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Quelques repères dans la nébuleuse évangélique :
1° On en parle
Au printemps 2006, un ministre luthéro-réformé du Nord-Est de la France s’exprimait dans le courrier des lecteurs d’un grand journal pour protester contre l’omniprésence des évangéliques dans les médias : « nous aussi on existe ! », exprimait-il en substance.

A peu près à la même période, un archevêque catholique du Sud-Est de la France signalait son vif désir de rencontrer non seulement les habituels réformés, mais aussi les autres chrétiens d’églises issues de la Réforme. Désir concrétisé à haut niveau par le dialogue entre l’Eglise catholique et l’Alliance évangélique, tant mondiale que française.

Donc les évangéliques, pour certains on en parle trop. Et pour d’autres, on ne parle pas assez avec eux. Intéressant que le plus demandeur se situe, dans ces deux exemples, côté catholique…

C’est en tout cas effectivement un bon sujet pour les médias.
Le « Monde des religions » (septembre-octobre 200è) propose un article de six pages sur les évangéliques, intitulé « les nouveaux visages du protestantisme » ; tout est dit.
Et « Historia», dans la dernière livrée de sa série thématique (automne 2007) sur « les protestants », consacre un espace équivalent à « La montée en puissance des évangéliques. »

2° On ne peut pas les ignorer
Voilà quelques signes indiquant qu’on ne peut plus ignorer, passer sous silence, regarder de haut ou diaboliser cette frange particulièrement active du protestantisme.
En France, les évangéliques « TTC » (toutes tendances confondues) ouvrent un nouveau lieu de culte tous les quinze jours.
Depuis quelques décennies, leur croissance est telle que s’il fallait la représenter par un trait sur un graphique, elle serait bien plus proche d’une ligne ascendante que d’une horizontale éventuellement descendante dans laquelle d’autres pourraient se retrouver…

C’est Sébastien Fath, le sociologue spécialiste en la matière, qui signe du reste le texte sur « la montée en puissance des évangéliques » dans Historia.
Il y indique qu’ils représentent aujourd’hui « un gros tiers des protestants (mais) plus des trois quarts des pratiquants ». Imposant.

C’est moins tapageur que le pavé du Nouvel Obs jeté dans la mare médiatique en février-mars 2004, « les évangéliques, la secte qui veut conquérir le monde », mais tout à fait parlant.

Fath a le bon goût de ne pas jouer sur les peurs fantasmagoriques que suscite le phénomène et de ne pas non plus verser dans le triomphalisme. Pourtant, du côté des sociologues, on pense assister à une prise de pouvoir par rapport aux Eglises traditionnelles, ce « lambeau de civilisation obsolète » voué à disparaître d’ici à un demi siècle selon les prévisions les plus alarmantes.

3° Quatre dates
Quittons ces projections futuristes – et aléatoires — pour poser quatre repères historiques dans l’histoire du monde évangélique.

Année 1523. La première communauté indépendante de la puissance publique est fondée à Zürich, en Suisse. Elle appartient au mouvement dit de la « réforme radicale » et voit le jour quelques années à peine après le début de la réforme protestante initiée par Luther en 1517.

Fin du 16ème siècle, début du 17ème. Naissance du puritanisme qui va prôner une logique de conversion au sein de l’Eglise anglicane puis initier l’épopée de la Non conformité et débarquer parmi les premiers pionniers sur le continent américain.

Fin du 17ème siècle. Vaste entreprise de réforme interne du luthéranisme par le courant piétiste mettant en avant la prière et la lecture de la bible en petits groupes, selon le principe des « ecclésioles dans l’Église. »

Enfin, 1730-1740. Ce qu’on a appelé le « grand Réveil » en Amérique du Nord et en Angleterre, avec Jonathan Edwards et George Whitefield, évangéliste hors norme, puis John Wesley. C’est à cette période-la que les historiens datent unanimement « l’affirmation pleine et entière du protestantisme évangélique ». Le siècle suivant verra l’éclosion de réveils de la même veine ailleurs en Europe, avec un fort impact en France et en Suisse.

De même que la Réforme protestante du 16ème siècle a eu – ou s’est appropriée — des pré-réformateurs (François d’Assise, Jérôme Savonarole, Jean Hus, John Wycliffe), l’évangélisme a ses précurseurs et peut se targuer d’une histoire pluriséculaire. Idéologiquement, il se sent d’ailleurs proche de nombreux témoins du Christ antérieurs à la Réforme et se plaît à prendre pour modèle l’Eglise primitive.

En France, le mouvement évangélique prend forme à partir de 1800, au moment de l’instauration du régime concordataire, bien qu’il n’en bénéficie pas ; il compte alors 2000 ressortissants.

