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L’apport de la recherche dans notre prochaine journée du 10 novembre 2018 : « Culture numérique et parcours de foi » : intervention de Peter M Philipps, directeur du Codec Research Center for Digital Theology

Dès maintenant, nous pouvons vous annoncer une bonne nouvelle : l’intervention dans cette journée de Peter M Philipps, le responsable d’une équipe en pointe dans la recherche sur les rapports entre la culture numérique et la communication du message chrétien.

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Le Codec Research Center for Digital Theology est un centre de recherche de l’Université de Durham au Royaume Uni.

 

Le Codec a pour but :

° Explorer les interrelations entre le christianisme et les médias, la spiritualité et internet
° Envisager l’évolution des relations humaines dans un monde numérique
° Mener une recherche pour développer des moyens d’enseignement  adaptés au monde numérique
° Accroitre la capacité de l’Eglise à communiquer efficacement dans un environnement numérique
° Etudier les rapports entre culture numérique et théologie

L’œuvre de Codec se réalise à travers plusieurs chercheurs et un réseau de chercheurs associés
https://www.dur.ac.uk/codec/

Le Codec est dirigé par Peter M Phillips.

Peter Phillips a un itinéraire très riche. Ministre méthodiste, exégète du Nouveau Testament, théologien et expert de la culture numérique, Peter Phillips travaille pour une réflexion théologique dans un monde marquée par la révolution numérique et par une intense transformation sociale et culturelle
https://theconversation.com/profiles/peter-phillips-140323

Grace à l’apport de Peter Phillips,  cette conférence va pouvoir bénéficier d’une recherche de pointe concernant les rapports entre la vie chrétienne, les églises et internet
« Quelle vie en Eglise à l’ére numérique ? (Timothy Hutchins et Heidi Campbell) » : http://www.temoins.com/quelle-vie-en-eglise-a-lere-numerique/ C’est une riche opportunité à ne pas manquer pour tous  ceux qui s’intéressent à cette question.

Culture numérique et parcours de foi

Culture numérique et parcours de foiNous changeons d’âge. « Le numérique est devenu une civilisation » (Milad Doueihi). « Le net fait désormais partie de notre milieu vital » (Antonio Spadaro). Ainsi, notre vie se déroule aujourd’hui dans un nouveau contexte.  La société s’est également transformée, marquée par un processus d’individuation et l’affaissement des cadres religieux patriarcaux. Ainsi « l’autonomie croyante » (Danièle Hervieu-Léger) a pris le relai. La recherche d’authenticité (Charles Taylor) s’affirme aujourd’hui en terme de parcours qui peuvent apparaitre en marge des cadres institutionnels.  « Pour être et faire Eglise en post-chrétienté », un courant d’Eglise émergente se manifeste (Gabriel Monet). De fait, cette transformation sociale et culturelle se conjugue avec la révolution numérique qui à la fois la reflète et l’amplifie. « Il y a une cohérence entre les tendances sur internet (online) et les tendances en dehors d’internet (offline) » (Heidi Campbell).

De nouvelles formes de vie en Eglise se sont développées sur le Net. Cette évolution est particulièrement avancée dans les pays anglophones. La recherche menée à ce sujet (Tim Hutchins, Heidi Campbell) est pour nous une source de réflexion prospective particulièrement utile dans une francophonie où la révolution numérique s’amplifie aujourd’hui. Pourquoi et comment de nouvelles formes de vie en Eglise se développent aujourd’hui sur le Net ? Comment des parcours de foi témoignant d’une démarche personnalisée, peuvent-ils s’appuyer sur ces nouveaux modes de communication ? Comment le courant de l’Eglise émergente  peut-il s’inscrire dans la culture numérique pour développer de nouveaux modes d’expression ? Quelles sont les dimensions théologiques de cette transformation ? Un centre de recherche spécialisé, le Codec, à l’Université de Durham, se consacre à l’étude de ces questions. Peter Philipps, directeur du Codec, a accepté de participer à cette journée pour répondre à nos questions. Son intervention sera la pièce maitresse de la matinée.

Comment percevons-nous la situation actuelle en France ? Quelles sont les ressources sur lesquelles les parcours de foi peuvent s’appuyer ?  Comment envisager de nouveaux modes de communication à même de reconnaître et d’encourager ces parcours ?  Comment imaginer une forme d’Eglise émergente dans cette perspective ? Ces questions, entre autres, seront évoquées, durant l’après-midi, dans une démarche participative ponctuée de courtes interventions : expériences, réflexions, projets. De cette conversation et de ce débat,  nous attendons la mise en œuvre d’une intelligence collective pouvant déboucher sur des pratiques innovantes.

Dès maintenant, n’hésitez pas à nous faire part de vos observations et de vos suggestions.

« Culture numérique et spiritualité » :
http://www.temoins.com/culture-numerique-spiritualite/

« Cyberespace et théologie » :
http://www.temoins.com/cyberespace-et-theologie/

« L’autonomie croyante. Questions pour les églises »
http://www.temoins.com/jean-hassenforder-lautonomie-croyante-questions-pour-les-eglises/

« L’âge de l’authenticité »
http://www.temoins.com/lage-de-lauthenticite/

« Des outres neuves pour un vin nouveau. Interview de Gabriel Monet, auteur de « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en postchrétienté »
http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/

« Quelle vie en Eglise à l’ère numérique ? Apport de la recherche anglophone : Heidi Campbell et Tim Hutchins »
http://www.temoins.com/quelle-vie-en-eglise-a-lere-numerique/

Oser la fraternité

 Des commentaires sur l’actualité, bien informés, bien écrits et qui nous aident à prendre du recul en conjuguant analyse et sagesse. 

