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Dans une société bousculée, inquiète, menacée par les inégalités, en
quête de repères, les aspirations à la justice, à la reconnaissance (1),
au respect, débouchent sur la recherche d’une société nouvelle ou
l’ordre serait fondé sur la justice. Comment développer une société de
confiance (2) qui pourrait entrer avec plus d’entrain dans le concert
mondial?
Comme chrétiens, nous nous inscrivons dans ce mouvement. Si, dans le
passé et encore aujourd’hui, des milieux se réclamant du christianisme
ont, pour une part, erré dans des représentations et des comportements
éloignés de la justice, à toutes les époques et dans tous les pays, le
message évangélique, le message biblique, ont inspiré beaucoup d’êtres
humains dans une action militante pour une société plus juste.

Appelés à la justice.

L’appel à la justice retentit avec force tout au long du message
biblique. Cette veine est présente dans la plupart des livres du Premier
Testament. Si on enlevait les passages relatifs aux pauvres dans ces
textes, l’Ancien Testament serait défiguré. “Les livres des prophètes
seraient décimés et les Psaumes, ou Dieu s’affirme le réconfort des
affligés, seraient taillés en pièces”. Et, dans le Nouveau Testament, un
verset sur 16 concerne les pauvres, un sur 10, dans les évangiles
synoptiques. Le chant de Marie, le Magnificat, ne dit-il pas: “Dieu a
renversé les gouvernants de leurs trônes et il a élevé les humbles”(Luc
1/52-53). Et Jésus déclare à Nazareth: “L’Esprit du Seigneur est sur
moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres”
(Luc 4/18).
C’est Jim Wallis, un leader du christianisme social aux Etats-Unis, qui
nous rappelle ainsi un des fondements de notre foi (3). Et pourtant,
dans le milieu ou celui-ci avait accompli ses études théologiques, ce
message était, à l’époque, complètement méconnu. Ainsi les mentalités et
les doctrines auxquelles elles sont associées, peuvent faire écran à des
vérités majeures. En ce cas, c’est la justice qui était méconnue.
Dans une série de livres ayant pour motif de “dire et vivre la foi dans
la société d’aujourd’hui”, le sociologue et bibliste, Frédéric de
Coninck articule ses titres autour de l’idée de Justice en traitant
successivement des affaires économiques, du pouvoir, de la place du
savoir et des techniques dans nos sociétés et de la réconciliation (4).
Nous voici ainsi devant une question clef.

Pour une vision nouvelle de l’économie.

Aujourd’hui, la rapacité et l’injustice n’ont pas seulement pour
conséquence les inégalités sociales et la pauvreté de masse, elles
compromettent la survie de l’humanité en portant gravement atteinte à
l’environnement.
Chargé d’un projet d’étude sur le capitalisme au “London Institute for
Contemporary Christianity”, Peter Heslam conclut un recueil sur la
globalisation (5) par une approche théologique concernant la création et
débouchant sur une nouvelle conception de l’économie. “Quand Genèse 1 et
Genèse 2 sont considérés ensemble, il est clair que l’invitation à
“dominer” la terre, doit être entendue en terme de cultiver et de
conserver (Genèse 2/15) qui sont des termes horticoles exprimant
l’entretien et le soin. Ces termes sont au coeur de la notion de service
et apportent la base d’une théologie vraiment écologique et centrée sur
Dieu”. Et le terme même d’économie dérive du grec: “oikonomia”,
l’administration responsable de la maisonnée. Peter Heslam montre
comment cette conception a été oubliée au cours des derniers siècles.
Cependant les chrétiens croient en un Dieu trinitaire, une communion de
personnes en relation. Créés à l’image de Dieu, les êtres humains sont
appelés à trouver leur vraie identité dans une relation généreuse. Cette
vision s’oppose à la concurrence sauvage et à ses fondements
idéologiques. Et, de même, le repos du sabbat nous invite au respect des
limites et à une capacité de retenue.
Aujourd’hui, en raison des excès qu’il engendre, le capitalisme doit
être soumis à un examen critique. Certes, en incitant à l’initiative et
à l’invention, il n’est pas sans vertus, mais il fait preuve aujourd’hui
d’un défaut majeur: la méconnaissance du capital que constituent les
biens de la nature. “Ce qui est nécessaire, c’est un nouveau genre de
capitalisme (si c’est ainsi que nous désirons encore l’appeler) qui
accorderait de la valeur à la majeure partie du capital utilisé: les
ressources naturelles et le potentiel humain. Ce serait un genre de
capitalisme dans lequel la richesse du “capital” humain, social et
naturel l’emporterait sur la maximisation du gain financier”.

