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Introduction :

Comme les autres ouvrages de Leanne Payne, c’est un livre d’une grande richesse, nécessitant toute l’attention du lecteur ; chaque relecture peut amener un nouveau regard sur un certain nombre de passages, et la découverte de la portée d’un certain nombre d’autres, en fonction du chemin spirituel parcouru entre-temps.
Le compte-rendu qui va suivre ne prétend donc pas être exhaustif : mon but est d’attirer l’attention sur ce qui m’a tout particulièrement frappé dans ce livre, et de vous inciter à vous lancer vous-même dans cette recherche, qui s’est révélée pour moi si fructueuse.
Je me propose donc de traiter un certain nombre de thèmes, en m’appuyant fréquemment sur des citations, car je pense qu’il est important que vous ayez d’emblée un contact direct, non seulement avec le contenu des idées de Leanne Payne, mais aussi avec son style, si précis, et souvent si percutant.

Notre véritable identité :

Elle est en Dieu : laissons la parole à Leanne Payne : « Dans deux de mes précédents livres…j’ai raconté l’histoire d’hommes et de femmes qui n’arrivaient pas à vivre à partir de leur centre à cause d’une vision malsaine d’eux-mêmes. Tous ont été guéris de la même manière. Ils sont entrés dans la présence de Dieu et ont écouté. Là, ils ont trouvé illumination, pardon, purification et guérison. Fixant leurs regards seulement sur Dieu, ils ont quitté le centre de leur vieux moi pour accéder à leur nouveau centre, qui est la présence de Dieu vivant en eux. »(page 88)

L ‘assurance de cette présence de Dieu en nous, de cette « réalité incarnationnelle » comme le dit Leanne Payne, a été, selon elle, de moins en moins nette chez les chrétiens à partir du IV° siècle, quand l’Eglise a d’abord été tolérée, puis est devenue l’Eglise officielle de l’empire romain ; les sacrement ont alors été perçus comme des choses extérieures : « les chrétiens commencèrent à perdre la compréhension qu’ils avaient d’eux-mêmes comme un peuple habité et donc saint et à penser à la foi en termes de choses saintes. Une véritable peur de Dieu, qui n’avait rien de saint, amena le chrétien à ne plus avoir conscience de la présence immanente et réconfortante de Dieu. »(page 97)

Quelques pages plus loin, Leanne Payne évoque un moment très dur de sa vie, quand elle fut obligée d’affronter un comportement très agressif d’une autre personne, ce qui l’amena à chercher pendant toute une après-midi la présence réconfortante de Christ ; puis « vint un instant où mes prières furent interrompues par une étonnante conscience de la présence de Christ en moi…..Christ était là, tout le temps. Il fallait simplement que je reconnaisse ce fait et pratique sa présence au lieu de le chercher comme s’il se trouvait très loin de moi. »(pages 108-109)

Cette détérioration, au fil des siècles, du sentiment de la présence de Dieu en nous, peut aussi se décrire comme une séparation entre « une connaissance intuitive » et une compréhension intellectuelle et rationnelle comme un « fossé entre la pensée et l’être, entre les deux modes de pensée : la tête et le cœur » (page 77), comme une « faille entre la pensée et l’expérience » (page 101) ; il est donc important de ne pas se limiter à une connaissance « cérébrale » des
Ecritures, mais de retrouver une compréhension « incarnationnelle », c’est-à-dire symbolique et imaginative, qui parle à notre inconscient ; nous devons, dit Leanne Payne avoir « un cœur et une imagination baptisés dans la vérité symbolique, une connaissance profonde que toute réalité a une dimension incarnationnelle. »(page 103)

L’importance de la volonté :

En tant que chrétiens, nous croyons que Dieu est présent en nous, mais cela ne nous dispense pas de la part que nous avons chacun à faire :
« La réalité de la présence de Dieu en nous n’annule pas l’effort moral de notre part, ni notre lutte pour vivre, comme Jésus nous l’a enseigné… »(page 114)

L’intimité de la relation avec Dieu passe par l’acceptation d’une discipline :
« La pratique de la présence de Dieu est donc simplement une discipline qui consiste à rappeler constamment à notre intelligence cette vérité que Dieu est avec nous. Quand nous le faisons avec persévérance, il nous est accordé le miracle de « voir par la foi ». Nous commençons à voir avec les yeux de notre cœur. »(page 28)
et une citation d’un auteur chrétien qui a eu beaucoup d’influence sur Leanne Payne, C.S.Lewis : « ..le vrai problème de la vie chrétienne survient là où on ne le cherche pas habituellement. Il se manifeste au moment de votre réveil chaque matin. Tous les souhaits et les espoirs pour la journée qui s’ouvre vous assaillent comme des animaux sauvages. La première tâche, chaque matin, consiste simplement à les repousser tous, à écouter une autre voix, à adopter un autre point de vue permettant à une vie plus vaste, plus forte, plus paisible, d’entrer en vous, et ceci tout au long du jour… » (pages 31-32)