 « Alors que l’information nous arrive de toutes parts, chercher du sens dans ce qui se trame, se vit, se joue autour de nous est essentiel. Il est utile de discerner les marqueurs d’une société en mouvement, de s’enthousiasmer ou de s’offusquer, de se laisser interpeller par des initiatives constructives ou de critiquer des attitudes discutables. Au travers de ses chroniques radios de l’année 2016-2017 ici rassemblées, Gabriel Monet cherche à susciter la réflexion à partir de l’information. Son regard n’est pas neutre puisqu’il assume une perspective chrétienne, offrant ainsi par ses billets d’humeur hebdomadaires des analyses remplies de conviction avec une liberté de ton stimulante. Le titre “Oser la fraternité” fait écho à un thème récurrent dans les billets d’humeur de cette saison. La fraternité, c’est un besoin fondamental partagé par tous, une aspiration commune. Nos individualismes, comme les difficultés de tout relation humaine, freinent nos élans vers la fraternité ; il ne s’agit pourtant pas de s’en écarter. Certes, l'”histoire” comme “nos histoires” mettent en évidence combien la fraternité demeure un défi. Cela rend d’autant plus important le fait de se réjouir de ce qui est fraternel dans notre monde, mais aussi de regretter ce qui ne contribue pas à un vivre-ensemble harmonieux, et surtout de s’engager pour “oser la fraternité”! » 

(Présentation de l’éditeur)

 

Pour commander ce livre sur Amazon: https://www.amazon.fr/Oser-fraternité-chrétiens-lactualité-2016-2017-ebook/dp/B073VRKJXX/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1501336009&sr=1-1&keywords=Oser+la+fraternité 

Rencontre TEMOINS : « Parcours de foi aux marges des cadres institutionnels »

Le 26 novembre 2016, l’association TEMOINS a organisé une rencontre sur le thème “Parcours de foi aux marges des cadres institutionnels”.

Pistes bibliographiques par Jean H.

Notes et vidéos du contenu de la journée

Notes sur les vidéos, par Françoise R.

Le titre de la Journée de Témoins 2016 annonce clairement son contenu puisque « aux marges » ne signifie pas hors de la page, bien au contraire car dans les marges s’inscrivent, si nécessaire, les annotations ou propositions faites sur texte central. Quand ces annotations se révèlent nombreuses et pertinentes la sagesse dicte de s’y arrêter et de les considérer sans crainte. Tel est le but de la rencontre : interroger les différentes formes du croire qui, loin des références religieuses habituelles, s’inventent au dehors et à l’intérieur des églises.

Ces parcours marginaux de la foi sont appréhendés selon deux axes : l’un théorique, à partir d’analyses sociologiques du religieux, l’autre empirique, à partir de témoignages et de réflexions personnelles. L’intérêt principal de ces analyses et de ses témoignages est moins de nous apporter des réponses prêtes à porter que de nous offrir des clés de compréhension et d’ouverture sur la société et les églises d’aujourd’hui et sur notre propre vécu de foi.

Quels furent les temps forts de cette Journée ? Chacun pourra en juger dans la mesure où l’intégralité des exposés, des  témoignages et des échanges est accessible en vidéos. Ces vidéos s’accompagnent d’une courte présentation sous forme de relevés de notes. Ces notes, imprégnées bien sûr de la subjectivité de leur auteur, ne sont là que pour donner envie d’aller à leur source, c’est-à-dire à l’écoute des vidéos.

Notes sur la méditation biblique de Gabriel Monet (1).

Sur un thème de la marche, évoquant les grandes figures de Noé, Abraham et d’autres dont il est dit « Qu’ils marchaient avec Dieu », Gabriel Monet nous interpelle finement à partir du récit du paralytique porté par 4 amis aux pieds de Jésus à travers le toit d’une maison bondée (Marc 2v1à4) et de sept mots clé : la mobilité, la découverte, la rencontre, l’intériorité, la lenteur, l’effort et l’orientation. Un bel éclairage pour avancer.

1) Professeur de théologie pratique à la Faculté adventiste de théologie, directeur du Centre de recherche José Figols, auteur de « L’Église émergente. Être et faire Église en postchrétienté. »
Voir la vidéo et l’article sur le site de Témoins

Notes sur l’introduction de Jean Hassenforder.

En dialogue avec Alain Gubert, Jean donne un bon état des lieux et un historique fort instructif des parcours de foi atypiques.
Voir la vidéo et le texte intégral sur le site : http://www.temoins.com/inscription-journee-temoins-2016/
Dans « Document de préparation à la journée »

Notes sur le témoignage de Valérie Bitz.

Valérie Bitz est formatrice PRH (Personnalité et Relations Humaines) une école internationale de formation humaine pour adultes qui donne des outils orientés vers la connaissance de soi.

Son cheminement spirituel, empreint de difficultés à se situer dans les cadres institutionnels,
amènent Valérie Bitz à plusieurs constats : des parcours de foi incluant des expériences de transcendance existent hors des institutions, aucune n’est donc le dépositaire exclusif de la vie
spirituelle ; une personne qui sort des cadres institutionnels entre dans une zone d’insécurité, mais celle qui vit une expérience de conversion également. Il vaudrait la peine de voir de plus près ce que signifie : « se convertir » car vivre une expérience de transcendance a un impact sur la personnalisation qui donne l’individualisation (non l’individualisme mais la capacité à
devenir ce que l’on est). Elle est un accélérateur de croissance qui fait découvrir de l’intérieur un sens à sa vie, pas le sens qu’on veut soi-même lui donner, mais un sens déjà là, qui est de l’ordre de l’expérience et nécessite des outils pour être appréhendé et pour trouver la référence intérieure fondatrice de cette expérience.

L’histoire personnelle de Valérie Bitz permet de saisir d’avantage son approche. Eduquée dans une pratique rituelle catholique elle goûte d’abord cet héritage comme un temps de gratuité et d’éveil à la spiritualité. Puis son adolescence est marquée par un sens de la responsabilité et par la question : Que faire de ma vie ? Elle se rend à Taizé, expérimente le silence « habité ».
A 18 ans elle découvre les études bibliques interconfessionnelles et le rayonnement d’une femme de pasteur qui respire l’authenticité et lui ouvre une belle compréhension de l’Ecriture.
Remonte alors en elle une quête de Dieu, depuis toujours confusément là et la jonction se fait entre aspiration spirituelle et connaissance biblique. Elle éprouve alors le besoin de rencontrer des chrétiens « vivants » et « tombe », à Antony, sur le petit groupe Témoins. Effet « caméléon », sa foi s’exprime alors dans le langage des évangéliques. Mais elle bute sur la question simple et vitale : Comment vivre la parole de Dieu ? Et là, pas de réponse, le blanc, rien que des propositions divergentes entre les institutions.

