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Revue de presse
« Religion nationale », morale, euthanasie, Témoins de Jéhovah…

« Où sont les croyants ? » se demande l’hebdomadaire catholique La Vie dans son édition du 1er mars. Il répond en dessinant une « carte de France des religions ». On y apprend notamment que 64% des Français se déclarent « proches du catholicisme ». Ainsi, pour la rédaction de La Vie, « cette religion demeure la seule à pouvoir se prétendre vraiment nationale, d’abord parce qu’elle se trouve en proportion significative (47% minimum) sur l’ensemble du territoire, ensuite parce que les autres confessions, notamment l’islam, sont géographiquement beaucoup plus concentrées, ou présentes à doses homéopathiques. » La seule religion « vraiment nationale », donc, est très majoritaire (plus de 75% de la population) dans plusieurs départements dans l’Ouest (Morbihan, Manche…), dans l’Est (Moselle, Vosges…), en Bourgogne (Saône-et-Loire) et aussi dans des départements comme la Corrèze et Tarn-et-Garonne. Le catholicisme est nettement moins populaire dans la région parisienne (entre 47 et 63%) et dans les départements Loir-et-Cher, Yonne et Lot.
Le protestantisme, lui, ne serait représenté que par 2,1% des Français qui s’en sentent proches. Le département « le plus protestant » est le Bas-Rhin avec 16,4% de la population. Dans l’Indre il serait pratiquement inexistant (0,01% !). Il y est question du « croissant protestant » qui s’étalerait « de la Drôme à La Rochelle, en passant par l’Ardèche, la Haute-Loire, le Gard, l’Hérault, le Lot, les Deux-Sèvres et, plus excentré, l’Ariège ». On apprend utilement que la Drôme est sans doute le département où l’on trouve le plus fort taux d’évangéliques (plus de 10% de la population s’y sentent proches du protestantisme). En Ile de France, entre 2 et 4% de la population seraient protestants.
L’islam a lui aussi droit à sa carte. « Ses scores lui permettent d’obtenir le titre de deuxième religion de France, avec 3% en moyenne nationale », apprend-on. Les musulmans habitent surtout en périphérie de la capitale, de Lyon et dans le Haut-Rhin. Le département « le plus musulman » de France est le Val d’Oise (14,3%). Quant au judaïsme – seulement 0,6% de moyenne nationale – on le retrouve surtout à Paris (3,7%), les Hauts-de-Seine et le Val d’Oise.
Ce dossier se conclut sur une carte inédite : celle des « sans religion ». Ils représenteraient 27,6 % de la population. On les trouve « sur la diagonale du vide », ou la « diagonale de vieille déchristianisation », qui partirait de la Picardie et se terminerait dans le Midi-Pyrénées.
Quelles leçons faut-il tirer de ce dossier ?
Incontestablement, notre grand confrère La Vie a contribué à enrichir nos connaissances sur l’implantation géographique de certaines religions. Elle fait suite à un sondage de l’Ifop, qui a interrogé plus de 90 000 Français sur la période 2003-2006. Les enquêteurs se sont basés sur les réponses à cette question : « De quelle religion vous sentez-vous le plus proche ? » Or, un tel exercice, qui est limité, devrait conduire à des conclusions limitées. Il convient par exemple de ne pas confondre « sans religion » et « athées », comme le fait La Vie, puisque la catégorie de l’Ifop contient aussi les agnostiques, les bouddhistes et pas mal de ceux qui aiment les nouvelles spiritualités. Entre eux et les athées, il y a des différences importantes… Il convient aussi d’insister sur le fait que les chiffres sont des moyennes exploitables au niveau départemental, pas au niveau national (où les protestants, notamment, sont probablement plus nombreux que le chiffre utilisé, 2,1%, laisse penser…). Et lorsque les journalistes de La Vie en sont à affirmer que le catholicisme « demeure la seule religion nationale », on peut s’interroger sur leur compréhension du religieux. Les croyants sont-ils donc des groupes culturels qui sont en compétition entre eux ?
