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Les recherches d’Alister Hardy et de David Hay en Grande-Bretagne (collecte de récits d’expériences, enquête auprès des enfants…) mettent en évidence l’existence d’une réalité spirituelle accessible en terme d’une «  ». La censure socioculturelle vis à vis de cette sensibilité est en train de céder, car un nouveau « paradigme culturel » est en train d’apparaître. A quelle mission les chrétiens sont-ils appelés dans cet « âge spirituel » ?

De nombreuses observations se recoupent pour mettre en valeur une montée significative de l’intérêt porté aujourd’hui à la spiritualité.

D’un côté, pour beaucoup de gens, les formes religieuses traditionnelles paraissent, pour une bonne part, trop étroites et trop figées, et, en même temps, une culture marquée par le primat de l’individualisme et du rationalisme commence à reculer tandis que se développe une vision interactive et holistique plus favorable à la reconnaissance d’un univers spirituel.

 Mais qu’en est-il exactement ? Comment la spiritualité est-elle vécue aujourd’hui ? Dans quelle mesure la recherche peut-elle analyser et mettre en perspective les phénomènes correspondants ? Comment peut-on envisager les contenus des expériences spirituelles ? Selon quelle conjoncture et en quoi la conscience spirituelle paraît-elle se développer ? Et dans ce contexte, comment les chrétiens sont-ils appelés à témoigner de ce qu’ils reçoivent de la présence et de la communion divine ?

Un courant de recherche : Alister Hardy et David Hay.

En Angleterre, un livre vient d’être publié sous un titre qui interroge : « Something there » (1). On peut l’entendre ainsi : « Quelque chose est là » ou « Il y a bien quelque chose ». Effectivement, à partir de nombreuses recherches et d’une culture encyclopédique, l’auteur, David Hay, montre l’existence d’une réalité spirituelle qui n’apparaît pas immédiatement au premier abord.

En fait, les recherches correspondantes ont commencé au début des années 90 sous l’impulsion d’un zoologiste britannique, Alister Hardy. L’itinéraire de celui-ci est, en lui même, déjà très instructif. Dans son adolescence, à travers de longues promenades solitaires dans la nature, Hardy éprouva une véritable émotion mystique qu’il garda dans son for intérieur. Il n’exprima son expérience que bien plus tard, à la fin de sa vie, dans un texte autobiographique où il raconte qu’à plusieurs reprises, ébloui par la grandeur et la beauté de la nature, il s’est agenouillé en priant « dans une prière qui ne demandait rien, mais qui remerciait Dieu dans la présence qu’il en ressentait, pour les merveilles du Royaume et pour la grâce de les ressentir » (p.34). En 1914, Hardy entre à Oxford où il étudie la zoologie. Il va effectuer ensuite une brillante carrière scientifique dans le domaine de la biologie marine. Au moment où il prend sa retraite, il s’engage dans une nouvelle activité en phase avec l’intérêt que, depuis son enfance, il a porté toute sa vie, pour l’expérience spirituelle, tout en gardant la discrétion à cet égard pendant son travail professionnel. En 1969, il fonde une « Unité de recherche sur l’expérience religieuse ». Cette unité commence son travail en constituant une banque de données rassemblant des récits d’expériences à partir desquelles il a été ensuite possible d’analyser la nature et la fonction de l’expérience religieuse et spirituelle.

L’auteur du livre : « Something there » est lui aussi un zoologiste et il s’inscrit dans la dynamique de la recherche inaugurée par Alister Hardy. Cet ouvrage nous présente au départ, trois grandes enquêtes qui mettent en évidence la réalité spirituelle. David Hay situe ensuite ce phénomène dans la compréhension qu’il en a à partir de sa culture scientifique, et aussi à partir d’une approche de sciences sociales et d’une analyse de l’histoire et de l’évolution en cours de nos sociétés. Lui-même chrétien, constatant par ailleurs l’éloignement de beaucoup de gens par rapport aux institutions religieuses, il formule en conclusion un ensemble de suggestions et de recommandations à l’intention des Eglises.

Les expériences religieuses et spirituelles. Quelques descriptions.

Dans le cadre de l’Unité de recherche sur l’expérience religieuse, Alister Hardy s’est inspiré d’une méthodologie qui lui était familière, celle des sciences naturelles : recueillir des échantillons et les classer. A partir de messages diffusés dans la presse, il a donc demandé à un vaste public de participer à une enquête. Sous différentes variantes, la question était la suivante : « Vous est-il arrivé d’avoir conscience d’une présence ou d’une puissance (ou d’être influencé par elle) que vous l’appeliez Dieu ou non et qui est différente de votre perception habituelle ? » (p.9). En réponse, Hardy a rassemblé plusieurs milliers de descriptions personnelles en provenance de gens ordinaires.

David Hay propose une classification de ces expériences dans les termes suivants : une séquence « providentielle » d’évènements ; la conscience d’une présence de Dieu ; la conscience d’une présence sans appellation précise ; la conscience d’une réponse à une prière ; la conscience d’une présence sacrée dans la nature ; une conscience de  la présence d’une personne décédée ; la conscience d’une présence mauvaise. Et il présente, dans son livre, des extraits de récits correspondants. A titre d’exemple, et pour permettre une appréhension du phénomène, en voici quelques descriptions.

