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Le prosélytisme ne peut justifier l'intolérance religieuse

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On se souvient de l'exclamation de Gambetta : "Le cléricalisme, voilà l'ennemi !" C'est le prosélytisme désormais qui est l'ennemi. L'étonnant peut-être est qu'il est considéré à la fois comme l'ennemi de la laïcité en Occident et l'ennemi de la religion d'Etat dans des pays comme l'Algérie. Inutile de nier que le prosélytisme recouvre parfois de dangereuses dérives. Mais serait-ce du prosélytisme inacceptable que de "manifester sa religion", au sens où l'entend la Déclaration universelle des droits de l'homme ? (article 18).

Les Eglises évangéliques ont pour caractéristique de ne pas reculer devant cette manifestation publique, fût-ce dans des pays traditionnellement musulmans.

Le propre du prosélytisme est de chercher à faire des adeptes. Dès lors le soupçon porte sur les méthodes. Aucune preuve, semble-t-il, n'a été apportée en Algérie sur des formes de manipulation attentatoires à la liberté des personnes. A côté de ce prosélytisme il existe bien d'autres expressions différentes du témoignage. Pendant des décennies, dans cette Algérie devenue une nation souveraine, l'Eglise catholique avait emprunté la voie du témoignage par la présence fraternelle et le service, à l'exclusion de toute entreprise de conversion.

Ce qui du reste ne lui a pas épargné, dans les années 1990, les assauts d'un islamisme de type terroriste. Comme si le crime majeur était, pour ce christianisme, d'avoir pour principaux témoins des hommes et des femmes d'origine européenne. Plus de vingt personnes largement connues ont payé le prix du sang. De quoi nous inciter à ne pas attribuer au prosélytisme des évangéliques l'entière responsabilité de la répression d'aujourd'hui. L'injustice serait alors fragrante.

Soyons clairs : l'ordonnance présidentielle sur la liberté religieuse est nettement restrictive. Le décret d'application accentue gravement les restrictions. La tolérance dont bénéficient les "cultes non musulmans" est à ce point conditionnelle qu'elle ne correspond en rien au droit à la liberté religieuse. Il existe une situation de fait dont les chrétiens, et principalement l'Eglise catholique, depuis longtemps avaient pris acte par sagesse et simplicité évangélique.

On ne saurait pourtant justifier cette situation par principe au nom de "l'islamité". La pente est périlleuse. Car du dar al-islam ("la demeure de l'islam") on peut glisser plus ou moins directement, selon les circonstances, vers la charia. Et le statut de dhimmi accordé à des minorités religieuses, quand bien même il comporterait un certain respect bienveillant, ne saurait être indéfiniment l'équivalent de la liberté religieuse.

TROP D'EXCLUSIONS

Il est bien vrai que nous-mêmes en Occident avons mis beaucoup de temps à sortir du principe de cette territorialisation des appartenances religieuses. Les Eglises orthodoxes, avec leur théorie du "territoire canonique" continuent de souscrire à ce principe. Il nous vaut en Russie une loi sur la liberté religieuse, qui fait des autres confessions des hôtes à peine admis. La "religion de la cité" a généré jusque dans nos pays de tradition chrétienne trop d'exclusions et d'atteintes à la liberté de conscience pendant si longtemps pour que nous ne comprenions la difficulté des majorités musulmanes à s'en départir. Mais il ne faut pas en rester là.

La situation telle qu'elle se concrétise en Algérie appelle une double logique. La première est de nous refuser à apporter de l'eau au moulin de cette "islamité" qui demeure un grave obstacle à un régime de vraies libertés démocratiques. La seconde est d'être nous-mêmes aussi impeccables que possible, à l'encontre de tous les tenants d'attitudes de rétorsion, quant au respect des droits des musulmans à la libre manifestation de leur foi sur notre sol.

La laïcité elle-même va dans le sens de cette double logique, pour autant que dans la variété de ses formes elle fait réellement partie des valeurs inhérentes à la démocratie. Un certain prosélytisme peut être l'ennemi. Mais le pire ennemi est la négation du droit à vivre en privé et en public selon ses convictions.

Gaston Piétri est responsable de la revue diocésaine "Eglise de Corse".
Mis à jour ( Lundi, 18 Août 2008 06:19 )  
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