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" Nos sociétés lient ensemble le bonheur et l’absence de souffrance " constate la philosophe et théologienne Marie-Hélène du Parc Locmaria, auteur de « Tant souffrir et tant aimer, selon Etty Hillesum » (1). Etty Hillesum est une jeune juive qui s’était portée volontaire pour aider ses coreligionnaires dans le camp nazi de Westerbork au Pays Bas et dont le journal « Une vie bouleversée » (2) continue de connaitre un grand succès. Comment trouver du sens à la souffrance et, plus encore, prôner un « art de souffrir » ? Dans son entretien avec François SERGY sur Radio Réveil, Marie-Hélène du Parc Locmaria nous le révèle sous la plume de celle pour qui « le nom de Dieu semble dépouillé de toute tradition ».

 

FS : Pourquoi vous êtes vous intéressée à Etty Hillesum ? 

MHPL : est paru au milieu des années quatre-vingt en livre de poche. J’en ai eu connaissance en 1994. Il m’a tout de suite fascinée, n’a plus quitté ma table de chevet et ma thèse de doctorat, portant sur le sens de la souffrance, fut largement illustrée par lui. Pour la première fois j’entendais parler de la souffrance d’une manière intelligible et moderne. Le succès croissant des écrits d’Etty Hillesum répond à une attente. Leur audience grandit constamment, et étonnamment, auprès des jeunes et des hommes.   

 

FS : Qui était Etty Hillesum ? 

MHPL : Une juive hollandaise née en 1914 d’un père enseignant et d’une mère d’origine russe. Elle avait donc accès à plusieurs langues (néerlandais, russe, allemand). Un de ses frères était pianiste, l’autre médecin. Au moment où elle écrit son journal elle est mal dans sa peau et vient de rencontrer Julius Spier, un psychothérapeute juif berlinois réfugié en Hollande. Une relation extrêmement compliquée et déroutante s’installe entre eux. Mais il l’aide, non seulement à se retrouver elle-même, à se réunifier, mais aussi à trouver Dieu en elle. Bien qu’agnostique il lit la Bible, les évangiles et l’encourage à faire de même et à commencer un journal qui doit faire partie de sa thérapie.  

 

FS : Peut-on résumer son itinéraire en disant qu’elle s’est décentrée d’elle-même en cherchant à échapper à ses tourments intérieurs et que dans sa quête elle a trouvé Dieu ? 

MHPL : Oui mais tout se passe en même temps. Elle se décentre d’elle-même et se recentre sur Dieu. Elle a des phrases saisissantes. A un moment, dans le train entre Deventher (chez ses parents) et Amsterdam, elle regarde le paysage et dit : « J’ai eu la nette sensation que j’étais deux, c’est-à-dire moi, mais pas toute seule, moi en référence à un autre que j’appelle Dieu ». C’est en cela qu’elle est très moderne puisqu’aujourd’hui, Dieu, chacun se le représente à sa façon, dans l’église ou ailleurs. 

 

FS : N’est-elle pas inclassable ? 

MHPL : Oui, elle est atypique, mais avec des racines dans le judaïsme et le christianisme. Elle n’a cependant jamais été chrétienne, mais sans y être hostile. Elle lit le Nouveau testament, fait des références à l’apôtre Paul, mais toujours hors église…   

 

FS : Peut-on dire qu’elle a un dialogue avec Dieu ? 

MHPL : Oui, avec un Dieu qui n’est ni celui de l’hindouisme, du bouddhisme ou du taoïsme. Son Dieu reste biblique quoiqu’assez imprécis. Cependant, plus sa prière et sa relation avec Dieu avancent et plus l’image qu’elle a de Lui se précise comme Etre avec qui peut exister une relation personnelle. Elle n’est pas panthéiste.  
 

Que faire de la souffrance ? 

   

FS : Abordons maintenant la souffrance à laquelle elle est confrontée. Comment y fait-elle face ? 

