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Foi et culture en dialogue. 5 mars-9 avril 2006

“Avec le Carême, période de quarante jours précédant la fête chrétienne de Pâques, commence le cycle des conférences dominicales de Notre-Dame, selon un rite presque deux fois centenaire. En effet, c’est en 1835 que le dominicain Henri Lacordaire prêcha les premières conférences de Carême, six dimanches de suite, du haut de la chaire de la cathédrale…
Cette année, l’archevêque de Paris… a décidé d’innover et de faire
monter en chaire à la fois des théologiens et des personnalités
agnostiques ou des croyants non pratiquants comme Julia Kristeva, Marie de Hennezel, Axel Kahn, Michel Serres, Claude Vigée…”. C’est ainsi qu’Henri Tincq, journaliste au “Monde”, présente une expérience
novatrice en matière de communication dans un article portant un titre
qui fait choc: “Des agnostiques en chaire à Notre-Dame” (1).
Et il donne le sens de cette initiative en ces termes: “Les promoteurs
de cette initiative entendent tenir compte des réticences du public
d’aujourd’hui pour une rhétorique à l’ancienne et disent vouloir
retrouver l’intuition des origines. “Au XIXè siècle, les fondateurs, Mgr de Quelen, archevêque de Paris, et l’écrivain Frédéric Ozanam, voulaient déja que Notre-Dame soit le lieu de rencontre au plan intellectuel, entre l’Eglise et la société séculière”.

Ainsi, peut-on relever dans le passé les gestes posés par des hommes de bonne volonté, des chrétiens ouverts, alors que ce même passé nous
renvoie également la mémoire d’une organisation totalitaire, illustrée
par exemple par des interdits de lecture consignés dans un “Index”. il y a quarante ans, le Concile Vatican II a mis fin à ces errements.
Cependant, en regard de la révolution intervenue au cours de ce dernier demi-siècle, dans les comportements culturels et dans les modes de communication, le message émis par l’institution catholique pâtit de son inscription dans une “culture de contrôle”, produite par une société hiérarchisée qui engendre encore, sur certains points , des formes de dépendance.
A vrai dire, c’est aussi la société traditionnelle, avec laquelle cette institution était en phase, qui est aujourd’hui interpellée. En effet, dans un pays comme la Grande-Bretagne, ou le christianisme s’est toujours accompagné d’un esprit de liberté, les formes ecclésiales paraissent aujourd’hui trop rigides (2);. Une enquête auprès d’un échantillon “d’agnostiques”, nombreux dans ce pays comme en France, fait ressortir une allergie vis à vis de l’univers religieux. Clairement, l’Eglise est appelée à abandonner une posture de commandement. “On lui demande d’aller davantage vers le partage, la discussion, l’écoute, l’informalité, la démocratie” (3). Ainsi, de nombreuses initiatives sont-elles engagées pour répondre à ces attentes. Une association: “Damaris”, effectue une veille très intelligente dans les rapports entre la foi et la culture (4). De nouvelles formes de communauté chrétienne apparaissent dans le courant de l’Eglise émergente (5). Et des initiatives se développent dans toutes les églises. Comme le fait remarquer la sociologue, Grace Davie, les cathédrales anglicanes apportent souvent une présence chrétienne dans un climat d’ouverture.

A travers ce détour, voici un éclairage qui situe, à sa juste valeur,
l’initiative que représente la formule nouvelle des conférences de
Carême à Notre-Dame. En effet, il y a bien là un pas important vers une nouvelle forme de communication.
Chaque thème sera traité par deux personnalités, l’une choisie en
fonction d’un parcours écclésial et théologique, et l’autre exprimant
une recherche personnelle instruite par une compétence dans le domaine
de la médecine, des sciences humaines, de la littérature, de la
philosophie.
Et, comme l’a noté Henri Tincq, on passe d’un message communiqué d’en
haut à un partage: “La symbolique de la montée en chaire a disparu. Les deux orateurs seront assis devant l’autel”.
Le cycle s’organise autour de la phrase évangélique: “Voici l’homme”
(Jean 19:5), prononcée par le procurateur romain Pilate, à Jérusalem,
pendant la passion du Christ.
Chaque conférence est donnée à deux voix. Les deux conférenciers auront dialogué durant le mois qui précède. Ils présenteront le résultat de leur dialogue en deux prises de parole successives d’une vingtaine de minutes chacune. Cette réflexion sur la condition humaine s’égrainera autour des thèmes suivants: Etre différent (Jean Vanier, Axel Kahn). Devenir (Marguerite Léna, Michel Serres). Souffrir (Anne-Marie Pelletier, Julia Kristeva). Mourir (Brice de Malherbe, Marie de Hennezel). Espérer (Henri de Villefranche, Claude Vigée). Vivre (Mgr Pierre d’Ornellas).
Ces conférences seront données en la cathédrale Notre-Dame, chaque
dimanche de Carême du 5 mars au 9 avril 2006.
Il sera également possible d’écouter et d’approfondir les enseignements grâce à plusieurs médias, et notamment:
France Culture (93.5) à 16h30.
Radio Notre-Dame (100.7), les radios de la Cofrac et Rcf (20-22h.
retransmission et débat)
On trouve, sur le site du diocèse de Paris
(http://catholique-paris.cef.fr) toutes les informations sur ces
conférences et, le lundi, les textes des conférences de la veille.

Pour beaucoup de nos contemporains, c’est à travers une culture de
dialogue que le témoignage chrétien pêut être entendu. Cette initiative est un pas important en ce sens. On peut souhaiter qu’elle prenne un jour un caractère oecuménique, ce qui en accroitrait encore la portée. A Témoins, nous croyons que l’Esprit de Dieu est à l’oeuvre aujourd’hui.

Jean Hassenforder

(1) Tincq (Henri). Les agnostiques en chaire à Notre-Dame. Le Monde,
jeudi 2 mars 2006

(2) Moynagh (Michael). L’Eglise autrement. Empreinte, Temps présent.
2003

(3) Spencer(Nick). Beyond Belief? Barriers and bridges to faith to- day.
London Institute for Contemporary Christianity, 2003
Mise en perspective sur le site de Témoins: groupe de recherche,
enquète.

(4) www.culturewatch.org

(5) Voir de nombreux textes à ce sujet sur le site de Témoins: groupe de
recherche.