Recherche innovation

Culture Société

Actualités

Galeries

Vie Spiritualité

Qui sommes nous ?
Sélectionner une page

En cette année 2013,  nous pouvons observer  plusieurs évènements en considérant leurs aspects positifs.

Protestants en fête

         Dans une grande manifestation à Paris fin septembre 2013, les protestants  veulent exprimer la vitalité de la foi chrétienne dans une expression joyeuse et créative : « Protestants en fête » ** Voir le site **  (1)  dans un « Paris d’espérance ».

         Ainsi cette fête veut partager une espérance. C’est le sens du manifeste ** Lire le manifeste **(2)  qui a été diffusé par les organisateurs, puis signé par des personnes bien au delà du protestantisme. Cette espérance n’est pas seulement individuelle, mais aussi collective.  Elle accompagne nos contemporains à travers les épreuves de notre époque et dans tout ce qui bouge en positif, dans un paysage désormais mondial. Ici même, sur ce site, nous avons, à plusieurs reprises, évoqué la théologie de l’espérance développée par Jürgen Moltmann (3).

         Le manifeste exprime cet horizon : « C’est l’humanité toute entière qui est aujourd’hui notre partenaire.  Notre terre toute entière est devenue notre jardin. L’espérance nous engage donc loin et pour longtemps. Il faut passer du fugace occasionnel au durable, et du tribal au global. Nous le pouvons. Les croyants sont persuadés qu’il n’y a pas d’espérance sans confiance. Celui  qui reçoit le Christ reçoit en même temps des frères et sœurs à l’échelle du monde. Nous appelons donc les chrétiens à donner à leur espérance le visage du Christ des béatitudes ». C’est un grand mouvement qui abolit les barrières. « Nous n’espérons pas pour les autres, mais avec les autres et nous n’espérons pas seulement pour la vie ici-bas ».

         Le rassemblement : « Protestants en fête » manifeste la vitalité du protestantisme dans ses différentes expressions, dans une attitude d’ouverture et de convivialité.

Église protestante unie

         Un autre évènement est intervenu récemment dans l’aire protestante : la création d’une Église protestante  unie, à partir de deux composantes : la tradition réformée et la tradition luthérienne. Cet événement comporte un aspect organisationnel  qu’il ne nous appartient pas de commenter.

         Si cette création nous apparaît comme pouvant s’inscrire au registre de l’espérance, c’est parce que l’esprit dans lequel cette unification se réalise nous paraît témoigner d’un regard vers l’avenir.

 Cette ouverture est explicite dans la manière dont le nouveau président, Laurent Schlumberger, présente cette évolution (4). Il appelle les protestants à passer d’un statut défensif, hérité d’une condition minoritaire, précédée elle-même par une persécution, à une prise en compte du nouveau paysage religieux où l’hégémonie catholique a disparu et où nos contemporains sont engagés dans des évolutions personnelles. « Protestants pendant plusieurs siècles ,  un petit troupeau, ils se serraient les coudes avec une identité très forte . Ils se distinguaient des autres et s’appuyaient contre le catholicisme. Ce monde a disparu. Les protestants doivent donc apprendre une autre manière d’être église. Ils doivent aller à la rencontre de leurs contemporains, devenir témoins, exposer ce qui les fait vivre en osant s’exprimer eux-mêmes ». Et par ailleurs, cette église, dans la gamme des autres expressions protestantes, apporte une certaine tonalité qui peut être entendue par des chrétiens sensibles au danger d’une crispation identitaire.

         Plusieurs recherches ont mis en évidence la vitalité actuelle du protestantisme en France (5). Dans un pays qui, au cours de son histoire, a souffert d’une hégémonie religieuse et des conflits qu’elle a engendrés le développement de la composante protestante du christianisme nous apparaît comme une bonne nouvelle qui permet par ailleurs de mieux répondre, à travers une offre plurielle, aux attentes nouvelles engendrées par l’évolution et la diversification culturelle.

