Revue de presse : accoucheurs d'âmes, "point de Dieu" et adolescents - Témoins

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Revue de presse chrétienne du 16 janvier

Si vous cherchez, en ce début d’année, un message vraiment positif dans la presse chrétienne française, procurez-vous vite le dernier numéro de la revue Prier. Vous y trouverez notamment des « prières pour un nouveau départ », comme par exemple celle-ci, écrite par un jeune chrétien africain anonyme : « Seigneur, Dieu tout puissant/ Dieu éternel/ toi qui crées et qui accomplis/ une année à tes yeux n’est qu’un instant/ (…) Les hommes vont vers la vieillesse./ Les chrétiens vers le jour nouveau. »
Prier donne aussi la parole à Stan Rougier, prêtre catholique, « prédicateur ambulant », auteur prolifique et un grand témoin chrétien. Il raconte entre autres sa quête personnelle et comment l’amour d’une fille l’a ouvert à une expérience mystique, « une anticipation du paradis ». D’une façon très originale, c’est notamment cet amour là qui le conduit à devenir prêtre dans les années 60. Considérant que « nous sommes ici-bas en stage d’amour », Stan Rougier décrit aussi comment il a été victime d’une dépression parce qu’affecté par tant de détresse humaine. Son rôle à lui, en tant que « accoucheur d’âmes », il le définit ainsi : « le prêtre est amené à lutter contre le mal à sa source, en montrant que le pardon de Dieu est offert à chacun. Oui, j’ai eu à cœur de dire à tout homme qu’il est aimé : ‘Tu as du prix à mes yeux et (…) moi, je t’aime’ (Isaïe 43,4). Ce que je résumerais ainsi : ‘Toi qui doutes, toi qui cherches, toi qui es malheureux, toi qui es mal dans ta peau, il y a Quelqu’un qui est là pour te parler, pour te dire qui tu es, pour te ressusciter’. »
Si cette interview survitaminée ne vous suffit pas, Prier vous propose une chronique du père blanc Bernard Ugeux qui insiste sur une nécessité : le souffle et la respiration quand on prie. L’auteur estime que nos contemporains ont compris « le pouvoir unificateur irremplaçable d’une respiration consciente et profonde » à travers les arts martiaux, le yoga et la méditation bouddhiste, mais ne savent pas que certaines traditions spirituelles chrétiennes pourraient aussi ouvrir à cette dimension. Ainsi celles de saint Ignace de Loyola et de saint Cassien. « C’est là une occasion précieuse de compenser les déficits d’incarnation du christianisme liés à un regard négatif sur le corps et l’affectivité, qui s’enracine dans une idéologie dualiste », estime le père Ugeux. Et de rappeler que le Nouveau Testament « présente l’homme comme un être complexe – esprit, âme et corps (1 Th 5,23) – et considère l’esprit comme une force inséparable du souffle et de la vie (Lc 8,55 ; 23,46), sensible à toutes les émotions (Lc 1,47 ; Jn 11,33 ; 13,21 ; 2Co 2,13 ; 7,13) et souvent en lutte contre la ‘chair’ (Mt 26,41 ; Ga 5,17), dans le sens de la part obscure de l’être humain mais non d’un corps mauvais en soi ! »
Ainsi, nous saurons donc que le corps sert à quelque chose. En général, les chrétiens occidentaux sont très cérébraux aux yeux des orientaux. A ce sujet précis – le cerveau – le Monde des Religions propose un dossier dans son dernier numéro daté de janvier-février. Il est question du « mystérieux ‘point de Dieu’ ». C’est-à-dire de la « neurothéologie » ou l’éventuel lien entre expérience spirituelle et activité cérébrale. Certains endroits dans le cerveau s’activent plus que d’autres lors que quelqu’un parle en langues, par exemple. A l’inverse, l’activité ralentit lorsque quelqu’un fait de la méditation profonde. Etonnant ? Pas vraiment. Or ce thème est à la mode puisqu’il correspond à l’idée rationaliste et individualiste selon laquelle l’expérience de Dieu vient de nous-mêmes et, en l’occurrence, de notre cerveau. Certains chercheurs pensent avoir trouvé une zone dans la jonction temporo-pariétale qui jouerait un rôle important dans l’expérience de conscience de soi, apprend-on en lisant le très long article fait par Jocelyn Morisson. Or, l’histoire du « point de Dieu » n’a rien à voir avec le Seigneur ou même avec une quelconque religion. « Les corrélats neurologiques de l’expérience mystique ne signifient pas qu’il existe une relation causale. Ce type de recherche ne permet ni de confirmer ni d’infirmer la réalité externe de Dieu », explique utilement Mario Beauregard, un neuroscientifique de Montréal, dans le dossier du Monde des Religions. Tout est dit dans cette phrase. Lisons donc ce bon article en séparant bien « Dieu », les choses spirituelles et des phénomènes physiologiques observables et certainement intéressants et utiles pour la recherche médicale grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Félicitons par ailleurs Le Monde des Religions pour un excellent dossier consacré à la quatrième religion en France : le judaïsme. Bien des chrétiens ont des choses à apprendre sur leurs “grands-frères”.
