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Une politique de développement communautaire à facebook

Besoin de communauté et appel à de nouvelles formes d’église

A une époque où une mutation technologique interfère avec l’évolution économique, dans un cours parsemé de troubles qui suscite une inquiétude sociale et un malaise politique, la nécessité de faire face engendre le besoin d’échapper à l’isolement et de participer à une dimension communautaire.
Ce besoin a été diagnostiqué par Thomas Friedman, un expert américain, qui, dans son livre : « Thank you for being late » (1), nous appelle à prendre le temps de la réflexion face au phénomène de l’accélération généralisée des techniques de communication et aux effets induits qui bouleversent notre manière de travailler et, plus généralement, notre manière de vivre. Thomas Friedman nous dit combien dans cette situation mouvementée, nous avons besoin d’une force spirituelle et d’un enracinement social. Et, pour cela, « cherchons à enraciner autant de gens que possible dans des communautés saines » (p 34). C’est le moyen de développer une solidarité efficace. Les africains expriment cela dans les termes d’un dicton : « Elever un enfant requiert tout un village ».Thomas Friedman a lui aussi grandi dans une forte communauté et il en a expérimenté les bienfaits. Depuis le livre d’Alexis de Tocqueville : « De la démocratie en Amérique », nous savons combien la dynamique associative a porté la vie des Etats-Unis dans toutes ses dimensions. Mais aujourd’hui, on peut observer les bienfaits de la vie associative dans beaucoup d’autres pays, en France en particulier. Et dans notre pays, cette dynamique ne faiblit pas. Au contraire, elle engendre une vitalité (2).
Aujourd’hui, dans une nouvelle conjoncture mondiale, facebook prend conscience de l’importance de la dimension communautaire. En 2016, des aléas politiques ont contribué à renforcer la conscience qu’une communication saine à l’échelle des peuples et du monde était un bien précieux auquel il fallait veiller. A cet égard, facebook a bien une responsabilité particulière puisqu’aujourd’hui deux milliards d’humains sont connectés.

Facebook : un nouvel horizon

Le 22 juin 2017, Mark Zuckerberg, fondateur et directeur de facebook a émis une déclaration par laquelle il engage ce réseau dans une politique qui va chercher à rassembler davantage les gens (« bringing people closer together »), à travers une politique qui met l’accent sur le développement communautaire, la promotion de communautés dans le réseau (3).
Une grande organisation n’infléchit pas son orientation sans une étude préalable. C’est bien ce qui s’est passé ces derniers mois et qui aboutit à ce changement de cap. Ainsi, Mark Zuckerberg s’est beaucoup entretenu avec les responsables des communautés déjà actives dans le réseau. Celles-ci apparaissent aujourd’hui comme un exemple dont on peut s’inspirer. Ainsi mentionne-t-il une communauté professionnelle rassemblant des serruriers. Il y a aussi des communautés centrées sur un aspect de la vie : partager les expériences et les questions de jeunes mamans et de jeunes papas, aider des jeunes à entrer au collège. Voici une réalisation particulièrement originale : « Il y a quelques semaines, j’ai rencontré Lola Omolola. Lola vit à Chicago et elle est originaire du Nigéria. Il y a deux ans, Lola a fondé un groupe secret appelé : « Female IN ». Elle le décrit comme un groupe de soutien qui ne porte pas de jugement en vue de donner aux femmes un endroit sûr pour parler de tout, du mariage aux questions de santé et aux problèmes de travail. Aujourd’hui ce groupe a plus d’un million de membres à travers le monde, toutes des femmes, parce qu’une femme s’est souciée de leur donner une voix ». Lorsqu’une communauté répond ainsi à des besoins, être responsable de sa bonne marche est un véritable engagement. Ces responsables ont besoin de soutien. Facebook va s’engager en ce sens.

Un nouvel horizon : « Bringing people together »

