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Le fait d’avoir vécu des expériences spirituelles profondes ne nous protège pas obligatoirement de la peur, ni des anciennes habitudes ; c’est alors que nous sommes appelés à poursuivre notre cheminement de foi, en affrontant nos épreuves, mais en sachant que nous pouvons à tout moment demander à Jésus de se manifester !
Après la multiplication des pains, les disciples réagissent un peu comme la foule : ils voudraient bien continuer à être nourris, « coucounés »…Jésus est obligé de les « renvoyer », eux aussi ! (verset 45) ; ce qu’il veut, c’est les aguerrir, comme il l’a été lui-même au désert, les entraîner à leur future mission d’évangélisation ; Bethsaïda, vers laquelle il  les envoie en pleine nuit traverser le lac de Tibériade, est d’ailleurs située en pays païen.

Les disciples se retrouvent donc seuls, libres et autonomes, face au vent contraire, contre lequel ils « rament », à tous les sens du mot ! Les juifs ne sont pas des marins, la mer symbolise tout ce qui est mauvais et dangereux (comme dans le livre de Jonas).

Jésus voit qu’ils ont du mal, mais ne veut pas faire leur travail à leur place ; il les laisse se débrouiller pendant un bon moment, et ne va vers eux qu’à la fin de la nuit ! (la quatrième veille, verset 48) ; mieux, il les dépasse, comme s’il voulait les laisser faire leurs bêtises, mais s’occupe d’eux finalement quand il les voit terrorisés….

Sous l’empire de la peur, les disciples ne reconnaissent pas Jésus ; tout comme notre émotivité, notre anxiété peuvent nous empêcher de le reconnaitre ; l’émotivité peut être une bonne chose quand elle nous vient du Seigneur ; mais dans le cas contraire, elle peut nous déstabiliser – ou nous amener à faire des efforts à contretemps !

De toute façon, la peur nous empêche d’avancer, il faut avoir confiance ; l’inverse de la peur, c’est la marche, comme le dit Chouraqui  (qui traduit « heureux », dans les Béatitudes, par l’expression « en marche ») ;  si l’eau symbolise les mauvaises choses, le danger, nous ne serons pas engloutis par le mal si nous « marchons sur l’eau » comme Jésus, qui demande par ailleurs à ses disciples de « marcher sur les serpents et les scorpions » (Luc, 10-19), « d’écraser » les difficultés ! Ce qui n’est pas évident ! La marche n’est-elle pas un déséquilibre vaincu en permanence ? Et qui demande un « pas de foi », celui qu’accepte de faire l’enfant qui apprend à marcher, ou celui qui fait de la rééducation.

Bien qu’ils viennent d’assister à la multiplication des pains, les disciples manquent encore de cette foi et de cette confiance qui ne peuvent venir que d’une relation intime avec leur Seigneur : ils passent de la peur à l’étonnement en voyant ce que fait Jésus dans la barque car, nous dit le texte, « leur cœur était endurci »  (versets 51-52).

Jésus est notre référence, comme il est celle des disciples, lui qui maîtrise les éléments, arrête le vent et ne décide rien sans prier le Père ; comme lui, nous sommes appelés à « marcher sur le monde ». Ce qu’il attend de nous, comme de ses disciples, c’est que nous lui ouvrions toujours plus notre cœur, lui faisant de plus en plus confiance.

 

Alain Bourgade

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