », de la « vie en Dieu ». C’est à partir de ces écrits personnels, expression de sa pensée en mouvement, sans qu’elle ait pu leur apporter une validation définitive, que de nombreux textes ont été extraits dans les mois qui ont suivi son départ, en l’occurrence par son mari.
Dans ce contexte difficile, « la force et la joie de vivre » qui s’y expriment témoignent à la fois de la profondeur et de la justesse de toute une vie et de la puissance de l’Esprit. Il y a là aussi une expression d’expériences nouvelles qui s’expriment avec une particulière intensité comme la conscience d’exister, vécue comme une grâce. Les proches et les amis qui ont entouré Odile durant ces années sont témoins de cette qualité d’être, inspirée par la vie divine. Plusieurs de ces textes exprimant « une confiance dans l’épreuve » viendront réconforter celles et ceux traversant des difficultés.

Le lecteur de ce livre découvrira par lui-même les accents majeurs de la spiritualité d’Odile. Il pourra suivre le développement de sa pensée, nourrie par les différentes cultures auxquelles elle a participé. Elle se présente d’ailleurs comme « une chrétienne interconfessionnelle quelque soit l’institution à laquelle je me rattache à tel ou tel moment » (« Ce que je crois »). En rapport avec son expérience initiale, un fil conducteur se déroule à travers tous ces textes : une expression, un ressenti de l’amour et de la bonté de Dieu qui se manifestent à notre intention (« Qui est Dieu ? »). Loin du volontarisme, du légalisme, du fondamentalisme, de tout ce qui entraîne culpabilité et agressivité, Odile plaide pour l’accueil de la grâce de Dieu : « Dire que je suis chrétienne, c’est dire que Christ est toute ma vie. Non pas un modèle que je m’efforce d’imiter, mais une relation constante à Dieu, par Christ ressuscité : il est la vie, la puissance de vie en moi quand je l’accueille par l’Esprit pour me conduire selon la justesse des lois de vie… » (« Ce que je crois »). Dans un autre texte, elle précise : « Notre attitude juste est celle de l’accueil de l’œuvre de Jésus en nous, décision qu’elle se fasse en nous par l’Esprit dans l’espérance, dans notre marche vers… » (« Accueillir l’œuvre de Christ en nous »). Cette attitude se nourrit d’une prière confiante et de la méditation de la Parole biblique (« Vivre en Christ. Vivre en Dieu »). Il y a là une dynamique personnelle qui s’inscrit dans un mouvement d’ensemble. «Dans la résurrection, une nouvelle ère est ouverte. Ce plan, que Dieu achèvera à la fin des temps, consiste à réunir tout ce qui est dans les cieux et sur la terre sous un seul chef : le Christ. Ainsi Jésus devient le Christ cosmique. (…) Son œuvre se réalise pour moi quand je la reçois : pardon et guérison pour une vie nouvelle dans la relation au Père et au Fils qui font leur demeure en moi, qui devient le temple de l’Esprit » (« Il est ressuscité! »).
Certaines formulations d’Odile peuvent paraître approximatives pour des théologiens professionnels. Elle n’a pas suivi d’études de théologie, mais sa pensée s’est formée en alliant expérience spirituelle, méditation quotidienne de la Bible et lecture de nombreux livres en rapport avec ses questionnements. Son expérience et sa réflexion sont étroitement reliées. Dans son parcours, elle a trouvé une inspiration féconde chez deux théologiens : Eloi Leclerc, auteur de Le Royaume caché, et, dans les dernières années, Jürgen Moltmann. On pourra voir dans la pensée de ce dernier un fondement théologique à la démarche d’Odile et à certaines de ses expressions.

