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« Harry Potter and the deathly hallows », le septième et ultime volume de la saga de J.K.Rowling vient de paraître.

En raison de l’immense audience que cette œuvre remporte, c’est un véritable événement culturel. Aujourd’hui, 325 millions d’exemplaires des livres relatant les aventures d’Harry Potter ont été vendus dans le monde. Nous sommes donc en présence d’un phénomène socio-culturel de grande amplitude qui est déjà l’objet de nombreuses recherches.
Nous sommes nous-mêmes pour la plupart concernés, car ces livres éveillent souvent une lecture passionnée chez beaucoup de jeunes qui échappaient jusque là à toute activité littéraire. A travers notre propre lecture, ou ce que nous avons appris en lisant les commentaires de la presse, ou bien des conversations avec des amis, nous connaissons la trame de cette saga : comment dans le cadre fabuleux d’un univers de magiciens, le jeune Harry Potter va grandir dans un collège anglais, et comment, entouré par de proches amis, aidé par de sages conseils, il va affronter un personnage maléfique et en triompher.
Comment ces livres ont été accueillis dans l’univers chrétien ? C’est la question à laquelle nos voulons apporter un premier élément de réponse dans ce point d’actualité.

Le choc des accusations.

Lorsque le premier livre de J.K.Roxling a commencé à susciter la faveur des jeunes et des moins jeunes, il a déclanché un tir de barrage en provenance d’un certain nombre de chrétiens anglophones qui y ont vu une collusion avec l’univers de la magie. Des versets de la Bible condamnent sévèrement la divination et la sorcellerie. Et il n’y a pas de doute que ces pratiques sont dangereuses et exécrables. Mais les catégories utilisées dans l’œuvre de Harry Potter relèvent-elles de cet univers ? Un travail de discernement effectué par des critiques littéraires et des théologiens a montré qu’il n’en était rien (1).

D’Homère à Harry Potter.

Dans un livre récemment paru : « From Homer to Harry Potter » (2), les auteurs, Matthew Dickerson et David O’Hara, traitent du mythe et du fantastique dans de grandes œuvres littéraires au long des siècles. Cette contribution s’inspire des questionnements qui lui sont suggérés par les deux plus importants auteurs de « fantasy » au XXè siècle que sont les écrivains chrétiens : C.S.Lewis et J.R.R.Tolkien. Et, comme le suggère le titre, ces experts en littérature portent assez de considération à l’œuvre de J.K.Rowling pour lui consacrer le dernier chapitre de cet ouvrage.
Pour éclairer le débat, ils explorent deux grandes questions. D’une part, quelle est l’origine du pouvoir magique ? D’ou vient-il ? Quelle est sa nature ? D’autre part, à quelle fin ce pouvoir est-il utilisé ? Quel est son objectif ?
En réponse à la première question, les auteurs distinguent plusieurs possibilités : « Le pouvoir « magique » provient finalement d’une source interne et il est inhérent à l’individu. Ou bien, le pouvoir provient d’une source externe. Et dans ce cas, il y a, à nouveau, une distinction à opérer. Cette source externe peut être une réalité inanimée comme la nature, ou une réalité personnelle comme un génie ou un puissant esprit. Cette dernière peut être appelée au service du magicien » (qui tombera lui-même en son pouvoir).

Dans le cas de la série d’Harry Potter, les auteurs formulent une première observation. « Les pouvoirs les plus importants exercés par les bons personnages de l’histoire, ceux qui se trouvent du côté de Dumbledore, sont des pouvoirs internes inhérents aux magiciens qui les détiennent ». Des dons naturels autant qu’extraordinaires en quelque sorte !
D’autres manifestations, comme beaucoup de potions magiques, sont fondées sur les propriétés « magiques » de la nature. Dans ce cas, l’auteur montre qu’à l’instar des produits chimiques et pharmaceutiques, elle peuvent être utilisées pour le bien ou pour le mal.
Qu’en est-il également du pouvoir et de l’usage des mots ? Dickerson et O’Hara analysent cet usage et mettent en évidence les limites qui sont dressées par rapport à l’agression.
Au total, les pouvoirs résident bien dans les magiciens eux-mêmes et un enseignement leur est prodigué pour qu’ils les exercent avec sagesse .
Quant à l’autre catégorie de magie, « celle qui invoque d’autres pouvoirs et les utilisent au gré de la volonté humaine, le type de magie de caractère maléfique associé à l’occulte », en ce qui concerne la série d’Harry Potter, la réponse est simple : une telle magie est utilisée, mais seulement par l’ennemi. Dans l’univers de Rowling, le pouvoir d’asservir, ou plus spécifiquement le pouvoir occulte qui se manifeste à travers la réduction en esclavage à une puissance extérieure, est clairement désigné comme un mal .

Rappelons la seconde question posé par les deux analystes : A quelle fin le magique est-il utilisé ? Est-il utilisé pour le bien ou pour le mal ? Et, à un niveau plus profond, est-ce que l’auteur fait une distinction entre le bien et le mal ? « Une œuvre littéraire qui suggère que le bien et le mal sont simplement des constructions humaines, qu’ils sont des catégories subjectives ou pas de catégories du tout, est en opposition radicale aux vérités fondamentales du christianisme ». Or, à cet égard encore, Rowling est parfaitement claire et elle évite toute confusion. « De livre en livre, la distinction entre le bien et le mal s’approfondit. Rowling met en évidence la bataille cosmique qui se déroule. Là aussi, elle s’inscrit dans une vision chrétienne ».