C’est peut-être l’avis d’un hebdomadaire catholique comme Famille Chrétienne, qui tient à s’exprimer sur des sujets politiques. Les chrétiens sont effectivement appelés à voter parfois sur des questions qui concernent leurs croyances. Depuis des mois, « FC » continue son combat contre les lobbies homosexuels, le relativisme et tout ce qu’il trouve contraire à l’Eglise, quitte à dénoncer d’autres chrétiens qui ne seraient pas d’accord avec lui. D’éditoriaux en articles éditorialisés, en passant par des chroniques faites par des ecclésiastiques et des interviews non contradictoires, il se répète, semaine après semaine, sur les mêmes thèmes avec la même indignation. « Il s’agit bien de s’attacher à ce qui fonde la dignité de l’homme, non de se satisfaire d’un consensus sur des valeurs vaguement humanistes comme le font ces chrétiens qui dissocient leurs convictions religieuses de leurs responsabilités sociales et politiques », affirme Philippe Oswald dans son éditorial du 10 mars. Problème : deux semaines plus tôt, le 24 février, toujours dans son éditorial, Oswald avait évoqué les principes de « l’humilité et la bienveillance ». Puis, il a écrit : « Devant l’extrême difficulté de l’engagement en politique, gardons-nous des positions tranchées et des anathèmes des donneurs de leçon, qui ont les mains pures, mais n’ont pas de mains’, pour reprendre le mot de Péguy. » Mais quand convient-il d’être « humble » et quand faut-il au contraire dénoncer des « valeurs vaguement humanistes » ? En lisant Famille chrétienne d’une façon systématique, on finit par avoir une idée : les enjeux électoraux des chrétiens sont ceux décrits dans la « Note » du cardinal Ratzinger (1), nous est-il expliqué dans une interview du théologien Jean-Miguel Garrigues le 24 février dans FC. « Il y a des exigences éthiques fondamentales auxquelles on ne peut renoncer. La Note donne comme exemples, outre l’avortement et l’euthanasie, les menaces contre la famille fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent. » Hélas, on n’aura pas d’autres exemples. C’est-à-dire, on ne trouve rien sur d’éventuels devoirs chrétiens d’accueillir les sans-papiers, de refuser la guerre, de rendre la société plus équilibrée économiquement.
Témoignage chrétien, hebdomadaire « engagé », s’intéresse, lui, à ces questions-là. Dans son numéro du 1er mars, il a publié un dossier consacré à des chrétiens évangéliques américains qui ajoutent à leurs « valeurs familiales » des devoirs de partage des richesses et le refus total de la guerre en Irak. Parmi eux, on trouve notamment l’ex-président Jimmy Carter. Ces articles, rédigés par votre serviteur, suggèrent qu’il y a, aujourd’hui, un profond désaccord entre chrétiens américains sur ce problème. Certains cantonnent leur vie chrétienne à la sphère familiale, d’autres considèrent que la Bible évoque aussi la solidarité avec les pauvres (quelques centaines de fois…). Curieusement, les chrétiens français ne semblent guère enclins à ouvrir ce débat, alors que le clivage est visible. Par exemple, pour dire les choses franchement, entre « FC » et « TC ». Ainsi, à en croire un récent sondage publié par le grand quotidien catholique La Croix, faute d’un débat sérieux, il ne faut pas s’étonner que pas moins de 20% des catholiques pratiquants pourraient voter pour Jean-Marie Le Pen. Les thèses de ce dernier ont été dénoncées par plusieurs évêques, mais qui le sait puisque les chrétiens n’arrivent pas à débattre sur des choix politiques sauf quand il s’agit de questions d’éthique sexuelle ?
