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Préambule.

La rencontre, organisée par Evangile et Culture (commission de l’Alliance Evangélique Française) en collaboration avec le Centre Chrétien Interconfessionnel Témoins, Initiatives Urbaines Chrétiennes, Emergent International Teams et les Editions Empreinte Temps Présent, a eu lieu le 5 juin 2004 dans l’église évangélique baptiste du 48 rue de Lille à Paris 7éme.

Stéphane Lauzet, président de l’Alliance Evangélique Française, rappelle qu’un récent sondage place la France en 50éme position pour ses capacités d’adaptation et à la 60éme pour ses capacités à accepter les réformes ! Inviter Michael Moynagh, pasteur anglican et analyste en science sociale et prospective, qui œuvre depuis plusieurs années à des “ projets pour demain ”, relève donc du défi et de l’urgence.

Exposé de Michael Moynagh.

Qu’est-ce que l’église émergente et pourquoi est-elle importante ? Michael Moynagh avertit que son analyse s’inscrit évidemment dans un contexte britannique mais que la France peut s’en inspirer largement.

Qu’est-ce qui distingue les églises émergentes des églises traditionnelles ? Essentiellement leur regard sur l’évangélisation. Les églises traditionnelles invitent les personnes extérieures à venir chez elles ; elles disent “ Venez, découvrez qui nous sommes ”. Elles s’attendent à ce que les gens qui franchissent leurs portes les apprécient et adoptent leurs pratiques. Or, elles fonctionnent souvent selon des structures et une pratique (horaires, style des chants, mode d’enseignement, activités) inchangées depuis des décennies sans se demander si, dans ce monde en continuelle mutation ces pratiques conviennent encore.

L’approche de l’église émergente est inverse. Elle consiste à aller vers les gens et à construire l’église avec eux, à la concevoir en fonction de leurs attentes, de leurs besoins, de leur contexte. Les mots clefs sont : partir de la base, personnaliser, contextualiser. Activités et pratiques sont mises en place par et pour ceux qui se souhaitent se réunir.
Exemple : à l’issue d’un cours Alpha des personnes, disant à un jeune pasteur leur satisfaction, ont ajouté “ si l’église était comme ça, on y viendrait ” Et pourquoi pas, a t-il répondu ! C’est ainsi qu’est née une église “ émergente ” qui se réunit le jeudi soir, dans la convivialité. Ailleurs, des mères et leurs enfants se réunissent le mercredi. Un espace jeu est réservé aux enfants, on leur raconte des histoires. Pendant ce temps là les mères échangent de manière informelle de sujets sur lesquels est donné un éclairage biblique. La rencontre comporte une collation et s’achève par un très court culte commun avec les enfants. Pour répondre aux besoins du groupe on a même proposé un cours sur l’art d’être de bons parents.
On peut facilement imaginer que les choses évoluent encore au fil des ans.
Une église émergente s’organise et fonctionne avec la collaboration de tous : chrétiens ou non chrétiens.

Ces nouvelles expressions de l’église sont vitales pour les 4 raisons suivantes :

1) Le déclin des institutions classiques.
L’église traditionnelle décroît dans des proportions alarmantes : 95% des jeunes de moins de 15 ans ne fréquentent pas d’église et un nombre croissant de personnes n’ont aucune culture religieuse.
Autrefois l’objectif missionnaire pour l’Europe” était de ramener dans le giron de l’église ceux qui s’en étaient éloignés puisque la plupart avaient reçu une éducation religieuse. Aujourd’hui beaucoup n’ont aucun arrière plan chrétien. 50% des britanniques n’ont jamais eu de contact avec une église. Notre démarche doit donc être différente. En Angleterre les églises émergentes suscitent un intérêt croissant parmi les responsables des institutions anglicanes, au point que des fonds sont générés pour soutenir leur promotion. Le rapport d’un récent synode anglican s’intitule : “ Une église en forme de mission ”. Les autres dénominations chrétiennes sont également sensibles à cette situation. Il y a encore quelques années mon travail, dit Michael Moynagh, consistait surtout à expliquer aux chrétiens le concept d’église émergente. Aujourd’hui ils me posent carrément la question : comment faire, et s’interrogent sur la solidité des bases théologiques de ces groupes. Ils ont le sentiment que les églises classiques ne subsisteront pas longtemps.

