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Liberté, égalité, fraternité – Valeurs républicaines, valeurs spirituelles, dirigé par Anne-Gaëlle Attias, Christophe Cousigné, Valérie Douchez et Mohamed Galmin. Préface de M. Édouard Philippe, Premier Ministre. Editions Olivétan, 2018 – 177 p. 18€

Liberté, égalité, fraternité, qui connaît vraiment l’histoire de ces trois mots qui figurent au fronton de nos bâtiments publics, et peut s’en faire l’exégète informé(e) ? Quatre questions à Christophe Cousinié, pasteur de l’Eglise protestante unie de France et co-éditeur de Liberté, égalité, fraternité – Valeurs républicaines, valeurs spirituelles*, nous ouvrent les portes de l’amphi de Sciences Po Paris à l’origine de ce receuil original. * https://www.sciencespo.fr/executive-education/emouna-lamphi-des-religions

 

 

 

Interview

À quoi et à qui est destiné cet ouvrage ? Aux leaders religieux ou plutôt au grand public ?

L’objectif était d’en faire un livre de ressources. J’ai proposé la rédaction de ce travail à l’occasion de la formation en petits groupes de la première promotion d’Emouna Sciences-Po Paris*.

Pour que chacun puisse aller voir ce que les religions pensent et découvrir comment elles peuvent interpréter la devise républicaine. Nous avons pris la devise nationale et nous avons demandé aux différentes traditions juridiques et religieuses d’interpréter ses valeurs. Afin que les lecteurs comprennent que les religions sont « solubles », c’est-à-dire compatibles avec la République.

Quel souvenir gardez-vous de cette première promotion d’« Emouna » à Sciences-Po Paris ?

Le plus positif, ce sont les relations qui se sont créées avec des responsables religieux d’autres traditions que la mienne, et de voir que ces relations continuent d’exister. Il y a un Imam avec qui je suis devenu ami. Nous sommes toujours en contact. C’est un lien qui s’est créé entre nous. Une association des anciens élèves s’est formée. Mais au-delà de cette association, ce sont des liens plus personnels qui se sont tissés. Certains continuent à  travailler ensemble sur des projets. C’était le but : créer un réseau de responsables religieux qui puisse défendre et promouvoir le dialogue Interreligieux dans un contexte de laïcité. Ces relations en réseaux sont extraordinaires !

Cette formation a produit un réseau et un lien de quel genre : religieux, politique, progressiste, conservateur?

Je ne peux en parler que depuis ma position ! Comme je suis un pasteur libéral, j’ai plutôt « accroché » avec des gens qui se définissaient comme tels :  une femme rabbin, un imam qui se présentait comme libéral… Même si dans l’Islam, le libéralisme n’existe pas encore, dans le sens qu’il ne se définit pas comme cela. On a pu voir que l’on se retrouvait par cette sorte d’affinité ou de méthode théologique. Les conservateurs étaient en lien, parce qu’ils avaient des accords sur des questions éthiques, notamment. Et les libéraux se retrouvaient ensemble, parce qu’ils partageaient certaines approches théologiques. Dans cette promotion, il y avait des collègues adventistes, dans les autres, il y a eu des collègues évangéliques et des pasteurs issus du CNEF. Mais, même s’il y avait ces différences entre conservateurs et progressistes sur certains points, il y a eu en fait quand même beaucoup de liens avec chacun, un intérêt et une discussion en commun. Être dans la même promotion a eu cet effet de favoriser la découverte de l’autre, qu’il soit différent par la religion ou par sa manière de faire de la théologie. Cette formation nous a beaucoup rapprochés. Elle représente une invitation à aimer vivre pleinement et sereinement le jour d’aujourd’hui, plutôt que d’avoir peur du futur ou du passé.

Qu’est-ce qui favorise la fraternité Interreligieuse, selon vous ?