La spiritualité a pu être définie comme « une conscience relationnelle avec Dieu, avec la nature, avec les êtres humains et avec soi-même ». Odile a toujours vécu en relation avec ceux qui l’entouraient et, plus généralement, elle a été attentive à la dimension sociale. Son amour de la nature et sa capacité d’y percevoir l’animation divine sont présents dans de nombreux textes. A maintes reprises, elle s’émerveille du spectacle de la nature à travers les fenêtres de son appartement, des arbres et du ciel. A la suite d’une visite, elle décrit avec une émotion sensible une grange restaurée et le jardin qui l’environne : «Au fur et à mesure de la visite, je me laissais imprégner par la joie profonde que suscite la reconnaissance pour l’harmonie de la vie perçue par-delà le visible ». Et elle conclut par cette parole qui va droit au cœur : « Bien sûr, il y a bien des malheurs dans le monde, mais il y a toujours des jardins avec des roses. Ces jardins sont une porte vers la vie » (« Quand tout s’agence »).
Elle exprime une vision que l’on peut résumer en ces mots : « Tout se tient. Unité et harmonie en Dieu ». Elle poursuit : « Assez curieusement ma foi en notre Dieu qui est puissance de vie, s’est développée à travers la découverte des nouvelles approches scientifiques qui transforment notre représentation du monde. Dans cette nouvelle perspective, j’ai compris que tout se relie à tout et que chaque chose influence l’ensemble. Tout se tient, tout se relie. Pour moi, l’action de Dieu s’exerce dans ces interrelations ». (« Dieu, puissance de vie »). Ainsi désire-t-elle s’inscrire positivement dans la création : « J’ai été secouée au plus profond de mon être, le jour où j’ai réalisé que Dieu m’appelait à participer à la gérance de sa création, à commencer par ma personnalité. Qui suis-je pour être ainsi “collaboratrice” du créateur ? (Psaume 8). Dieu continue à créer avec chacun de nous et avec moi. “Le Père céleste agit sans cesse”, dit Jésus et il m’invite à participer à la nouvelle création mise en route dans sa résurrection… » (« Vers une personnalité unifiée »).
Dans la communion divine qui nous relie, ce livre exprime  un chemin de vie.
La construction de cet ouvrage traduit à la fois le mouvement de la vie d’Odile, son itinéraire au long des années, et l’expression de son vécu, de son ressenti, de sa pensée. De fait, ce livre n’est pas un récit en continu. C’est un recueil de textes dont chacun a son originalité et contient un message. Il pourra donc alimenter notre méditation, jour après jour, selon notre besoin ou notre aspiration du moment. A de nombreuses reprises, Odile exprime  son amour de la vie. Elle nous dit la source de cette attitude : « toi qui me donnes vie », « imprégnée de ta présence, puissance de vie en moi ». Ainsi ce livre a reçu pour titre : « Sa présence dans ma vie ».

Un témoignage vivant

Odile a quitté la vie terrestre le 11 mars 2009. Aujourd’hui, à travers ce livre, nous l’entendons encore nous parler et nous participons à ce dialogue. La communication, qui se poursuit ainsi, s’inscrit dans le cadre d’une communion qui, sur un autre registre, unit les vivants et les morts en Christ ressuscité. Avec le théologien Jürgen Moltmann (4), nous croyons que Jésus Christ, par sa résurrection, a brisé le pouvoir de la mort. En Christ ressuscité, il n’y a plus de mur de séparation entre les vivants et les morts. Dans la communion en Christ, les morts n’ont pas disparu. Ils ne sont pas « morts ». Ils manifestent une présence. Plus nous nous approchons du Christ, plus nous nous rapprochons aussi de ceux qui ont quitté la vie terrestre (5). Dans cet esprit, dans la communion en Christ ressuscité, dans l’inspiration de l’Esprit qui porte ce livre, Odile nous accompagne. Ce livre est un témoignage vivant.

Jean Hassenforder

(1)    Hassenforder (Odile). Sa présence dans ma vie. Parcours spirituel. Empreinte. Temps présent, 2011. Sur ce site, compte rendu (lien à mettre) Ce livre est en vente sur Amazon et à la Librairie 7ici. Nous reproduisons ici l’introduction de ce livre : « Odile Hassenforder : sa vie et sa pensée », p 11-17.
(2)    « Confiance ! Le message est passé » : http://www.vivreetesperer.com/?p=1246
(3)    « Dame confiance » : http://www.vivreetesperer.com/?p=677
(4)    Jürgen Moltmann. Sa vie et sa pensée : « Une théologie pour notre temps » : http://www.lespritquidonnelavie.com/?p=695
(5)    Cette courte réflexion est textuellement inspirée par un chapitre de Jürgen Moltmann dans son livre : « In the end… The beginning » (Fortress Press, 2004), aujourd’hui traduit et publié en français : « De commencements en recommencements » (Empreinte Temps présent, 2012) : « The community of the Living and the Dead » p 135 : « When he « descended into hell » (the realm of the dead), as the creed puts it, Christ broke the power of the death and took the dead in his fellowship. So the community of Christ is in him a community of the living with the dead, and of the dead with the living. In the risen Christ, the wall of death has been broken down. So, in this community with Christ, the dead are not « dead » in the modern sense. They « have a presence »… The closer we come in Christ, the closer the dead come to us… ».