« J’étais dans une habitation à la campagne. Une nuit, à environ une heure du matin, je me suis lentement éveillé à un sentiment de sécurité et de bonheur absolu. C’est comme si tout ce qui existait dans le monde autour de moi se mettait à chanter : « Tout est bien ». Après quelques minutes presque incroyables, je me levais et allais voir à la fenêtre. Je vis alors la vallée remplie de l’amour de Dieu, coulant et débordant de la route et des quelques maisons du village. C’était comme si une grande source de lumière, d’amour et de bonté était là dans la vallée. Je sortis et la lumière et l’assurance étaient là. Je regardais et regardais. Et, pour être honnête, je n’étais pas reconnaissant comme j’aurais dû l’être, mais je cherchais à enregistrer la conscience de cette joie et de cette sécurité de telle manière que je ne puisse pas l’oublier » (p. 13-14).

Voici une autre expérience, celle-là d’une veuve dans la détresse : « J’avais perdu mon mari, six mois avant, et mon courage en même temps. Je sentais que la vie n’aurait plus de sens si la peur s’installait pour me dominer. Un soir, sans aucune préparation, j’ai su que j’étais dans la présence de Dieu, qu’il ne me laisserait jamais et qu’Il m’aimait d’un amour au-delà de toute imagination… ».

Et maintenant un souvenir d’enfance : « Mon père avait l’habitude d’emmener toute la famille en promenade, le dimanche soir. Nous marchions sur un chemin étroit à travers un champ de blé. J’étais en arrière et me trouvais seule. Soudain, je fus enveloppée dans une lumière dorée. J’ai eu conscience d’une présence si douce, si aimante, si brillante, si consolante, existant en dehors de moi, mais si proche. Je n’entendis pas de bruit. Mais quelques mots parvinrent à moi très distinctement : « Tout est bien. Tout est très bien ».

Ces expériences ont un grand impact sur la personnalité de ceux qui les reçoivent. Ajoutons ici un exemple rapporté dans un autre livre : « Du cerveau à Dieu. Plaidoyer d’un neuroscientifique pour l’existence de l’âme » (2). L’auteur, Mario Beauregard, y consacre un chapitre aux expériences religieuses, spirituelles ou mystiques. Et lui-même témoigne d’une expérience qui a influé sur sa vie. « L’une de ces expériences est survenue, il y a une vingtaine d’années alors que j’étais allongé dans mon lit. J’étais alors particulièrement faible et je souffrais d’une forme sévère de ce qu’on appelle aujourd’hui le syndrome de fatigue chronique. L’expérience a commencé par une sensation de chaleur et de picotement dans la colonne vertébrale et la poitrine. Tout à coup, j’ai fusionné avec l’intelligence cosmique (ou l’ultime réalité), source d’amour infini et je me suis retrouvé uni à tout ce qui existe dans le cosmos. Cet état d’être… s’accompagnait d’une intense félicité et extase… Cette expérience m’a transformé psychologiquement et spirituellement et m’a donné la force nécessaire pour surmonter ma maladie et guérir… » (p.388).

Les expériences religieuses et spirituelles. Portée et évolution du phénomène.

Comme on vient de le voir, ces expériences sont très variées et elles sont rapportées différemment. Ainsi le langage est différent selon que la personne a une culture religieuse ou non. En effet, ces expériences adviennent à des gens de toutes conditions, croyants ou non. Bien sûr, elles suscitent une recherche concernant le sens qui peut leur être attribué. Ainsi, à seize ans, un jeune allemand vécut une expérience de ce genre en pleine rue. À l’époque, il n’était pas croyant et cette expérience suscita en lui une recherche de sens. Quelques années plus tard, il découvrit la foi chrétienne et il devint plus tard le grand théologien, Wolfhart Pannenberg. (3).

Ces expériences sont également soudaines. Elles sont sans commune mesure avec l’imagination. Ainsi bouleverse-t-elle souvent la personne au point que celle-ci s’interroge et hésite à en faire part, gardant cette mémoire dans l’intimité. Au total, il apparaît maintenant que ces expériences sont nombreuses. On pourra lire d’autres récits sur le site internet de l’Unité de recherche sur l’expérience religieuse (4).

De fait, on découvre aujourd’hui qu’il y a là un phénomène important, jusque là passé sous silence et méconnu. En effet, David Hay a pu inscrire une question relative à ce phénomène dans deux enquêtes effectuées en Grande-Bretagne, en 1987 et 2000. Les résultats sont surprenants.

Ils montrent d’abord que nous sommes en présence d’un phénomène qui n’est pas limité à un certain nombre de cas relativement exceptionnels. En 1987, 48% des personnes participant à un échantillon national déclarent qu’ils reconnaissent ce genre d’expérience dans leur vie. En 2000, ce pourcentage a considérablement augmenté et s’élève à 76%. Près des trois quarts de la population britannique est ainsi concerné.

L’augmentation considérable de ce pourcentage, dans une courte période : treize ans, a beaucoup surpris David Hay. Celui-ci interprète cette situation dans les termes de l’abaissement d’une censure socioculturelle qui, jusque-là, empêchait les gens de s’exprimer librement à ce sujet. Et cette étonnante augmentation intervient alors qu’on assiste durant la même période à une baisse sensible de la fréquentation des églises. La reconnaissance d’une expérience spirituelle s’accroît alors que l’assistance aux offices religieux diminue. On reviendra sur cette question.

