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Texte intégral de Pierre LeBel

Je me présente. Je suis responsable de Jeunesse en mission (JEM) à Montréal et l’un des directeurs de JEM en Amérique du Nord pour ce qui est du développement de nos ministères dans les centres urbains. Je suis aussi mentor pour l’Echad, un groupe de jeunes émergents ici à Montréal. Je suis aussi, pour un temps, handicapé avec mon pied et ma jambe dans le plâtre.
J’aurai aimé entendre les présentations de samedi matin afin de pouvoir mieux situer mon intervention. J’aurai aussi aimé rencontrer Andy pour nous entretenir un temps avant le moment de nos présentations en après-midi. Je n’ai aucun doute quant à la pertinence de leurs propos à tous face à la réflexion qui nous réunis aujourd’hui.
Quelles questions pour les institutions ? J’ai pensé répondre à la question qui nous est posée, à Andy et moi, en commençant par une réflexion du célèbre poète et chanteur montréalais, Léonard Cohen. Afin de donner corps à ses pensées, je poursuivrai avec quelques réflexions inspirées par Charles Taylor dans son livre, L’âge séculier. Comme réponse au contexte de postchrétienté, je proposerai l’incarnation comme modèle de la mission de l’Église avec la kénose, le dépouillement, comme premier principe et dont j’en tire trois pistes de réflexions et d’engagements pour les églises qui se veulent émergentes. En conclusion, je soulignerai les
quelques questions auxquelles je crois que les Églises ont de nos jours à répondre.
A) Léonard Cohen – aucune stratégie spirituelle.
Léonard Cohen s’est éteint, il y a deux semaines et inhumé à Montréal le 10 novembre. Dans une entrevue lors du lancement de son dernier CD sortie en octobre, que deux-trois semaines avant sa mort, il répond à la question d’un journaliste.
« Quelle est l’importance de la religion à ce stade de votre vie? » Il avait 82 ans.
« Je ne me suis jamais considéré comme une personne religieuse. Je n’ai pas de stratégie spirituelle. Je ne fais que boiter comme le font beaucoup d’entre nous dans ces domaines. J’ai, à l’occasion, ressenti la grâce d’une autre présence dans ma vie, mais je ne peux pas construire n’importe quelle structure spirituelle sur ça. J’ai le sentiment que c’est un vocabulaire avec lequel j’ai grandi. Ce paysage biblique m’est très familier. Il est naturel que j’utilise ces repères comme références. Autrefois, ils étaient des références universelles et tout le monde les comprenait et les connaissait et les gardait, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais c’est
toujours mon paysage. J’essaie de faire ces références. J’essaie de m’assurer qu’ils ne sont pas trop obscurs. Mais en dehors de cela, je ne peux pas, je n’ose rien réclamer dans le domaine spirituel pour moi-même. » (1)
Ces paroles de Cohen résument de façon concise le coeur de notre conversation aujourd’hui à propos des parcours de foi aux marges des cadres institutionnels.
On voit dans la réponse de Cohen comment sa tradition religieuse juive lui a donné le langage et les images d’interprétation nécessaires pour sa poésie et pour ses chansons, malgré le fait qu’il soit un homme plutôt séculier et principalement associé à la culture populaire et postchrétienne actuelle. Il reconnaît tout autant que ses références, autrefois universelles, sont à présent oubliées de la majorité. Il a su malgré tout traduire et transmettre son héritage religieux pour éveiller chez un grand nombre de nos contemporains un intérêt pour la spiritualité, non pas en tant que religion, mais comme questionnement, essence et fond de la
vie. Dans le film documentaire, L’Heureux Naufrage, Éric-Emmanuel Schmitt, évoque le fait que ce que nous avons en commun les êtres humains, que nous soyons croyants ou non, c’est la question. Cohen a su évoquer pour l’homme contemporain la question. Ses images bibliques ont été reçues par les foules du monde entier parce qu’elles ont contribuées à poser la question. Elles n’ont pas été présentées comme réponses autre que de valider la dimension spirituelle des humains. Cohen représente bien le défi qui nous appartient en tant que chrétiens aujourd’hui. Comment utiliser les références qui sont les nôtres dans la vie de Jésus et les traduire de sorte qu’elles soient à la portée de notre monde comme témoignage à la vie ? Mais une telle démarche suscite d’importantes questions à propos de ce qu’est la tradition ainsi que du rôle des institutions pour la sauvegarder si tel est le cas. Où doit s’inscrire aujourd’hui la fidélité des chrétiens ? Envers les traditions et les institutions ? Ou envers le Christ vivant toujours
aujourd’hui dans le monde ? Y a-t-il une fidélité chrétienne qui pourrait paraître pour plusieurs comme une trahison de la foi ? C’est ce qu’évoque Peter Rollins dans ses ouvrages2.
