Voici une bonne nouvelle : habiter mon corps - Témoins

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N’ayez pas peur : ce n’est pas si compliqué que çà ! Laissez-vous guider, suivez Jean-Claude pas à pas ! Cheminement intérieur qui rejaillit sur l’extérieur, il vous propose d’entrer dans vos meubles… à l’intérieur de vous-même !

I   QUEL EST MON LIEU ? Trois petites découvertes ont orienté ce questionnement:

1) J’ai besoin d’une demeure sûre, où je puisse me sentir chez moi. Ce lieu, j’ai à le recevoir et j’ai à le créer ; je l’hérite de mon histoire, de ma famille, et je l’établis en y faisant mon nid. J’y suis en sécurité ; de là je peux partir pour y revenir ensuite.Ce lieu m’identifie et me structure. Il est comme un appui d’où je puis sauter. C’est le lieu où je peux apprendre à être moi-même. J’en ai besoin maintenant (comme le fils prodigue de Luc 15) ; j’en ai aussi besoin pour l’avenir (Jn 4/2s).

 2) Je découvre alors que je suis moi-même une demeure pour moi.Je cherche peut-être cette demeure dans les circonstances, dans les relations et les endroits, et c’est bien. Toutefois, c’est mon être, ma personne, mon corps qui m’est donné comme première demeure.Evidemment, cette demeure intérieure n’est pas sans rapport avec la demeure extérieure ; car si je me sens bien dans l’une, je me sens sûrement bien dans l’autre aussi, et vice-versa.

 3) J’ai la responsabilité et le pouvoir d’agir dans cette demeure de mon corps, pour y faire mon lieu, un chez moi où je me sens bien.

Il m’est donné comme une villa nouvellement construite, “clé-en-main” ; je dois donc encore prendre possession de ce lieu étranger, pour m’y trouver partout chez moi.
Je perçois mon corps comme une grande demeure que j’ai à découvrir et à accueillir ; et je peux aussi l’élargir (Es. 54/2) jusqu’à pouvoir y accueillir. Cette demeure contient un trésor, un mystère d’où je tire des matériaux pour continuer à la construire (Mat 13/52). Elle est déjà habitable, et je peux encore l’édifier. Je peux donc y travailler à créer mon lieu.

 

II PERDRE SON LIEU

Les textes des origines font aussi apparaître ce double lieu, extérieur et intérieur. Le Créateur prépare avec soin une demeure pour l’homme : l’univers entier, achevé et habité ; et en son sein un jardin à sa mesure, un Eden à garder et à cultiver. Puis, il lui est donné son corps comme demeure quasi permanente. Il y a correspondance de bien-être entre la demeure extérieure et la demeure intérieure. Mais elle deviendra correspondance de mal-être quand interviendra la rupture : après leur acte fou, Adam et Eve sont envahis par la honte et la peur.

Ils sont divisés intérieurement ; et immédiatement ils se sentent «  mal dans leur peau » . Ils sont devenus étrangers à eux-mêmes et l’un à l’autre, et cherchent à couvrir leur nudité et à se cacher. Simultanément, ils ne sont plus chez eux dans le Jardin. Ils perdent leur lieu extérieur en même temps que leur lieu intérieur (Gen. 3/7s,23).

On verra ensuite leur fils Caïn, après avoir amplifié sa propre division intérieure, se mettre en quête perpétuelle de son lieu intérieur. Et comme il ne le trouve pas, il entre dans une vie d’éternel vagabond. Pour répondre à sa quête, il commence par construire une ville, un lieu, une demeure extérieure (Gen. 4/12,17). On découvre ici comment un péché initial peut conduire à une blessure originelle, à un manque ; celui-ci pourra devenir source d’un fruit, d’un fruit ambigu ; la construction d’une ville, la fondation d’une civilisation.

On voit aussi comment la perte du lieu extérieur provient d’une division intérieure, d’une perte du lieu intérieur. “Une maison divisée contre elle-même ne peut subsister” disait Jésus (Mt 12125). C’est pourtant le conflit permanent que connaissent tous les hommes et qui les rend étrangers à eux-mêmes.
Le salut consiste à retrouver le chemin d’une réconciliation intérieure, au travers de la réconciliation avec Dieu : dans la personne s’opère l’intégration des parties opposées ; l’unité intérieure, c’est la maison retrouvée. “Heureux celui qui ne se condamne plus lui-même dans ce qu’il approuve”(Rom 14 /22).

On peut observer un cheminement psychologique analogue chez tous ceux qui ont été frustrés dans leur enfance d’un lieu de chaleur et de sécurité. Ils risquent bien, dans leur quête de demeure sûre, d’entrer dans le complexe de vagabond : toujours errants, il leur est quasiment impossible de se faire un lieu, de se sentir bien quelque part pendant longtemps. Il y a une sorte d’interdit intérieur qui les en empêche. Simultanément, ils s’accrochent alors parfois désespérément, mais sans succès (ou avec effet contraire !) à ceux qui s’approchent d’eux ; et ils ne se sentent quand même jamais chez eux.

Ce complexe peut être dénoué partiellement s’ils découvrent un lieu qui leur est offert gratuitement, qu’ils n’ont pas eu besoin de quémander ; s’il leur est offert par grâce un lieu où ils peuvent être chez eux, être eux-mêmes.
Ils y font une expérience nouvelle celle d’un lieu véritable. Et c’est le début d’une expérience de guérison et de salut.

