En préalable il est bien convenu que, dans le cadre d’une réflexion sur « l’offre religieuse », la recherche d’optimisation ne peut porter que sur sa formulation, sa « forme » et non sur le fond. Toutefois on peut s’interroger sur la relation entre la forme et le fond.

Le théologien Hans Küng dans son livre « Le Christianisme : ce qu’il est et ce qu’il est devenu dans l’histoire » nous dit que si le contenu du message chrétien (ce qu’il appelle ESSENCE) est totalement invariant, la façon de l’exprimer (ce qu’il appelle FORME)° doit nécessairement évoluer:
…Pour faire droit à la réalité de l’Eglise, il faut en général prendre en compte (ce qui appelle une approche à la fois sociologique, politique et théologique) les interdépendances …/… entre ESSENCE et FORME…
Dans l’histoire du christianisme et dans la façon dont il se comprend lui-même, nous retrouvons donc quelque chose qui perdure, une « essence » (essentia, natura, substantia). …/… Cette essence ne se révèle que dans le changement.
L’« essence » du christianisme ne se révèle pas dans une immuabilité et une abstraction métaphysiques , elle apparaît sous une « forme » historique toujours changeante. Et pour percevoir cette « essence » originelle, permanente – non pas statique et figée, mais se réalisant dynamiquement dans l’événement – il faut considérer la « forme » historique, qui change continuellement.
L’essence réelle du christianisme réel se concrétise dans ses différentes formes historiques. Deux choses sont à considérer ici : Essence et forme sont inséparables ; … Essence et forme ne se confondent pas.

Ce texte exprime la relation étroite entre le fond, l’essence, et la forme. Celle-ci se doit de réagir aux inévitables mouvements culturels.

L’historien René Rémond dans son livre « Le christianisme en accusation » nous dit :
Les forces religieuses, les courants, les traits de mentalité ne cessent de se métamorphoser, évoluent selon des schémas qui ne sont pas toujours prévisibles. (L’Eglise) laissera sans doute une plus grande place à l’individu et il lui faudra trouver des formes, des stratégies pastorales adaptées pour rejoindre les consciences de demain. Les arguments d’autorité ne seront plus utilisables comme autrefois.

Il continue plus loin en disant :
Pour rejoindre Pascal, je dirais que les chrétiens doivent vivre en état d’inquiétude, d’insatisfaction permanente… Quels que soient les contextes et les époques, l’individu exprime des besoins humains et spirituels auxquels il faut répondre.

Pour s’exprimer de façon toujours pertinence, l’Eglise doit donc sans cesse observer les glissements comportementaux, culturels et les traduire dans ce qu’elle propose à vivre… d’autant plus que se vit actuellement un réel divorce entre la croyance et la pratique !

De récentes données statistiques montrent que la France (comme la plupart des pays européens) connaît depuis 50 ans une baisse de l’influence de la religion. Depuis la génération du baby boom, chaque nouvelle génération est moins chrétienne que la précédente… Cette « perte de religieux » s’est accentuée dans le milieu des années 1960.
Les années 1960 parlaient de « l’éclipse du sacré dans la société industrielle » de « sécularisation », de « processus de rationalisation », de « perte d’emprise des Eglises », « d’individualisation » des manières de penser et de vivre.
« Les enquêtes effectuées en 1981 et 1990 indiquaient que toutes les variables religieuses marquaient un recul au niveau des 11 pays européens enquêtés à ces deux dates. »
« Chez les jeunes, cette rupture s’expliquait par la « contestation », la « libéralisation des mœurs », et « l’hédonisation » de la vie… »

Les années 1990 voient pourtant une remontée des croyances…
Chez les jeunes apparaît une remontée des croyances liées à l’après mort.
La remontée de ce courant est marquée par des « attitudes individualistes », la recherche d’une « religion à la carte », un « recentrage sur l’ici-bas » sans abandon de la religiosité, l’expression d’une « attitude plus « pragmatique », recherchant « l’épanouissement terrestre à travers la religion ».
En Grande Bretagne on constatait l’importance du « croire sans appartenir ».