Enfin ces enquêtes apportent également des données sur la répartition de ces expériences selon la classification de celles-ci telle que David Hay l’a élaboré. Ainsi, une séquence providentielle d’évènements est citée par 29% des enquêtés en 1987, 55% en 2000. Les pourcentages correspondants sont de 17% et 38% pour une conscience de la présence de Dieu, de 15% et 37% pour la conscience d’une réponse à la prière, de 16 et 29% pour la conscience d’une présence sacrée dans la nature… (p.11).

Que que soit la spécificité du public britannique, on peut admettre que, si les pourcentages seraient différents dans d’autres pays, nous sommes néanmoins en présence d’un phénomène universel. En France, le contexte culturel est certes différent. Mais justement, en réponse à une question introduite tout récemment dans l’enquête européenne sur les valeurs, on découvre que 47% des français déclarent « avoir leur propre manière d’entrer en contact avec le divin sans avoir besoin des églises et des services religieux (5).La question posée est différente, mais le taux élevé des réponses positives nous paraît témoigner d’une approche nouvelle dans le domaine spirituel. Cependant, la recherche de David Hay met en évidence un phénomène d’une importance considérable. Poursuivons avec lui l’exploration de la réalité spirituelle.       

La des gens ordinaires.

À une époque où la majorité des gens vivent en dehors de l’orbite des Eglises, qu’en est-il de leur positionnement dans le domaine de la vie spirituelle ? Pour répondre à cette question, David Hay et Kate Hunt ont entrepris une enquête à Nottingham auprès de gens qui ne vont jamais à l’église. Ils les ont interrogés à propos de thèmes comme l’identité religieuse, la fréquentation des églises, la croyance en Dieu, leur propre identité, les expériences spirituelles et les attitudes vis-à-vis du sens de la vie.

Cette recherche met en évidence une vie spirituelle qui s’exprime en des termes variés, reprenant plus ou moins un langage religieux classique ou cherchant de nouveaux modes d’expression. Les portraits qui en ressortent témoignent de rapports très différents vis à vis des Eglises : d’une proximité qui demeure à une autonomie complète qui peut porter des valeurs proches du message chrétien.

La conduite de l’enquête a été en elle même une source d’enseignement. David Hay montre l’existence d’une censure socioculturelle qui limite l’expression dans les groupes, mais disparaît progressivement dans les entretiens, si bien que les gens y expriment des expériences profondes, en trouvant dans le cadre de cette conversation une occasion pour avancer en compréhension. Dans son comportement de chercheur et dans le respect porté à ses interlocuteurs, David Hay a vu ainsi des prises de conscience remarquables. Dans son for intérieur comme chrétien, il déclare avoir mieux perçu ainsi l’œuvre du Saint Esprit.

Dans la même perspective, on pourra également se reporter à une autre enquête entreprise dans le diocèse de Coventry en vue d’explorer la spiritualité des gens en dehors de l’Eglise et rapportée par Yvonne Richmond et Nick Spencer dans un livre : « Beyond the fringe. Researching a spiritual age » (6). Cette enquête fait apparaître les grandes questions que les gens se posent à propos du sens de la vie. Comme la recherche à Nottingham, elle met en évidence le contraste entre des aspirations spirituelles et une déception  vis-à-vis des institutions religieuses.

L’enfance : un berceau de la vie spirituelle.

Aujourd’hui, l’âge adulte est-il exemplaire ou au contraire bien souvent en carence spirituelle ? Que se passe-t-il dans l’enfance en terme de spiritualité, David Hay et Rebecca Nye ont engagé à ce sujet une recherche particulièrement fructueuse, car ils ont pu mettre en évidence la présence d’une vie spirituelle vive et fraîche chez les enfants.

Déjà, un psychologue finlandais, Kalevi Tamminen avait mené dans ce domaine une recherche pionnière. Dans un livre paru en 1991, « Religious development in childhood and youth », Tamminen a montré que la vie spirituelle était à un niveau maximum chez les enfants et décroissait fortement dans l’adolescence. Tamminen a utilisé deux questions : « avez-vous ressenti à certains moments que Dieu était particulièrement proche de vous ? » et : « À certains moments, avez-vous senti que Dieu guidait votre vie ? » (p.126). Or les réponses à ces questions permettent de constater un niveau très haut de proximité de Dieu chez les enfants entre 7 et 13 ans (66-77%) suivi ensuite par une baisse très marquée. Parmi les jeunes âgés de 16 ans, le ressenti d’expériences fréquentes de la proximité de Dieu était tombé à moins du tiers de ce qu’il avait été chez les enfants âgés de 9 ans. David Hay attribue pour une part cette forte diminution à une censure exercée par la culture dominante. Quoiqu’il en soit, on retiendra le constat d’une sensibilité à la présence de Dieu particulièrement forte chez les enfants finlandais.

En fonction de cette découverte, David Hay et Rebecca Nye se sont engagés dans une recherche sur la spiritualité auprès des enfants britanniques entre 6 et 10 ans. Mais, pour ce faire, ils ont élaboré une méthodologie originale. En effet, ils ont cherché à mettre au point un guide d’entretien permettant d’entrer en conversation avec les enfants sans faire appel à un langage religieux, en utilisant notamment un jeu d’images. Et pour choisir ces images, ils se sont inspiré de trois attitudes associées à la fois à la vie spirituelle et à la démarche enfantine : la conscience de l’ici et maintenant, la conscience du mystère et la conscience de l’essentiel.