« Dans les décennies passées, nous nous sommes centrés sur un objectif : rendre le monde plus ouvert et plus connecté (« bringing the world more open and connected »). Nous n’avons pas terminé. Mais j’avais l’habitude de penser que si nous donnions simplement une voix aux gens et que nous les aidions à se connecter, cela rendrait par là même le monde meilleur. De bien des manières, cela a été le cas. Mais notre société est encore divisée. Maintenant, je pense que nous avons la responsabilité de faire davantage. Il n’est pas suffisant de simplement connecter le monde ; nous devons aussi travailler à rendre le monde plus proche, rapprocher les gens ensemble (« bring people closer together »). Nous avons besoin de donner une voix aux gens pour permettre une expression de la diversité des opinions, mais nous avons aussi besoin de créer du commun pour que nous puissions ensemble faire des progrès. Nous avons besoin de rester connectés avec les gens que nous connaissons et auxquels nous faisons déjà attention, mais nous avons aussi besoin de rencontrer des gens nouveaux avec des perspectives nouvelles. Nous avons besoin de la famille et des amis, mais nous avons aussi besoin de participer à des communautés.
Aujourd’hui, nous avons choisi de redéfinir notre mission. Notre projet est de donner aux gens le pouvoir et la capacité de créer des communautés et de rendre le monde plus proche. Nous ne pouvons pas faire cela seuls. Il nous faut donner aux gens la capacité de créer ces communautés.
Nos vies sont maintenant connectées. Dans la prochaine génération, nos grands défis seront énormes : mettre fin à la pauvreté, guérir les maladies, arrêter le changement climatique, répandre la liberté et la tolérance, stopper le terrorisme. Nous devons bâtir un monde où les gens vont converger pour effectuer ces efforts significatifs ».

Une dynamique communautaire

« Cela ne peut pas venir d’en haut. Il est nécessaire que les gens le désirent. Les changements commencent sur le plan local lorsqu’un nombre suffisant d’entre nous se sent concerné et soutenu pour s’engager dans des perspectives plus vastes.
Les gens ont généralement envie d’aider les autres, mais nous trouvons aussi que nous avons nous-mêmes également besoin d’être soutenus. Les communautés nous donnent le sentiment que nous faisons partie de quelque chose qui est plus grand que nous-mêmes, que nous ne sommes pas seuls, qu’il y a quelque chose de mieux à réaliser en avançant.
Nous retirons tous du sens de nos communautés. Que ce soient des églises, des équipes de sport, des groupes de voisinage, nous recevons d’elles la force d’ouvrir notre horizon et de nous engager pour des causes plus grandes. Des études ont prouvé que, plus nous sommes connectés, plus nous nous sentons heureux et en meilleure santé. Les gens qui vont à l’église sont plus nombreux à se porter volontaires et à donner, pas seulement parce qu’ils sont religieux, mais aussi parce qu’ils font partie d’une communauté.
C’est pourquoi il est si frappant de voir que, pendant les dernières décennies, l’appartenance à tous les genres de groupes a baissé d’un quart (l’auteur décrit la situation américaine). Il y a là beaucoup de gens qui ont besoin de trouver le sens d’un but et un soutien quelque part. Voilà notre défi. Nous sommes appelés à bâtir un monde où chacun puisse avoir un sens de projet et de communauté. C’est ainsi que nous pourrons rendre le monde de plus en plus proche, où nous pourrons prendre soin d’une personne en Inde, en Chine, au Nigéria et au Mexique aussi bien que d’une personne ici.
Je sais que nous pouvons faire cela. Nous pouvons renverser ce déclin, rebâtir nos communautés et rendre le monde plus proche.

Promouvoir la participation à des communautés significatives (« meaningful communities »)

« La plupart d’entre nous, nous faisons partie de groupes, soit dans le monde physique, soit sur internet. Une personne moyenne sur facebook est membre d’environ 30 groupes, mais, si vous avez de la chance, il peut y en avoir un ou deux qui sont importants pour vous. Les autres sont des groupes occasionnels. Nous avons trouvé que cent millions de gens sont membres de communautés significatives. Elles comptent pour vous ». Mark Zuckerberg précise sa pensée : Les communautés significatives auxquelles nous tendons ne sont pas uniquement en ligne. « Si vous avez besoin d’être soutenu dans une maladie, si vous avez de nouveaux parents, ces communautés n’interagissent pas seulement en ligne. Elles organisent des repas et se soutiennent dans la vie quotidienne ». Des communautés en ligne peuvent également élargir des communautés physiques.
Si deux milliards de gens utilisent facebook, pourquoi avons-nous aidé seulement 100 millions à joindre des communautés significatives ? Aujourd’hui, nous sommes en train de nous fixer un but : aider un milliard de gens à joindre des communautés significatives. Si nous réussissons cela, cela commencera à fortifier notre tissu social et à rapprocher le monde : « bring the world closer together ».
Cette missive se termine sur des considérations stratégiques. Comment agir pratiquement pour atteindre cet objectif ? Facebook est appelé à innover, car il n’est pas familiarisé avec le développement communautaire. Il ne suffit pas de faire connaître aux gens, grâce à l’intelligence artificielle, des communautés qui peuvent être significatives pour eux ; il est également nécessaire que le nombre de nouvelles communautés significatives grandisse rapidement, et pour cela facebook se propose d’encourager et d’aider les nouveaux leaders.