Conduite professionnellement vers la relation d’aide, Valérie Bitz est aussi et d’abord une artiste peintre et c’est à travers son art que Dieu va la toucher et dénouer la crise existentielle qu’elle traverse au cours de ses études d’art plastique. Un jour, elle reçoit fortement l’image de l’arbre du Psaume 1 et prend conscience en elle d’une fracture intérieure, d’être écartelée entre les normes contemporaines de l’art plastique et le ressenti de ce psaume. Elle fait un break dans ses études. Plus tard une seconde image s’impose à son réveil : elle, accrochée à un mur, et deux mains blanches qui assurent sa prise. Elle dessine l’image et tout un monde intérieur se rallume, se ranime en elle, un nouveau goût de vivre. Démarre une année de riches productions artistiques. Une cohérence intérieure se met en place, elle retrouve son humanité par le sentir profond, ce référentiel intérieur qui l’habite depuis et dont elle dit : « Si j’accueille, j’écoute c’est dans mon âme que je le sais, dans ce référentiel, ce mode d’emploi intérieur qu’aucun cadre institutionnel n’avait su me donner ». Son chemin se clarifie. Elle trouve sa voie : l’aide aux personnes là où les supports artistiques peuvent être utilisés et où l’aide vise à mieux se connaître, se comprendre, s’unifier en soi, à vivre la relation à Dieu, à trouver ce vers quoi on est orienté. C’est la rencontre avec PRH qui lui permet de découvrir les intuitions, les aspirations, les désirs de son être profond, là où Dieu la rejoint, où elle le rejoint, où elle vit en accord avec qui elle est, en accord avec « qui elle se sent créée en Lui ».
Voir la vidéo et l’article sur le site de Témoins : http://www.temoins.com/un-itinerairespirituel-de-la-creation-artistique-a-la-relation-daide/

Notes sur l’interview de Cécile Entremont par Alain Gubert

Formée à une technique de psycho thérapie, la psychanalyse à médiation corporelle, Cécile Entremont a travaillé 10 ans en cabinet, en face à face avec les personnes. De cette expérience elle retire la conviction qu’il y a en chacun de nous une étincelle merveilleuse, irréductible à toute analyse, un lieu sacré où Dieu est présent. Par ailleurs, peu à peu, des personnes vont lui demander un accompagnement spirituel. S’estimant insuffisamment formée elle entreprend des études de théologie jusqu’au doctorat dont le sujet de thèse met le focus sur l’évolution de petits groupes d’adultes aux frontières de l’Eglise.
Que disent généralement les croyants qui quittent les églises pour se réunir en petits groupes ? « Je ne trouve plus ma place dans les structures traditionnelles, le langage de la foi ne me parle plus, la structure hiérarchique ne me convient plus, je ne me sens pas respecté dans ma liberté de penser, j’ai le sentiment d’être dans quelque chose de dépassé, où la vie de communion n’est pas celle que je souhaite. » Beaucoup de ces personnes appartiennent à la génération dites des « baby-boomers » que le manque de réception aux attentes de Vatican II a profondément déçue.
Dans ces petits groupes spontanés les gens s’organisent entre eux librement. Ils se rencontrent autour de textes bibliques ou d’auteurs chrétiens, certains vont jusqu’à célébrer l’eucharistie sans prêtre. Les plus de 50 ans gardent souvent un bout de pied dans l’institution (pèlerinage à Compostelle, retraites en monastère, sessions où l’intervenant a un charisme ou un langage actuel). Les moins de 50 ans l’ignorent. Leur quête spirituelle rejoint une quête d’identité profonde et de sens à leur vie. Ils appartiennent à ces « Nouveaux aventuriers de la spiritualité » dont parlent Jean-François Barbier-Bouvet *.

Certains petits groupes se sont constitués en réseaux (ex : Les réseaux du Parvis). Peu sont reliés par internet comme « Méditation chrétienne » qui envoie par courriel à ses membres, une fois par mois, une méditation à faire seul, ou si proximité géographique, avec d’autres membres. Tous demeurent attachés à la rencontre physique. Ces pratiques en petits groupes sont des moyens de se nourrir spirituellement et de faire église ensemble.

Quelles réponses intelligentes et adaptées les institutions pourraient-elles apporter à ces spiritualités hors structures ? Elles pourraient, pour ces petits groupes, former des animateurs sachant libérer la parole, animer un échange, aider chacun à s’exprimer en respectant certaines règles ; Elles pourraient former des personnes au langage théologique et pastoral, dans les mots d’aujourd’hui, qui seraient mises à disposition ; Elles pourraient recevoir et faire remonter aux institutions les idées, les élans de créativités des gens. Il est dommage que l’église ne se nourrisse pas des apports des groupes à sa marge et même des apports des nouveaux aventuriers de la spiritualité.

Ces mouvements aux marges des églises sont-ils leur avenir ? Difficile de parler de l’avenir des églises puisque la crise qu’elles traversent est analogue à celle que traversent toutes les institutions (politiques, sociales etc). De plus, actuellement, le courant le plus conservateur des églises est en poupe. Il y a certes le courant des églises émergentes, en d’autres mots des églises non structurées, souples, liquides. On peut espérer un avenir de ce côté mais sous quelle forme ? Cécile Entremont espère plutôt dans l’avenir de l’évangile car il est et sera toujours vivant, même s’il se transmet sous forme de valeurs, de ces valeurs éternelles que suscitent les grandes crises : sensibilité à l’écologie, à ce que dit le pape François dans l’encyclique « Laudato si’ », aux paroles du Dalaï Lama … Oui, là, l’évangile a sa place et il ne faut pas voir dans les petits groupes à la marge du syncrétisme, du religieux à la carte mais une transition. Ils sont dans l’adolescence, au bon sens du terme : ils reprennent en main, à leur façon, leur vie de foi. Quant aux chercheurs de spiritualité ils tentent de répondre à la crise actuelle, qui, dans notre monde matérialiste, est fondamentalement une crise spirituelle. C’est un signe d’espérance.