2) L’échec des récentes implantations d’églises.
En Angleterre, ces dix dernières années, l’implantation de nouvelles églises a échouée. Or elle consistait en l’essaimage de grosses églises dont, à quelques détails prés, elle dupliquait le modèle. Au début ces nouvelles communautés se sont numériquement développées, puis ont stagné et dépéri. En fait, leur croissance initiale résultait généralement d’un apport de chrétiens venus d’autres églises, attirés par leur relative nouveauté. Peu ou pas de personnes venues de l’extérieur s’y intégraient. Le projet était conduit par des chrétiens qui décidaient seuls de la forme et des activités du groupe sans voir que les pratiques ecclésiales classiques ne reflètent plus la culture existante mais une culture chrétienne inscrite dans une culture du passé.

Tirant les leçons des échecs ceux qui tentent aujourd’hui d’implanter de nouvelles églises sont de plus en plus conscients cela n’est possible qu’avec le concours des non croyants. C’est à ceux qui n’ont ni culture ni réminiscence religieuse d’inventer et de mettre en place les structures appropriées.

3) Les raisons théologiques
Les églises émergentes font écho à des valeurs théologiques :

– L’interdépendance
Sur le modèle relationnel de la trinité, l’unité dans la pluralité, églises traditionnelles et églises émergentes ne vivent pas en opposition mais en interdépendance puisque les fonds et les fondateurs des communautés émergentes sont issus des églises traditionnelles. En retour, les jeunes églises apportent aux églises mères ouverture et réflexion. L’enrichissement est mutuel.

– L’expérimentation
L’expérimentation est au cœur de la création. C’est un aspect clef de la créativité de Dieu. L’évolution des espèces ou des civilisations résulte d’expérimentations antérieures. Ce qui n’a pas réussi a été abandonné et oublié. La vie n’est pas figée. Expérimenter est vital pour progresser. Refuser d’expérimenter de nouvelles formes d’églises est irresponsable.

– La transformation
En s’incarnant Jésus s’est immergée dans la culture de son temps, celle de la Palestine du 1er siècle, pour la transformer. Il s’est trouvé confronté à la xénophobie, à la marginalisation de certaines couches de la société. L’église doit de même s’immerger dans la culture de son époque, non pour en épouser tous les styles, mais pour amener les gens à réfléchir et à voir les choses sous d’autres angles. Si je veux parler à quelqu’un dans un train je dois y monter et cheminer avec lui. De même, si je veux parler à mes contemporains je dois les rejoindre dans leur mode de penser. Je dois pouvoir partager avec eux, donner et recevoir, et accepter que l’on puisse aller ensemble vers une transformation mutuelle.

– Le sacrifice
Il faut savoir mourir à l’église qui nous a bercés (avec ses cantiques et ses cultes immuables) pour laisser place à de nouvelles formes du vivre ensemble chrétien. Dans une cité londonienne des croyants avaient essayé, sans succès, d’implanter une nouvelle église. Un pasteur est arrivé, qui s’est investi dans la vie du quartier. Par exemple, lui et des membres de l’église ont nettoyé un étang avec les résidents. Cela a changé le regard des habitants. Ils ont dit “ Il n’y a plus de distance entre eux et nous : les croyants sont avec nous ”. Mais cela a changé aussi le regard des chrétiens : ils ont compris que dans cette cité une église classique ne marcherait jamais ! Ils ont eu du mal à abandonner le projet initial mais, à partir de ce dur constat, ils ont commencé à réfléchir sérieusement au style d’église susceptible de convenir.
Certes, ce genre de démarche est douloureux mais rien ne sera possible tant que nous ne seront pas prêts à remettre en question nos pratiques traditionnelles.

– La reproduction
Jésus a laissé à ses disciples la mission de faire d’autres disciples. La vie de Jésus est appelée à se reproduire dans la vie de l’église. C’est ce que montre les Actes et ce qui s’observe dans l’Histoire. Mais cette vie de Jésus ne se reproduit pas sous forme de clones, dans l’uniformité. Elle se reproduit avec des caractères originaux, propres à chaque disciple cependant qu’en eux se retrouve le même “ air de famille ”.
De même, les églises émergentes sont des reproductions de la vie de Jésus, mais avec chacune des particularités, des spécificités propres à leurs contextes culturels et humains.