Un grand dessein

Facebook est apparu en 2006, il y a dix ans seulement. Le chemin parcouru est impressionnant. Aujourd’hui, deux milliards d’humains utilisent et fréquentent facebook. Et voici que le fondateur et animateur de facebook, Mark Zuckerberg, prend conscience qu’un nouveau pas est nécessaire parce que, dans ce monde en mutation, une exigence nouvelle apparaît : face à la tentation de la division et du repli, renforcer les forces de cohésion et d’unification, permettre aux gens de vivre davantage en convivialité et en solidarité. Il y a bien là une contribution pour répondre à une aspiration qui se fait jour dans tous les pays. C’est par exemple l’émergence de la notion de tiers lieu, un espace social propice à la convivialité entre la maison et le travail (4). En France même, on appelle à plus de convivialité (5), plus de fraternité (5). Il y a partout des forces collaboratives en voie de s’exprimer. Ce nouvel espace ouvert à la dynamique associative doit encourager la créativité dans l’expression sociale sur tous les registres : entraide, éducation, santé, spiritualité.
Des formes anciennes déclinent, des formes nouvelles apparaissent. C’est bien le mouvement de la vie. « L’essence de la création dans l’Esprit est la « collaboration » et les structures manifestent la présence de l’Esprit dans la mesure où elles font connaître « l’accord général ». « Au commencement était la relation » (Martin Buber) » (Jürgen Moltmann) (6). En écoutant Mark Zuckerberg et en lisant sa missive très simple, très conviviale, on peut percevoir, dans ces propos, la genèse d’une grande innovation sociale à l’échelle du monde. Il y a là un grand dessein. On le reçoit comme une promesse.

Une voie ouverte pour un nouveau vivre ensemble chrétien

Cette initiative ouvre aussi un questionnement pour les églises. Du moins, est-ce le sujet d’un article d’Andrea Syverson, chroniqueur pour l’agence américaine : « Religious news Service », paru dans Protestinfo, un media protestant suisse (7).
« Facebook pourrait-il remplacer les Eglises ? s’interroge Andrea Syverson. Il constate qu’aux Etats-Unis, « les chrétiens quittent en masse les églises traditionnelles ». Les enquêtes montrent qu’il y aujourd’hui dans ce pays 30 millions de croyants distanciés des institutions religieuses. « Ils lisent la Bible, écoutent les cultes en podcasts et connaissent chaque mot des chansons de culture biblique… Mais vous les trouverez rarement dans les églises ». Et le mouvement de désaffection se poursuit. D’autres s’apprêtent à suivre le mouvement. Sur ce site, nous présentons des recherches sur l’évolution des rapports entre les croyants et les églises aux Etats-Unis (8). Effectivement, beaucoup d’églises sont prisonnières d’une routine tant dans leur enseignement que dans leurs pratiques alors que les chrétiens sont à la recherche de relations authentiques et d’une fraternité vécue. C’est aussi le témoignage d’Andrea Syverson. Les chrétiens « désirent une profondeur de relation, une profondeur d’étude, et une profondeur dans les entretiens. Ils ne veulent pas rester dans un coin ou avoir des contacts superficiels… A l’époque moderne où l’authenticité (9) est l’une des valeurs les plus précieuses, nos églises ne fonctionnent plus. Nous avons perdu la trace de Jésus. Mettez l’accent sur ce qui compte le plus : Jésus et les relations ». Ainsi, il y a une convergence avec Mark Zuckerberg dans l’analyse des besoins des gens d’aujourd’hui. Chez beaucoup d’entre eux, il y a un « grand désir de communauté ».
Andrea Syverson, à juste raison, constate qu’une part de ce besoin requiert « des conversations réelles et individuelles qui prennent du temps et ne comportent pas d’ordinateurs et de photos ». On le sait, une nouvelle manière de faire Eglise se cherche aujourd’hui en Occident (10). En regard de la nouvelle orientation de facebook, Andrea Syverson s’interroge en ces termes : « Mark Zuckerberg reconnaît quelque chose que peu de leaders chrétiens ont perçu. Il y a un vide énorme parmi les croyants et un besoin désespéré de communauté. Allons-nous avancer et constituer des communautés qui répondent à leurs besoins où allons-nous laisser facebook remplir ce vide pour nous ? » Ces propos identifient un besoin : le désir que beaucoup ressentent de communautés conviviales où une recherche de sens peut s’effectuer dans l’authenticité. Et comme Andrea Syverson le souligne : de telles communautés dépendent de la qualité des relations humaines. Cependant la convivialité dans un milieu local n’exclut pas l’usage d’internet. Les deux peuvent aller de pair et s’appuyer mutuellement. Lorsqu’il évoque la réalisation de communautés, Mark Zuckerberg évoque cette double forme de communication. Et il envisage, comme c’est le cas aujourd’hui, une pluralité de groupes sur facebook opérant sur différents registres : social, religieux, loisirs… Des formes nouvelles de sociabilité chrétienne pourraient donc se développer sur facebook.
Voilà une donnée de plus pour nourrir notre réflexion sur l’ampleur et la rapidité des changements en cours dans les rapports sociaux et sur la manière d’imaginer et de réaliser de nouvelles manières de vivre en Eglise. C’est ici la réflexion en cours depuis quinze ans, et à propos de cette usage croissant d’internet, une occasion de reparler d’ « Eglise liquide », d’Eglise fluide (11).
Très concrètement, internet permet aujourd’hui d’allier un partage en ligne et la mise en route de rencontres conviviales au plan local. On ne compte plus aujourd’hui les évènements qu’internet peut ainsi permettre en tout lieu. N’est ce pas ici une opportunité et une voie pionnière pour le développement d’un réseau de petites communautés fraternelles fondées sur un consensus chrétien interconfessionnel, de conviction et d’ouverture, pouvant, en outre, orienter les participants sur les ressources spirituelles, intellectuelles et sociales que nombre d’églises offrent aujourd’hui sans discrimination. Là aussi, il y a bien un horizon à explorer.