Pape François 

Dans le même temps, cette fois à l’échelle du monde, les évènements intervenus dans la gouvernance de l’Église catholique nous paraissent créer des conditions nouvelles pour la transformation d’une institution centralisée, hiérarchisée où l’autorité s’exerce de haut en bas.  Par rapport aux rigidités et aux pesanteurs de la papauté, comment ne pas être sensible à la manière imprévue selon laquelle un changement s’est opéré : le départ soudain du pape Benoît XVI et l’élection du pape François. Cette élection a été abondamment commentée  par la presse, généralement en termes positifs, notamment dans la dimension œcuménique (6).  Jusqu’ici, la différence principale nous paraît résider dans la personnalité du nouveau pape, c’est à dire une attitude qui allie simplicité, empathie vis-à-vis des personnes et esprit de dialogue.  Toutes ces qualités ont été accueillies positivement par un vaste public bien au delà des pratiquants catholiques… Elles tranchent avec les archaïsmes de la culture de cour d’une monarchie de droit divin.   On constate combien l’amour chrétien peut aujourd’hui comme hier toucher les cœurs et attirer la sympathie. En contraste avec un passé séculaire, voilà un pape qui se comporte en chrétien,  peut-on entendre.

Et cette apparition rappelle celle de Jean XXIII.

         Si le nouveau pape, pour une part, s’exprime dans une piété traditionnelle, l’orientation de sa personnalité rompt avec le caractère bureaucratique de l’institution et une politique éloignée des préoccupations populaires. Ainsi, un potentiel nouveau s’est ouvert.

Dans un article évoqué sur ce site juste avant cette élection (7), la sociologue Danièle Hervieu-Léger mettait l’accent sur la nécessité de reconnaître la pluralité dans l’univers catholique.  L’enjeu est donc un renouveau de la collégialité mise en route par le Concile Vatican II, puis ensuite largement écartée. Le nouvel état d’esprit, tel qu’il apparaît chez le pape François, devrait favoriser  ce changement structurel en sachant que celui-ci rencontrera les obstacles inhérents à l’institution.

 A une époque caractérisée par une impressionnante mutation culturelle, l’écart entre l’évolution des mentalités et les institutions ecclésiales est considérable. Témoins a participé à la mise en évidence de ce déphasage, mais,en regard, il a également mis en perspective les innovations, en particulier le courant de l’Eglise émergente (8). Et, en même temps, bien entendu, les idées cheminent dans les églises . L’une d’entre elles : l’Église anglicane a accepté de reconnaître dans leur spécificité les communautés chrétiennes émergentes. Pourquoi, en France, l’Eglise protestante unie qui rassemble aujourd’hui deux traditions, ne pourrait-elle par la suite reconnaître un courant émergent à l’exemple de l’Église anglicane ? La mutation actuelle , s’accompagne d’une évolution différenciée dans ses rythmes qui engendre une diversification des mentalités et se traduit dans une pluralité de cultures qui appelle elle-même une pluralité d’expressions ecclésiales. L’Église catholique acceptera-t-elle aujourd’hui de reconnaître cette pluralité ? Une telle reconnaissance permet une évolution souple comme celle qui a permis, par osmose, l’accès des femmes aux ministères pastoraux dans l’Église anglicane.  On peut espérer que les qualités personnelles du nouveau pape, comme un  homme porté à l’écoute et au dialogue, pourront trouver appui et se déployer pour permettre un changement structurel.

         Comment pourrait-on ignorer l’œuvre de l’Esprit ? Dans l’effervescence de notre temps (9), la Pentecôte est bien la figure qui peut nous inspirer aujourd’hui. Notre attention va donc bien au delà des institutions, mais elle ne les ignore pas et salue les signes d’espérance qu’on peut y reconnaître.

Jean Hassenforder

 NOTES.