Pour certains, les institutions et les traditions chrétiennes du passé seraient plutôt vues comme des contraintes à la transmission de la foi en postchrétienté. Mais sans tradition, peut-il y avoir même un souvenir dans lequel puiser nos références ? Nos traditions sont-elles figées dans le temps ou vivantes, présentes et renouvelés aujourd’hui et à chaque jour ?
Les dernières paroles de Cohen au fait qu’il « ne peut pas, qu’il n’ose rien réclamer dans le domaine spirituel pour lui-même » éveillent pour moi une autre question : Les institutions chrétiennes, les Églises, ont-elles revendiqué la vérité incarnée en Jésus Christ pour elles-mêmes et transformé la foi comme « stratégie spirituelle » ? En d’autres mots, la foi chrétienne est-elle devenue prisonnière des traditions et des institutions qu’elle a mis au monde comme religion ?
B. Charles Taylor – les conditions de la croyance.
Afin de mieux élaborer et situer le contexte social de notre questionnement, je me tourne vers Charles Taylor qui, dans l’Âge séculier, va au-delà des propositions classiques de la sécularisation, (1 – le retrait progressif du religieux de la sphère publique et 2 – le déclin de la croyance et de la pratique religieuse) et leur oppose ce qu’il nomme sécularité (3) pour décrire, premièrement, comment, s’est constitué une alternative humaniste exclusive face à la foi chrétienne, un humanisme selon lequel les humains sont en mesure d’assurer eux-mêmes leur propre épanouissement ; deuxièmement, pour expliquer la multiplication continue des positions disponibles comme visions du monde entre la foi et l’incroyance, ce qu’il désigne comme « théâtre d’une diversification » ou « supernova » — un pluralisme quasi illimité — et, pour terminer, comprendre l’éthique de l’ « authenticité » ou de « l’individualisme expressif » qui s’est imposé au cours des dernières décennies et par lequel chacun est invité à trouver son propre chemin (3).
Taylor met donc en lumière trois caractéristiques de la postchrétienté actuelle qu’il considère comme étant les nouvelles « conditions de la croyance (4) » que la sécularité moderne impose. En postchrétienté, ce n’est plus une institution qui détermine les croyances du peuple, mais plutôt, la décision du croire revient à l’individu et il peut, s’il le veut, ne s’enraciner nulle part. Il peut aussi croire en Dieu, en opposition au sécularisme promu, car Taylor fait clairement voir que, bien que nous habitions tous le monde temporel, la transcendance demeure une option (5). Toutefois, les temps de la domestication de la foi par les Églises et de la croyance naïve (6) des gens sont périmés. En fait, chaque être humain expérimente la vie de façon unique et personnelle quelque soient la croyance, la culture, l’ethnie et la nationalité qui est sienne et, par respect de sa personne, il a le droit de l’exprimer. Chacun (qu’il en soit
conscient ou non) a, pour ainsi dire, sa propre vision du monde (qu’il soit capable de l’articuler ou non) bien que celle-ci s’inscrit de manière générale dans une vision plus large et partagée avec d’autres. Par contre, ces visions du monde collectives sont elles aussi multiples presque à l’infini et chacune campée quelque part entre la religion transcendante d’un bord et la non-croyance tenace de l’autre.
