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Crise économique, crise politique ou crise de valeurs ?

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   Ce sera sans doute les trois à la fois.
   La première guerre mondiale a accouché, entre autres, du communisme et du nazisme ; la crise de 1929, du New Deal et du Front populaire ; la deuxième guerre mondiale, de la décolonisation et de l’Union européenne… Nous verrons cette fois quelles institutions, entreprises, gouvernements, institutions internationales sortiront renforcées et lesquelles s’effondreront ou seront mises sous tutelle.


   Lors des réunions consacrées à l’économie à Caux *, de nombreux intervenants, venus témoigner de leur action dans le domaine de la lutte contre la corruption ou pour la bonne gouvernance des entreprises, ont souligné le dramatique abandon des valeurs par de nombreuses entreprises et gouvernements.
   Abandon ! Le terme est sévère mais pas déplacé. Comment expliquer sans cela la multiplication des paradis fiscaux, bancaires et judiciaires ? Il y en a plus de quatre-vingt-dix, soit plus d’un tiers de l’ensemble des Etats et territoires du monde ! Plus de la moitié du commerce international y transite et deux tiers des fonds spéculatifs y seraient domiciliés. Comment expliquer sans cet abandon des valeurs la persistance des délits d’initiés, la multiplication des faux bilans, des contrôles inefficaces et des certificats de complaisance ? L’affaire Madoff l’illustre parfaitement : elle a fait disparaître l’équivalent du PIB d’un pays moyen tel que par exemple la Lybie ou la Croatie. Après l’affaire Enron en 1999-2000, on avait pourtant chanté en choeur l’antienne « plus jamais ça ». « J’aimerais que l’on m’explique pourquoi on peut aller faire la guerre en Irak mais qu’on est incapable de fixer un minimum de règles applicables à de petits Etats sans poids politique ou militaire », disait le juge Renaud Van Ruymbeke dans une interview parue dans Le Monde. L’explication, c’est l’abandon des valeurs ; c’est la philosophie utilitariste, amorale, qui a régné sur le monde économique depuis deux siècles. Mais la vraie question, c’est : que peut-on faire ? Pour rétablir la confiance, il y a trois conditions.
   La première condition, cruciale, est de surmonter l’incapacité à réformer le système économique mondial. Maintenant que la crise a permis de faire éclater au grand jour que les paradis fiscaux sont la cheville ouvrière d’un système financier international illicite et dangereux, le monde peut et doit légiférer d’un commun accord, sous l’égide des institutions internationales appropriées : obligation dans les normes comptables légales pour les sociétés de publier l’intégralité de leurs comptes pour chaque pays où ils exercent une activité ; pénalisation par une juridiction internationale de tous les obstacles à la coopération policière et judiciaire de jure ou de facto…
   La deuxième est du niveau des entreprises : les principaux établissements financiers mondiaux pourraient s’interdire par un accord volontaire d’opérer dans certaines conditions, ce qui reviendrait à définir un minimum de transparence et de réglementation dans les paradis fiscaux. Les entreprises, dont la crédibilité collective est lourdement entachée, peuvent aussi faire place nette en termes de transparence quant à leurs comptes, mais aussi quant à leurs objectifs et à la place des différentes parties prenantes (clients, fournisseurs, personnel, collectivités…) dans leur stratégie.
   Indispensable également est la claire affirmation par les autorités internationales, professionnelles et gouvernementales que le système légal, comptable, réglementaire mis en place, parfois très complexe, repose au fond sur des valeurs morales simples et démocratiques et non sur l’utilitarisme qui justifie toutes les exploitations et tous les abus.
   Malgré la puissance des pays et des entreprises, et la complexité des systèmes, tous ces chantiers de changement seront conduits par des hommes ; il y a place pour les initiatives des militants, des entrepreneurs et des salariés, ce dont le présent numéro rend témoignage et qu’il espère vous inspirer.


Antoine Jaulmes

Magazine publié par Initiatives et Changement, un mouvement international ** Voir le site **  issu du « Réarmement moral », « Changer International » poursuit la mise en valeur des exigences éthiques dans le monde d’aujourd’hui  dans un esprit fidèle à la devise de ce courant de pensée et d’action où l’inspiration chrétienne demeure active : « Changer soi-même pour que le monde change ». Le numéro de janvier-février 2009, intitulé : « Economie : faire repousser la confiance » est précédé du présent éditorial d’Antoine Jaulmes apportant une vision éthique sur la crise actuelle.
 


*  Centre de rencontres internationales d’I&C  ** Voir le Site **

Mis à jour ( Mardi, 17 Février 2009 19:50 )  
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