4° Quatre caractéristiques
Une des nouvelles Eglises membre de la Fédération protestante s’appelle Foursquare ; il s’agit d’un important mouvement pentecôtiste sur le plan international. Le terme, littéralement « quatre coins » fait allusion aux quatre vérités fondamentales remises en valeur dans le mantra pentecôtiste : « Jésus sauve, Jésus baptise, Jésus guérit Jésus revient ».

Pour les évangéliques on peut de même repérer quatre caractéristiques qui leur sont communes : le biblicisme, le crucicentrisme, la conversion et l’engagement.

1. Le biblicisme signifie la reconnaissance de la Bible comme étant la Parole entièrement inspirée par Dieu et faisant autorité, juste et inerrante.
2. Le crucicentrisme se réfère à la centralité de la Croix, à savoir l’œuvre expiatrice du Christ, seule source de salut pour l’homme.
3. La conversion est le changement produit dans la vie des individus par leur rencontre du Christ ; il y a un avant et un après la conversion. Cela se traduit par des « témoignages de conversion » et des baptêmes exclusivement d’adultes dans la plupart des milieux évangéliques.
4. L’engagement enfin, est typique de ces communautés où il n’y a pas – ou peu – de membres passifs ; voilà pourquoi ce « gros tiers » des protestants représente en fait plus du trois quart des pratiquants ! Chaque membre est censé pouvoir professer sa foi ; d’où l’appellation d’ « églises de professants ». Et donc, capable témoigner du Christ autour de lui ; d’où cette importante croissance.

Commentaire
1° Tout d’abord, ces caractéristiques ne sont pas « l’Amérique du christianisme », elles n’ont pas été découvertes par les évangéliques. Toute Eglise chrétienne accorde une grande valeur à la bible, met au cœur de sa foi le don du Christ, prêche la conversion et appelle ses fidèles à vivre leur foi.
Mais la présence de ces quatre valeurs et leur accentuation dans le monde évangélique en fait des éléments typiques de ce dernier.

2° Seconde remarque, les deux premières caractéristiques sont d’ordre théologique – la bible et le Christ – et les deux autres ont trait à la vie concrète – conversion et engagement. Il y a donc un bel équilibre entre l’essentiel et l’existentiel.

3° Dernière remarque, si tous les évangéliques se retrouvent dans ces caractéristiques, leur pensée n’est pas monolithique pour autant. On trouvera chez eux des nuances importantes quant à l’interprétation des Ecritures (herméneutique), à la portée de l’œuvre de la Croix, au processus de la conversion et à l’engagement effectivement demandé aux adhérents.

5° Divers types de spiritualité
Arrêtons-nous maintenant sur les principaux types de spiritualité repérables actuellement dans le monde évangélique.
Il existe bien entendu plusieurs classifications possibles. Celle-ci adopte une présentation en quatre spiritualités.

1° Les Églises dites historiques, compte-tenu des « ancêtres évangéliques » (cf. point 3°), abritent toutes une spiritualité assez importante basée sur les caractéristiques présentées au point précédent (cf. le commentaire) qui sont intégrées aux spécificités ecclésiologiques du multitudinisme. D’ailleurs, sans un solide noyau confessant, aucune paroisse ne peut continuer à vivre.

2° L’évangélisme classique, lui, a donné naissance à des communautés distinctes et s’est développé de 1800 à 1930 sans véritable concurrence. Il se retrouve pleinement dans les quatre caractéristiques mentionnées au point 4°.

3° Le pentecôtisme, né en Amérique du Nord il y a un siècle, ajoute une cinquième caractéristique qui est l’expérience de baptême du Saint-Esprit, distincte de la conversion ; celle-ci est accompagnée par le signe initial du parler en langues.

Le pentecôtisme a constitué le terreau sur lequel a éclos le mouvement charismatique, transconfessionnel à ses origines ; c’est la deuxième vague pentecôtisante. Ses adeptes sont ouverts à l’œcuménisme et mettent l’accent sur la vie et les dons de l’Esprit, mais sans le « passage obligé » du baptême de l’Esprit.

La troisième vague, dite des « signes et miracles », est également charismatique ; elle se caractérise par la création de communautés charismatiques distinctes à la fois du pentecôtisme et des Eglises historiques. Plusieurs d’entre elles sont aujourd’hui membres de la Fédération protestante de France ; elles fonctionnent selon une logique de réseau et font preuve d’une ouverture œcuménique plus significative que les évangéliques classiques.