MHPL : Son secret est de trouver un sens à cette souffrance qui n’en a pas. Il est dans sa relation avec Dieu et avec les autres, relation qui lui fait comprendre que le sens de la vie est dans l’amour, que la souffrance ce sont les hommes qui se l’infligent entre eux. Le nazisme n’est pas une invention de Dieu. C’est la faiblesse des démocraties, l’idéologie allemande et l’antisémitisme latent, tout un ensemble de facteurs qui ont permis au nazisme d’arriver au pouvoir.    

 

FS : « Il faut tout accepter », écrit-elle. Cela risque d’être mal compris ! 

MHPL : Oui, cela risque d’être mal compris. Mais elle explique assez bien cela : l’acceptation n’est pas une résignation, c’est un acte.   

 

FS : Ce n’est pas non plus de la révolte ? 

MHPL : Non. Elle dit qu’il y eut un temps pour la révolte mais qu’au stade où ils sont c’est trop tard. Il fallait se révolter avant. A présent il ne faut qu’attendre que les alliés aient gagné la guerre.    

 

FS : N’est-ce pas de la résignation ? 

MHPL : Ce n’est pas une résignation, c’est une acceptation comparable à celle de cet homme qui, présent sur le quai au moment où, comme chaque mardi, les convois partent de Westerborck, en a tellement assez qu’il déclare : « Je n’ai pas le choix, je vais être exterminé, qu’au moins j’ai le choix du jour. Je choisis aujourd’hui et je pars ! » C’est, toute proportion gardée, un peu de ce niveau-là, mais au plan spirituel. Elle accepte ce qui lui arrive et l’aime parce que c’est sa vie, une vie dans laquelle la souffrance reste une circonstance, rien de plus qu’une circonstance. Dans la vie, quoi qu’on fasse, on souffre un jour. On souffre parce qu’on aime des gens qui connaissent des malheurs. Certes, en 1942, Etty est confrontée à une souffrance maximale. On ne vit pas tous de telles horreurs, même si, hélas, depuis, il y a eu d’autres génocides et de nombreux massacres dans le monde. Mais le génocide nazi a ceci de spécial qu’il vise non seulement un peuple, mais aussi ce que représente ce peuple et le message qu’il véhicule.  

Parce qu’habitée d’une belle dose d’amour et de prière, Etty, à force de l’accepter, de l’inclure comme partie de sa vie, finit par considérer sa souffrance comme quantité négligeable. Elle vit ce que j’appelle l’insouciance évangélique, la joie des béatitudes. Les béatitudes disent : vous pleurez mais en réalité, au-dedans de vous, vous êtes heureux parce que vous avez compris que la vie est autre. Exemple : dans le camp de Westerborck elle écrit – je cite de mémoire : « Je suis rentrée dans la baraque et elles m’ont toutes demandé : « Mais pourquoi as-tu l’air si rayonnante et heureuse ? ». Je n’ai pas pu leur dire que ma joie venait d’un arc-en-ciel. Elles m’auraient prise pour une folle. Alors j’ai parlé de rumeurs de débarquement en Italie ou de je ne sais quoi. » Etty leur a donné une raison qu’elles pouvaient saisir. De la joie dans la souffrance c’est trop difficile, voire impossible à comprendre. Pouvoir se dire : je vais être exterminée, je vis dans des conditions épouvantables et j’arrive à me réjouir d’un arc-en-ciel ! Ça, c’est la joie des béatitudes. La joie du pauvre.  

 

FS : Ne fuit-elle pas la réalité ? 

MHPL : Jamais. Elle est en plein dedans ! Elle aide les gens. Dans une de ses lettres de Westerborck, elle raconte qu’une dame l’a beaucoup remerciée. Pourtant elle avait l’impression de n’avoir rien fait. Mais elle était là, elle offrait sa présence. Une de ses amies de jeunesse, interviewée à son propos dans une maison de retraite, le dit : « C’était ça son charisme, elle était incroyablement présente aux gens et ils recevaient son rayonnement… »   

 

FS : Elle vivait l’instant présent. 

