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Monsieur Christian Pradel,

En réaction à votre article sur le site de Témoins intitulé « l’année de la responsabilité », je ne peux que souscrire à votre analyse. Si l’Evangile pour moi mène à une « éthique de la liberté » (Ellul), celle-ci a pour corollaire immédiat la nécessité d’une « éthique de la responsabilité », ce qui renvoie bien évidemment à vos références à l’œuvre de Hans Jonas.
Comme vous faites référence à l’œuvre de John Brunner et à la science-fiction en général, je réagis car je connais bien cette frange de la littérature pour m’y être moi-même aventuré. La science-fiction est pour moi la seule forme de littérature à prendre complètement en compte les mutations actuelles de la société – les changements de fond à l’œuvre dans la trame de notre histoire voire de notre post-histoire. John Brunner est un grand auteur de science-fiction (j’en recense pour ma part une vingtaine, le reste des écrivains recyclent, remixent mais ne sont ni des visionnaires ni des prophètes), il a su créer une vision forte, intrigante et en recherche constante de sens. Le livre que vous citez en est une illustration. Le thème qu’il aborde (le peuple-plante et sa dimension « spirituelle » car « tourné vers le ciel ») était déjà décrit par Olaf Stapledon (autre « géant » de la science-fiction) dans son roman Créateur d’étoiles. De toute façon, à mon sens la science-fiction est autant gangrenée par le virus du non-sens et de la prolifération étouffante du vide par le trop-plein que la plus grande part de la littérature actuelle agonisante. Notre époque a besoin d’écrivains qui se fassent à nouveau serviteurs du verbe, qui retrouvent une dimension spirituelle de l’écriture, qui réensemencent la pensée et la vision de l’avenir. Fin de la digression.
Vous parlez de la crise actuelle de l’homme, qui n’a plus, bien souvent, « les yeux tournés vers le ciel » et c’est exact. Notre civilisation a perdu le sens de l’eschaton, l’attente du « Royaume de Dieu ». Elle se perd dans l’esclavage consumériste et démocratique de tous contre tous, du toujours plus et du simulacre. Philip K. Dick, autre auteur de science-fiction, avait raison. Notre décor urbain et post-moderne n’est plus qu’un gigantesque trompe-l’œil.
« Un monde pour tous, un Dieu pour chacun. » Tel est le slogan de « l’Unimonde Humain », dans le roman de Dantec, Cosmos Incorporated. Tout se vaut. Bienvenue dans le nihilisme suprême, celui de la prolifération des sens et du sens qui étouffe la vérité. Voilà le nouvel esclavage, décrit par les nouveaux prophètes, qui, bien souvent, n’apparaissent encore que comme des nourrissons vagissants et faibles.
La crise actuelle, la dévolution que vit notre monde est une crise spirituelle. Déjà des auteurs comme Jack Kerouac et ses amis écrivains Beats l’avaient entrevu lors de leurs voyages visionnaires à travers l’Amérique des années quarante et cinquante. Notre civilisation agonise. Elle court, elle se perd, elle a oublié la « responsabilité » qui échoit à celui qui transmet la vie. Homo Sapiens Sapiens, un passeur du verbe de Dieu.
Le rapport entre matière et esprit est d’ordre dynamique, nous rappelle la physique quantique ainsi que certaines recherches encore bien confidentielles sur la structure de l’ADN. Ici pas de dualisme corps/esprit mais une relation. L’homme se verticalise en cherchant Dieu (ou en se laissant trouver) et le corollaire est que ce faisant il s’horizontalise vers son frère dans son lieu nourricier. La Terre.

Christophe Varlet.