* « Les nouveaux aventuriers de la spiritualité, enquête sur une soif d’aujourd’hui » Jean-
François Barbier-Bouvet, éditions MEDIASPAUL France, 2015 *.
Voir la vidéo et article sur le site Témoins : http://www.temoins.com/un-accompagnementpsychologique-
et-spirituel-parcours-de-cecile-entremont-psychologue-animatrice-ettheologienne/

Notes sur le témoignage d’Alexandre Sokolovitch

Dans son parcours de foi Alexandre Sokolovitch en est arrivé à ce qu’il nomme une église nomade, une église néo-monachiste. Comment ? Alexandre Sokolovitch se présente comme étant un français lambda, issu d’un milieu plutôt populaire réticent à tout ce qui est religieux.
Mais, alors qu’il est ado, sa mère découvre la foi chez les pentecôtistes. A 20 ans il la découvre à son tour, beaucoup par la lecture des évangiles. Très vite il s’ouvre aux autres courants chrétiens et ça dérange son milieu. Gentiment mis de côté il s’investit dans Jeunesse pour Christ, un mouvement américain interconfessionnel. Lors d’une retraite en silence il se me met à rêver à une église qui lui correspondrait et, dans un souci d’évangélisation, correspondrait à ses amis. Il rédige un projet appelé « Tchaap » : Tribu (dans le sens relationnel fort) de Chrétiens Hérétiques (dans le sens : on ne prétend pas détenir la Vérité, on expérimente) Altermondialiste Autogéré (pas de maitre à penser) Prière. C’est beau sur le papier mais comment le vivre ? Avec sa femme ils se disent qu’aujourd’hui Jésus serait avec les marginaux, les jeunes, il irait de fêtes en fêtes… Alors ils achètent un camion et vont de
festivals en festivals rencontrer les gens, juste pour être avec eux, pas pour les évangéliser. Ils vivent en nomade, sobrement, partagent des repas, créent des espaces de convivialité, de bienveillance, de louange et de prière dans ces festivals, dans la rue, les squats, les zones de grands besoins où des jeunes sont en errance. Grâce au blog d’autres chrétiens viennent les aider. Autour de ce camion puis de ce bus se créent différents pôles : échanges de livres, ateliers de peintures sur visages, tchapel (des espaces où les gens, croyants ou non, peuvent venir se poser). C’est dans ces lieux, où nul n’aurait pu croire que l’évangile puisse être présent, qu’ils trouvent leur place dans l’Eglise.

Des chrétiens et des non chrétiens les rejoignent dans ce mode de vie basé sur l’idée que l’évangile est suffisamment subversif et fort pour s’incarner dans n’importe quel terreau, dans n’importe quelle culture. Mais durant ces 3 ans de vie nomade leur foi vacille un moment. Un temps d’études dans une école charismatique au Danemark et à la faculté de théologie de Montpellier les aide. Puis naissent les enfants et le désir de se poser. On leur propose de reprendre une vieille ferme, l’ancien centre d’une association oecuménique de réinsertion de toxicomanes, la Ferme de la Chaux à la Bussière sur Ouche, en Côte d’Or. A plusieurs ils rédigent un projet d’habitat groupé toujours avec l’idée, non de recréer la communauté idéale des premiers chrétiens, mais d’entrer dans une culture, en l’occurrence celle d’un éco-village, et de voir comment l’évangile pourrait s’y incarner. Le projet est accepté. Son but : créer des petits groupes de chrétiens au service de la société, au service du mouvement alternatif et
altermondialiste de Dijon et des alentours, pour y semer la graine de l’évangile. Actuellement l’habitat groupé se compose de 4 familles. Chacune a son appartement, son mode de fonctionnement, son économie mais certaines activités sont faites collectivement (ex : l’accueil). Ils ont un gîte rural de 15 places loué à prix libre aux associations (chrétiennes, écolo…) et un espace dédié aux gens de passage. Ils organisent des formations sur la communication non violente, la gestion de conflits, le christianisme alternatif… et, une à 3 fois par an, un festival de rencontre des alternatifs où chacun propose ses idées. On n’y prêche pas. Les personnes sont accueillies avec amour et savent que les organisateurs sont chrétiens.

A la Ferme de La Chaux on suit l’année liturgique, on se réunit une fois par semaine pour les prises de décisions et pour un temps spirituel animé à tour de rôle par chaque foyer.
Quels sont ses outils de fonctionnement ? D’abord une sorte de « liturgie populaire », des cercles de partages composés d’un moment de silence, d’une lecture de l’évangile et d’un partage de chacun, de 4 à 5 minutes, sur un merci, un pardon, et un s’il te plait, qui se vivent autour d’un objet symbolique (ex : bougie) et de quelque chose à manger et à boire. Ils pratiquent la lectio divina collective, aussi via Skype, pour faire se rencontrer les chrétiens alternatifs et les alternatifs chrétiens. Leur page Facebook compte une centaine de membres actifs.
Leurs visiteurs sont-ils des déçus des églises ? Non, plutôt des jeunes qui se sentent libres de naviguer d’une institution à l’autre selon les offres (retraite ignacienne, séjour à Taizé…) et pour Alexandre Sokolovitch chaque église a ses richesses, ses bons et ses mauvais côtés.
Prenons les bons ! Dans une société transformée par la révolution numérique les églises doivent simplement s’adapter pour rester pertinente.