Ainsi, les sociologues qui se penchent sur les phénomènes religieux parlent aujourd’hui de « revanche de Dieu », de « retour du religieux », de « recomposition religieuse », de « dé-sécularisation »… mais il semblerait toutefois que « Dieu a changé d’adresse ».

Précisons que pour la France « retour du religieux » est très relatif :
Toutes religions confondues, la France reste le pays à dominante catholique le moins religieux d’Europe de l’ouest (à partir du critère d’appartenance religieuse).
Seul les Pays-Bas (pays à religiosité ‘mixte’) ont une religiosité globale inférieure à la France .

Cette relative « remontée des croyances » s’accompagne d’une baisse de l’appartenance et de la pratique religieuse .
« Les neufs pays de la CEE comptent en 1999 27% de pratiquants réguliers contre 36% en 1981, 26% de chrétiens pratiquants irréguliers (28% en 1981), 17% de chrétiens non pratiquants (21% en 1981), 18% de sans-religions non athées (8% en 1981) et 6% de sans-religions athées convaincus (4% en 1981) sur l’ensemble de l’échantillon. » …/…
et « le degré d’intégration religieuse est d’autant plus faible que les individus sont plus jeunes. »
« En 1999, 24% des sans-religions se sentent « religieux », contre 17% en 1981 ; il arrive à 33% de « prendre un moment pour prier… », contre 27% en 1981. 31% croient en Dieu, contre 22% en 1981 ; et 24% croient en une vie après la mort, contre 12% en 1981. Le développement de cette religiosité autonome, diffuse, détachée du christianisme, phénomène apparu dans l’enquête de 1990, est sans doute le phénomène le plus original.
(tableaux page 154)

En Résumé :
La croyance cesse de diminuer pour légèrement remonter,
L’appartenance et la pratique religieuses continuent de baisser.
En conséquence, les chrétiens sans église représentent l’un des groupes à croissance la plus rapide… !

Ces données objectives montrent bien la nature du défi lancé à nos Eglises : COMMENT, TOUT EN GARDANT INTACT LE MESSAGE EVANGELIQUE, L’EGLISE PEUT-ELLE ÊTRE DAVANTAGE EN PHASE AVEC LES BESOINS ET ATTENTES DE RELIGIEUX DE NOS CONTEMPORAINS.

Dans un style sûrement provocateur, mais non sans fondement, Marcel Gauchet, dans un ouvrage collectif écrivait récemment :
« S’il ne se passe rien, on peut dire que dans un siècle, il restera en Europe plus grand-chose du christianisme. Mais il peut être totalement transformé par des innovations dont nous n’avons pas aujourd’hui la moindre idée . »

Alors, la dynamique cellulaire est-elle la réponse qu’il faut ?
Pour éclairer notre partage, nous rappelons d’abord à quels fondamentaux nous appellent les Ecritures ;
Nous observerons ensuite les aspirations qui habitent et caractérisent la quête spirituelle de nos contemporains.
Nous terminerons en montant que la dynamique cellulaire, bien que non spécifique à notre temps, est en adéquation avec les composantes de notre culture.

1°) Ce que l’ESSENCE a d’essentiel

Partageons rapidement quelques fondements qui caractérisent ce que nous avons appelé ESSENCE et qui sont essentiels à la construction de l’Eglise d’aujourd’hui :

L’église locale incarne l’Eglise dans son ensemble
Précisons tout d’abord que le mot Ecclésia traduit en français par Eglise n’est pas un mot à l’origine religieux ; il désigne toute réunion de type assemblée de personnes… et même une émeute !
Ce groupe de personnes, l’Eglise, exprime la réalité de l’Eglise. Hans Küng dans son livre ci-dessus cité nous dit :
Ce qui fonde l’Eglise n’est pas d’abord un culte propre, une constitution propre, une organisation propre avec des ministères déterminés, mais c’est uniquement, nous l’avons vu, la confession de ce Jésus en qui la foi voit le Messie, confession scellée par le baptême et célébrée par le repas festif en souvenir de Lui.
La réunion concrète pour le service divin était déjà considérée dans le paradigme judéo-chrétien comme la manifestation, la représentation, la réalisation de la communauté de Jésus qui vient de naître.
Toute Eglise locale incarne pleinement l’Eglise dans son ensemble. Elle dispose de tout ce dont elle a besoin, la où elle est, pour le salut des hommes : l’annonce de l’Evangile, le baptême, le repas du Seigneur, les différents charismes et services. Dans chaque communauté particulière, tous ses membres sont fondés à se considérer comme le peuple de Dieu, le corps du Christ, le temple de l’Esprit.