– La diversité
Le jour de la Pentecôte chacun des 3000 convertis a entendu l’évangile dans sa propre langue : L’église est née simultanément dans plusieurs langues, et donc dans plusieurs cultures, pas dans une seule. Quand le Saint Esprit se manifeste il ne pose pas sur nous “ la même empreinte digitale ”. Il touche chacun d’une manière différente. Il en est de même pour les communautés chrétiennes. L’Esprit Saint aime la diversité. C’est aller dans son sens que de l’encourager.

– L’unité
La fin de l’Apocalypse montre que lorsque Jésus reviendra il attirera tous les hommes à Lui. Au final il y aura convergence dans l’unité de toutes les diversités. Nous devons garder cela à l’esprit et les rassemblements autour de thèmes, les grandes fêtes, les festivals musicaux sont de belles occasions pour se retrouver unis aux autres.

4) Les transformations de la société.
Notre monde change. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de “consommation” : il n’est plus possible de traiter tout le monde de la même manière. L’église doit, elle aussi, adapter ses offres et ses services aux attentes personnelles de chacun. Ce point est suffisamment développé dans “L’église autrement” pour que Michael Moynagh ne s’y attarde pas.

En conclusion : l’église émergente est une église qui cherche à rester en phase avec cette culture en constante mutation. L’enjeu est de savoir si nous allons conserver nos pratiques anciennes et laisser l’église devenir un ghetto déconnecté de la culture ambiante ou si nous allons accepter de faire en sorte que nos contemporains découvrent Christ au travers de façons nouvelles de faire l’église ?

Notes sur quelques échanges entre l’orateur et le public.

N’y a-t-il pas risque de dérapages quand on “ouvre” l’église aux personnes extérieures ?
Si l’on reste enracinés dans l’Ecriture il n’y a pas à être effrayés par les gens qui cherchent. Mais il faut savoir que pour beaucoup d’entre eux se contenter de la réponse : “Voici ce que dit la Bible à ce sujet” n’est pas concevable. Il est plus approprié de dire : “Explorons ensemble ce que la Bible nous apprend sur la question” et de chercher avec eux l’enseignement de la Bible sur les problèmes qu’ils se posent.

Quand Michael Moynagh était pasteur il organisait des “groupes découverte”. Il a souvent été frappé par la compréhension que les gens sans connaissance biblique pouvaient avoir de certains textes.

Le langage de la foi ne passe plus dans notre société. Quel langage employer pour que le message de l’Evangile redevienne “audible” pour les gens ?
Dan le langage ce sont les concepts qu’on utilise qui importent. Par contre il est vrai que le discours sur l’engagement passe mal aujourd’hui. Par contre celui des relations touche les gens et quand on parle de relation, on est au cœur de la foi chrétienne : relations avec Dieu, entre croyants, avec les non croyants etc. Le point d’entrée privilégié est le thème des relations dans l’évangile. Mais il ne suffit pas de parler relations, encore faut-il que nous soyons des modèles dans ce domaine au sein de nos communautés chrétiennes.

Comment commencer une église avec un groupe de non chrétiens ?
Voici un exemple. Des mères d’enfants en bas âges avaient l’habitude de se réunir. Un jour l’une d’elle a dit : “Et si nous nous réunissions pour discuter de questions spirituelles ?” Certaines femmes ont réagi positivement. Elle a donc demandé : “Comment voyez-vous la chose ?”. “Et toi ?” Ont-elle répondu ! Alors elle a proposé : “Jésus était un grand penseur. Pourquoi n’examinerions-nous pas ce qu’il dit à propos des questions que nous nous posons”.

Quand Michael Moynagh réunissait les “ groupes découvertes ” les non chrétiens y venaient parce qu’ils aimaient l’amitié qui s’en dégageait.

Quelle place est donnée à la formation dans les églises émergentes ?
La formation classique que certains pasteurs reçoivent ne les aide pas beaucoup dans ce domaine. Plus important que la formation du pasteur est l’encouragement à travailler en équipe en s’assurant de la participation de trois types de personnes :

a) celles qui ont un don pour découvrir ou créer des réseaux,
b) celles qui savent “faciliter” l’échange au sein d’un groupe et y créer une bonne atmosphère,
c) celles qui savent où trouver les ressources pour le groupe (vidéo, formation etc).