Piloter la mondialisation.

Aujourd’hui, l’économie mondiale s’unifie à vive allure. Cette
globalisation se réalise dans les termes d’une véritable mutation (6).
Comment gérer au mieux cette transformation de la scène économique? Le
recueil publié par Peter Heslam traite de ce problème. En France, les
Assises Chrétiennes de la Mondialisation (7) ont été une initiative
majeure qui s’est déroulée au cours des dernières années et a débouché
sur la publication d’un Livre blanc: “Un regard chrétien sur la
mondialisation”. Cette initiative oecuménique a associé une trentaine de
mouvements chrétiens parmi lesquels le CCFD, le Secours Catholique, les
EDC (Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens), le MCC (Mouvement des
Cadres Chrétiens), Fondacio, les Oeuvres Pontificales Missionnaires et
La Fédération Protestante de France, dans un processus de rencontres qui
a duré pendant quatre ans et s’est conclu par un colloque à Lille le 14
et 15 janvier 2006. Il s’agissait d’un dialogue entre des personnes
engagées et d’une confrontation de points de vue. “La réussite est dans
l’acte commun de poser ensemble de bonnes questions, d’écouter l’autre
et de vouloir poursuivre le débat”(8). Le Livre blanc appelle à la mise
en place d’une nouvelle gouvernance du monde, à “la construction d’un
édifice équilibré et ordonné des institutions mondiales”.

Pour une société juste.

Du 24 au 26 novembre 2006 à Paris-la-Défense, la prochaine session des
Semaines Sociales de France sera consacrée à la question: “Qu’est ce
qu’une société juste?”(9). Leur président, Michel Camdessus, présente la
prochaine session en ces termes: “Nous serons plus en situation que
jamais… Hier, nos échanges sur la crise de la transmission étaient
tout entiers teintés par la crise des banlieues et le constat de la
déchirure du tissu social à travers lequel nos valeurs peinent à se
frayer un chemin. Et voici que novembre 2006 ouvrira le semestre au
cours duquel la France toute entière devrait se placer durant cette
interrogation fondamentale: comment rendre notre pays plus juste et
renouveler son dynamisme pour qu’il puisse mener plus efficacement ce
combat en Europe et dans le monde?”(10). Les Semaines Sociales de France
poursuivent ainsi, dans une perspective plus large, le sillon engagé en
France par le catholicisme social depuis le début du XXè siècle.

Chrétiens en marche.

Au cours des siècles, dans des pays différents, des chrétiens ont
oeuvré pour la justice. Les exemples ne manquent pas: John Wesley et
Wilberforce en Grande-Bretagne, Charles Finney et Martin Luther King aux
Etats-Unis, les pionniers du christianisme social en France tant sous sa
forme protestante que dans le puissant courant qui a irrigué, à cet
égard, le catholicisme français, tel que Jean Yves Calvez le met en
valeur dans une série de livres: “Chrétiens, penseurs du social” (11).
Aujourd’hui, à cette époque ou l’unification du monde s’accélère, il
serait bon que les chrétiens convergent par delà les frontières
nationales ou institutionnelles. Car, à partir des expériences des uns
et des autres, il serait ainsi possible de construire des stratégies
plus pertinentes et efficaces. Les discours surplombants de telle ou
telle institution écclésiale sont de moins en moins acceptées. Les
Assises Chrétiennes de la Mondialisation ont montré combien le dialogue
intermouvements peut être fructueux. Porteuse d’une tradition ouverte,
les Semaines Sociales de France pourraient elles s’engager davantage
dans une concertation oecuménique?

Changer le vent.

