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Au terme du Synode romain sur l’eucharistie, en octobre 2005, les journaux catholiques ont eu de la peine à trouver quelques nouveautés fortes qui susciteraient l’intérêt des lecteurs. Témoigne Chrétien titrait : « Tout ça pour ça ». La Croix du lundi 24 octobre consacre trois pages à l’événement, sous le titre « Le premier Synode de Benoît XVI a été marqué par un vrai débat ». Quel débat, autour de quel objectif ? « L’objectif du Synode n’est pas d’introduire des nouveautés théologiques, mais plutôt de renouveler l’approche pastorale » (Mgr Roland Minnerath). La Croix commente : « c’est ce que se sont efforcés de faire les Pères synodaux dans leurs 50 propositions finales au pape, rendues publiques (pour la première fois !). Tous les points sensibles y sont abordés : manque de prêtres et célibat, divorcés remariés, accès de non-catholiques à la communion… Mais sur aucun de ces points ils n’ont proposé d’évolutions notables ». Citant le texte du Synode : « La centralité de l’Eucharistie pour la vie de l’Eglise fait sentir avec une douleur aiguë le problème du grave manque de prêtres… Pour répondre à la faim eucharistique du peuple de Dieu, il faut recourir à des initiatives pastorales efficaces ».
Et que propose-t-on en terme d’efficacité ? « Expliquer de manière adéquate aux fidèles les raisons du rapport entre célibat et ordination », car, pour les Pères synodaux, il ne s’agit pas de recourir à l’initiative pastorale efficace que serait l’ordination de « viri probati » (ordination d’hommes mariés) : « Cette hypothèse a été considérée comme une voie à ne pas emprunter » !! Bien sûr, le texte ajoute « Dans le plein respect de la tradition des Eglises orientales », « respect » qui souligne davantage la prise de distance que l’exemple à imiter.
Le premier jour du Synode, au cours de l’heure d’expression libre instaurée par Benoît XVI, un patriarche d’Orient avait souligné les fruits pastoraux apportés par des prêtres mariés ; mais par la suite, le patriarche des maronites d’Antioche a jugé bon « d’expliquer aux évêques des Eglises latines que le mariage des prêtres (sic), autorisé dans les Eglises orientales, résout un problème mais en crée beaucoup d’autres, car les prêtres doivent s’occuper de leur famille. Le célibat des prêtres est le joyau le plus précieux de l’Eglise catholique ».

Ce « joyau le plus précieux », mis en exergue dans un titre, m’interroge vraiment. Pour moi, il ne saurait y avoir de joyau plus précieux pour notre Eglise qu’une véritable marche à la suite du Christ, sur les chemins de la justice et de la charité, la pratique du « Tu aimeras » : un joyau valable pour tout chrétien.

On comprend dès lors, que des mouvements d’humeur se soient exprimés dans le Peuple de Dieu : on en trouve des manifestations dans le courrier des lecteurs, ou dans des commentaires de journaux dits « de gauche ». Le plus nouveau dans l’affaire, c’est un article paru dans l’hebdomadaire « Le Pèlerin » : une revue qui n’a rien de révolutionnaire. Le directeur de la rédaction, René Poujol, dans le numéro du 3 novembre, est monté lui-même au créneau, non pas dans une « opinion » libre ou un bas de page, mais carrément dans l’éditorial : « Synode, les fidèles ont-ils été entendus ? » Avec vigueur, l’auteur plaide en faveur du « sensus fidelium », qui a autant de force quand on réclame l’ordination d’hommes mariés que lorsque l’on crie à la canonisation de Jean-Paul II. Tout le texte mérite d’être cité.

Edito du Pèlerin, 3 novembre 2005 René POUJOL, Directeur de la Rédaction
Synode, les fidèles ont-ils été entendus ?

« Le synode des évêques a donc manifesté le souhait que soit maintenue l’obligation du célibat ecclésiastique et que l’on n’ouvre pas la prêtrise à des hommes mariés.
On peut supposer que les raisons d’une telle décision doivent être impérieuses. Le modèle du prêtre célibataire, tel qu’issu du deuxième concile du Latran, au XIIème siècle, offre, il est vrai, l’image du don total à Dieu et d’une disponibilité sans faille à sa charge pastorale. Mais ce modèle peut-il rester le seul dans des pays en proie à une crise sans précédent des vocations ? Sans doute Mgr Danneels, cardinal archevêque de Malines-Bruxelles exprime-t-il l’opinion commune à bien des pères du synode lorsqu’il affirme : « La raréfaction des prêtres n’est pas due à la question du célibat, mais à un défaut de foi (…) Pour moi, la solution est donc dans l’approfondissement de la foi. » (La Croix du 25 octobre 2005). Certes, sauf que nul ne peut dire à quel horizon ce renouveau portera ses fruits. D’ici là, ce sont des milliers de communautés en déshérence qui risquent de se voir privées de prêtre et de vie sacramentelle.

Il y a quelque sadisme à rappeler aux catholiques que l’eucharistie dominicale doit être au cœur de toute vie croyante et, dans le même temps, par refus d’introduire des dispositions qui la rendraient accessible à un plus grand nombre, les inviter à une « communion spirituelle » de substitution. On ne saurait mieux faire pour pousser les fidèles dans les bras des Eglises évangéliques (lire p.16 du Pèlerin). En bonne théologie, le sensus fidelium, cet instinct du peuple croyant appliqué à une réalité donnée, constitue bien une autorité morale dont le magistère doit tenir compte.

Est-ce un hasard si, depuis plus de vingt ans, le souhait de voir des hommes mariés accéder au sacerdoce figure parmi les conclusions de la plupart des synodes diocésains ? N’y aurait-il pas là un signe tangible de la foi du peuple chrétien confronté à sa propre survie ? Et si la vox populi est recevable lorsqu’elle réclame la béatification du pape Jean-Paul II, pourquoi ne le serait-elle pas lorsqu’il s’agit de l’accès à la prêtrise ? Avec tout le respect que l’on doit au magistère romain, la question mérite d’être posée. »

On aimerait que les éditoriaux des grands journaux chrétiens fassent chorus avec cette expression forte, et que les communautés retrouvent un nouveau souffle pour poser des gestes significatifs.