(1)            Toutes les informations et le programme sur « Protestants en fête » ** Voir **  et ** Visionner le clip   de “Paris d’Espérance” **

(2)            Manifeste pour l’espérance. Un pari nécessaire. ** Voir **

(3)            « Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi, pour que vous abondiez en espérance par la puissance du Saint Esprit (Rom 15.13) ». Nulle part ailleurs dans le monde des religions, Dieu n’est lié à l’espérance humaine de l’avenir… « Un Dieu de l’espérance » qui marche « devant nous » et nous précède dans le déroulement de l’histoire, voilà qui est nouveau. On ne trouve cette notion que dans le message de la Bible. C’est le Dieu de l’Exode… C’est le Dieu de la résurrection de Christ… De son avenir, Dieu vient à la rencontre des hommes et leur ouvre de nouveaux horizons… » Jürgen Moltmann. De commencements en recommencements. Une dynamique d’espérance. Empreinte, 2012 (citation p 109). ** Voir sur ce site ** La pensée théologique de Jürgen Moltmann est présentée à l’intention d’un vaste public sur le blog : « L’Esprit qui donne la vie » ** Voir ** 

(4)            Sur figaro.fr, interview en profondeur de Laurent Schlumberger sur l’Eglise protestante unie, sa mission, son horizon. ** Voir ** Voir aussi l’interview de Laurent Schlumberger sur le site de l’Eglise protestante unie de France ** Voir **

(5)            L’enquête sur les valeurs des européens effectuée en 2008 met en évidence l’installation d’un nouveau paysage religieux en France dans lequel on observe une montée du protestantisme évangélique et donc une place accrue du protestantisme dans son ensemble. Sur ce site : « L’émergence d’un nouveau paysage religieux en France. Croire sans appartenir » ** Voir sur ce site **  Une récente recherche a mis en valeur « la dynamique protestante » ** Voir surce site **

(6)            Parmi des milliers d’articles, à titre d’exemple : une des premières analyses parues juste après l’élection du pape François dans le « Guardian » (Andrew Brown 13 mars 2013), un point de vue particulièrement informé qui montre immédiatement les enjeux et l’ampleur du changement : « Pope Francis represents an extraordinary leap away from the conservative and cautious nature of the two last papacies ». ** Voir **

Récemment, paru dans figaro.fr et repris sur un  site africain, un article montre la manière dont l’attitude personnelle du pape François tranche avec celle d’un environnement traditionnel : « Deux mois après son élection, comment François brise les carcans du Vatican ». ** Voir **

La dimension œcuménique : « Le pape François vu par un théologien protestant argentin (« Réforme » 29 mars 2013)  ** Voir **

(7)             Sur le site de Témoins, commentaire d’un article de la sociologue Danièle Hervieu Léger, paru dans « Le Monde » : « L’épuisement de la monarchie pontificale ». « Redonner toute sa place à la collégialité que Vatican II appelait de ses vœux est probablement aujourd’hui la seule voie permettant de retisser l’unité de l’Eglise romaine… » ** Voir sur ce site **

(8)            « Le courant de l’Eglise émergente. Dix ans de recherches ». ** Voir sur ce site **

 (9)       Sur ce site, plusieurs mises en perspective sur la mutation en cours dans la société et la culture, entre autres, à partir des analyses de Jérémie Rifkin, Michel Serres et Frédéric Lenoir : « Vers une civilisation de l’empathie » ** Voir sur ce site **
« La révolution internet et ses conséquences : « Petite Poucette » ** Voir sur ce site **
« Un monde en mutation. la guérison du monde » ** Voir sur ce site **
Aujourd’hui, on assiste à l’émergence d’une nouvelle manière de vivre : convivialité, société collaborative…, conjuguée avec une montée des aspirations spirituelles. « Emergence d’une nouvelle sensibilité spirituelle et religieuse en regard du livre de Frédéric Lenoir : « La guérison du monde ». ** Voir sur ce site **
Voir aussi : « Emergence d’espaces conviviaux et aspirations contemporaines. Troisième lieu (« Third place ») et nouveaux modes de vie ». ** Voir sur ce site **