L’Eglise vit l’égalité dans la complémentarité
Chacun dans l’église est au service de la communauté par le charisme particulier que l’Esprit lui a donné.
Bien que tous les membres de cette Eglise primitive aient été fondamentalement égaux, bénéficiant fondamentalement des mêmes droits et soumis aux mêmes obligations, il ne s’agissait pas d’un égalitarisme indifférencié, d’une mise au pas et d’une homogénéisation qui auraient nivelé la diversité des dons et des services. Au contraire, la communauté primitive de Jérusalem, qui n’avait, selon Luc, qu’ « un cœur et une âme », faisait place à des personnalités contrastées, des positions diverses, des fonctions (diakonia = service) différenciées.

Le service se vit dans la soumission réciproque
L’idée d’une « autorité hiérarchique » est étrangère aux communautés des débuts du christianisme.
A ses (Paul) yeux, l’unité et l’ordre étaient plutôt garantis par l’action de l’unique Esprit, qui ne fait pas don à chacun de tous les charismes, mais qui offre à chacun son charisme (selon la règle : à chacun le sien !), charisme dont il ne faut pas faire un usage personnel, mais qu’il faut mettre au service des autres (selon la règle : ensemble les uns pour les autres !) et dans l’obéissance à l’unique Seigneur (selon la règle : il faut obéir au seul Seigneur !).

Dans la collégialité
Un comportement solidaire, une entente collégiale, une prise de parole participante, la communication et le dialogue – tels sont, dans la vie de la communauté, les signes de l’Esprit de Dieu, qui coïncide avec l’Esprit du Christ. …/… Pour autant que nous puissions en juger aujourd’hui, les service d’ordre et de direction se sont d’abord instaurés de façon autonome dans les communautés fondées par Paul. Pas un mot en tout cas d’une institution juridique. …/… Avant tout, c’est la communauté que reposent toujours la responsabilité et les décisions. Les évêques et les diacres sont élus par elle.
Tous les baptisés « doivent considérer sérieusement que tout membre du corps du Christ est porteur d’une dignité particulière et est appelé à participer à la responsabilité dans la construction d’une communauté de frères et de sœurs sous la direction de l’Esprit Saint »

Dans les maisons
« Dans la communauté primitive également – à Jérusalem et sans doute en Galilée – des disciples de Jésus, issus probablement de divers groupements juifs (il est question de pharisiens, d’esséniens, de zélotes, de prêtres), étaient propriétaires de maisons qu’ils mettaient à la disposition de leurs frères dans la foi pour des réunions domestiques. »
l’ordre du jour lors des réunions, était assez limité. Ils se réunissaient pour prier, pour apprendre des choses sur la foi, vérifier que personne n’était dans le besoin et pour manger ensemble, tout en se rappelant la mort de Jésus.
Les « églises » vivent la diversité
Les Eglises étant dans les maisons, chacune a un fonctionnement relativement indépendant ; Etant conduites par les personnes qui sont propriétaires de la maison ou qui sont reconnus par le groupe, chacune a son fonctionnement propre. Il n’est pas question que ces personnes acceptent d’adopter le même programme que les autres ne serait-ce parce que un ministère itinérant leur disait de le faire ;
Cette structure de l’église primitive permet à la diversité de prospérer. Cette diversité était et reste saine.
Il semble par ailleurs que l’endroit où la diversité est la plus menacée dans le NT est le cas de l’Eglise de Corinthe. Il semble que la maison de Gaüs (homme très riche) pouvait accueillir 150 ou 200 croyants (tous les groupes se rassemblaient dans cette maison) (1 Cor 14-23). Cette église était déchirée par des rivalités et un manque d’unité ; les croyants riches utilisaient les tactiques païennes grecques (marquer sa supériorité par les tribunaux et en se constituant toute une suite de fidèles en échange d’une compensation substantielle).