Ce qui est à retenir ici est la perte de statut et d’autorité imposé aux institutions en général et aux religieuses en particuliers, dans une société laïque et postchrétienne qui prône la liberté individuelle. Le théologien québécois, Martin Bellerose, résume succinctement la situation ainsi : « Plus jamais la religion n’aura la possibilité d’encadrer la vie publique parce que le
cours de l’histoire l’a dépouillée de ce qu’elle était originellement, c’est-à-dire de son hétéronomie (7). »
Le prêtre anglican, John T. Skinner, affirme que l’Église a subit « une kénose involontaire, une humiliation traumatique (8) » du fait qu’elle a été incapable de quitter d’elle-même la chrétienté. Les églises ont le plus souvent choisies de sauvegarder les meubles et les cadres institutionnels. En fait, on pourrait considérer les églises évangéliques comme étant la dernière vague de la chrétienté et dont la preuve est les nombreux projets d’implantation d’églises locales dans chaque ville, village et quartier du monde entier avec leurs cultes le plus souvent le dimanche matin (9). Ce projet semble bien se poursuivre sur les continents du sud. Mais le contexte occidental est bien différent. La mission de l’Église comme reproduction d’une culture et d’un cadre religieux particulier, facilement assimilée à un colonialisme religieux, est à son terme en postchrétienté. Les masses ne reviendront plus s’assoir sur nos bancs d’églises. Et les bancs d’églises n’appartiennent plus toujours aux associations dénominationelles connues. Il est à noter que cette déstructuration de l’Église et des églises est tout autant évidente parmi les nouvelles églises fondées par les diverses communautés issues de l’immigration dans les centres urbains. Selon Martin Bellerose « Il y a présentement un éclatement de structures traditionnelles particulièrement chez les églises, Réformés et Évangéliques. Comme on peut considérer les relations entre croyants comme l’essence même de l’Église, l’arrivée de chrétiens d’ailleurs transforme nécessairement l’Église
et les églises(10). »
Le temps ne serait-il pas arrivé pour les Églises de s’inspirer de la parabole des cents brebis (Luc 15,3-7) pour aller à la recherche de la brebis égarée tout en quittant les 99 toujours dans l’enclos ? Sauf que, de nos jours, ce sont plutôt les 99 qui se sont égarés et l’un seul qui est resté. C’est ce que nous révèle l’étude pancanadienne, mandatée par l’Alliance évangélique du Canada et réalisée en 2011-2012, et dont le rapport porte comme titre, Hémorragie de la foi. Entre autres, les données révèlent que, au Québec, sur 100 enfants qui, en 1991,
fréquentaient fidèlement une église en compagnie de leur famille, il ne restait que 40 adolescents en 2001. Rendus, en 2011, à l’âge adulte, plus que 19 demeuraient toujours membres de leurs églises. Une perte, en vingt ans, de 81 personnes. La méthodologie
employée n’était pas proprement scientifique, mais ces résultats représentent néanmoins les réponses de 435 Québécois âgés de 18 à 35 ans. Ailleurs au Canada, principalement anglophones, 39 jeunes de 18 à 35 ans fréquentaient toujours une Église sur les 100 de 1991.
Bien qu’ils aient quittés leurs églises, ont-ils nécessairement tous quittés la foi ?
C) L’incarnation
La postchrétienté exige aux Églises de repenser leur mission. Pour les Églises évangéliques avec lesquelles je suis plus familier, la mission chrétienne s’inspire des textes de Mt 28,19-20, Mc 15,15 et Actes 1,8, communément appelés la grande commission (the Great Commission).
Elle est aussi motivée par les voyages missionnaires de Paul qui a fondé de nombreuses églises dans les villes de l’Empire romain. L’étendue de la mission apostolique est comprise dans son sens géographique mondial, « en Judée, à Jérusalem et jusqu’aux extrémités de la terre ». Le règne de Dieu est certes universel.
Pourtant, ces textes de la grande commission ne nous indiquent rien quant au comment accomplir ce mandat. Ce sont les textes de Jean qui nous en donne la clé. « Comme le Père m’a envoyé ainsi je vous envois dans le monde » (Jn 17,18 et 20,21). Premièrement, Jésus exprime ces mots dans sa prière pour l’unité des disciples. Deuxièmement, il répète ses mêmes paroles à ses disciples le jour de leur consécration. Et voilà qu’en 1Jn 4,17, lettre écrite on ne sait combien d’année plus tard, Jean fait toutefois la constatation, « tel il est lui, tel nous sommes aussi dans ce monde ». L’incarnation est le seul modèle donné par Jésus à
ses disciples pour accomplir leur mission.
Le monde dans lequel Jésus est venu était plus qu’un lieu géographique associé au peuple juif de la première alliance en attente du messie. C’était tout autant un monde politique et militaire dominé par les Romains et dont l’empereur Auguste a ordonné un recensement de tous les habitants de l’Empire, ce qui a eu comme résultat la naissance de Jésus à Bethléem. Son monde était aussi culturel. Jésus est allé à Cana afin de participer à un mariage où il s’est assuré de la qualité comme de la quantité du vin. Lui-même a souvent parlé de l’économie, fondée en son temps sur l’agriculture et la pèche, dans son enseignement et dans ses paraboles. Le règne de Dieu doit s’inscrire dans toutes les sphères de la société, l’éducation, la santé, les arts et les médias, le gouvernement et la politique, le milieu des affaires et des finances et j’en passe. Ce sont les domaines de la vie partagée pour la société humaine. Ce
sont dans chacune de ces sphères que les chrétiens ont à vivre, interpréter et exprimer leur foi.