Comment prévenir l’essoufflement des équipes émergentes ?
Point fondamental : travailler en équipe plutôt que seul.
Rester simple dans ses ambitions. L’église émergente est moins un modèle qu’un état d’esprit. Rester détendu est primordial : si quelque chose ne marche pas, ne pas en faire un drame. Ce qui compte c’est que les gens aient du plaisir à venir. Quand on éprouve du plaisir, on ne se fatigue pas ! Et nous devons nous souvenir que c’est le travail de Dieu et non le nôtre.

Quels sont les aspects principaux de la culture actuelle que relève l’église émergente ?
– Le relationnel y occupe une place importante. (Il y a 30 ans, nous avions le slogan “Parlez moins, travaillez plus”) Aujourd’hui, les tâches à accomplir sont beaucoup plus complexes et, de ce fait, les gens doivent travailler ensemble. La technologie n’a pas éliminé le travail, elle l’a transformé : elle oblige à travailler en équipe.

– La consommation elle-même, si importante, s’effectue beaucoup sur le mode relationnel. Elle offre de multiples occasions de vivre davantage avec les autres (restaurant, match de foot, cinéma). Les églises peuvent créer diverses plates formes pour développer des rencontres et les amitiés et montrer, par exemple, que si notre vie dépend de nos relations, cette situation est à haut risque et que découvrir que le but de la vie est de connaître Dieu et de vivre en se sachant aimé de Lui, peut apaiser et améliorer la qualité de nos relations.

Qu’est-ce qui se vit dans les églises traditionnelles ? Les gens sont alignés sur leurs bancs pendant une heure ou plus, puis ils discutent ensemble un court moment avant de rentrer chez eux. Or, ce que les gens veulent aujourd’hui, ce sont des relations. Au lieu de les réserver après le culte il faut les inclure dans le culte.

Aujourd’hui nous sommes passés d’une société hiérarchique à une société informelle et amicale. L’église émergente suit ce mouvement.

Autre pensée, rapportée par un participant :
Internet est un médium qui est le parfait reflet de notre époque : les gens y entre en contact sans entrer en relation.

Interventions de personnes associées à cette journée.

Claude Bernard (des associations « Femmes et hommes dans l’église » et « Droit et liberté dans les églises » :
Chez des catholiques le désir qu’émerge un autre type d’église existe également. Des groupes de réflexion se sont constitués, notamment sur la place de la femme ou la participation démocratique dans l’institution. Un rapport (rapport Dagens) a été publié, qui rejoint largement les analyses de Michael Moynagh. En effet, de nombreux catholiques, prêtres et laïcs, sont préoccupés par le décalage qui s’est creusé entre la société moderne et la structure de l’église romaine. Il y a des tensions entre les mouvements émergents et l’église traditionnelle. L’un des risques est d’épuiser en vain les énergies à essayer de faire évoluer l’église au lieu de tenter de faire émerger des communautés parallèles qui, elles, pourront en retour faire bouger l’institution.

Jean Hassenforder, (du groupe de recherche de Témoins) :
A plusieurs reprise Michael Moynagh a dit qu’il fallait réfléchir à la situation puis agir. Le groupe de recherche de Témoins creuse la réflexion mais a aussi comme objectif de recueillir et de faire circuler l’information, de mettre en contact les bonnes volontés, dans l’attente du moment où une prise de conscience élargie déclenche un changement de mentalité et l’action. En l’état actuel il faut développer des points de repères nouveaux, trouver des moyens de mises en réseaux internationales et interconfessionnelles, être en phase avec les innovations, avec une culture chrétienne ouverte et, pourquoi pas, organiser des voyages d’étude en Grande Bretagne.
En effet, si un certain nombre d’idées neuves commencent à pénétrer dans les églises nous avons à réfléchir concrètement comment mettre en œuvre, en France, les apports de Michael Moynagh et Stuart Murray.(2)

Michael Moynagh :
Je soulignerai le besoin de ressources. Le besoin de changement préoccupe aussi les organisations non chrétiennes et elles ont déjà réfléchi à certains impératifs tels que :
– encourager les personnes à expérimenter sur le terrain,
– développer des réseaux où les gens puissent apprendre les uns des autres. Le partage des expériences est primordial.