2) Attentes actuelles et réponses de la dynamique cellulaire

Dans son livre intitulé « La seconde révolution française », Henri Mendras situe une profonde rupture des comportements dans les années 1964-1965. Cette « révolution » se poursuit et fait que l’individu se situe d’une façon nouvelle et spécifique dans son environnement, dont l’environnement religieux.
Quelles sont ces tendances fortes qui marquent les comportements de nos concitoyens et que l’Eglise doit considérer, pour se donner les moyens de les rencontrer et de les accueillir ?
Autonomie personnelle
L’individu entend se déterminer lui-même, au risque parfois de se perdre. Son itinéraire spirituel ne passe plus prioritairement par l’institution « Eglise ». Aujourd’hui la pratique régulière n’est plus un test d’appartenance. L’Eglise doit absolument en prendre acte.
Le marché du religieux s’est « ouvert » à la concurrence ; les acteurs y sont perçus comme ayant chacun une part de vérité ; par un « tourisme » religieux, chacun est tenté d’y « bricoler » son système de croyance ;
l’adhésion à la foi et à ses conséquences revêt vraiment un caractère volontaire, qui implique souvent d’aller à contre-courant des sentiments dominants, de braver une indifférence générale ;
Cette période se caractérise (donc) par l’émergence d’une revendication d’autonomie personnelle qui va s’affirmer de plus en plus fortement. En d’autres termes, nos contemporains n’acceptent plus que le comportement individuel, en ce qu’il a de vraiment personnel, de plus intime, soit défini et régi par des autorités extérieures, que ce soit le magistère de l’Eglise ou l’autorité de l’Etat, et par la loi.
…/… Ce spirituel autonome « hors piste » se répand surtout à partir des jeunes générations et dans les pays les plus sécularisés : France… (en premier). …/… C’est dans les pays où le recul religieux est le plus accentué que le spirituel autonome gagne le plus de terrain.»

L’Eglise cellulaire, de par sa structure peu hiérarchisée, sa faible exigence préalable à l’appartenance au groupe, marque un profond respect de l’autonomie de l’individu. Celui-ci se sent ni jugé ni rejeté en cas d’absence ponctuelle de participation ou de retrait momentané ou définitif.

Engagement à court terme
Nos contemporains ne raisonnent plus dans la perspective de longue durée ; ils privilégient les engagements à court terme.
C’est une difficulté commune à toutes les grandes organisations, aussi bien religieuses que syndicales et politiques, car On vit dans le court terme. Il faudrait peut-être trouver, pour les chrétiens, des formes d’engagement plus limitées dans le temps .
La préoccupation de la vie privée a généralement pris le pas sur des activités à dimension sociale, politique ou caritative. Et a fortiori, les jeunes hésitent à s’engager à long terme, pour toute une vie, dans des vocations religieuses ou même dans le mariage (crise du don de soi…)
Les générations nouvelles ont une autre vision de l’engagement, où le critère de la fidélité a perdu de son éclat au profit d’une exigence de sincérité et d’authenticité. Les jeunes insistent davantage sur la coïncidence avec soi-même, sur la cohérence personnelle. La fidélité ? Volontiers, à condition d’être toujours dans les mêmes sentiments qu’au départ. A la limite la fidélité à soi paraît plus importante que l’engagement à l’égard d’autrui. On se recentre sur soi.
La conséquence est qu’ils ont du mal à entrer dans une institution qui leur est antérieure et dont l’héritage leur survivra. Ils préfèrent souvent constituer un groupe d’amis proches, ne durant que le temps « où l’on est bien ensemble ».
Ceci explique en partie le succès des groupes ALPHA (les personnes peuvent adhérer sans avoir à s’engager au delà des cours eux-mêmes).