Jean Hassenforder

(1) Thomas Friedman. Thank you for being late. An optimist’s guide to thriving in the age of accelerations. Allen Lane, 2016 Mise en perspective : « Un monde en changement accéléré » : http://www.vivreetesperer.com/?p=2560
(2) Roger Sue. La contresociété. Les liens qui libérent, 2016 Mise en perspective : « Vers une société associative. Transformations sociales et émergence d’un individu relationnel » : http://www.vivreetesperer.com/?p=2572
(3) Mark Zuckerberg. Bringing the world closer together (22 juin 2017) : https://www.facebook.com/zuck/posts/10154944663901634 The Zuckerberg interview. Extended cut : https://www.youtube.com/watch?v=RYC7nAcZqn0
(4) Emergence d’espaces conviviaux et aspirations contemporaines. Troisième lieu (« Third place ») et nouveaux modes de vie : http://www.temoins.com/emergence-despaces-conviviaux-et-aspirations-contemporaines-troisieme-lieu-l-third-place-r-et-nouveaux-modes-de-vie/
(5) Appel à la fraternité. Pour un nouveau vivre ensemble : http://www.vivreetesperer.com/?p=2086
(6) Jürgen Moltmann. Dieu dans la création. Traité écologique de la création. Cerf, 1988
(7) Protestinfo est une agence de presse spécialisée dans l’’actualité des Eglise réformées de Suisse Romande. « Facebook pourrait-il remplacer les Eglises ? » : https://protestinfo.ch/201707128539/8539-facebook-pourrait-il-remplacer-les-eglises.html
(8) « La montée d’une nouvelle conscience spirituelle. D’après le livre de Diana Butler Bass : « Christianity after religion » : http://www.temoins.com/la-montee-dune-nouvelle-conscience-spirituelle-dapres-le-livre-de-diana-butler-bass-l-christianity-after-religion-r/ « Comprendre le christianisme émergent. Une recherche sur le mouvement de l’Eglise émergente » : http://www.temoins.com/comprendre-le-christianisme-emergent-une-recherche-sociologique-sur-le-mouvement-de-leglise-emergente/
(9) « L’âge de l’authenticité ». Un contexte nouveau pour la vie spirituelle et religieuse » : http://www.temoins.com/lage-de-lauthenticite/
(10) « Des outres neuves pour le vin nouveau. Interview de Gabriel Monet, auteur de « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en post-chrétienté » : http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/
(11) « Faire Eglise : « Pete Ward. Liquid Church » : http://www.temoins.com/faire-eglise/ « Vers une Eglise liquide » : http://www.temoins.com/vers-une-eglise-liquide/