Il importe, dans cette « pratique »de la présence de Dieu, de ne pas confondre sa Présence (constante, que nous en soyons conscients ou non) et le « sentiment » de sa Présence, qui est un plus, accordé ou non ; si on ne recherche en fait que la reproduction d’un sentiment déjà éprouvé, on risque de se tourner alors vers nous, et non réellement vers Dieu.

La radicalité du choix de la vie avec Dieu :
Il n’est pas possible d’adopter une voie « moyenne » : « Si vous et moi ne pratiquons pas la présence de Dieu, nous pratiquerons la présence d’ un autre. Si nous n’écoutons pas la Parole, nous serons asservis aux paroles du monde, de la chair et du diable. » (page 78)

Ce que veut dire réellement : porter sa croix .Selon Leanne Payne, il ne s’agit pas en fait, comme on le croit souvent, de sacrifier sa personnalité propre, les tendances créatrices particulières que Dieu a placées en nous, mais d’accepter les souffrances résultant de notre acceptation d’être les instruments de la vie du Christ en nous, et à travers nous vers les autres, acceptation qui nous donne une joie et une paix profondes : « Toute souffrance volontaire que nous endurons en exerçant notre rôle d’instrumentst de la vie de Christ constitue ce que la Parole appelle : porter sa croix. Par conséquent, ce sont la joie et la paix, et non des regards de martyr et des visages allongés, qui caractérisent ceux qui portent vraiment leur croix. »(page 209) ; en fait, la souffrance que nous endurons quand nous avons peur de prendre cette croix est pire ! « Celui qui a peur de prendre sa croix néglige souvent de prendre en compte l’autre aspect du problème : la souffrance produite par une conviction de péché et par la séparation d’avec Dieu lorsque nous demeurons dans le vieux moi…J’ai suffisamment souffert à cause de mes péchés et de ma folie, de mon orgueil et de mon entêtement. C’est pourquoi il me serait extrêmement difficile de faire triste mine à cause de souffrances qui résulteraient de mon obéissance à Christ et à la parole qu’il ne cesse de prononcer. » (pages 210-211)

La « vraie » guérison :

C’est un processus complexe, qui ne peut passer que par la présence de Dieu :
«Dans la présence de Dieu, nous recevons la capacité de discerner objectivement les attitudes intérieures qui se cachent derrière nos comportements névrosés et compulsifs. C’est au travers de la prière et de l’écoute que nous comprenons ces difficultés liées à notre quête d’identité, et toutes les autres, et que nous recevons les instructions pour en être libérés. »
«Dans la présence de Dieu, nous recevons la capacité de pardonner aux autres, même à ceux qui semblent « impardonnables ». Nous recevons aussi la force de recevoir le pardon de Dieu, et de cesser de nous identifier au péché dont nous venons d’être libérés. »(page 67)
En quoi consiste donc la relation d’aide, ministère de la guérison spirituelle et psychologique ? « Il s’agit simplement d’invoquer la présence du Seigneur, d’entrer dans cette présence avec celui qui a besoin d’aide, et là, d’écouter la parole de guérison que Dieu envoie toujours à celui qui est blessé et séparé. Ensemble, nous nous mettons à l’écoute de Dieu et nous accompagnons l’aidé jusqu’à ce qu’il ait pu apprendre à écouter lui-même… »(page 65)
Mais cela ne veut pas dire qu’il faut négliger les apports de la psychologie moderne : « plus nous comprenons notre passé, plus nous sommes capables d’en parler avec Dieu. »(page 66). Dans les séminaires de guérison animés par l’équipe de Leanne Payne, certaines personnes sont envoyées d’abord vers des psychologues : ce sont celles qui, comme dit Leanne Payne, sont « incapables d’entendre », qui connaissent « un trop grand chaos intérieur pour écouter Dieu »(page 214). Mais la psychologie moderne n’est bénéfique que dans la mesure où l’on est conscient de son ambiguité , en ce qui concerne la séparation entre le bien et le mal (« Nous sommes les seuls à avoir un sauveur de l’inconscient et du cœur, un sauveur qui descend dans notre cœur et devient sa justice, sa sanctification, sa sainteté. »(page 141)) et en ce qui concerne la liberté et la dignité de l’être humain en Dieu (« le fait que la psychanalyse soit encore colorée par les philosophies de ses fondateurs, et qu’elle réduise les concepts chrétiens de l’intelligence et de la volonté humaines à des collections d’actes compulsifs, de désirs inconscients et de réactions aveugles est précisément ce qui la rend dangereuse. »(pages 267-268))