Les conversations qui se sont déroulées ensuite avec les enfants témoignent d’un fait indéniable : ils ont tous une vie spirituelle. Bien sûr, leur expression a été extrêmement diverse en fonction de leur personnalité et de leur milieu familial, en particulier, cette expression a revêtu des formes différentes, mettant en œuvre un langage expressément religieux pour les uns, et, pour d’autres, des formes recourant à des modes différents (fantastique, science-fiction..) et à une valorisation de l’implicite.

Quel a été le cœur du message de ces enfants ? Avec l’aide d’un logiciel, les chercheurs se sont engagés dans une analyse textuelle de la transcription des conversations. Cette analyse de contenu a abouti à la mise en valeur de catégories centrales permettant de rendre compte de l’ensemble des dimensions. Au terme de ce travail réalisé par Rebecca Nye, un terme est apparu : celui de « relational consciousness », « conscience relationnelle ».

David Hay nous dit combien il a été initialement désorienté par ce concept, car il avait une tendance à se représenter la spiritualité en terme de méditation. Il a rapidement compris combien le concept de « conscience relationnelle » faisait sens. L’analyse des conversations avec les enfants montrait bien combien ils se sentent reliés à la nature, aux autres personnes, à eux-mêmes et à Dieu. Et, par ailleurs, dans la perspective biologique chère à David Hay, la référence à une relation holistique est un rappel du commencement de notre vie dans le sein maternel. « Il est évident que le processus biologique par lequel on devient un être humain est à l’extrême opposé d’une affaire isolée et abstraite. C’est là, dans ce processus tout à fait naturel que la relation et la « conscience relationnelle » se manifestent comme un mode originel d’être au monde » (p.141).

Un fondement biologique pour la spiritualité.

David Hay nous rapporte comment le fondateur de ce champ de recherche, Alister Hardy, a développé la pensée selon laquelle le potentiel spirituel de l’homme est une faculté qui s’inscrit dans l’évolution des êtres vivants. Dans son jeune âge, Alister Hardy avait vécu une forte expérience de la présence d’une transcendance dans la nature. Ses études de zoologie l’ont fait entrer dans un univers intellectuel où la théorie darwinienne de la sélection naturelle comme moteur de l’évolution était la référence majeure. Alister Hardy n’a pas ressenti cette théorie comme contradictoire à son expérience religieuse antérieure, parce que celle-ci était pour lui d’un autre ordre.

Parvenu à la fin de sa carrière professionnelle, Hardy a exprimé sa vision personnelle dans une session des conférences de Gifford à l’université d’Aberdeen. « Hardy y exprima sa conviction que tous les hommes, membres de l’espèce « Homo sapiens » ont un potentiel de conscience spirituelle… ». Ils peuvent donc être sensibles selon toute une gamme de métaphores à « une présence qui se déroule à travers toutes choses, une puissance sans appellation, Dieu ou les dieux, une puissance montant de l’inconscient… ». Hardy perçoit cette conscience comme un véritable sens. Ce sens est là parce qu’il a une fonction importante. « De fait, il a été naturellement sélectionné dans le processus de l’évolution parce  qu’il nous aide à survivre » (p.37). Selon Hardy, le processus de sélection naturelle n’est pas dirigé uniquement par des facteurs mécaniques en dehors du contrôle des animaux. Il y a aussi chez la plupart des animaux, particulièrement les mammifères supérieurs, une dynamique d’initiative et de choix qui influe sur cette sélection. Et, par exemple, dans les  années 50, on a observé en Angleterre chez certains oiseaux une invention : une capacité nouvelle d’ouvrir le bouchon de bouteilles de lait déposées dans des conditions qui leur en ouvraient l’accès. Selon Hardy, nous sommes des « animaux religieux ». En explorant leur environnement, les précurseurs de l’espèce humaine ont découvert la conscience d’une présence transcendante qui les rencontrait de telle façon qu’ils pouvaient la reconnaître. Ainsi Hardy ne voyait aucune raison qui puisse amener à douter que « la spiritualité est une partie du courant principal de l’expérience humaine, profondément enracinée dans notre nature physique, ce que nous sommes comme organisme biologique » (p.39).

Cette théorie est exposée en détail dans le livre de David Hay. Quels que soient les débats qu’elle peut susciter, nous pouvons lui reconnaître le mérite d’avoir inspiré des recherches de grande portée sur les manifestations spirituelles pouvant être reconnues chez tous les êtres humains.

Effectivement, à une époque où la culture religieuse traditionnelle est en recul, cette approche a inspiré David Hay dans ses recherches sur la vie spirituelle chez les personnes en dehors de l’orbite des institutions religieuses. Et, sur un autre registre, constatant la censure exercée à l’âge adulte par la tradition sceptique issue du siècle des Lumières, David Hay s’est engagé dans une recherche hautement fructueuse sur la spiritualité des enfants.

À l’entrée de son chapitre sur la spiritualité originelle (« primordial spirituality »), David Hay avance une citation percutante du théologien Karl Rahner : « Et même si ce terme (Dieu) devait être oublié pour toujours, même alors dans les moments décisifs de nos vies, nous serions encore constamment enveloppés par le mystère sans nom de notre existence. À supposer que les réalités que nous appelons religions aient complètement disparu… la transcendance inhérente à la vie humaine est telle que nous l’atteindrions encore à travers le mystère qui réside en dehors de notre contrôle » (p.122)

Les recherches sur la spiritualité en perspective.