Voir la vidéo et l’article sur le site Témoins : http://www.temoins.com/foi-phase-soi-mondedaujourdhui/

Notes sur l’intervention de Pierre LeBel

Pierre LeBel, responsable de Jeunesse en mission (JEM) à Montréal, est l’un de ses directeurs en Amérique du Nord et mentor pour l’Echad, un groupe de jeunes émergents de Montréal.
L’intégralité de l’intervention est sur le site. Voici donc simplement, pour en donner un aperçu, le plan annoncé dans son introduction:
« J’ai pensé répondre à la question posée (dans le cadre de la Journée), en commençant par une réflexion de Léonard Cohen. Afin de donner corps à ses pensées, je poursuivrai avec quelques réflexions inspirées par Charles Taylor dans son livre, L’âge séculier *. Comme réponse au contexte de postchrétienté, je proposerai l’incarnation comme modèle de la mission de l’Église avec la kénose, le dépouillement, comme premier principe et dont j’en tire trois pistes de réflexions et d’engagements pour les églises qui se veulent émergentes. En conclusion, je soulignerai les quelques questions auxquelles je crois que les Églises ont de nos jours à répondre. »
*Lire l’article sur le site Témoins : http://www.temoins.com/lage-de-lauthenticite/
Voir la vidéo et le texte intégral dans …
Sur Pierre LeBel lire aussi l’article sur le site Témoins) http://www.temoins.com/attentes-etcheminements-pour-de-nouvelles-expressions-chretiennes-au-quebec-interview-de-pierrelebel-coordinateur-de-jeunesse-en-mission-a-montreal/

Cliquer ici pour lire l’intégralité du texte

Note sur l’intervention d’Andy Buckler

Pasteur au parcours atypique au coeur des institutions Andy Buckler est responsable pour la formation et l’évangélisation au sein de l’EPUF.

Son regard se veut d’abord bienveillant sur ces églises traditionnelles qui sont désolée de l’exode qu’elles constatent, qui prient, qui ne voient pas ce qu’elles auraient dû faire pour que leurs enfants ne délaissent pas la communauté puis, pire, que leurs petits enfants ne viennent même plus au catéchisme.
Que leur dit-il ? Que ce phénomène n’est pas de leur responsabilité, qu’il est dû à un changement sociétal qui touche toutes les églises porteuses d’une longue tradition, que toutes sont confrontées à une même question : pourquoi ce qui marchait hier ne marche plus aujourd’hui ? Mais si le monde a changé le Seigneur, Lui, ne change pas. Son message reste pertinent et la clé de la mission n’est pas dans les méthodes mais dans une confiance renouvelée en l’évangile.

Autre question : Peut-on dépasser l’opposition binaire entre institutions historiques et églises innovantes ?
Oui, comme l’enseigne la parabole du vin nouveau et des vieilles outres, il est des choses que les églises ne peuvent plus faire. Mais elle va plus loin et souligne moins une opposition structurelle que spirituelle car, vieux ou nouveau, le vin, a besoin d’une outre et la vie jaillissante de structures. Les outres sont-elles solides, sont-elles renouvelées ? Les institutions sont-elles capables d’accueillir la nouveauté ? Si souples soient-elle les nouvelles communautés ont-elles un cadre référentiel suffisant ? N’ont-elles pas besoin d’un minimum d’accompagnement. Les deux formes d’églises ont des atouts. Il importe en fait travailler le lien entre elles.

Cette crise des institutions peut être une chance pour la Mission si les institutions se laissent renouveler par le Seigneur sur les points suivants :
1) Leur identité et leur mission : un écart s’est creusé entre fidélité à la tradition et accueil de la nouveauté. Les formes culturelles des églises datent et sont décalées par rapport à aujourd’hui. Cet ancrage dans la culture d’hier interroge sur l’identité de l’église et nécessite de revenir à la question « pour quoi ou pour qui » sommes-nous là ? Le défi est de retrouver, pas de trouver, un souffle. Or, dans le passé l’église a su se renouveler. Qu’elle retrouve aujourd’hui cet élan et sache à nouveau s’incarner dans le réel.
2) Leur logique : elles doivent passer d’une logique de maintien à une logique de mission. Les églises historiques qui sacralisent et figent leur forme d’être ont un deuil à vivre, un pas d’humilité et de conversion à faire pour s’adapter au monde actuel. Mais s’adapter à n’est pas se fondre dans. La force de ces églises, dans un monde polarisé sur le présent, est de rappeler les racines, d’offrir des repères.
3) La vie d’église. Le sens de l’église est d’être en lien avec le Seigneur et les autres à l’échelle locale. Ce ne sont pas les institutions qui innovent mais les personnes. Et ces personnes sont immergées dans la société, elles y sont des témoins. L’église locale est à
penser comme un lieu ouvert, un lieu de parcours de foi où l’on accueille les gens, où on les aide à cheminer, à exercer leurs dons. On a besoin d’approches missionnaires variées, d’économie mixte, d’être capable de regarder au-delà de nos propres structures pour agir avec et non contre les autres. Or, l’audace, la créativité ne sont pas des qualités institutionnelles mais personnelles. Pourquoi ne pas entrer même en partenariat avec ceux qui ne sont pas chrétiens ?

La question n’est pas institution or not institution. Les outres sont nécessaires mais sont-elles rigides et inflexibles ou renouvelée et souples ? D’ailleurs, selon Matthieu 13v52, qui est instruit de ce qui regarde le royaume des cieux sinon ce maître de maison qui sait tirer de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes ?
Voir la vidéo et article sur le site de Témoins

Notes sur les Messy Church

Marty Wood, traduit par Andy Buckler, a présenté les Messy Church, un surprenant mouvement au nom intraduisible, qui, né en Australie, est répandu aujourd’hui dans 17 pays.
Son but ? Faire sortir les chrétiens des murs de leurs églises pour aller à la rencontre des gens.
Comment ? En organisant, à plusieurs églises, des festivals, sortes de grands pique-niques gratuits, offerts à tous.
Dans la vidéo (non traduite mais très parlante) que montre un instant Marty Wood, on assiste à une Messy church dans un parc au sud de Londres: dans cette fête où tout le monde est invité, où la nourriture, les jeux, les séances de maquillage, les ballons, tout est gratuit, il se recrée de la convivialité, un sentiment de faire communauté, et ça interroge les gens.
Mais après la fête du samedi, quelle suite le dimanche ? Le dimanche, pas de service religieux dans les églises : les chrétiens sont retournés au parc pour un culte commun joyeux et léger auquel ils pouvaient facilement inviter voisins et amis. Ce culte « en extérieur » a réuni 800. Maintenant il se déroule tous les mois et la fréquentation des églises augmente.
Et en France ? En France des églises de Clermont, dans l’Oise, ont osé une Messy Church pour rappeler aussi que l’église a sa place au coeur de la communauté locale. Ce fut un franc succès.
Voir la vidéo

Note sur l’intervention de Jean-Jacques Langlois.

