Interview de Michaël Moynagh : Où en est l’Eglise émergente en Grande-Bretagne ? - Témoins

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    Michaël Moynagh est un des leaders de l’Eglise émergente en Grande-Bretagne. Son livre : « Changing world. Changing church » (2001) a connu un grand succès au Royame-Uni (1). En 2003, il a été traduit et publié en France sous le titre : « L’Eglise autrement » (2). Ce livre est encore aujourd’hui l’ouvrage de référence en français pour entrer dans la problématique de l’Eglise émergente. En 2004, Michaël Moynagh publie un second livre : « Emergingchurch.intro » (3) qui ouvre une porte d’entrée sur le processus de l’Eglise émergente.

La même année, le 5 juin 2004, Michaël Moynagh communique sa vision de l’Eglise émergente dans une journée organisée à Paris à l’initiative du groupe Evangile et Culture (4), en collaboration avec Témoins. Cette journée a été un jalon important dans la réflexion collective menée en France sur les nouvelles formes d’église (5). Quelques années après, où en est actuellement le courant de l’Eglise émergente en Grande-Bretagne ? Comment pouvons-nous profiter de cette expérience à portée de main ? Michaël Moynagh est certainement un des meilleurs experts dans ce domaine. Ainsi, nous le remercions chaleureusement d’avoir bien voulu répondre aux questions de Témoins.

° Depuis 2004, quels ont été les évènements majeurs dans le champ de l’Eglise émergente en Grande-Bretagne ?

Un évènement majeur a été le soutien officiel apporté à l’Eglise émergente par l’Eglise anglicane (« Church of England »), l’Eglise méthodiste et quelques autres dénominations sous la forme de ce que nous appelons maintenant des expressions nouvelles de l’Eglise : « fresh expressions of church ». Rowan Williams, archevêque de Canterbury (primat de l’Eglise anglicane), a fait de la promotion des expressions nouvelles de l’Eglise une de ses toutes premières priorités.

° Comment l’Eglise émergente en Grande-Bretagne est-elle en train de devenir visible ? Quelle est sa croissance ? Dans ce domaine, combien y a-t-il de communautés existantes ?

Nous avons des informations sur plus de 600 expressions nouvelles de l’Eglise. Il semble qu’il y en ait beaucoup plus. Quelques unes sont bien établies et paraissent durables. D’autres sont à un stade précoce et encore fragiles.

° Quels investissements les Eglises consacrent-elles à ce domaine ? Y a-t-il une vision stratégique ?

L’Eglise anglicane et les église méthodiste ont créé : « Fresh expressions », une équipe qui encourage et soutient le développement de formes nouvelles et différentes de l’Eglise (voir : <<www.freshexpressions.org.uk >>). Certaines composantes de l’Eglise ont investi des sommes considérables dans de nouveaux emplois pour exercer une action pionnière dans le développement des nouvelles expressions de l’Eglise. L’Eglise anglicane a créé un groupe de pasteurs pionniers, choisis, formés et ordonnés spécialement en vue de susciter des « fresh expressions ». L’Eglise anglicane a également développé de nouvelles règles qui rendent plus faciles l’implantation de nouvelles communautés chrétiennes ainsi que leur suivi.

° Qualitativement, quelles sont les tendances significatives ? Pouvez-vous illustrer votre pensée par quelques exemples ?

Je pense que nous sommes en train de beaucoup apprendre sur les méthodologies pour démarrer et développer de nouvelles expressions d’église (voir la réponse à la question suivante) Du côté négatif, quelques composantes de l’église résistent à l’idée de voir les « fresh expressions » comme étant, d’abord, de nouvelles communautés chrétiennes parmi des gens qui, jusque là, ne fréquentaient pas d’église. Il y a encore un désir très répandu d’inclure dans ce terme tout ce qui est nouveau pour les chrétiens en émoussant ainsi la vision missionnaire de « fresh expressions ». Quelques initiatives ont été étiquetées « fresh expressions », alors qu’elles n’ont ni une claire stratégie, ni une véritable intention de faire des disciples.

° Y a-t-il des outils produits en vue d’aider les communautés ? Quelles sont les sources principales au sujet de l’Eglise émergente en Grande Bretagne ?

Oui, nous sommes en train de développer des méthodologies solides pour développer les « fresh expressions » ; Voyez, par exemple, le site : <<www.sharetheguide.org>> .Il y a déjà sur ce site  des matériaux sur les fondements théologiques de « fresh expressions » et sur la manière de démarrer une initiative. L’année prochaine, nous mettrons en ligne des matériaux sur la formation de disciples, l’annonce de l’Evangile dans un contexte de « fresh expression », l’adoration et le culte (« worship), la constitution d’une communauté, le leadership et comment des églises existantes peuvent soutenir et encourager de nouvelles expressions d’église.

° Quelles ressemblances et quelles différences y a-t-il entre l’Eglise émergente en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis ? Comment percevez-vous les progrès de l’Eglise émergente dans le champ international ?

Les américains qui ont visité le Royaume Uni disent que la Grande Bretagne a peut-être, dans ce domaine, une dizaine d’années d’avance par rapport aux Etats-Unis. C’est probablement parce que l’état de l’Eglise est plus dégradé en Grande-Bretagne. Aux Etats-Unis, le discours paraît être davantage centré sur ce qui ne va pas dans les églises existantes que sur la mise en œuvre d’un mouvement pour développer de nouvelles formes d’église. Ayant dit cela, j’ai conscience qu’il y a aussi une expérimentation considérable aux Etats-Unis. Ainsi peut-être la principale différence réside-t-elle dans l’attitude des responsables de dénomination. Il y a une expérimentation considérable en Nouvelle-Zélande et en Australie. Des chrétiens d’Afrique nous ont dit que les principes fondateurs de « fresh expressions » pourraient être pertinents pour leur contexte, surtout dans quelques espaces urbains.  

° Quelles sont les principales difficultés rencontrées par l’Eglise émergente ? Quels sont vos espoirs et vos souhaits ?

L’enjeu clef est de développer un corpus de connaissance sur les méthodologies pour développer de nouvelles formes d’église et  de disséminer cette connaissance parmi les praticiens. Il y a un bon départ en ce domaine, mais nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous considérons que la constitution de réseaux d’apprentissage (« learning networks ») ou des communautés de pratique (« community of practice ») parmi les praticiens est vitale et nous sommes encore en train d’essayer de comprendre comment nous pouvons le mieux en favoriser le développement.

1)    Moynagh (Michaël). Changing world. Changing church. Monarch Books, 2001. Site Témoins, recherche et innovation, études : A monde qui change, église qui change.
2)    Moynagh (Michaël). L’Eglise autrement. Les voies du changement. Préfaces de Guy Aurenche, Stéphane Lauzet, Jean Hassenforder. Empreinte Temps présent, 2003  (achat par correspondance : librairie 7ici. Tél : 01 42 61 57 77).
3)    Moynagh (Michaêl). Emergingchurch.intro. Monarch books, 2004. Site Témoins, recherche et innovation, études : Le courant de l’Eglise émergente. Un état d’esprit. Un processus.
4)    Evangile et culture est un groupe d’étude de l’Alliance Evangélique française. Site internet : www.evangile-et-culture.org
5)    Voir sur le site de Témoins (recherche et innovation, études), le compte-rendu de la rencontre avec Michaël Moynagh, le 5 juin 2004, par Françoise Rontard : Le vécu, la pratique et la théologie de l’Eglise émergente.

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