La presse religieuse, chrétienne en particulier, est d’une grande variété. Parlons du magazine de l’actualité diocésaine Eglise à Lyon. C’est un mensuel catholique régional dirigé par les services du cardinal Philippe Barbarin et dont on parle presque jamais dans ce genre de revue de presse parce qu’il est diffusé seulement au niveau régional. Il y a des informations chargées de sens chrétien qui n’ont rien à envier aux revues nationales. Ainsi dans le numéro de janvier 2008 plusieurs initiatives œcuméniques entre catholiques, protestants et évangéliques dans le cadre de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18-25 janvier) à Lyon. Ainsi et surtout des articles sur la souffrance et le handicap et comment des chrétiens s’organisent face à la vulnérabilité. Nous avons été émus par une interview lumineuse de Philippe de Lachapelle, directeur de l’Office chrétien des personnes handicapées. « La grande question de notre époque, dit ce père de famille, c’est la question de la fragilité. Dans un monde dur, où il faut être fort, la personne handicapée, dont la fragilité est si visible et irrémédiable, me renvoie inéluctablement à ma propre fragilité. Accepter la fragilité, celle de l’autre, la mienne, et je peux rentrer dans la dynamique du meilleur. » Or nous accueillons trop mal les handicapés. Philippe de Lachapelle rappelle ce chiffre « insupportable et si signifiante » qui résume tout : « 95% des enfants handicapés détectés in utero ne naissent pas ». A la question « Que nous disent les personnes handicapées de l’Evangile ? », cet ancien responsable de l’Arche répond : « Je suis toujours touché par la capacité d’intimité des personnes handicapées avec Jésus ! Comme si elles savaient que la Bonne Nouvelle leur est spécialement adressée. (…) C’est ce que dit saint Paul quand il dit ‘c’est quand je suis faible que je suis fort’ ».
Au titre de presse chrétienne originale, on peut aussi se référer ces jours-ci à plusieurs hebdomadaires, comme La Vie, Famille chrétienne et Réforme. Nous vous proposerons la semaine prochaine une revue de presse entièrement consacrée aux hebdomadaires, mais citons dès maintenant quelques bons articles. Commençons par les extraits du livre « Le rabbin et le cardinal » (Stock), un dialogue sans langue de bois entre Gilles Bernheim et Philippe Barbarin, publiés par La Vie dans le numéro du 10 janvier. Autre exemple : le dossier sur le métier d’enseignant, en mal de reconnaissance, dans Famille chrétienne du 12 janvier. Quatre pages denses d’informations politiquement très incorrectes mettant en cause pêle-mêle des syndicats peu représentatifs, une attitude infantile chez trop de professeurs par rapport à l’autorité, la longueur des journées, l’instabilité des familles, etc. etc.. A lire absolument.