Les recherches menées par l’Unité de recherche sur l’expérience religieuse et l’« Alister Hardy Trust » (University of Wales) (4), ainsi que les enquêtes de David Hay apportent des données récentes particulièrement pertinentes. Cependant le courant de recherche sur ces questions est plus large et date maintenant du début du XXè siècle. David Hay en retrace l’histoire. Dans cet aperçu, mentionnons simplement une figure majeure, celle du grand  psychologue américain, William James, auteur en 1902 du livre sur la diversité des expériences religieuses : « The varieties of religious experience ».

Cet ouvrage reste un point de repère important. Le nom du théologien et philosophe allemand : Rudolph Otto, auteur d’un livre très influent sur l’expérience de la transcendance : « The Heilige », est également cité. Mais, en regard, comme le souligne David Hay, les recherches actuelles concernent des expériences « ordinaires ».  Dans un ouvrage récent paru en 2008 : « An introduction to religious and spiritual experience » (7), la présidente de la « Alister Hardy Society », Marianne Rankin, présente un panorama très large de ces expériences du passé au présent dans une perspective internationale, interculturelle, interreligieuse. Le chapitre sur la recherche confirme le constat de David Hay sur une reconnaissance assez large de ces expériences. En 1998, deux enquêteurs s’adressant à des passants dans les rues de Londres, ont trouvé que 65% d’entre eux répondaient affirmativement à la question : « Vous est-il arrivé d’avoir une expérience que vous décririez comme sacrée, religieuse, spirituelle, paranormale, mystique ou en forme d’extase ». Des recherches approfondies entreprises en Chine, en Turquie et en Inde donnent également des résultats montrant une bonne reconnaissance de ces expériences.

La culture moderne occidentale et le fait spirituel.

À plusieurs reprises, David Hay émet l’hypothèse que le scepticisme hérité du XVIIIè siècle est encore actif dans la culture occidentale et, à une échelle collective, entraîne une censure socioculturelle vis à vis des phénomènes spirituels. Ainsi consacre-t-il un chapitre à ce sujet : « Pourquoi la spiritualité est-elle difficile pour les occidentaux ? ».

À cet égard, on peut analyser l’influence exercée par des philosophes comme René Descartes et Emmanuel Kant. Ainsi Emmanuel Kant affirme qu’on ne peut avoir une expérience directe de la « noumène », c’est à dire des choses comme elles sont en elles-mêmes, en opposition au monde des apparences physiques ou ce que nous pouvons percevoir par nos sens. Pour Kant, il en résulte qu’il est parfaitement correct de réfléchir à Dieu, mais qu’il n’y a aucun moyen de le rencontrer directement. « En d’autres mots, aussi bien pour les gens ordinaires que pour les philosophes, Dieu n’a aucune réalité, excepté d’être l’objet d’une réflexion théorique » (p.33).

Auteure de livres d’édification spirituelle, Leanne Payne a bien montré dans le même sens « la déchirure entre la tête et le cœur » qui est intervenue entre la pensée et l’expérience (8). « Cette déchirure, répandue chez la plupart des chrétiens, se caractérise par le fait qu’ils acceptent une connaissance conceptuelle au sujet de Dieu comme réalité tant en niant simultanément les manières élémentaires d’aimer Dieu, de le connaître et de marcher avec Lui,  ces dernières étant plus étroitement liées à la connaissance intuitive sans laquelle nous perdons les bienfaits de la raison et ceux de la connaissance conceptuelle. À cause de cette déchirure entre la connaissance intuitive et la connaissance rationnelle, nous vivons à une époque, où peu de gens, même parmi les chrétiens les plus engagés, croient à la présence réelle de Christ avec et en nous » (p.142).

David Hay identifie dans la culture occidentale, plusieurs obstacles à la reconnaissance de la spiritualité. La « conscience relationnelle » se heurte notamment à un individualisme qui se manifeste sous de nombreuses formes, notamment dans la pratique économique, et aussi à l’abandon de la perspective holistique pendant une longue période

Une interpellation pour les églises.

« La spiritualité concerne la relation. Elle consiste à être profondément en communion, corps et âme, avec la totalité de ce que en quoi nous nous trouvons « jeté »… Quand la communion s’atténue ou se brise, nous sommes abandonnés à nos stratagèmes, nous nous réduisons et nous nous appauvrissons, intéressés d’abord et avant tout par la manière de manipuler le monde pour satisfaire nos désirs » (p.209). Ainsi David Hay ne se désintéresse pas de la dimension sociale de la spiritualité. Au contraire, il met en valeur les conséquences néfastes de son recul. Heureusement, nous dit-il, « nos données suggèrent que la conscience spirituelle est enracinée dans la nature humaine ». Et, bien plus, l’énorme montée de l’intérêt pour la spiritualité qui est en train de s’effectuer dans le monde occidental, témoigne de son indestructibilité et est un signe d’espoir » (p.210). Mais il reste un problème ; C’est que « très souvent, la spiritualité est actuellement vécue d’une façon isolée, secrète ». C’est une « spiritualité privatisée », ce qui est une contradiction dans ses propres termes. Au mieux, elle survit alors comme une consolation privée de la personne. Par ailleurs, une « spiritualité privatisée » n’a pas d’impact politique et elle ne peut pas contribuer à la réduction des maux sociaux. Or, en Occident, la représentation sociale de la spiritualité s’est réalisée d’une façon massive, à travers les Eglises. « Comme croyant chrétien », nous dit David Hay, « je suis convaincu que le renouveau spirituel dépend des églises ». Alors quel genre de réponse pouvons-nous en attendre ?