Le lieu de l’Église c’est le monde là où les chrétiens sont aussi citoyens. Les institutions chrétiennes doivent être au service des chrétiens qui sont, eux, les témoins du royaume dans le monde et non l’inverse. Ce message est particulièrement important pour les églises évangéliques qui tendent vers une ecclésiologie de la sortie du monde.
Le danger pour les églises instituées est de vouloir s’imposer comme médiatrices entre Dieu et les hommes et les églises locales devenir une fin en soi. Les grandes églises ont tendance à devenir centralisatrices. C’est la nature de toutes institutions que de vouloir réunir, compiler, organiser et administrer le savoir et le faire en établissant les règles pour leurs membres. En fait, dans la sphère religieuse, c’est aussi le moyen de vouloir domestiquer Dieu pour les chrétiens et pour le monde. Il importe de nous souvenir les paroles de Jésus à propos du sabbat. « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » (Mc 2,27) Nous
avons tout un chacun une relation immédiate avec le Dieu présent et ineffable par le seul médiateur, Jésus Christ. (1Ti 2,5) Les Églises sont au service de leurs membres pour les soutenir en vue de leurs missions respectives dans la société.
D) La kénose
Afin d’éviter de tels dangers, les églises, à la suite de Jésus, ne seraient-elles pas appelées à continuellement se « dépouiller » ? La kénose est le premier principe de l’incarnation. « Jésus christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec dieu, mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié luimême, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. » (Phil 2,5-8)
Pour devenir la Parole faite chaire, Jésus s’est premièrement dépouillé – kénose – de ce qui était sien, sa gloire. « Père, redonne-moi la gloire qui était mienne avant la fondation du monde » (Jn 17,5). Pour devenir homme et serviteur, il a quitté le lieu et l’état qui lui étaient familiers. C’est aussi ce que fait chaque missionnaire envoyé par son église afin de transmettre la foi dans un nouveau lieu. Les églises commencent toujours aux marges des institutions par le témoignage de personnes qui ont quitté les lieux et les traditions qui leur sont familiers afin de s’intégrer aussi pleinement que possible au sein d’une nouvelle communauté et culture. Enfin, l’engagement missionnaire est par nature et en obéissance au Christ un engagement hors institution (religieuse). Le corolaire à ce principe est que toute oeuvre missionnaire qui cherche en premier lieu à reproduire une culture religieuse particulière et préconçue comme norme et forme est en contradiction avec l’objectif même de sa mission.
E) Proposition de pistes de réflexions et d’engagements
Je propose trois pistes de réflexions et d’engagements pour les églises qui émergent aujourd’hui en postchrétienté. Pour relever les défis cités plus haut par Taylor, elles doivent :
1) Se dépouiller des acquis des Églises institutionnelles. Les Églises émergentes doivent s’efforcer à redécouvrir et à pratiquer la foi chrétienne sans s’appuyer sur une prétendue autorité, réputation ou prestige historique, culturel ou institutionnel des Églises, comme ce fut le cas pendant l’ère de la chrétienté. Toute notion des acquis des Églises en ce sens est écartée puisque ceux-ci ne lui sont plus reconnus en postchrétienté, les Églises ayant perdu leur statut.
2) Reconnaitre leurs membres comme citoyens-interprètes de la foi chrétienne dans le monde. Jésus a aussi reconnu l’individualité de la foi pour chacun, « Qu’il te soit fait selon ta foi » at-il dit au centenier et puis aux aveugles. (Mt 8,13 et 9,29) La liberté de conscience et de religion est à présent reconnue à chacun. C’est alors à chaque chrétien d’assumer sa propre foi en postchrétienté. Mais ce principe a déjà été reconnu par le protestantisme dans sa doctrine du sacerdoce universel, la prêtrise de tous les chrétiens. Chaque personne qui demeure en Jésus-Christ entretien une relation immédiate avec le Père et devient par nécessité un médiateur ou ambassadeur du Royaume. Il devient donc un interprète de la foi là où Dieu l’a placé dans ce monde. Ce sont donc les membres des églises qui sont, dans leurs lieux d’études  ou de travail, ou comme simple citoyen, ceux qui doivent apprendre à vivre, interpréter et exprimer la foi chrétienne dans leur monde et dans la société.