La psychologie moderne, « sagesse humaine », a également des limites que ne connaît pas la sagesse divine, accessible à ceux qui obéissant à Dieu, bénéficient d’une connaissance « intuitive », qui dépasse le savoir humain : Leanne Payne illustre cette idée par un exemple puisé dans l’ancien testament, celui de Daniel, qui fut le seul à pouvoir interpréter les rêves du roi (qui sont les symboles de l’inconscient), ayant la pensée de Dieu sur ces sujets, pensée que ne possédaient pas les sages babyloniens, malgré l’étendue de leurs connaissances

La guérison en Dieu peut passer par l’acceptation d’une souffrance très vive, d’une souffrance que l’on dépose au pied de la croix : « En apprenant davantage ce qu’est le processus de guérison de l’âme, nous découvrons que le pouvoir de ressentir la douleur est lui-même une partie vitale de la guérison. Celui qui souffre refoule et nie souvent sa souffrance, précisément parce que c’est trop douloureux. Mais il y a une solution pour s’en débarrasser. Il faut qu’il comprenne que, s’il accepte de se tenir au pied de la croix et de souffrir, il trouve là un endroit où il peut déposer ses blessures et en finir avec elles. Cette souffrance apparemment interminable est le moyen par lequel il touche et nomme le chagrin, la peur, la colère et la honte refoulés qui se cachent sous sa dépression…Tout comme nous prenons notre place dans la mort de Christ, mourant de nouveau avec lui à nos propres péchés, nous mourons aussi à ces émotions malades en lui permettant de les prendre en lui-même. Et nous apprenons à attendre, continuant de souffrir si nécessaire, jusqu’à ce que le soulagement et la guérison viennent. »(pages 213-214)

La vigilance par rapport aux manifestations de la présence de Dieu :
Il est important de recevoir ce que Dieu veut nous offrir dans l’authenticité et la simplicité, sans préjugés sur la forme que cela va prendre, sans nous laisser influencer par la « culture » spirituelle particulière où l’on baigne : «Dans mon ministère, dit Leanne Payne, il m’est arrivé d’avoir affaire à des gens qui demandaient la prière et commençaient à se comporter de façon bizarre – il s’agissait de tentatives de recevoir ce que Dieu leur offrait déjà gratuitement. Mais ils étaient dans l’incapacité de simplement regarder à lui et de recevoir, parce qu’ils avaient été formés à un certain type de comportement. Une fausse insistance mise sur les manifestations physiques les poussait à se concentrer sur les réactions de leur propre corps plutôt que sur Dieu et le don qu’il offrait gratuitement. Ils avaient appris un rituel ou une liturgie du comportement charismatique »…(pages 130-131)
Annexe : la véritable nature de « l’inspiration » :

La véritable inspiration vient de Dieu :
« L’originalité, comme le dit Lewis, est la propriété de Dieu seul. L’écrivain se voyait lui-même comme collaborateur avec l’Esprit de Dieu, et savait que pour lui-même, comme pour tout artiste véritable, le Saint-Esprit descendait en lui et faisait son œuvre : « Nous agissons à partir de…Dieu en nous-mêmes-nous collaborons à la création ou en sommes les vivants instruments. »(page 82)
« Les artistes, même ceux qui sont loin de saisir la réalité chrétienne ont, depuis l’Antiquité grecque jusqu’à nos jours, généralement bien compris ce principe. La plupart d’entre eux ont reconnu que l’inspiration, l’ampleur et la vraie profondeur de l’œuvre accomplie leur étaient venues de sources extérieures et supérieures à eux-mêmes. Et ils en ont été humiliés. »
« L’artiste, donc, n’est pas un créateur. Il ne fait que découvrir et servir l’œuvre qui est déjà là. Celle-ci lui dit : »libère-moi du chaos ; donne-moi ma forme, ma taille, mon être. »Et, à l’écoute de l’œuvre, l’artiste la libère pour qu’elle devienne, qu’elle soit. » (page 83)

Alain Bourgade

Références bibliographiques: Vivre la présence de Dieu.Leanne Payne. (Editions Raphäel)

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