Plutôt que de nous attacher à ce qui peut éveiller la crainte ou la
peur, apprenons à porter notre attention sur tout ce qui se passe de
positif dans le monde. Avec William Davies (12), nous pouvons voir une
victoire de l’Esprit de Dieu là ou le déni de vie est vaincu. Et les
chrétiens sont appelés à apporter leur contribution dans le grand
mouvement pour la paix et la justice.
Récemment encore, ils ont joué un rôle majeur dans l’action
internationale menée en faveur de la remise de la dette des pays pauvres
et dans la lutte contre la pauvreté en Afrique (13). De nombreuses
associations poursuivent cette campagne sous la bannière du défi Michée
(14).
Aujourd’hui encore, des initiatives fondées sur la foi peuvent
contribuer à modifier les mentalités. Comme le dit une parole biblique:
“Sans vision, le peuple meurt”(Osée4/6). Mais, à l’inverse, une vision
nouvelle peut changer la donne. Un regard nouveau ouvre des horizons
nouveaux. C’est là une réalité qui s’affirme dans tous les milieux, dans
tous les domaines, dans tous les pays. Les chrétiens participent à ce
renouvellement du regard. Nous voici engagés dans un mouvement de foi et
d’espérance. Les gestes prophétiques, les actes posés contribuent à
changer les mentalités. Et, pour reprendre une belle expression de Jim
Wallis (3), ce leader chrétien déja cité, nous sommes ainsi appelés à
“changer le vent”.

Jean Hassenforder

Notes

(1) “Longtemps seulement abordés sous l’angle de la redistribution des
ressources ou de l’égalité des droits, la justice sociale apparait
aujourd’hui aussi comme une affaire de respect. D’ou le nouveau visage
que prennent désormais de nouveaux conflits: celui de lutter pour la
reconnaissance”. C’est en ces termes que Catherine Halpern présente un
dossier éclairant publié dans la magazine Sciences Humaines.
Lutter pour la reconnaissance. Sciences Humaines, N° 172, juin 2006,
p.33-47
www.scienceshumaines.com

(2) Peyrefitte (Alain). La société de confiance. Odile Jacob, 1995
(Poches 2005)
Une perspective historique qui met en valeur l’importance du facteur
culturel dans le développement et la réussite des sociétés ou régne un
climat de confiance. Dans certains pays, c’est l’inspiration chrétienne
qui a été à l’origine de ce climat.

(3) Wallis (Jim). Changing the wind. The role of prophetic witness and
faith-based initiatives in tackling inequality. p. 114-126, in:
Globalization and the good. SPCK, 2004

(4) (De Coninck) Frédéric. La justice et l’abondance; la justice et la
puissance; la justice et la connaissance; la justice et le pardon.
Editions La Clairière (Accessibles à la librairie 7ici.
www.librairie-7ici.com)
Voir aussi: Une vision nouvelle pour l’humanité. Justice et pardon.
Présentation du livre : La justice et le pardon sur le site:
www.temoins.com (rubrique: société)

(5) Globalization and the good. Edited by Peter Heslam. SPCK, 2004
Epilogue: Towards a sustainable future, p. 127-133.
Le projet d’étude sur le capitalisme est développé dans le cadre du
London Institute for Contemporary Christianity, en collaboration avec
d’autres organismes et associations (www.licc.org.uk)

(6) Friedman (Thomas L.). The world is flat. A brief history of the
twenty first century. Allen Lane, 2005
Présentation sur: www.temoins.com (société): La grande mutation. Les
incidences de la mondialisation.

(7) www.chretiens.mondialisation.org

(8) Ibal (Bernard) Une grande première pour un dialogue constructif. La
Lettre. Semaines Sociales de France, avril 2006, p.6

(9) Une société juste? Semaines sociales de France. 24-26 novembre 2006.
Centre des Congrès du CNIT. Paris-la-Défense.
Semaines Sociales de France. www.ssf-fr.org E-mail: info@ssf-fr.org
Tél:01 42 56 55 40

(10) Camdessus (Michel). Qu’est ce qu’une société juste? La Lettre.
Semaines Sociales de France, N°42, avril 2006, p.1

(11) Chrétiens, penseurs du social, par Jean Yves Calvez (Le Cerf)
Premier tome: 1920-1940. Deuxième tome: L’après-guerre (1945-1967).
Théologien jésuite, Jean Yves Calvez a publié très jeune, en 1952, une
somme sur la pensée de Karl Marx. Il est bien placé pour produire cette
histoire.

(12) Davies (William R) Spirit without measure. Darton, Longman and
Todd, 1996.
Présentation sur le site: www.temoins.com (recherche, repères): Esprit
sans limite.

(13) C’est la réussite du Jubilé 2000, particulièrement en
Grande-Bretagne. Gordon Brown, le chancelier de l’Echiquier britannique,
a dit à ce sujet: “Ce mouvement social est le plus important en
Grande-Bretagne depuis Wilberforce et l’abolition de l’esclavage”.

(14) www.defimichee.org
www.selfrance.org

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