4° Depuis quelques décennies, les flux migratoires sont venus secouer l’échiquier mondial, et donc français. De nombreuses communautés issues de l’immigration se sont constituées et représentent une nouvelle identité de type inter culturel au sein du protestantisme évangélique. Elles représentent aujourd’hui environ 1/8ème du monde évangélique et connaissent le plus fort de taux de croissance au sein du protestantisme. On répertorie une trentaine de communautés à Marseille et à Strasbourg, une cinquantaine à Lyon et plusieurs centaines en région parisienne, sans parler de tous les autres lieux de vie.

6. Principales caractéristiques des communautés issues de l’immigration

I. Des églises de provenance et de fonctionnement divers :
1. soit en lien avec le pays et la dénomination d’origine
2. soit autonomes dans leur organisation, mais fonctionnant en réseaux de spiritualité pouvant être transnationaux
3. soit fonctionnant en électrons libres, avec des leaders auto-proclamés

II. Tout l’éventail des spiritualités présentes dans le monde évangélique :
1. réformé ou luthérien, avec forte tendance piétiste
2. classique, avec accent sur la croix, etc.
3. pentecôtiste, avec accent majeur sur l’expérience et les manifestations surnaturelles de l’Esprit saint

III. Et encore :
1. un fardeau pour l’évangélisation : des compatriotes, des continentaux, des français…
2. un vivre ensemble fort et communautaire permettant aux ressortissants de se retrouver, de gonfler leurs batteries et de tenir le coup
3. peu de communautés ethniques, pas mal de mélanges sous une même bannière spirituelle
4. tension entre la recherche de reconnaissance et la méfiance envers les églises installées
5. culture œcuménique réduite, mais avec des ouvertures parfois étonnantes
6. contacts souvent occasionnés par la recherche de locaux
7. beaucoup de reconnaissance lorsqu’elles sont prises en considération par les églises-sœurs

7. Un projet « mosaïc »
Après une première phase de réflexion et de prise de contacts, la Fédération protestante de France a décidé de lancer, en septembre 2006, le Projet Mosaïc.

Les principes sous-jacents du Projet sont :
1. Priorité à l’accueil initial de ces communautés
2. Prise en compte respectueuse et ouverte de cette nouvelle composante du protestantisme évangélique
3. Souhait d’élargir la mosaïque pour inventer de nouvelles façons d’être Église ensemble
4. Dialogue et rapprochement pour mieux être témoins du Christ ensemble

Pour ce faire, le Projet Mosaïc a pour objectif de créer des liens entre le protestantisme autochtone et ces communautés nouvelles.

Il s’est fixé quatre objectifs :
1. Découverte mutuelle
2. Intégration ecclésiale et sociale
3. Formation des responsables
4. Actions concrètes

Et il se concentre sur quatre régions autour des villes de :
1. Paris
2. Lyon
3. Marseille
4. Strasbourg

Un chargé de mission — rédacteur du présent texte — est à disposition pour mettre en route des activités et des réflexions dans les régions retenues ainsi que partout où des projets sont en cours d’élaboration ou de réalisation.

Une partie du travail consiste à rencontrer les responsables des églises issues de l’immigration et de les mettre en contact avec ceux des églises autochtones. Il y a aussi tout un travail de sensibilisation et d’approfondissement demandé par les communautés du protestantisme historique. Il anime également un comité de suivi qui se penche sur le vécu du projet et sur des questions théologiques.

Des Églises émergentes
En à peine plus de deux siècles, la nébuleuse évangélique a pénétré l’ensemble du territoire français et déploie une énergie qui résiste à l’essoufflement.

Des forces centrifuges et des forces centripètes, des replis identitaires et des rapprochements, des éclatements et des fusions traversent cette nébuleuse à l’instar des « tempêtes cosmiques », à la fois perturbantes et génératrices de formes nouvelles de vie.

L’une d’elles, porteuse d’espérance, est le courant des « Églises émergentes » venu du monde anglo-saxon. Il prône un nouveau type de présence et de témoignage au monde, dont la communion anglicane s’est fait le champion en postulant une « économie mixte », avec une juxtaposition de paroisses traditionnelles et de ministères très novateurs pour rejoindre nos contemporains.

Au delà du monde évangélique, n’y a-t-il pas là une saine interpellation adressée à l’ensemble du Corps du Christ, qu’on appelle aussi l’Église universelle ? Universelle ou catholique, à savoir « dans toutes ses composantes ».
Mais peut-elle avoir une authentique universalité si elle ne rejoint pas l’ensemble des humains, quitte à diversifier et à modifier les formes ecclésiales pour mieux mettre en avant le fond : l’Évangile ?

Pasteur Antoine Schluchter, chargé de mission du Projet Mosaïc, 16 janvier 2008.

Références: Groupe “Recherche” Témoins