III   RETROUVER SON LIEU : LE CORPS – TEMPLE

Celui qui retrouve dans son corps une demeure pour sa personne va découvrir cette réalité extraordinaire : “Votre corps est un Temple, le temple du Saint-Esprit” (I Cor 6/19 3/16).
Il est un lieu privilégié où demeure le mystère de votre personne, et le mystère de Dieu. La personne même du Fils de Dieu a voulu habiter un corps et s’y est incarné. Il y a révélé la gloire de Dieu parmi les hommes ; et son corps a été le lieu de cette révélation (Jn 1/14).

C’est donc dans notre corps que nous sommes aussi appelés à glorifier Dieu (I Cor. 6/20), puisque c’est là qu’il veut faire sa demeure (Jn 14/23).

Si notre corps a reçu une telle dignité, s’il est le lieu d’une telle contemplation et d’une telle habitation, nous sommes aussi appelés à l’habiter nous-mêmes vraiment, à y être présents (puisque Dieu y est présent), et à en faire notre lieu. Cela passe par des pas très concrets.

Tout d’abord négativement :

Habiter son corps,
– c’est ne pas le fuir, ne pas se réfugier dans le spirituel ou dans le mental;
– c’est ne pas le refuser ; ce serait se refuser soi-même ; mais l’accepter comme un don de vie (Ps. 139/14) ;
– c’est ne pas le mépriser, ni l’ignorer, ni le combattre. Car mon corps parle : les émotions ou les maladies en sont un langage qu’il faut écouter, et non pas combattre comme un ennemi à vaincre. Si j’écoute ce qu’il me dit, il deviendra peut-être plus docile (et il se mettra aussi à l’écoute de ce que je lui dis). Et je trouverai un chemin pour lutter avec lui.

Une expérience étonnante m’a confirmé cela : un collègue avec lequel j’animais une session était complètement aphone depuis plusieurs jours. Dans l’heure qui précédait son premier exposé important, il prit conscience du moment où son extinction de voix était intervenue, quelques jours auparavant. Et il en accueillit le message. Il retrouva le plein exercice de sa voix dans les minutes qui suivirent ! Evidemment, toutes les maladies, tous les symptômes physiques ne se résolvent pas si simplement !

Positivement, habiter son corps :
– c’est être reconnaissant pour lui, et bienveillant à son égard
– c’est y asseoir solidement sa personne toute entière.
Et cela implique une juste attitude du corps, qui signifie en même temps une juste attitude de la personne dans la vie : placer le centre de gravité du corps dans le ventre, qui est le “lieu du lieu” (voir P. Tournier : L’homme et son lieu, p. 63) et non pas plus haut ou plus bas.
– c’est aussi savoir faire silence dans son corps, pour se mettre à l’écoute de son corps, et pour se rendre présent au travers de son corps à soi-même, aux autres et à Dieu.

 

IV QUITTER SON LIEU : LE CORPS – TENTE

Celui qui, dans la réconciliation avec Dieu, opère l’intégration de sa personne et reconnaît que son corps est un temple, peut aussi découvrir que son corps est une tente (Il Pi 1/13).

Si le temple indique la gloire du corps, la stabilité d’une habitation, la tente évoque l’itinérance et le mouvement.

Avec une tente, on peut quitter son lieu, comme Abraham (Gen 12/1). Il a été appelé à quitter son pays pour entrer dans un mouvement de croissance et de vie, de dépendance de Dieu.

Il faut préciser ici qu’Abraham avait un lieu, une patrie, une terre, un père, une famille. Si on n’a pas eu de lieu, on ne peut le quitter, mais on reste fixé au lieu qu’on n’a pas eu. Il faut d’abord avoir un lieu avant de pouvoir le quitter ; mais on ne reçoit un lieu que pour le quitter un jour.

C’est le mouvement de la vie : d’abord recevoir un lieu ; puis le retrouver quand il a été- perdu ; l’habiter ensuite, et l’habiter pleinement ; même l’élargir ; puis le quitter. Et ce mouvement de vie concerne notre lieu d’habitation, notre lieu d’engagement professionnel, notre lieu d’intégration sociale et d’engagement diaconal ; il concerne aussi notre lieu corporel.

On évoque aussi le corps comme une tente, lorsqu’on perçoit qu’on aura à le quitter, et que cette demeure est provisoire (II Cor. 5/1) ; lorsqu’on peut envisager la mort comme une expérience de croissance et d’épanouissement. Elle n’est évidemment pas uniquement cela. Jésus, Paul et bien d’autres à leur suite ont pu envisager leur mort, non pas comme une fatalité à subir, mais comme un acte libre, un acte de croissance.

Peuvent aussi le vivre ainsi :
-ceux qui ont pu habiter pleinement leur corps et le connaître comme un Temple avant de le vivre comme une Tente ;
– ceux qui ont un autre lieu en perspective, indestructible et plus solide que leur tente provisoire (Il Cor. 5/1-5 ; Héb. 11/13-16). Il faut avoir un autre lieu en perspective pour quitter le sien sans se perdre ;
– ceux qui, comme Abraham, se sont déjà exercés durant le cours de leur vie à quitter leur lieu (Héb. 11/10s).

Ils peuvent accepter d’être comme des étrangers sur terre sans entrer dans le complexe du vagabond ; car ils ont vraiment vécu sur la terre et dans leur corps ; ils ont pleinement trouvé et reçu leur lieu, leur corps, leur habitation.

Ils peuvent maintenant les quitter sans se perdre. Celui qui a trouvé son lieu, qui a habité son corps peut le quitter ; il peut y renoncer librement et connaître un épanouissement plus grand.

Jean Claude SCHWAB

Reprise d’un article publié en 1989 dans le N° d’Octobre de la revue Témoins, aujourd’hui disparue, et remplacée par le présent site Internet

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