Quel est l’état des lieux. En grande majorité, les britanniques se sont éloignés des églises. Dans son enquête à Nottingham auprès d’une population hors de l’orbite institutionnelle, David Hay a constaté à la fois une recherche spirituelle et une critique très profonde de la pratique religieuse. Quelques reproches sont ainsi formulés : les institutions religieuses entretiennent l’ignorance ; elles sont rigides et autoritaires ; elles sont étroites d’esprit ; elles sont hypocrites ; elles blessent les gens… Bien sûr, toutes les remarques ne sont pas aussi négatives, mais les reproches précédents sont très répandus.

On sait par ailleurs que d’autres enquêtes corroborent ce constat. C’est le cas, par exemple, de la recherche rapportée par Yvonne Richmond et Nick Spencer dans « Beyond the fringe. Researching in a spiritual age » (6). Là aussi, de la part des gens hors des églises, les réponses témoignent à la fois d’aspirations spirituelles et d’une critique sévère des pratiques religieuses.

Quelles suggestions pour les Eglises ?

Dès lors, quelles suggestions peut-on faire aux Eglises en développant une pensée créative à partir des données de la recherche ?

Cette réflexion constructive peut se croiser avec d’autres réflexions analogues : celle de Nick Spencer et Yvonne Richmond dans « Beyond the fringe », et aussi, très particulièrement, entre le chercheur en sciences sociales, Nick Spencer, et le théologien, Graham Tomlin, dans « Responsive Church. Listening to our world. Listening to God » (9). Dans cet ouvrage, on pourra noter la recommandation de Graham Tomlin sur la nécessité de développer  l’apprentissage d’une « spiritualité intime »

 

Quelles sont les grandes orientations proposées par David Hay ?

Tout d’abord, il met l’accent sur la nécessité de développer davantage une mentalité holistique contemplative (« holistic mind-set »). Aujourd’hui, plusieurs courants psychologiques remettent en valeur le rapport entre le corps et la conscience. En regard, on peut se demander si la prière dans les églises est suffisamment profonde. Cela implique davantage de prière dans  la présence  de Dieu : s’adresser à Dieu dans l’ici et maintenant, ne pas seulement parler de Dieu, mais parler à Dieu. Si David Hay n’y fait pas directement allusion, il y a lieu évidemment de mentionner le courant charismatique ou pentecôtiste.

La deuxième orientation concerne un usage plus averti et créatif de la métaphore. Les métaphores, images et comparaisons imagées, « sont bien plus que des procédés rhétoriques, elles modèlent la façon dont nous pensons au sujet de la réalité et dont nous agissons » (p.236). D’après les résultats de la recherche, « les figures religieuses du langage sont bien souvent ressenties comme lointaines et peu pertinentes… En fonction de tout ce qui a été dit ici de la métaphore, une recherche majeure est nécessaire pour découvrir en détail la nature de l’écart culturel qui engendre la suspicion vis-à-vis du message religieux ».

La promotion d’une conscience spirituelle a un effet positif sur la vie sociale. David Hay prône un engagement des églises dans le développement de communautés vivantes. Hay cite en exemple « l’expérience de Peckam » qui a été un essai pour réaliser une approche communautaire positive en faveur de la santé dans une vision globale et holistique, un appel à ce que le pionnier de cette

Expérience, Douglas Trotter, appelait : « être pleinement vivant ». La prière est le fondement d’une communauté où l’on s’aime. Comme notre recherche l’a montré, elle est bien plus qu’un moyen d’échapper à la solitude humaine. Elle est aussi la reconnaissance du rôle de notre physiologie dans l’ouverture à une conscience de la transcendance » (p.241).

David Hay nous invite également à développer un dialogue authentique : « La conclusion que je tire de ma recherche est que la plupart des gens sont profondément intéressés par les questions spirituelles… Ils m’ont appris quelques vérités surprenantes sur l’universalité et le sérieux de la recherche d’un sens ultime ; pour le dire dans les termes du langage chrétien, le Saint Esprit est toujours présent et en lien avec toute la création ; si nous voulons redécouvrir la vie intense de l’Esprit qui nous est offerte par la grâce divine, alors il doit suivre qu’il y a beaucoup à apprendre sur les voies de Dieu en écoutant attentivement ce que « les outsiders », tels qu’on les appelle, ont à nous dire sur leur recherche » (p.242).

 David Hay recommande un mode de rencontre en terme de dialogue : reconnaître la primauté de la relation personnelle entre moi-même et la personne avec qui je suis en relation et en communication. Son expérience de la recherche a profondément marqué David Hay. « Durant ma recherche à Nottingham, j’ai souvent écouté la manière dont Dieu le Saint Esprit était déjà en train de communiquer avec les gens… Idéalement ce que nous avons découvert ensemble, c’est un mode de dialogue dans le respect mutuel  à travers la séparation croissante entre le monde séculier et le monde religieux. Dans ce processus, nous nous sommes engagés nous-même dans la reconstruction d’un langage spirituel commun » (p.244).

David Hay aborde ensuite le problème de la souffrance si présente dans la vie.

Un changement culturel favorable à la spiritualité.

À de nombreuses reprises, David Hay a montré combien des obstacles d’origine culturelle limitent la manifestation de la spiritualité. Alors la transformation qui est en train d’advenir dans la culture d’aujourd’hui est une bonne nouvelle.

