Chrétiens hors institutions. Un réseau d’entraide. - Témoins

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Dans un chapitre paru sur les valeurs des français (1), le sociologue Yves Lambert intitulait son chapitre sur la religion : « développement du hors piste et de la randonnée ». Aujourd’hui, les parcours sont plus divers, moins encadrés par les institutions, « du berceau jusqu’à la tombe ». Et nous constatons cette évolution en regardant autour de nous. En étudiant la question de la pertinence des pratiques d’Eglise en regard de la mutation culturelle de notre époque, le groupe de recherche de Témoins met en évidence des déphasages intervenant dans ces pratiques et induisant des sorties en dehors des institutions. Des recherches permettent d’éclairer la diversification des cheminements auxquels les Eglises se devraient de répondre (2). Et, dans des cas de plus en plus nombreux, des chrétiens quittent les institutions ecclésiales. Certains se mettent à la recherche d’une nouvelle église correspondant davantage à leurs aspirations dans une quête de sens et d’authenticité. Pour d’autres, les relations se distendent, mais ils gardent des rapports à l’occasion de fêtes saisonnières ou d’événements familiaux. Dans d’autres cas, la rupture est plus marquée. Progressivement, un écart se creuse entre les représentations entretenues par les Eglises et des aspirations qui engendrent un regard nouveau. La recherche nous permet aujourd’hui d’analyser les facteurs de cette tension qui peut prendre des formes différentes selon les personnes et selon les milieux ecclésiaux.

Un réseau d’entraide : « Spirited exchanges ».

A cet égard, les enquêtes du pasteur et sociologue néo-zélandais, Alan Jamieson (3), ont une importance considérable, car elles ont mis en évidence un phénomène souvent dénié par les Eglises. Mais, dans la communion chrétienne, quelle réponse apporter à ces croyants en rupture d’allégeance ? Si certains en viennent à perdre, pour un temps peut être, la vision ou le ressenti de leur foi, beaucoup d’autres gardent cette foi dans leur cœur et cherchent à en reconstruire l’interprétation. Or, il se trouve qu’en regard des recherches d’Alan Jamieson, l’Esprit Saint a suscité une initiative pour proposer des relations et des ressources à ces chrétiens hors institution. Celle-ci a pris le vocable de « Spirited exchanges ».
En collaboration avec Alan Jamieson, Jenny McIntosh, initiatrice de ce réseau, nous explique la signification de ce terme. « Spirited » exprime « le sens de quelque chose de vivant, énergique et robuste ». Il traduit aussi « la reconnaissance de la réalité du Saint Esprit comme partenaire d’une foi en développement et en voyage ». « Le terme d’échanges exprime un partage des idées et des expériences. Nous souhaitons que les gens apprennent les uns des autres et nous désirons mettre en valeur l’importance de cette relation mutuelle ».
Jenny McIntosh a vécu elle-même une rupture avec les pratiques établies. Dans une interview recueillie par Paul Fromont (4), elle nous dit son itinéraire. Sa crise de foi a été le produit d’une conjonction entre un mal être intérieur, un événement douloureux, en l’occurrence le décès de son mari, et l’entrée dans une nouvelle étape de vie : la transition du milieu de la vie. Les pratiques d’Eglise lui sont alors apparues comme dénuées de pertinence et faisant barrage à son évolution. C’est alors qu’en lisant les analyses d’Alan Jamieson, elle s’y est reconnue. « Il m’a donné l’espoir qu’il y avait « autre chose que cette boite de sardine qui m’emprisonnait et une voie dans laquelle je pouvais avancer ».
« Spirited exchanges » encourage la création de petits groupes qui s’inscrivent dans un réseau où les expériences peuvent être partagées et où des ressources sont apportées en réponse aux questions posées. Les gens qui viennent dans ces groupes ont des parcours différents. Certains sont d’abord en révolte contre les pratiques d’Eglise, mais ils gardent des relations avec le christianisme à travers des livres, des événements, des émissions de radio. D’autres vivent un questionnement plus radical au cœur même de leur foi. « Spirited exchanges » respecte la liberté des participants. « Nous laissons Dieu défendre Dieu ». En regard, « nous offrons des ressources, des idées, des possibilités.. Comme vous l’avez remarqué, notre site internet exprime clairement que nous n’essayons pas de ramener les gens dans le giron d’une Eglise ». L’avenir de « Spirited exchanges » dépend de tous ceux « qui ont pu y reconstruire leur paradigme de foi et vivre cette foi avec créativité dans les milieux où Dieu les a placés.
Jenny McIntosh exprime ainsi sa vision. Cette initiative est animée par le désir de voir les gens « gagner en plénitude sur le plan émotionnel et spirituel et découvrir une qualité de vie dans tous les domaines de leur existence ». Cette vision est soutenue, dit elle, par sa croyance en Dieu. « Trop souvent, les pratiques d’Eglise ont tendance à diminuer les gens et à réduire leur potentiel… Je crois, au contraire, que notre singularité, notre originalité, nous sont données par Dieu pour que nous puissions les faire grandir et prospérer. En profondeur, nous aspirons tous à vivre pleinement… ».

Un réseau. Des ressources.

La vie de « Spirited exchanges » s’exprime en Nouvelle-Zélande sur un blog : « Prodigal Kiwi (s) Blog » (5), particulièrement riche en échanges, en dialogues et en ressources. On y trouvera des analyses de livres particulièrement suggestives.
Depuis quelques années, cette initiative s’est propagée en Grande-Bretagne. Le réseau s’y exprime également à travers un site : « spirited exchanges » (6). « Ce site cherche à diffuser des informations et des récits qui se révèlent utiles pour créer un réseau ouvert et encourageant ». là aussi, on pourra trouver des ressources pertinentes pour les questions concernant la foi.

Un exemple et un encouragement.

Cet exemple nous montre comment le travail en réseau peut être pertinent et efficace. Voici un enseignement dont nous pouvons tirer parti pour la promotion du courant de l’Eglise émergente en France. Mais la réalité à laquelle cette initiative s’applique est plus spécifique. Elle s’adresse aux chrétiens en perte d’église locale ou de paroisse. Evidemment les mêmes problèmes existent également en France. Nous le savons bien à Témoins parce que nous sommes en relation avec un grand nombre de chrétiens engagés dans des itinéraires diversifiés. Ainsi cette expérience nous interpelle. A notre mesure, comment pouvons nous contribuer à répondre à ces besoins vitaux ?

Jean Hassenforder
10. 11. 07.

(1) Bréchon (Pierre), dir. Les valeurs des français. Evolutions de 1980 à 2000. Armand Colin, 2000.
(2) Richter (Philip), Francis (Leslie). Gone but not forgotten. Church leaving and returning. Darton, Longmann and Todd, 1998. (Analyse sur ce site : Pourquoi sont-ils partis ? lire l’article).
(3) Jamieson (Alan). A churchless faith. Faith journeys beyond the churches. SPCK, 2002 (Analyse sur ce site : chrétiens sans Eglise. Lire l’article).
(4) Jenny Mcintosh. A spirited exchange. Interview by Paul Fromont.
www.emergingchurch.info/stories/spiritedexchanges/index.htm
(5) http.//prodigal.typepad.com/prodigal_kiwi/2006/03/five_years_ona_html
(6) www.spiritedexchanges.org.uk

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