Autrefois, les Japonais venaient en Occident pour copier nos produits puis les reproduire chez eux, en les améliorant. Aujourd’hui, on regarde ce que les autres font, non plus pour les imiter mais pour s’en inspirer. Je vous suggère de recenser les ressources disponibles parmi vous et de les mettre à disposition de tous via Internet ou des publications par exemple. Ne vous limitez pas aux ressources des professionnels, elles sont parfois trop complexes. N’hésitez pas à vous laisser stimuler et inspirer par les expériences et les ressources locales.

André Pownal (de l’association « Initiatives Urbaines Chrétiennes »):
Dieu a des projets pour les églises traditionnelles comme pour les églises émergentes. A nous de discerner les projets de Dieu qui se dessinent pour les unes et les autres.

Michael Moynagh :
Oui, Dieu a des projets et quand on décide de commencer une église émergente il y a des choix difficiles à faire. Il faut savoir qu’avec les personnes qui n’ont pas d’arrière plan chrétien cela risque de prendre du temps avant que certains réalisent ce qu’est la foi en Jésus. Il ne faut pas s’engager à la légère et se décourager au bout de six mois.

Daniel Liechti (Directeur du développement des églises France Mission)
Nous devons nous poser la question de quel genre d’églises nous implantons, sachant que des aspects culturels propres à la France doivent être pris en compte :
– La plupart des français s’attendent à voir les églises se développer dans le style classique. Ils veulent que les églises ressemblent à l’idée traditionnelle qu’ils s’en font. Les réunions non conformistes génèrent chez eux de l’inquiétude.

– L’Etat, qui exerce un rôle important, est très soupçonneux vis à vis de ce qui sort du cadre traditionnel.

– Les églises de professants, minoritaires en France, ne sont pas dans une situation semblable à celle d’autres pays européens. Ailleurs, être innovant suscite l’admiration. En France, le degré de “ respectabilité ” des églises de professants n’est pas suffisant auprès du grand public pour qu’il estime les évangéliques capables de fonder des églises aussi respectables que les églises officielles traditionnelles.

C’est de la société française dans son ensemble que vient l’inquiétude à l’égard de la nouveauté. Comment donc passer du stade de groupe informel et amical qui se réunit pour discuter de questions bibliques à quelque chose de moins fragile qui se pérennise ?

Michael Moynagh
Daniel soulève des questions pertinentes. En Angleterre, on trouve des gens qui connaissent l’église depuis l’enfance et qui y restent, d’autres qui n’ont pas aimé ce qu’ils y ont vécu enfants. Ceux là cherchent un cadre classique tout en le rejetant, ce qui créé une tension en eux. Un troisième groupe est constitué de ceux qui n’ont jamais fréquenté d’église. Ceux là, s’ils fréquentent une église, veulent s’y sentir aimés.

Nous avons à nous demander quel genre de personnes nous allons toucher, ce que va les attirer. Si les gens sont invités à l’église par leurs amis, comme ce sont leurs amis, ils leur font confiance et cela règle bien des problèmes. Par exemple, la question des sectes ne se pose pas dans ce cas, à cause du facteur confiance.

Par contre, si nous nous présentons comme une institution, nous éveillerons beaucoup plus de suspicion chez les gens parce que le facteur amitié ne joue pas un rôle primordial dans ce genre de configurations.

Parfois, il pourrait être utile de ne pas se donner le nom d’église mais de nous présenter comme un groupe chrétien. Parce que quand les gens entendent “église”, ils s’attendent à un certain type de bâtiment et de formalisme. Si après leur avoir parlé d’église nous les invitons à un groupe de maison, ils seront confus. Donc, avec les personnes qui ont fait de mauvaises expériences avec l’église, il peut être préférable de ne pas se présenter comme une église.

Guy Aurenche (du groupe “Parole”, des laïcs catholiques qui essaient de prendre position dans les grands journaux – Le Monde, La Croix – sur des sujets de société): le groupe a lancé “5 propositions pour l’église du XXI siècle” et reçu plus de 600 réactions !.