MHPL : Oui, mais pas à la manière d’un enfant sans cervelle. Je dirais plutôt qu’elle vivait l’intensité de la rencontre.   

 

FS : On a dit qu’elle parlait à Dieu. La prière a-t-elle de l’importance dans son quotidien ?  

MHPL : Oui, elle a des prières très personnelles et qui sont superbes. La fin de son journal devient une espèce de dialogue permanent avec Dieu.   

 

FS : Vous écrivez que ce ne sont pas des prières de demandes 

MHPL : Ce ne sont pas des prières de demandes basiques, style : Seigneur aide-moi à réaliser ci, à faire ça. Elle ne prie pas pour obtenir des choses. Elle demande de l’aide, de la force, elle demande la paix. Et elle l’obtient. Elle demande la force d’aimer sa vie, de pouvoir continuer à résister. Un jour, en transit à Amsterdam pour je ne sais quoi, elle est tentée de faire une tractation avec Dieu (si je fais ci, donne-moi ça). Elle a envie de retourner à Westerborck mais conclut sa discussion avec Dieu – là encore je paraphrase – par : « Mais je sais que ce genre de marché ne t’intéresse pas, n’est pas ce qu’il faut faire. Je prendrai donc ce qui viendra ! » 

Proximité avec Dietrich Bonhoeffer 

 

FS : Son Dieu ressemble à celui de Dietrich Bonhoeffer que vous citez à plusieurs reprises. 

MHPL : Oui, c’est d’autant plus frappant qu’ils ont vécu à la même époque, ils n’ont que dix ans d’écart. Ils disent les mêmes choses, mais dans un style différent. Pour Bonhoeffer le monde a été confié aux hommes, il est sous leur liberté, ils en font ce qu’ils en font et, en 1944, ce n’est pas très réussi ! Il dit aussi une chose très réconfortante et très juste : que dans les mains de Dieu, tout concourt finalement au bien… Evidemment pas tout de suite !   

 

FS : C’est après coup qu’on peut le dire ? 

MHPL : C’est après coup que les choses se remettent en place et que Dieu en tire du bien ? si on lui fait confiance. Cela rejoint la vie belle et bonne d’Etty Hillesum, me semble-t-il.  

 

FS : N’exagère t-elle pas un peu lorsqu’elle va jusqu’à dire que Dieu a besoin d’aide !  

MHPL : Oui, mais ce n’est pas si novateur ! On trouve aussi l’idée dans la pensée juive, dans l’hassidisme notamment. En Dieu, créateur, existe un retrait de Lui-même que les Juifs rabbiniques appellent tsimtsoum, une auto-limitation qu’Il s’impose pour laisser l’être humain exister à une place que la créature est capable de recevoir. Je pense à certains versets bibliques, à ce passage où il est écrit que l’Eternel se retire avec des larmes tant il en a assez de ces êtres qui ne pensent qu’à se trucider les uns les autres. Dieu parait impuissant quand il laisse l’homme libre de garder le monde et d’en fait une catastrophe. Oui, il y a de quoi pleurer. On est dans l’anthropomorphisme, on parle de Dieu avec nos mots. Pourquoi ne pleurerait-il pas ? En 1943 Etty Hillesum se dit Dieu ne peut plus rien. Les hommes ont mis en place un engrenage infernal. Il ne reste qu’à gagner la guerre. Et Dieu, il faut l’aider à demeurer en nous ou au milieu de nous. Pour Soljenitsyne « Quand on rejette Dieu du monde, qu’on l’en retire, le monde devient inhumain ». Le monde n’est humain que s’il y a un Dieu qui lie, relie les gens et les fait vivre en paix. Mais, au nom de Dieu, on peut aussi hélas s’entretuer. Ce dévoiement, la guerre de religion, est la pire des guerres.

   

Christique !  

 

FS : Quel message peut nous apporter Ettty Hillesum ? 