L’église cellulaire se propose à l’individu comme une réponse pour la situation actuelle de sa vie ; elle ne suppose pas une relation irréversible pour le long terme ; elle laisse voir d’autres possibles au delà d’elle même. La personne a le sentiment de renouveler librement et en toute autonomie l’adhésion au groupe cellulaire.

Réponses concrètes
Face au retrait de toute autorité surplombante et donc à la perte de repaire fixe et partagé par la plupart, l’individu doit se construire en permanence sa propre « feuille de route » au travers des maquis des choix individuels et divergents qui l’entourent. L’Eglise est le lieu qui peut aider à construire un cohérence des comportements.
La question essentielle que se posent nos contemporains est de savoir comment vivre positivement. Et sur le « comment », la réponse chrétienne est très pauvre, d’où la vulnérabilité du christianisme face aux spiritualités orientales, mais aussi à des phénomènes diffus du genre new age, à la culture thérapeutique ambiante, à l’Islam. Car, encore une fois, les questions que se posent nos contemporains ne sont pas : ai-je agi moralement, immoralement ? ai-je pêché ou n’ai-je pas pêché ? mais : comment vivre mieux ? comment avoir des relations harmonieuses, avec les autres ? etc. Il y a le salut, certes, pour des croyants, mais aussi la vie en ce monde dans ses aspects qui ne se rapportent pas directement au salut.
Il y a une sorte de retard du discours religieux, de l’imagination religieuse, sur ce qui le rendrait plausible dans le monde où nous nous trouvons. La théologie ne sait plus parler de Dieu dans les conditions où Dieu peut se livrer comme une expérience de pensée pour l’homme contemporain. Il faut qu’il soit pensable. On ne peut pas se contenter d’affirmer que son appréhension relève de l’indicible.
Par exemple, beaucoup de personnes s’auto-identifient fortement avec leur travail. Toute église qui peut aider les personnes à intégrer la spiritualité dans la réalité du travail trouvera une audience toute prête.
De même, nous avons de plus en plus besoin de gérer une masse importante d’informations. C’est une tâche de plus en plus difficile dans un monde dans lequel il est dangereux et imprudent d’apparaître trop vulnérable : pour m’y aider je cherche des gens dont l’opinion et le jugement sont appréciés.
Ainsi ceux qui peuvent apporter leurs expériences spirituelles auront plus de crédibilité que ceux qui sont bibliothécaires d’une tradition religieuse .
Rappelons nous Jésus disant à Zachée « Descend, je veux manger chez toi ». Il veut être avec nous, s’asseoir à notre table et discuter ensemble de tout ce dont on parle à table.

L’Eglise cellulaire offre un espace d’échange qui prend en compte ce besoin d’ « incarner » la Parole reçue.
Chacun accueille le vécu et les interrogations de l’autre ; chacun peut confronter ses questionnements à ceux des autres et ainsi les relativiser ou les solutionner plus facilement.

S’approprier l’enseignement par la confrontation
Les propositions abondent sur le marché du religieux… où est la Vérité ?
L’enquête ISSP de 1998 a soumis les trois affirmations suivantes : « On trouve très peu de vérités dans les religions », « On trouve des vérités fondamentales dans beaucoup de religions », « On ne trouve la vérité que dans une seule religion ». C’est la deuxième réponse qui est majoritaire dans les pays d’Europe de l’Ouest enquêtés…
Cette façon actuelle de situer les vérités dans le domaine du religieux explique naturellement la difficulté de croire sans avoir au préalable éprouvé les contenus énoncés. Cette confrontation à la vérité est nécessaire à l’adhésion de la personne. Sans celle-ci la personne restera plus certainement extérieure à la proposition.

On peut dire que schématiquement le primat de l’authenticité prend désormais le pas sur le primat de la conformité à des « vérités à croire » présentées par une autorité extérieure et surplombante. Ce qui compte aujourd’hui pour un fidèle, ce n’est pas d’être conforme, mais d’être authentique dans sa démarche personnelle. …/… Pour nos contemporains il n’y a de vérité vraie que celle que l’on s’est appropriée.