Signalons enfin un article remarquable et assez accablant dans Réforme, l’hebdomadaire protestant, du 10 janvier : « Le casse-tête du terrain ». La journaliste Marie Lefebvre-Billiez a enquêté sur les difficultés de nombreuses Eglises évangéliques à obtenir des lieux de cultes en région parisienne. Par peur des évangéliques, des maires font jouer l’arme de la préemption et se livrent à un juridisme exacerbé, comme à Bagnolet, à Puteaux et à Montreuil. Dans cette dernière commune, célèbre pour les visites de contrôle impromptues à l’heure du culte organisées par le député-maire Jean-Pierre Brard, qui fait actuellement l’objet d’une plainte pour entrave à la liberté du culte, les Eglises concernées mènent maintenant un dialogue avec le maire. Qui s’est nettement assagi, même s’il continue sa politique de préemption à l’égard des adventistes. Selon le pasteur Samuel Rodriguez « il y a beaucoup d’ignorance en ce qui concerne les évangéliques, mais les barrières commencent à tomber. Il y a encore de la peur et des images stérotypées, comme une impression bizarre que nous ne sommes pas tout à fait normaux, mais ça s’estompe. Car le seul danger qui provient de nos Eglises est que nous annoncions un peu plus la paix et l’amour ! ».
Réforme aurait pu préciser explicitement que les évangéliques – pas les réformés ou les luthériens – sont victimes d’une discrimination religieuse manifeste et caractérisée. Et comme c’était le cas pour les premiers chrétiens, ce phénomène ne freine nullement leur développement, mais semble au contraire les stimuler. Pour employer une image biblique citée plus haut : faibles, les évangéliques sont en réalité très forts ! Mais, franchement, que n’aurait-on pas dit si les entraves dont ils sont victimes avaient touché les pratiquants d’une autre religion ?
Terminons cette revue par quelques mots sur la jeunesse. « Vivre l’adolescence » est le titre d’un dossier fait par l’excellente revue mensuelle Construire ensemble (1) dans son numéro daté de décembre 2007. La revue est liée notamment à la Fédération des Eglises évangéliques baptistes. Le dossier s’adresse surtout aux parents, qui ont souvent besoin d’être rassurés alors que leurs enfants sont en train de devenir adultes. En 10 pages, on apprend plein de choses, dont des conseils pratiques, sur les relations adolescents-parents, les particularités de l’adolescence, l’implication des jeunes au culte pour éviter le divorce entre les générations et, enfin, des informations sur les Clubs bibliques lycéens autogérés. Sur ce sujet, vaste et compliqué, on peut facilement dire tout et son contraire, en fonction des dernières théories de psychologie à la mode. Les auteurs de ce dossier ont évité cet écueil en se situant dans une perspective chrétienne, suggérant par exemple la nécessité pour les parents d’être patients et de comprendre leurs jeunes. Un adolescent « est tout à la fois en quête de modèles et dans le refus de l’identification, car il ne veut ressembler qu’à lui-même », écrit Samuel Cassildé, pasteur stagiaire à Osny, dans un article particulièrement intéressant. « Ce mouvement de contre-identification dit le besoin de ne pas ressembler, justement à ses proches, en particulier ses parents. En fait, dans cette démarche, il affirme inconsciemment, en même temps, que ces parents ‘si ringards’ demeurent des figures de référence. C’est d’ailleurs pour cela que l’adolescent leur en veut tant ; il voudrait être totalement différent, totalement unique. »
Après avoir lu cette dernière réflexion, réaliste et que tout le monde peut vérifier dans sa vie, on se demande finalement s’il vaut mieux être parent ou adolescent quand éclate la nécessaire crise de séparation. A ce sujet, on peut s’appuyer sur une perspective proprement biblique : l’objectif final, c’est l’autonomie personnelle, comme le souligne Laurence Pownall, conseillère conjugale, dans un long article. Et de noter : « L’adolescent est une créature de Dieu, avec un beau potentiel, et Dieu le tient dans sa main. Si le rôle de parent était une tâche impossible, Dieu ne nous l’aurait pas confiée ! »
Alors, courage !
Henrik Lindell
1. www.construireensemble.com, un mensuel édité par Croire-Publications, 47, rue de Clichy, 75311 Paris Cedex 09

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