Jean-Jacques Langlois est président de l’association « Famille je t’aime ». Le témoignage d’Hélène Gilloy l’a particulièrement touché. Il connait Témoins depuis des années et depuis longtemps s’attache à favoriser les connexions inter-églises. En quelques mots il rappelle les objectifs de « Famille je t’aime ».
Voir la vidéo

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On pourra consulter également: “l’intégrale en vidéo » de la précédente rencontre de Témoins: « Chrétiens dans un Nouveau Monde » (11 novembre 2014)

« Chrétiens dans un nouveau monde » . L’intégrale en vidéo !

Spiritualité postmoderne et culture de l’individualisme Une transformation des mentalités

Spiritualité postmoderne et culture de l’individualisme Une transformation des mentalités,

selon Dominika Motak, par Jean Hassenforder

Dans les sociétés occidentales, on observe aujourd’hui un engagement croissant dans le champ de la spiritualité. L’image de celle-ci dans les représentations est maintenant souvent plus favorable
que celle de la religion, au point qu’on puisse se définir comme : « spirituel, mais pas religieux ». Quelles sont les caractéristiques de ce phénomène ? Et comment s’inscrit-il dans l’évolution de nos sociétés ?
Cette évolution se caractérise notamment par la montée de l’individualisation. Les sociologues des religions analysent les effets de cette transformation dans le champ religieux. Ainsi, très tôt,
Danièle Hervieu-Léger a mis en valeur le concept d’ « autonomie croyante » (1). Et dans ce début du XXI è siècle, dans différents pays, des sociologues ont mis l’accent sur ce changement de comportement.
Dans une recherche sur l’évolution de la religion dans une petite ville anglaise au cours des précédentes décennies (2), Paul Heelas et Linda Woodhead perçoivent « le tournant massif de la culture
moderne vers la subjectivisation » pour reprendre une expression du philosophe et historien Charles Taylor. Et récemment en Suisse, une recherche a porté sur l’évolution du fait religieux dans une culture « à l’ère de l’ego » (3). Dans une recherche qui embrasse la scène mondiale (4), Raphaël Liogier met en évidence trois courants en expansion : le fondamentalisme, le charismatisme et le piritualisme.
Le spiritualisme se développe tour particulièrement dans le contexte individualiste des sociétés occidentales.
Ainsi, il est bon de pouvoir faire le point sur l’expansion de la spiritualité dans ce contexte d’individualisation. Dominika Motak, sociologue de la religion en Pologne, nous apporte à cet égard une contribution éclairante sous le titre : « Postmodern spirituality and the culture of individualism » (5). A partir de cette synthèse, voici quelques notations qui balisent la réflexion.

Un changement fondamental dans la spiritualité occidentale

Dans le dernières années, on a assisté à un changement progressif de grande ampleur dans le paysage religieux. Cette transformation de grande ampleur est de plus en plus mise en évidence par les sociologues. « Beaucoup de phénomènes récents observables dans la scène religieuse sont perçus comme une resacralisation/réenchantement du monde, ou même comme une révolution spirituelle » (Heelas and Woodhead 2005). Cette évolution valide la thèse de Charles Taylor concernant : « un tournant massif de la culture moderne vers la subjectivité »… Dans ce tournant subjectif, on se détourne d’une vie vécue en terme de rôles, de devoirs et d’obligations imposés de l’extérieur, « objectifs », et on se tourne vers une vie vécue en référence à ses propres expériences aussi bien relationnelles qu’individuelles » (6). « Le nouvel univers religieux en train de prendre forme implique une unité essentielle du macrocosme et du microcosme et une présence du divin dans l’homme et dans le monde »… Le mouvement actuel dans la spiritualité occidentale ne peut pas s’expliquer par la seule influence de la culture orientale.
« La réceptivité de ces idées a été rendue possible par une réorientation de la vision du monde occidental, qui, par une évolution interne, a développé de nouveaux éléments coïncidant avec la culture orientale. Cela comprend la croyance en une unité entre l’homme et la nature, une conception holistique du rapport entre l’esprit et le corps et une conscience des limitations de la science et de la rationalité » (Hunt 2002).

Une culture caractérisée par l’individualisation et l’individualisme

Différents vocables peuvent être attribués à la culture actuelle, post-moderrne, ou plutôt modernité tardive ou modernité fluide.
L’auteure marque une préférence pour le terme « : « surmodernité » proche du terme : « ultramodernité » utilisé par des sociologues français. Cette période est caractérisée à la fois par la apidité du changement et de la montée de l’individualisation. Effectivement, le changement est accéléré et il peut être considéré aujourd’hui comme « un axiome culturel ». « L’homme moderne doit accepter la fluidité de tout ce qui était perçu auparavant comme stable ». Le changement est si rapide qu’il brouille la mémoire. « Le monde commence à apparaître comme illisible, fragmentaire, changeable et contingent ». Par ailleurs, « nous vivons maintenant dans une culture de l’individualisme… L’individualisation est devenue un postulat des sociétés occidentales ». Dominika Motak en voit les effets dans le champ religieux. « L’individualisation est devenue une clé pour comprendre la transformation de la religion occidentale ». Et elle cite une remarque éclairante de Danièle Hervieu-Léger concernant « l’individualisation de la croyance, conduisant les individus à développer des crédos personnels qui donnent sens à leur existence, selon leurs formes d’esprit, leurs expériences, leurs intérêts et aspirations » (Hervieu-Léger 2006).

L’individualisme religieux

Selon des grandes figures de la sociologie comme Max Weber et Emile Durkheim, le développement de l’individualisation prend racine dans le contexte chrétien occidental. Un lien demeure entre les institutions religieuse et ces nouvelles formes. Ainsi Danièle Hervieu-Léger écrit : « Les traditions anciennes commencent à servir de plus en plus de réservoirs symboliques de sens,
accessibles aux individus pour une utilisation et une réutilisation subjective de différentes manières ». Dominika Motak se réfère à une définition de l’individualisme religieux comme « le point de vue selon lequel le croyant individuel n’a pas besoin d’intermédiaire, qu’il a la responsabilité première de sa propre destinée spirituelle, qu’il a le droit et le devoir d’établir sa propre relation avec son Dieu selon la manière qui lui est propre » (Lukes 1973). « La religion postmoderne, « écrit Paul Healas, « est pour beaucoup dans les mains d’un libre « sujet ».