Le croyant souhaite fort que son rapport avec l’enseignement de l’Eglise soit un échange réciproque, dans lequel, la doctrine, d’une part, oriente sa conscience et où, d’autre part, la conscience du croyant ouvre des perspectives à l’autorité. Quand il y a réciprocité de rapports entre la doctrine et la conscience …/… un rapport dynamique peut se développer entre unité et diversité.

L’Eglise cellulaire de par sa petite taille et la proximité entre l’enseignant et l’enseigné permet l’interpellation et le questionnement spontanés. Le contenu de l’enseignement est plus naturellement en phase avec les attentes spécifiques de chacun. L’apport de la Parole trouve toute son efficacité.
N’oublions pas que « l’Eglise naît dans la conscience des chrétiens ».
Créativité

Le Centre Henley groupe les centres d’intérêt auquel répond chaque individu en quatre espaces principaux : « Territoire », « Exploration », « Guérison » et « Refuge ».
« Territoire » est l’espace des responsabilités
« Guérison » est l’espace qui représente tout ce qui est fait pour se détendre, pour restaurer
« Exploration » est l’espace dans lequel chacun exprime sa créativité.
« Refuge » est celui où les personnes se rendent pour se sentir en sécurité.

La plupart des pratiquants réguliers des églises se rangent dans un ou deux espaces : « Guérison » (pour recharger leur batteries spirituelles) et « Territoire » (l’accomplissement des devoirs et des responsabilités). Mais où vont les « Explorateurs » ?
Si l’Eglise prend sa mission au sérieux, alors il faut considérer sérieusement les personnes en « Exploration ». Un des buts de la mission de l’Eglise devrait être d’attirer ceux qui considèrent la foi Chrétienne comme une voie permettant d’explorer le monde et soi même.
En conséquence peut-être devrions nous prendre plus de temps pour examiner ce que les « explorateurs » recherchent en priorité.

TOUTEFOIS…

Toutefois, si comme nous l’avons vu l’Eglise cellulaire sait accueillir l’homme d’aujourd’hui avec ses spécificités, elle doit continuer à s’interroger sur la façon de combler ce qui pourrait à terme apparaître comme des faiblesses pénalisantes :
· Nous venons de voir toute la richesse et la complexité accueillies par la dynamique cellulaire ; le rôle du groupe est de les porter à leur maturité pour le plein épanouissement de chacun, et donc de tous. Quelle importance requiert la formation des responsables de cellules.
· Le fait que le court terme soit l’horizon concevable de l’engagement n’occulte pas celui d’enracinement ; la dynamique cellulaire doit se préoccuper de resituer l’appartenance à une lignée croyante passée qui l’englobe.
· L’Eglise est un corps dont tous les membres oeuvrent à son développement. Dans quelle mesure le groupe cellulaire sait s’articuler avec les autres communautés et vivre la complémentarité du corps ?
· Tout corps vivant composite génère nécessairement des différents voire des conflits. Quelle capacité a le groupe cellulaire de les gérer, et de les extraire d’une unique relation « personne à personne » ?
· Un comportement individualiste, « bricoleur », recherchant une croyance « sur mesure » n’empêche pas la recherche de validation du croire auprès d’une communauté plus importante ; Comment la dynamique cellulaire peut-elle faire corps avec un courant plus important porteur de légitimité ?
· Dans sa quête spirituelle le croyant est à la recherche d’avis experts qui garantissent la qualité de la réponse. Il est nécessaire que le groupe cellulaire offre ou permette l’accès à des ressources diverses et reconnues (ministères…)
· D’autres propositions innovantes expriment également beaucoup de pertinence. La quête de perfection qui anime la dynamique cellulaire passe-t-elle par l’observation et la compréhension des richesses diverses.
Les attentes sont diverses ; diverses doivent être les réponses.
· Rappelons nous que les églises doivent devenir des lieux où ces tensions et attentes peuvent être exprimées et explorées (il n’y a si peu d’autres endroits où les personnes peuvent faire cela). La plupart des personnes voient nos églises comme le dernier endroit où il est possible d’entamer un débat. Si nous nous sommes réellement prêts à nous engager à y répondre, alors beaucoup souhaiteront venir et se renseigner davantage