MHPL : Son message essentiel ? Que l’on reste malgré tout responsable et que la souffrance est indissociable de la vie. Qui peut dire : je vivrai quatre-vingt ans sans souffrir ? A un moment ou à un autre la souffrance est inévitable. Le sens de la vie est global et ne se trouve qu’en Dieu, quelque soit la forme sous laquelle on se Le représente. Je pense au livre de Jean Amery, un rescapé des camps. Il n’était pas croyant mais agnostique. C’était un humaniste, un homme cultivé qui croyait que l’homme pouvait et allait s’améliorer. A son retour des camps il n’a pas pu se recentrer, pas su sur quoi s’appuyer car ce qu’il avait expérimenté de l’humain s’était révélé inhumain. N’ayant plus de référence il s’est suicidé. Je comprends ce processus. Pour Etty Hillesum le message, c’est Dieu.   

 

FS : Il y a quelque chose de christique chez elle. 

MHPL : Oui, j’ai employé le mot. Mais il faut se méfier parce que…   

 

FS : Ça sent la récupération ? 

MHPL : Exactement ! Mais je l’emploie dans un sens basique : en rapport avec le message du Christ et les béatitudes, rien de plus. Mais c’est vrai, le mot peut piéger c’est pourquoi je le répète : il ne s’agit pas de la récupérer comme chrétienne. Elle était et est restée juive.   

 

FS : Etty Hillesum incarne-t-elle un « art de souffrir » ? 

MHPL : Elle emploie cette expression, en effet. Mais méfions nous, l’expression est à double sens. J’ai même voulu donner ce titre à mon livre, mais l’éditeur a refusé et l’un de mes neveux s’est écrié : « Tu ne vas pas mettre ce titre ! On va croire que c’est un manuel sado-masochiste ! » Etty utilise pourtant l’expression mais sans prôner un culte de la souffrance. Elle enseigne à la supporter pour ne pas se laisser enfermer dedans, pour s’en décentrer. Décentrer est le mot essentiel. On observe aussi cela chez beaucoup de saints : loin de se complaire dans leur souffrance, ils la dépassent et vivent alors un basculement. Ils offrent leur vie souffrante à Dieu et, à cet instant-là, leur fardeau s’allège. C’est un peu le propre du sacrifice.  

 

FS : On a reproché à Dieu son absence et même d’avoir abandonné son peuple…  

MHPL : On peut dire aussi : son peuple existe toujours. On a voulu l’exterminer mais on n’a pas réussi, et apparemment, on n’y réussira jamais. Dieu ne l’a donc pas vraiment abandonné.    

 

FS : Vous avez, à ce propos, une définition positive du mot « abandon ». 

MHPL : Oui, quand on « s’abandonne » ! S’abandonner soi-même c’est faire une confiance totale et absolue. Le Christ accepte jusqu’au bout la persécution, jusqu’à en mourir crucifié. Il s’abandonne à la vie brève qui lui est donnée de vivre et ressuscite.   

 

FS : Aujourd’hui on parlerait de « lâcher prise ». 

MHPL : Exactement. L’abandon a un côté positif. Et puis se sentir abandonner par l’autre peut ne durer qu’un moment. Pensons aux paroles d’agonie du Christ : « Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Le négatif et le positif forment un ensemble. On ne comprend la vie, et notamment la souffrance, que si on l’inclut dans un tout. Le tout d’Etty Hillesum n’est pas totalitaire. C’est un englobant divin où l’on voit que Dieu est lumière. Or, selon comment la lumière l’éclaire, une chose sera dans le gris et laide, ou splendide. Etty Hillesum a une forte intuition de cette lumière invisible, de ce qui n’est pas encore éclairé. On a l’impression qu’elle voit plus loin, plus haut et qu’alors pour elle les choses prennent sens.   

 

Quel message pour aujourd’hui ?

     

FS : On ne vit plus, en Occident du moins, dans la persécution, mais on subit, à l’échelle mondiale, une crise à multiples facettes. La vie et les écrits d’Etty Hillesum sont-ils aujourd’hui porteurs d’un message d’espérance à redécouvrir ? 