De C.S.Lewis à J.K.Rowling.

Pour une analyse plus approfondie, le lecteur se reportera au livre magistral de Matthew Dickerson et David O’Hara. Comme on l’a vu, ces auteurs inscrivent leurs commentaires dans un champ plus vaste : l’étude du mythe et du fantastique. Ils exploitent et commentent ainsi le mouvement initié par C.S.Lewis et J.R.R.Tolkien. Les œuvres de ces écrivains comme « Les chroniques de Narnia » ou « Le Seigneur des Anneaux » sont maintenant bien connus dans le monde occidental, et, depuis peu, en France. A travers le déploiement de l’imaginaire, y passent des vérités profondes sur la vie. Ainsi, à travers l’allégorie, et en présentant un univers enchanté, C .S.Lewis nous introduit au cœur de la vision chrétienne (3). Mais, pour y accéder, il faut dépasser les limites d’un rationalisme étroit. Comme l’écrit Leanne Payne, auteur d’écrits de spiritualité, « Nous sommes des êtres « mythiques ». Nous vivons par et dans nos symboles » (4). Si cette dimension est refoulée, notre réaction s’exerce sans recul, au premier degré. Et c’est ainsi qu’on peut expliquer la violence de certaines attaques contre Harry Potter. Pourtant, ceux-là mêmes qui les ont menées , pouvaient difficilement rejeter pour les mêmes raisons les grandes sagas de C.S.Lewis parce que cet auteur est bien connu dans le monde anglophone pour son œuvre d’apologétique en faveur de la foi chrétienne. Les penseurs chrétiens qui ont pris la défense de J.K.Rowling n’ont pas manqué d’invoquer son exemple. Au reste, est-ce qu’on s’inquiète du personnage de superman ? Comme l’écrit Mark Greene, animateur du London Institute for Contemporary Christianity (5), «La magie dans la fiction de Rowling opère comme la haute technologie dans la science fiction ou les pouvoirs du super héros dans les bandes dessinées pour ouvrir de possibilités plus grandes aux personnages. C’est essentiellement une métaphore du pouvoir. Et la question est alors : comment le pouvoir va-t-il être utilisé ? Comme l’a dit Abraham Lincoln : Si vous voulez vraiment tester le caractère de quelqu’un, donnez lui du pouvoir » (6).

Les vertus des héros de la saga Harry Potter.

Le succès de l’œuvre de J.K.Rowling tient à de nombreuses raisons comme la puissance de l’imagination, la finesse de la psychologie ou la qualité de l’écriture. Des chrétiens voient aussi dans cette histoire des qualités qui font écho à des vertus chrétiennes.
« Rowling n’écrit pas à partir d’un monde chrétien…mais », comme l’écrit Mark Greene , « une partie de la littérature à l’intention de le jeunesse a un caractère individualiste, nihiliste, matérialiste… ». En contraste, « Les héros et les héroïnes de Rowling portent l’empreinte du courage, de la loyauté, de l’amour désintéressé et d’une détermination à vaincre le mal allant jusqu’au sacrifice » (6).
Ainsi, à propos du dernier livre de la série : « Harry Potter and the deathly hallows », Jason Gardner, également membre du LICC, écrit : « J.K.Rowling invite ses lecteurs à reconnaître qu’il y a de grandes forces à l’œuvre par derrière les scènes qui affectent notre existence quotidienne… La force magique dans ses livres, c’est la puissance que manifeste l’amour sacrificiel par rapport à la mort » (7).

Une voix s’est élevée. Une œuvre est née. Elle advient dans un environnement culturel nouveau. Elle témoigne du mystère d’une vie dans sa vulnérabilité et sa créativité. Voici un itinéraire qui évoque pour nous une parole célèbre de Jésus : « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix… » (Jean 3/8). Que Dieu bénisse Joanne Kathleen Rowling !

Jean Hassenforder

(1) Plusieurs livres ont été publiés à ce sujet. Nous avons apprécié : « A charmed life. The spirituality of potterworld » de Francis Bridger. Francis Bridger est principal de Trinity College à Bristol. Son livre sur la psychologie des enfants dans le domaine religieux, et la pédagogie à développer en conséquence, nous avait paru remarquable : « Children finding faith ». Sur le web, plusieurs commentateurs ont mis en valeur la contribution du livre de John Granger : « The hidden key to Harry Potter ». John Granger estime que la culture classique de J.K.Rowling est à l’origine d’un symbolisme très signifiant qu’on peut percevoir dans son œuvre.

(2) Dickerson (Matthew), O’Hara (David). From Homer to Harry Potter. A handbook on myth and fantasy. Brazos Press, 2006.

(3) Voir sur ce site de Témoins (rubrique : culture, livres) : « La traduction du livre de C.S.Lewis : un face à face qui change la vie », par Denis Ducatel.

(4) Payne (Leanne). Vivre la présence de Dieu. Raphael, 1990 (cf p.122).

(5) Le London Institute for Contemporary Christianity travaille , entre autres, sur le rapport : foi/culture. Voir la rubrique : connecting with culture dans son espace internet : www.licc.org.uk. Rappelons également le travail remarquable dans ce domaine de l’association Damaris : www.damaris.org (cf : Welcome to Damaris, par Gérard Gelbart, sur le site de Témoins (culture, réflexion).

(6) A different kind of hero. Mark’Greene full review of Harry Potter and the Half Blood Prince. www.licc.org.uk/articles/article.php/id/143.

7) Jason Gardner. It all works out in the end. www.licc.org.uk/culture/it-all-works-out-in-the-end