L’église Cépée de Besançon et son culte alternatif - Témoins

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L’église Cépée ** Voir le site www.eglise-besancon.com **, nous dit son pasteur Jean-René Bruandet, a pour double objectif de faciliter la venue à l’église des incroyants, et de transformer les croyants en disciples de Jésus. Elle développe un culte alternatif innovant.

Quelle innovation ?
L’innovation consiste en une réforme du culte du dimanche matin : avec un culte « confidentiel » pour les membres de l’église et les croyants, suivi d’un culte alternatif compréhensible par les incroyants – ciblant les moins de trente ans – qui poussent la porte de l’église ce jour là, ou sont amenés par des amis.
Ce culte alternatif permet de vivre une expérience, d’être informé, de vérifier si « ça parle ».
Il est conçu sur une heure, utilise des éléments culturels : musique, théâtre, vidéo, décors,  et développe un thème (ce mois-ci : les fruits de l’Esprit) avec une prédication qui laisse la place à l’interactivité. « On ne lâche rien sur le fond, mais nous réinventons la manière de présenter l’Evangile » nous dit Jean-René.
Les personnes sont accueillies à partir de 10h30 au bar par une équipe, et par les chrétiens qui sortent du culte. Ce bar est séparé par un rideau de la salle principale. Pendant une demi-heure,  c’est le temps des échanges, des présentations, pendant que l’équipe de musiciens (différente de celle du premier culte) s’installe et fait ses derniers réglages.
A chacun est remis le programme de ce qui va se passer, ainsi qu’un plan de la prédication et les versets bibliques qui y seront cités. Les nouveaux ont également un petit carton de bienvenue permettant de recueillir leur impression, de faire des suggestions, et de donner leurs coordonnées s’ils le souhaitent.
A 11 h, le rideau s’ouvre, avec une musique rock très professionnelle. Le décor (ce jour-là une immense peinture représentant des mains ouvertes sur des cerises), l’ambiance (un éclairage de salle de spectacle centré sur les musiciens)… Tout surprend.  Une présentatrice, très professionnelle elle aussi, explique ce qui va se passer, et fait le lien entre chaque séquence. D’abord, la musique chrétienne avec des paroles qui s’affichent sur un écran, choisies pour être comprises par tous. Puis, séquence « créativité » sur le thème : ce jour-là un micro-trottoir réalisé par l’équipe créativité de l’église. Enfin, le message de 20 minutes,  dont les versets s’affichent sur l’écran au fur et à mesure qu’ils sont dits. C’est toujours une prédication positive, qui tente d’apporter des réponses aux questions de tous les jours.
Pour finir, la musique reconduit les participants jusqu’au bar, à midi,
l’objectif étant qu’ils restent sur leur faim, autrement dit que « la fin du culte soit une surprise et non une délivrance ».

Pourquoi cette innovation ?
Parce que Jean-René ne supportait plus de voir des personnes ouvrir la porte de l’église le dimanche, et de repartir en n’ayant rien compris de ce qui se passait, pour ne plus jamais revenir.  De même, il souffrait de voir que les jeunes de son église n’osaient pas y amener leurs amis, leurs relations.

Il savait aussi par expérience que les réunions d’évangélisation le soir ne suffisaient pas. Si un incroyant veut rencontrer Dieu ou se faire une idée,  il poussera la porte de l’église qui est au coin de la rue le dimanche matin,  par  un réflexe issu de la tradition catholique. C’est ce que montrait très clairement un  sondage fait auprès de la population du quartier.

Il fallait donc réformer le culte du dimanche matin. Mais là, on se heurtait à une autre difficulté : les croyants ne trouvaient plus leur compte, dans un culte de moindre densité spirituelle. Pour répondre à cette frustration, un culte d’une heure est aussi organisé pour les seuls croyants, juste avant le culte « officiel », et de façon confidentielle (il n’est signalé sur aucun support de communication).

Quel processus de changement ?
Il a fallu trois ans pour mettre en place cette innovation, en partant d’une église évangélique charismatique classique d’une soixantaine de membres adultes (moyenne d’âge : 40-50 ans) avec un culte de 2h le dimanche matin. Cela supposait un engagement total des deux pasteurs dans la démarche.

Les étapes principales ont été les suivantes :
–    D’abord, donner envie aux membres en organisant un déplacement vers les églises allemande et suisse qui ont un fonctionnement de ce type (notamment ICF Bâle et ICF Genève (CH) et Feg à Fissingen),
–     donner des enseignements théologiques sur l’importance de l’évangélisation, sur le fonctionnement de l’église fondé sur toutes les parties du corps, et sur la modification du rôle des pasteurs qui doivent s’effacer pour être davantage apporteurs de ressources (Cf Gilbert Billézikian de Weelow Creek),
–    monter un culte expérimental dans l’église locale en faisant appel à des ressources externes,
–    faire réfléchir l’église sur le décalage qu’elle avait avec le monde, son manque de rayonnement, sur la base du livre de Rick Warren « une passion, une vision »,
–    mettre en place, en plus du culte classique,  un culte d’accueil d’une heure le dimanche soir, ciblé sur les étudiants, où les chrétiens pouvaient amener leurs copains, avec musique rock et prédication interactive,
–    transformer le culte du soir en culte alternatif, car des personnes nouvelles s’impliquant, il est possible  de créer des équipes pour préparer et animer le culte
–    ensuite, adapter ce culte alternatif aux non  croyants (fin 2005),
–    regrouper les deux cultes le dimanche matin (depuis janvier 2009), après une longue tentative de pratiquer le culte entre chrétiens le vendredi soir (depuis janvier 2007).

Les transformations successives ont été soumises au vote de l’église.

Jean-René Bruandet tire de ce processus l’enseignement qu’il ne faut pas faire des essais d’innovation dans un culte existant, mais innover à côté. On peut déplacer l’horaire d’un culte, mais pas transformer la réunion, car il ne faut pas bousculer les repères. Il faut réserver au culte innovant la meilleure tranche horaire.

Quels résultats ?
Pendant le processus de changement, 15% des membres ont choisi de quitter l’église sur deux ans, notamment à cause du déplacement de l’horaire du culte. Cela s’est fait dans la compréhension mutuelle, et on les a aidés dans la paix à trouver une autre église.

En quatre ans, environ 500 personnes nouvelles (dont 268 non chrétiens) sont venues à l’église, 80 y reviennent régulièrement, 32 se sont faites baptiser.
En « interne », les gens deviennent de vrais disciples, et exercent leurs talents, en équipe. Les pasteurs sont très investis dans l’accompagnement des individus, et des équipes avec un débriefing des situations difficiles au regard de la Parole de Dieu.
Les personnes sont fières d’amener des relations dans cette église, et deviennent prospecteurs et ambassadeurs.

Mais il faut, d’après Jean-René, passer à une autre dimension dans la communication, car on a sans doute fait le tour des personnes connues ou atteignables par les membres (les 268).
Pour cela, Il faut accroitre la visibilité et la notoriété, dès lors que l’église n’a pas une forme traditionnelle.
Bonne nouvelle, la ville de Besançon vient d’accepter la  pose d’un panneau routier pour localiser l’église et un site internet a été spécialement conçu pour les personnes en recherches.

 Marie-Thérèse Plaine

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