Comment définir la spiritualité ?

Dans les années récentes, l’intérêt pour la spiritualité a grandi rapidement si bien que le mouvement est devenue une tendance majeure (megatrend). Le phénomène est complexe et donc difficile à
définir. Dominika Motak reprend une définition très inclusive proposée par Paul Socha qui voit la spiritualité comme un « essai socio culturellement structuré et déterminé en vue de s’occuper de
situations humaines existentielles ». « Dans le contexte chrétien, dans la tradition anglophone, le terme : « spiritualité » a été employé depuis la fin du XIXè siècle pour décrire une attitude vis à vis de la religion mettant l’accent sur une expérience intérieure de Dieu en contraste avec une foi aveugle dans les dogmes. Puis, lorsque la notion a été employée dans d’autres contextes religieux, elle acquiert le sens d’un coeur mystique de la religion qui, contrairement aux expressions théologiques et dogmatiques, peut être expérimenté en premier, sinon exclusivement, dans des pratiques religieuses, individuelles, privées, de « chercheurs de Dieu ». Des études récentes montrent qu’aujourd’hui « la spiritualité est souvent associée avec l’interconnexion et l’unité (« oneness »), la relation à Dieu ou à un être transcendant), la relation avec la nature, avec les autres et avec soi-même, une pratique (spécialement la méditation et la prière), des expériences et capacités paranormales, et, dernier point mais pas des moindres , à l’autotranscendance ».
Dominika Motak envisage la spiritualité en trois phases et sur trois modes :
solide, liquide, en perpétuel changement.

De la religion à la spiritualité

On peut considérer la montée de la spiritualité en trois étapes.
Au début, dans une forme solide, « la religion est un ensemble d’actions sociales bien définies dans lesquelles un individu s’engage, et quelque soit le sens qu’il leur attribue, cette religion
ne s’en soucie guère. Selon Durkheim, un individu doit se soumettre aux requêtes de la religion et ne peut les modifier ou les adapter ».
Avec la Réforme protestante, une révolution se produit. C’est le rejet d’une institution professionnelle. C’est l’abandon de rites périodiques de purification et l’accent mis sur une vie religieuse et éthique régulière. Chaque individu est appelé à prendre un intérêt passionné dans la responsabilité de sa démarche personnelle. Ainsi apparaît le terrain nourricier pour une nouvelle forme de la
religion occidentale qui peut être qualifiée de « liquide ». Cette forme entraîne la notion de religiosité. La religion change d’état. Elle entre à l’intérieur de la personne. Le fondement de la religiosité est la foi personnelle. Celle-ci implique une réflexion soutenue. Croire ne signifie plus : savoir et avoir raison. Cependant, la religiosité maintient son lien avec la religion dont elle dérive. Mais Dominika Motak perçoit une évolution progressive. L’objet de la croyance devient moins défini, plus privé, plus difficile à communiquer.
Dominika Motak distingue une troisième forme, après les formes solides et liquides, une forme « gazeuse ». C’est la « nouvelle spiritualité ». Ici, la spiritualité est intimement liée avec l’individualisation dans sa forme la plus radicale. On peut parler de spiritualité individualiste lorsqu’elle est vécue par un individu pour son propre compte en réponse à ses besoins spirituels. Aujourd’hui, l’expérience passe au premier plan. Si la religion est source de religiosité, inversement la religiosité est source de religion.
Selon Simmel ( 1989), la religion répond aux aspirations personnelles et au désir de bonheur. Le tissu de la religiosité personnelle, de la spiritualité, est, avant tout, l’expérience.
L’individualité se caractérise par une ouverture à l’expérience.
L’expérience occupe aujourd’hui une place majeure. Ainsi a-t-on pu parler d’une société de l’expérience.
La nouvelle spiritualité est fondée sur l’expérience. Mais si celle-ci n’est pas communicable, alors elle ne peut déboucher sur une communication sociale qui est nécessaire pour toute visibilité
religieuse. Cette spiritualité prospère dans une culture de l’individualisme.

L’individualisme en question.

Il y a des formes contemporaines de spiritualité qui ne sont pas individualistes. Dominika Motak ajoute que, selon de grands fondateurs de la sociologie : Weber, Durkheim, Troelsch, la spiritualité
individualiste requiert un haut niveau d’instruction et correspond seulement à une minorité. Par ailleurs, en regard de l’individualisme, on prend conscience aujourd’hui de plus en plus de l’importance des évènements sociaux et de « l’effervescence collective » qui s’y manifeste pour reprendre un terme de Durkheim. On peut d’ailleurs observer aujourd’hui de nouvelles formes collectives de religiosité, par exemple dans des micro groupes, des « tribus » selon l’expression de Michel Maffesoli. Sur le plan de la réflexion philosophique, la réalité de l’individualisme est elle-même contestée par le philosophe Renè Girard à travers sa thèse du désir mimétique selon laquelle le désir se porte sur ce qui appartient au voisin.
Pour notre part, la polarisation sur l’individualisme nous semble, par ailleurs méconnaître la montée actuelle des aspirations sociales, pour une part en compensation des effets de ’individualisme lui-même et de la perte des anciennes sociabilité. Une spiritualité qui s’enferme dans l’individualisme ne va-t-elle pas à l’encontre d’une définition plus large de la spiritualité nouvelle puisque celle-ci met l’accent sur l’interconnection et l’interrelation ?

Quelles perspectives ?