La participation des membres à la communauté chrétienne doit être libre et cette participation doit permettre la réciprocité pour le bien de la communauté comme de l’individu. La vie et le sens de l’Évangile doivent être en partage pour tous les membres lors des rencontres de la communauté. Et la communauté doit reconnaître à ses membres leurs engagements propres – vie professionnelle, de famille, de quartier — et les soutenir selon les besoins. La confiance réciproque est le fondement de toutes relations et donc de toutes communautés, ce qui est possible quand les personnes se reconnaissent respectées et considérées. 3) Se frayer de nouvelles voies hors sentiers afin de se trouver chacune leur propre voix. Les Églises émergentes devront rechercher des nouvelles façons pour vivre, interpréter et exprimer leur foi dans le monde. Leurs démarches les rapprocheront de la société dont ils se considèrent en faire partie. Leur fidélité ne peut plus être envers l’Église comme institution mise à part du monde, ni même envers une idée préconçue de ce que devrait être l’Église.
Dorénavant, ils devront se considérer eux-mêmes l’Église et membres du corps du Christ là où ils sont. Dans cette optique, rien ne pourra les empêcher d’explorer des voies différentes et prendre de nouveaux chemins dans leur obéissance à Christ. Pour les émergents, l’Église est tout autant présente quand deux ou trois se réunissent en son nom au cours de la semaine que lors d’une grande assemblée du dimanche. Ils s’inscrivent dans une compréhension protestante du sacerdoce universelle, la prêtrise de tous les membres. Dans leurs présences au monde, ils prennent conscience de la grâce commune offerte par Dieu aux hommes et
perçoive les expressions partielles de la rédemption et du règne de Dieu là où elles sont évidentes dans vie de tous les jours.
F) Conclusion – questions aux institutions religieuses. Ces quelques réflexions ont inspiré les questions que je pose aux Églises.
Les Églises sont-elles capables, comme le Christ, de se dépouiller de ce dont elles sont familières, de leurs acquis, de leurs traditions, de leurs gloires institutionnelles, pour se mêler auprès des gens du monde là où Jésus les a envoyés ? Quand de nouvelles personnes viennent à la foi, est-il nécessaire de les intégrer obligatoirement dans nos institutions et traditions propres ? Est-il nécessaire de faire de ces nouveaux disciples des baptistes, des pentecôtistes, des réformées ou des catholiques ? Peut-être Jésus voudrait-il bâtir son Église différemment et enfin créer de multiples nouvelles expressions de son corps dans le monde et non pas toujours dans la sphère particulière de la religion. Pourquoi les Églises institutionnelles doivent-elles se penser la norme théologique et la forme ecclésiale de l’Église ? Quelle gloire les Églises retirent-elles des nouvelles Églises qu’elles fondent ?
Les Églises locales doivent-elles toujours être fondées avec l’idée de devenir une communauté permanente ? N’est-ce pas là une continuité de la vision paroissiale de la chrétienté qui se veut reconnue au sein de la société comme une référence institutionnelle
centrale ? L’idée ne tient plus en postchrétienté. Dans une société en constant mouvement, y a-t-il place pour des communautés de foi temporaires ? Et qu’en est-il des « deux ou trois réuni en son nom » ? Ne s’agit-il pas de l’expression la plus simple de l’Église ?
Les Églises ne sont pas l’objectif final de l’oeuvre de Dieu dans le monde. La multiplication des églises locales, chacune selon ses croyances et ses traditions, n’équivaut pas au règne du Christ dans toutes les sphères de la société et dont les chrétiens sont témoins.
Pierre LeBel Le 22 novembre 2016

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Notes :
1) Page Facebook de Leonard Cohen, vidéo postée le 4 novembre 2016 à 10h36.
https://www.facebook.com/leonardcohen. Consulté le 19 novembre 2016.
2) https://peterrollins.com
3) Charles Taylor, L’Âge séculier, Montréal, Les Éditions du Boréal, 2011 (2007), p. 527.
4) C. Taylor, « L’Âge …», p. 915.
5) C’est aussi ce que nous propose la post-sécularité dont traite le philosophe Jean-Marc Ferry dans son ouvrage sortie en juillet dernier : « La raison et la foi ».
6) C. Taylor, « L’Âge …», p. 46.
7) Martin Bellerose, Les chrétiens et la sortie de la religion, Une nouvelle présence chrétienne dans la société post-hétéronome, Bogota, Ediciones Antropos Ltda., 2008, p. 7.
8) John T. Skinner, «Introducing New Monasticism », le premier d’une série de 59 cours en ligne intitulé The European School of New Monasticism, qui s’est tenu du 13 octobre au 13 novembre 2015. http://www.newmonasticism.com/e-school-of-newmonasticism-2/.
9) DAWN, CtoC Network, Church Planting Canada, Every Nation, etc
10) Dans un courriel personnel daté du 2 novembre 2016 à 15h27.

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