C’est la laïcité – sans lui ajouter aucun adjectif particulier -, qui permet à chacun de prendre une place, sans « prendre la place de l’autre ». C’est une forme d’égalité : en se mettant au même niveau, on est alors dans un dialogue. La loi, telle qu’elle est, favorise le dialogue et la vision de cette loi au cœur de la réponse est à redécouvrir : c’est la liberté.

Propos recueillis par David Gonzalez

 

Commentaire

Le fil rouge ? l’histoire de notre devise républicaine (pp. 19 à 40) indissociable du christianisme : « Frères par la vie, égaux par la naissance et par la mort, libres par l’âme » ! Victor Hugo (et Henri Bergson) nous accompagnent dans la lecture de ces pages religieuses et politiques : « Liberté, Égalité, Fraternité. Rien à ajouter, rien à retrancher. Ce sont les marches du perron suprême. La liberté, c’est le droit, l’égalité, c’est le fait, la fraternité, c’est le devoir. Tout l’homme est là. » Le troisième chapitre concernant la liberté sur les plans politique et religieux, explique comment les diverses libertés juridiques se sont développées, hiérarchisées et articulées en droit français. Même si du point de vue de l’histoire des idées religieuses, le parallèle entre « La devise républicaine et la Prise de refuge par Bouddha » (par un maître zen, p. 32), par exemple, ainsi que, dans le quatrième chapitre consacré à l’égalité, « La notion d’égalité dans la tradition musulmane » (p. 109 à 120), semblent représenter des thèse à la limite… de la mauvaise foi.

Mais, même si la laïcité n’est pas une spécificité française ni chrétienne, elle reste une idée neuve, « comme garantie à la fois de la liberté de religion et d’opinion et de la neutralité des États vis-à-vis des choix personnels » (Édouard Philippe, Préface). Le courage du combat pour l’égalité homme femme est la caractéristique impressionnante de ce livre, voire, comme le témoignage lié à la mémoire de la République des résistantes déportées, par Jacqueline Fleury, la plus bouleversante.

DG

Extraits

« L’histoire des droits des femmes se confond avec celle des pionnières qui ont su conquérir ces droits et leur donner un visage : première agrégée, première avocate, première femme médecin, première polytechnicienne, première titulaire du Prix Goncourt, première femme pilote de chasse, première femme « chef étoilé », première femme général de l’armée française, première femme ministre de la justice (des affaires étrangères, de la défense, Premier ministre…), première femme Maire de Paris… Faisons en sorte que cette liste ne soit pas close et que de nombreuses femmes conquièrent encore de nouveaux territoires. La loi les y autorise mais l’usage, trop souvent, encore aujourd’hui, les en empêche. »

Chantal Jouano, présidente de la délégation au droit des femmes du Sénat, ancienne ministre,  « Liberté, égalité, fraternité : et les femmes ? », p. 39.

« Les grandes lois d’en haut sont avec nous. Il y a un profond parallélisme entre la lumière qui nous vient du soleil et la clémence qui nous vient de Dieu. Il y aura une heure de pleine fraternité, comme il y a une heure de plein midi. […] Quant à moi, […], je le dirai sans cesse : il faut s’aimer, s’aimer, s’aimer ! Les heureux doivent avoir pour malheur les malheureux. L’égoïsme social est un commencement de sépulcre. Voulons-nous vivre, mêlons nos cœurs, et soyons l’immense genre humain. […] aidons, protégeons, secourons, avouons la faute publique et réparons là. Tous ce qui souffre accuse, tous ce qui pleure dans l’individu saigne dans la société, personne n’est tout seul, toutes les fibres vivantes tressaillent ensemble et se confondent, les petits doivent être sacrés aux grands, et c’est du droit de tous les faibles que se compose le devoir de tous les forts. J’ai dit. »

Victor Hugo, Actes et paroles – Avant l’exil – Le Droit et la Loi, 1875, « Tous frères et sœurs? », p. 143 :

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