Dans cette éclairante synthèse, Dominika Motak nous a permis de mieux comprendre la genèse du paysage religieux contemporain et d’en percevoir toute la variété. Dans la perspective de la recherche
engagée par Témoins au fil des années, quels enseignements pouvons-nous en retirer ?
La définition de la religion, comme un ensemble de prescriptions imposées socialement auxquelles l’individu doit se soumettre, évoque pour nous une réalité qui s’éloigne peu à peu. Dans un contexte où la bonne nouvelle proclamée au départ était opposée à cette conception de la religion, et, où, comme l’indique Dominika Motak, la Réforme protestante a ébranlé la chape religieuse d’une chrétienté marquée par l’entrée de l’Eglise dans l’empire romain, une transformation est progressivement intervenue au cours des derniers siècles. Ainsi, dans la tradition chrétienne anglophone, le terme : « spiritualité » est utilisé depuis la fin du XIXè siècle pour décrire une « attitude vis à vis de la religion qui met l’accent sur une expérience intérieure du divin par
opposition à une foi aveugle dans un dogme » . En christianisme, dans bien des aspects, il y a donc aujourd’hui une religion intériorisée qui correspond à l’image de la spiritualité.
Cependant, puisque le nombre de ceux qui se déclarent « sans religion » va croissant, c’est sans doute que les pratiques religieuses actuelles correspondent de moins en moins à l’évolution des
mentalités dans le contexte d’une évolution sociale et culturelle accélérée. Il y a sans doute aujourd’hui des conceptions du monde variées, mais la vision holistique gagne du terrain. Comme l’écrit Dominika Motak : « La nouvelle vision religieuse du monde, en train de prendre forme, implique une unité fondamentale entre le microcosme et le macrocosme et une présence du divin dans l’homme et dans le monde ». Cette vision commence à s’exprimer dans les enquêtes. Ainsi, dans l’enquête de 2008 sur les valeurs européennes, une question nouvelle a été introduite pour tester l’évolution des mentalités en ce domaine (7). Et 47% des français ont déclaré « avoir leur propre manière d’être en contact avec le divin sans avoir besoin des églises et des services religieux ». Ce nouvel état d’esprit peut déboucher sur des formes plus denses et plus affichées. Dans le livre : « Religion et spiritualité à l’ère de l’égo » (3), les auteurs distinguent ainsi un type « alternatif » à côté du type « institutionnel » et des types « distancié » et « séculier ».
Ces milieux sont eux-mêmes diversifiés dans leurs croyances et leurs attitudes. Ainsi, une des formes décrites par Dominika Motak se manifeste dans une expérience si exclusive et si individualisée qu’elle
ne peut s’exprimer dans une communication sociale. Ce comportement extrême nous paraît méconnaitre la qualification de l’homme comme un être social qui entre de plus en plus en compte dans un monde interconnecté. Et, de plus, face aux dangers engendrés par des fièvres fondamentalistes, nationalistes et racistes, nous avons besoin d’une culture de solidarité et d’une éthique sociale La montée de la spiritualité holistique aux dépens d’une religion chrétienne traditionnelle peut, pour une part être interprétée, en terme de rejet d’un héritage oppressant (culpabilité, peur, enfermement identitaire), en porte à faux avec la bonne nouvelle initiale, et aussi en terme de manque d’ouverture théologique. En effet, cette spiritualité holistique appelle en regard une théologie qui mette en valeur le rôle de l’Esprit dans son œuvre créatrice, unificatrice, manifestant la présence de Dieu en toutes choses et nous permettant de reconnaître le Dieu trinitaire, communion d’amour et puissance de vie, non seulement dans la transcendance, mais dans l’immanence et l’autotranscendance. On trouvera cet éclairage dans la pensée théologique de Jürgen Moltmann (8).
Selon Teilhard de Chardin, « tout ce qui monte converge ». La contribution, informée et éclairante de Dominika Motak peut être envisagée dans une perspective plus vaste. Et elle appelle à des remises en cause salutaires tous ceux qui veulent bien se laisser interpeller.

Jean Hassenforder

(1) Sur le site de Témoins (2001) : « L’autonomie croyante. Questions pour les églises ». http://www.temoins.com/jeanhassenforder-lautonomie-croyante-questions-pour-les-eglises/
(2) Heelas (Paul), Woodhead (Linda). The spiritual Revolution. Why Religion is giving way to spirituality. Blackwell, 2005
(3) Collectif. Religion et spiritualité à l’ère de l’ego. Profils de l’institutionnel, de l’alternatif, du distancié et du séculier. Labor et Fides, 2014
(4) Liogier (Raphaël). La guerre des civilisations n’aura pas lieu.Coexistence et violence au XXIè siécle. CNRS éditions, 2016. « Tendances de fond dans un monde globalisé » : http://www.temoins.com/tendances-de-fond-monde-globalise/
(5) Sur le site : DI Scripta Instituti Donneriani Absensis : Dominika Motajk. Postmodern spirituality and the culture of individualism : http://ojs.abo.fi/index.php/scripta/article/view/372
(6) « L’âge de l’authenticité » (A partir du livre : « L’âge séculier » de Charles Taylor) : http://www.temoins.com/lagede-lauthenticite/
(7) Bréchon (Pierre), Tchernia (Jean-François) dir. La France à travers ses valeurs, Armand Colin, 2009. Présentation sur le site de Témoins (21 mai 2009) : « L’émergence d’un nouveau paysage religieux en France. Croire sans appartenir » : http://www.temoins.com/lemergence-dun-nouveau-paysagereligieux-en-france-croire-sans-appartenir/
(8) Selon Jürgen Moltmann, l’Esprit saint est à la fois rédempteur et créateur. Par cet Esprit créateur, Dieu est présent en toutes choses et il est reconnaissable à la fois dans son immanence et dans sa transcendance. Sur la vie et la pensée de Jürgen Moltmann : « Une théologie pour notre temps » : http://www.lespritquidonnelavie.com/?p=695 sur le blog dédié à la pensée de Moltmann : « L’Esprit qui donne la vie » et sur le site de Témoins : http://www.temoins.com/une-theologiepour-notre-temps-lautobiographie-de-juergenmoltmann/
Deux livres fondamentaux parus au Cerf : Dieu dans la création ; L’Esprit qui donne la vie.
Voir aussi, sur ce site : « Le paysage religieux européen et la tendance à l’individualisation des sociétés. Questions pour les églises ». http://www.temoins.com/le-paysage-religieux-europeen-et-latendance-
a-lindividualisation-de-societes-questions-pour-les-eglises/