De nouvelles approches scientifiques se développent. Le « principe anthropique » déclare qu’il y a un lien profond entre l’observateur et l’observé. Il y a une continuité entre les constituants. « La participation, principe suprême dans la conscience relationnelle, devient le vrai mode de relation avec la réalité.. . Le Cosmos est un, indivisiblement un » (p. 249).

Et, de plus, les transformations technologiques en cours engendrent l’interconnexion. Comme nous entrons de plus en plus dans un réseau interconnecté, il en résulte la nécessité de bases nouvelles, psychologiques et spirituelles pour expérimenter et penser, de la reliance des êtres humains entre eux jusqu’au « cosmos dans le mental ».

Ce changement de vision commence à se répercuter dans les relations sociales. On commence à entrevoir des incidences dans la vie économique. Et bien sûr, le fonctionnement hiérarchique dans les églises se trouve également remis en cause. Ainsi un climat nouveau apparaît. Cette recherche s’inscrit dans cette grande transformation. C’est la reconnaissance de ce que quelque part des gens ont toujours reconnu : « There is something there » ; « Il y a bien quelque chose », un appel, une voix spirituelle.

Une vision nouvelle.

« Something there ». Il y a bien quelque chose ! Dans la modestie de son titre, ce livre porte loin. Il ouvre un horizon nouveau.

Nous n’entrerons pas ici dans un commentaire sur le rapport entre l’évolution biologique et le potentiel spirituel des êtres humains, sachant qu’à ce sujet, il peut y avoir débat. Notre intention est de mettre en valeur quelques apports du livre de David Hay et d’ouvrir en conséquence quelques pistes de réflexion.

Tout d’abord, à la suite d’Alister Hardy dans sa recherche méthodique, David Hay nous introduit dans un univers nouveau,  celui des expériences religieuses et spirituelles. Ce n’est pas une contribution anodine. Nous voici en présence d’une réalité impressionnante qui parle à notre esprit et à notre cœur, une réalité spirituelle qui fait irruption dans notre univers, l’invisible qui apparaît dans le visible. Pour la plupart d’entre elles, ces expériences portent un message convergent qui nous parle d’harmonie, de beauté, d’unité, d’amour. Cette réalité spirituelle n’est la propriété d’aucune philosophie, d’aucune religion. Elle est donnée. Elle est ouverte à tous les hommes puisqu’elle peut, un jour, se manifester à tel ou tel.

Cependant, ces expériences se manifestent à travers un langage et une culture.

À cet égard, puisque nous nous exprimons ici comme chrétien, nous pouvons rendre grâce à Dieu pour son abondante manifestation auprès de ceux qui croient en Lui dans la dimension de la communion du Père, du Fils en la personne de Jésus ressuscité, du Saint Esprit. Les expériences religieuses et spirituelles abondent en milieu chrétien, et si elles requièrent un discernement, elles sont particulièrement nombreuses, lorsqu’il n’y a pas une censure culturelle susceptible d’en contrarier l’expression. Dans une perspective comparative, il y a un fait majeur : la foi chrétienne donne immédiatement un cadre d’interprétation à ces manifestations.

Mais nous exprimant ici comme chrétien, nous sommes bien placés pour regretter l’exclusivisme qui règne dans certains cercles. La formule : « hors de l’Eglise, point de salut », si elle a perdu son hégémonie, est toujours latente ici ou là. Pour certains chrétiens, hors d’un christianisme patenté, les expériences spirituelles sont difficiles à admettre et souvent suspectes. Finalement, à certains égards, la grandeur de Dieu est méconnue et sa grâce est ignorée.

Cependant, hors du champ chrétien, ces expériences ne sont pas seulement un bienfait de Dieu. Elles suscitent naturellement chez ceux qui les ont éprouvées, une recherche pour mieux connaître l’origine. Et nous ne manquons d’exemple à ce sujet. Nous avons déjà cité celui qui a vécu une telle expérience à seize ans, qui a cheminé ensuite pour embrasser la foi chrétienne et devenir un grand théologien : Wolfhart Pannenberg. De fait, la prise en compte de ces expériences nous appelle à un nouveau regard. Le Saint Esprit agit par des voies diverses, parfois directement, parfois indirectement. L’annonce directe de la foi ne doit pas exclure la prise en compte et la reconnaissance de l’œuvre de l’Esprit en des termes où sa manifestation deviendra le point de départ d’un cheminement et d’un dialogue dans lequel cette œuvre pourra trouver sa perspective.

Et d’ailleurs, David Hay nous appelle à annoncer l’Evangile d’une autre façon encore. Car s’il nous parle des expériences spirituelles et religieuses, une bonne partie de son ouvrage porte sur un autre aspect de la réalité spirituelle : une manière de voir et de sentir qui chemine et se manifeste dans le cadre de ce que David Hay considère comme une prédisposition en quelque sorte inscrite dans la nature humaine et qui engendre une aspiration et un questionnement. Ainsi, nous fait-il découvrir combien l’enfant porte en lui une intuition spirituelle. Combien cette découverte rejoint les paroles de Jésus à propos des enfants ! Et, plus généralement, David Hay, en allant à la rencontre des gens hors Eglise, trouve bien souvent des recherches éclairantes. Et il nous dit, combien à travers les entretiens inscrits dans sa recherche, il a vraiment cheminé avec eux et participé à l’émergence d’une conscience spirituelle et du langage nouveau qu’elle appelle. Cette approche rejoint celle des chrétiens engagés dans un dialogue amical et respectueux avec des personnes en recherche. Elle évoque notamment pour nous la démarche de l’Eglise émergente telle qu’elle est évoquée par Michaël Moynagh ou Brian McLaren.