MHPL : Oui puisque, vivant avec son peuple dans des circonstances dramatiques, elle trouve encore la vie belle et bonne. Son message pourrait évidemment nous aider même si, pour la plupart d’entre nous, la vie devrait sembler belle et bonne. Mais notre monde est un monde angoissé, angoissant et pathologique, où les valeurs s’effritent, où la valeur suprême est l’argent ce qui, à mon avis, est très désespérant.   

 

 

FS : On vit dans l’avoir …

MHPL : Et l’avoir a un aspect angoissant puisqu’on peut le perdre. L’auteur qui m’a le mieux aidé à comprendre ce qu’était l’argent, Jacques Ellul, un sociologue, théologien et juriste extrêmement intéressant, dit : « L’argent n’est bien que lorsqu’il est donné. Il doit faire partie du circuit de don ». Parler de don n’est pas simplement faire l’aumône. C’est créer les moyens d’offrir du travail aux autres dans un système juste. Aujourd’hui, ce n’est plus ça. Le capitalisme actuel délirant est basé sur la cupidité. L’argent est une fin en soi, les plus malins se l’accaparent et se moquent du reste.   

 

FS : Que retenir au final du message d’Etty Hillesum ? 

MHPL : Sa vision de l’invisible, qu’il y a autre chose, que le sens n’est pas là où on le met ni là où on le croit. Il n’est pas dans la poursuite du confort. Il est ailleurs. Il est en Dieu parce qu’en fin de compte, Il est, Lui, la référence ultime.    

 

Propos de Marie-Hélène du Parc Locmaria recueillis par François SERGY    

 

Radio Réveil – ** Voir le site  http://paroles.ch/entre-vous-soit-dit/395-hillesum-parc-locmaria **

 

(   (1)        « “Tant souffrir et tant aimer” selon Etty Hillesum » de Marie-Hélène du Parc Locmaria, préfacé par Didier Decoin, Editions Salvator, Paris 2011. 

(2 (2)        « Une vie bouleversée » d’Etty Hillesum, Editions Seuil 1995.   

 

Notes biographiques complémentaires. 

 
Etty Hillesum, juive hollandaise, est née en 1914 dans une famille d’intellectuels, d’un père enseignant et d’une mère d’origine russe. Un de ses frères était pianiste, l’autre médecin. Lorsqu’elle commence son journal Etty est très mal dans sa peau et vit une sorte de chaos psychique. Elle rencontre alors Julius Spier, un psychothérapeute à la trajectoire spéciale. C’est un juif berlinois réfugié en Hollande qui a réussi dans les affaires et se passionne pour le chant et la chirologie, l’étude des mains. A travers cette pratique il aide les gens qui ont des problèmes psychiques.  

Sa relation avec Etty est extrêmement compliquée. Au début elle déroute souvent les lecteurs du journal qui se demandent ce qu’elle fait avec lui ! Est-il un amant, un médecin, un ami ? Il est tout cela à la fois. Il l’aide, non seulement à se retrouver elle-même, à se réunifier, mais aussi à trouver Dieu. Car Julius Spier est croyant, mais à sa façon, d’une manière agnostique pourrait-on dire. Il lit les évangiles, la Bible et encourage Etty à faire de même et à entreprendre son journal : il fait partie de sa thérapie.   

 

A travers ses lettres et son journal, huit cahiers couverts d’une petite écriture serrée, écrit de 1941 à 1943, on suit donc l’itinéraire de cette jeune juive non pratiquante, dont le grand-père était rabbin. Sa démarche tient moins du développement personnel que de l’ordre d’une libération spirituelle. En 1942 elle note, à propos des camps : « Je sais déjà tout. Et pourtant je considère cette vie belle et riche de sens. A chaque instant. » Et comme le montre Marie-Hélène du Parc Locmaria c’est bien en Dieu, sa référence ultime, que cette libre penseuse, qu’on ne saurait récupérer, trouve force, joie et amour. Elle écrit, et ce sont les derniers mots de ses cahiers « On voudrait être un baume versé sur tant de plaies. »  

 

 

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