Or toutes ces questions morales, touchant directement à la vie humaine, ne sont-elles pas très difficiles à trancher dans les faits ? Prenons l’euthanasie, dont personne ne peut ignorer le dilemme humain. Quel principe doit nous guider ? Une excellente interview du professeur de médecine Bernard Debré dans La Vie du 8 mars suggère « que nous avons intérêt à conserver cette limite philosophique de l’interdiction de tuer. La dépasser nous entraînerait dans des dérives que nous ne pourrons pas maîtriser malgré toutes les précautions possibles, comme la collégialité de la décision et l’accord du patient. » Cet homme de conviction dit aussi craindre « la rencontre dangereuse entre l’euthanasie et les intérêts économiques (…). Si on légalise l’eutanasie, imaginez la pression sur les malades qui s’obstineront à vivre jusqu’au bout. » Bernard Debré dit s’incliner devant la loi, si elle autorisait l’euthanasie. Il dit aussi : « Quand la mort est inéluctable, s’acharner à maintenir la vie à tout prix est inconvenant » Puis, il signale : « Toutefois, j’alerte l’opinion, en reprenant la formule de l’écrivain Stefan Zweig, la ‘pitié dangereuse’. Je ne peux admettre que donner la mort soit reconnu par la loi comme une forme d’humanisme. » Voila ce qui est clair, lucide et compatible, nous semble-t-il, avec le principe « Tu ne dois pas tuer ».
Terminons cette revue par une mention spéciale de Réforme, hebdomadaire de référence du protestantisme français. Dans le numéro du 1er mars, on peut lire un excellent dossier sur les Témoins de Jéhovah, un groupe religieux qui suscite systématiquement des commentaires dans les rapports sur les sectes en France. La journaliste Bernadette Sauvaget reprend les accusations dont ce groupe fait l’objet – sur le refus de transfusion sanguine, la fiscalité, le Conseil des anciens – d’une manière neutre avec des faits, que des faits. Bernadette Sauvaget a aussi rendu visite à un culte dans une « salle du Royaume », où elle a rencontré des gens apparemment ordinaires. On n’apprend rien de renversant ou de scandaleux dans ces articles, si ce n’est que le refus de transfusion sanguine n’est pas absolue, notamment pour les enfants. Inversement, on pourrait penser que les Témoins ont beau être accusés de tous les maux dans certains médias, ils n’auraient rien de particulier à se reprocher dans cette République française. Mais sont-ils protestants, comme ils l’affirment ? Le pasteur Antoine Nouis, dans le même dossier, répond clairement non. « Leur théologie est une gnose moderne qui fait reposer le salut sur une pratique codifiée et l’adhésion à une doctrine, alors que la Bible avant tout est la proclamation de l’amour inconditionnel de Dieu. » Leur doctrine serait en outre « fondée sur une interprétation contestable de quelques passages des Ecritures », selon Antoine Nouis.
Toujours dans Réforme du 1er mars, citons enfin un sujet insolite et passionnant : la présence des Eglises protestantes dans les pays à l’Est de l’Union européenne. Didier Crouzet, chargé des relations internationales de l’Eglise réformée de France, évoque une « renaissance » depuis la chute du communisme et de l’Union soviétique en 1991. S’ils sont toujours ultraminoritaires, ces protestants réformés et luthériens comptent quand même plusieurs milliers (2). En Biélorussie, dernière dictature en Europe, le groupe de 20 (vingt) réformés risque à tout moment d’être arrêté par la police puisqu’il se réunit chez les gens, ce qui est interdit. « La mémoire de ces frères et soeurs de l’Est les arrime au pays de Calvin, dit Didier Crouzet. Plus que d’argent, ces Eglises ont désespérément besoin de contacts et d’ouverture. » A nous tous d’entendre ce message…
Henrik Lindell

1. Un document élaboré par le futur Pape Benoît XVI en novembre 2002 sur l’engagement des catholiques dans la vie politique.
2. Ce chiffre ne prend pas en compte les centaines de milliers d’évangéliques baptistes et pentecôtistes en Ukraine.