La représentation de la spiritualité que nous propose David Hay, émerge d’un vécu. Et il nous paraît que cette représentation comme « une conscience relationnelle » ouvre notre regard et fait sens. C’est une spiritualité en marche, inscrite dans la vie et ouverte sur la vie. C’est une spiritualité qui unifie, qui renverse les barrières. Lorsqu’on évoque la « conscience relationnelle » comme une relation avec Dieu, avec les autres, avec soi-même, avec la nature, c’est bien en ces termes qu’on peut lire les Evangiles et en recevoir l’inspiration. Certains écrits illustrent bien cette réalité (10).

Par ailleurs, comme le souligne Davis Hay, cette spiritualité n’est pas seulement un don pour la vie privée, elle est aussi une invitation à une présence active dans la société, un ferment pour un développement communautaire. Bref, David Hay rejoint la pensée de théologiens comme Jürgen Moltmann (11), et d’autres qui mettent l’accent sur une vision globale de l’œuvre de Dieu dans lesquelles les différentes dimensions prennent leur place.  Par son accent sur l’œuvre de l’Esprit, un Esprit sans frontières pour reprendre l’expression de William Davies (12), un Esprit qui nous précède et qui inspire le dialogue, une vision de l’Eglise qui échappe à ses enfermements, la pensée de David Hay nous paraît également converger avec le courant de l’Eglise émergente dont on parle abondamment sur ce site (13).

Il y a aussi dans la pensée de David Hay une compréhension renouvelée de la dynamique culturelle. David Hay situe l’expression de la spiritualité dans une histoire culturelle. Il nous instruit ainsi sur les obstacles qui, au cours des siècles derniers, ont contrecarré l’expression spirituelle dans la société et jusque dans les Eglises. Cette censure socioculturelle est et a été plus ou moins forte selon les cultures nationales. Cependant David Hay nous annonce à ce sujet une bonne nouvelle. Cette censure commence à faiblir parce que nous vivons actuellement une véritable « révolution » culturelle. Nous entrons dans une nouvelle perspective, systémique, holistique, dans laquelle commence à prévaloir la reliance, l’interconnexion et une unification qui abaisse bien des barrières (14).. La spiritualité se meut de plus en plus librement dans ce nouveau paradigme. La contribution de David Hay s’inscrit dans ce mouvement. Elle nous ouvre une vision nouvelle .

Jean Hassenforder 

 

Notes.

1)   Hay (David). Something there. The biology of the human spirit. Darton, Longman, Todd, 2006

2)   Beauregard (Mario), O Leary (Denise). Du cerveau à Dieu. Plaidoyer d’un neuroscientifique pour l’existence de l’âme. Tredaniel, 2008. Ce livre comporte un chapitre sur les expériences religieuses et spirituelles. Présentation du livre sur le site : ** Lire l’article “L’esprit, le cerveau et les neurosciences ” **

3)   Cf : textes biographiques. Cette expérience fondatrice est mentionnée sur Wikipedia. Pannenberg fait partie des théologiens qui reconnaissent dans l’homme un sens spirituel à l’image de Dieu.

4)   ** Voir le site internet : Religious experience research center. Studying religious and spiritual experiences ** (University of Wales. Lampeter). ** Voir aussi le site du « Alister Hardy Trust ». **

5)   Bréchon (pierre), Tchernia (Jean-François), dir. La France à travers ses valeurs. Armand Colin, 2009. ** Lire sur ce site : « L’émergence d’un nouveau paysage religieux en France. Croire sans appartenir » **

6)   Spencer (Nick), Richmond (Yvonne). Beyond the fringe. Researching in a spiritual age. Cliff College Publishing, 2005. ** Voir sur ce site : “Les grandes questions de la vie” ** 

7)   Rankin (Marianne). An introduction to religious and spiritual experience. Continuum, 2008.

8)   Payne (Leanne). La prière d’écoute. Raphaël, 1996.

9)   Spencer (Nick), Tomlin (Graham). The responsive church. Listening to our world. Listening to God. Intervarsity Press, 2005. ** Sur ce site : Une église capable de répondre au défi du changement. Apport de la recherche et de la réflexion théologique ** .

10)                     L’auteur de ce texte perçoit une forte expression de cette « conscience relationnelle » dans une méditation parue sur ce site dans les méditations plurielles : ** Lire le texte d’Odile “Dieu pourvoit avec élégance. ” **

11)                     ** Voir sur ce site : une théologie pour notre temps. L’autobiographie de  Jürgen Moltmann. **

12)                     Davies (William R). Spirit without measure. Charismatic faith and practice. Darton, Longman, Todd, 1996. ** Lire sur ce site : “une ouverture théologique pour le courant charismatique ” **

13)                    ** Voir les nombreux articles sur l’Eglise émergente à travers le moteur de recherche **

14)  Des chrétiens commencent à envisager l’Eglise dans cette nouvelle perspective. A cet égard, un livre, qui vient de paraître aux Etats-Unis, nous paraît un important point de repère. L’auteur inscrit l’Eglise dans le nouveau paradigme culturel où la relation , sous toutes ses formes, et notamment dans le contexte des réseaux, prend une importance déterminante et rejoint la nature relationnelle de Dieu trinitaire : Friesen  (Dwight J.). Thy Kingdom connected. What the church can learn from facebook, the internet, and other networks. Baker books, 2009. Nous en reparlerons.