Les 25-45 ans considèrent l’église comme le principal obstacle à l’évangélisation.
Nos relations avec la société contemporaine devraient s’inspirer du récit de la Samaritaine. Est-ce que dans nos églises nous savons, comme Jésus, nous arrêter au bord du puits et “demander à boire” aux gens de notre société ? Savons-nous être en sympathie plutôt qu’en jugement avec eux (ne pas les cataloguer d’individualistes par exemple). Jésus dit à la Samaritaine : “Si tu savais…”. Nous devons questionner nos comportements : sont-ils sources d’amour et de vie ou source de mort ? Pierre a dit à Jésus : “Tu as les paroles de la vie éternelle”. En parlant de “vie éternelle”, il ne songeait pas seulement à la réalité ultime mais à une réalité à vivre ici et maintenant. Comment communiquer cela à nos contemporains ?

Le travail en réseaux engendre parfois des tensions car les membres de l’église qui sont engagés dans des différents groupes tendent à être absorbés par leurs groupes et à distendre leur lien avec leur communauté de départ. De ce fait, ils n’enrichissent pas la communauté comme ils le pourraient.

Michael Moynagh.
Une réponse possible au problème de tension entre réseaux et communautés est de doser l’engagement dans le réseau (1 ou 2 réunions ou actions par mois) pour que les responsables engagés dans ces réseaux puissent rester en contact avec l’église qui les envoie.
Je crois passionnément à la nécessité, pour les églises émergentes, de rester en contact avec l’église traditionnelle. Elles doivent pouvoir se rencontrer pour réaliser des projets ensemble.

En France, les gens, me semble t-il, ont besoin d’amitié forte mais aussi de pouvoir consulter des “spécialistes”. Le titre, dans la mesure où il garantit une “compétence” (pasteur, théologien, prêtre) est important. Les gens veulent se confier à quelqu’un de qualifié. Ils veulent à la fois l’intimité d’un groupe et la possibilité de se référer à un spécialiste. L’église doit donc à la fois offrir des relations chaleureuses et les services de personnes qualifiés. Le théologien, le pasteur ont toujours leur place car les gens ont aussi besoin de réponses spécifiques.

Mais il y a deux façons d’utiliser les compétences d’un “spécialiste”. Certaines personnes désirent qu’il leur dise ce qu’elles doivent faire, d’autres attendent seulement qu’il les aide à prendre leur décision.
Dans église, nous devons bien réfléchir à la meilleure façon de partager nos connaissances théologiques et discerner entre ceux qui attendent des réponses toutes faites et ceux qui veulent que nous les aidions à se faire eux-mêmes une opinion sur le texte biblique ou le problème étudié. Une même personne peut d’ailleurs passer de l’une de ces attitudes à l’autre selon les circonstances et le problème posé.

Conclusion:

Un des avantages des églises émergentes est qu’elles sont faciles à démarrer. Nul besoin de voir grand et compliqué. Mais il y a quelques règles à respecter, exemple : au début il est recommandé d’annoncer au groupe que l’objectif est spirituel, sinon, certains pourraient, avec raison, se plaindre en disant: “Ce n’est pas pour cela que je suis venu dans ce groupe” au moment où l’on introduit la dimension spirituelle.
Comment commencer ? Par une communauté où les gens s’aiment et qui est témoin d’interventions claires de Dieu. Les interventions divines peuvent surgir suite à l’amour fraternel et la prière qui ouvrent à les esprits à cette dimension. Mais l’idée clé est de commencer petit, simple, de ne pas être trop ambitieux.
Le problème dans nos églises n’est pas de manquer de réflexion mais de ne pas mettre en pratique ce que nous savons.

Quelques ressources sur sites poursuivre la recherche :
emergentvillage.com, emergingchurch.info, témoins.com, evangile-et-culture.org, oikos.typepad.com. Voir aussi Google à partir de l’expression “emerging church”

Françoise Rontard
Groupe de Recherche de Témoins.
Juin 2004

(1) “L’église autrement. Les voies du changement” de Michael Moynagh, éditions Empreinte, 2003. (Disponible à la librairie 7ici – 01 42 61 57 77). Un nouveau livre de Michael Moynagh : “emergingchurch.intro” Editions Monarch, septembre 2004.
(2) Stuart Murray est venu en France en 2003. Un compte rendu de la rencontre existe sur le site de Témoins (Rubrique : Recherche – nouvelles, sous le titre : Eglise en devenir).

Références: Groupe Recherche Témoins