« Pourquoi, au nom du ciel, nous ne pouvons pas faire de nos églises des communautés des havres protégés dans lesquels on explore, on argumente et où on peut se tromper. En bref, de fournir les lieux de discussion où les personnes peuvent se renseigner davantage sur eux mêmes… et rencontrer Jésus par là même. »

3) Actualité de la proposition cellulaire

Il est intéressant de constater que tout au long de l’histoire la réalité cellulaire s’est présentée comme une réponse optimale pour les croyants, notamment lors de crises de croissance de l’Eglise ; l’expérience des moines dans leur désir de s’émanciper de la tutelle hiérarchique, peut en être une illustration parmi tant d’autres. L’historique de la vie des groupes cellulaires tout au long des 20 siècles qui nous précèdent nous serait d’une réelle utilité.
Nous pouvons simplement terminer ce propos en constatant que dernièrement, dans les années 1968, et particulièrement aujourd’hui, la dynamique cellulaire présente une réelle et riche alternative aux propositions traditionnelles.
L’expérience 1968
Denis Pelletier dans son livre « la crise catholique » commente la réflexion sur une alternative communautaire :
L’impact de mai 1968, c’est la nécessité qui s’impose d’affirmer « la radicalité du message chrétien » : « …/…il s’agissait de témoigner pratiquement, au niveau d’unités sociales restreintes, d’un « monde nouveau », imminent et radicalement différent des situations historiques connues jusque-là. » …/…Il s’agit d’inventer des groupes où l’expérience religieuse se nourrit d’une relation privilégiée entre leurs membres. Les communautés de base … inventent une ecclésiologie de la base marquée par la spontanéité liturgique.
« chaque monde culturel doit pouvoir vivre l’Evangile à sa manière »
Les communautés sont le tissu de la contestation, le lieu où s’invente, dans les turbulences des années 1968, une autre manière de vivre le christianisme, à l’écart du bruit et de l’institution. Le plus souvent pourtant, elles ne rompent pas avec cette dernière : elles naissent, vivent et meurent discrètement, dans la marge.

Aujourd’hui

Beaucoup de voix expriment avec conviction l’intérêt de l’expression cellulaire. La production littéraire anglo-saxonne est riche d’études e témoignages sur les expériences allant dans ce sens.
Dans ces pays également, la dynamique cellulaire est en phase avec la réalité culturelle contemporaine.

J’ai relevé dans un seul livre (les productions allant dans ce sens sont nombreuses) deux affirmations édifiantes.

Carlo Molari, théologien émérite à l’Université Pontificale de Rome :
Il est important que se créent de petites communautés de vie théologale, où l’expérience quotidienne soit orientée à garder « les regards fixée sur celui qui est l’initiateur de la foi et qui la mène à son accomplissement » (Heb 12.2)

Juan Martin Vesasco, ancien recteur du grand séminaire de Madrid, professeur à l’Institut supérieur de pastorale à Madrid :
Saurons-nous passer de la grande Eglise, qui dominait la société, engageait la vie des personnes et imprégnait la culture, à une Eglise composée de petites fraternités, insérées « au cœur des masses » et capables de rendre présente en elles la Transcendance que nous désirons intensément ?

Les invocations qui appellent à une église capable d’exprimer pleinement l’intégralité du message Chrétien tout en supprimant « l’incompatibilité qui s’est créée entre les questions des fidèles et la présentation du message chrétien qui n’est plus crédible dans une ère post-moderne » sont très nombreuses. Elles proviennent aussi bien des courants religieux Catholiques que Protestants Evangéliques.

Les quelques points évoqués ci dessus, éclairent, j’espère, la problématique de départ ; oui l’expression cellulaire de l’Eglise est une réponse qui rencontre en phase avec les attentes et besoins de nos contemporains.

Pour nous qui sommes porteurs et acteurs de cette réalité, restons ouverts aux questionnements nouveaux des « chercheurs de foi » et aux réponses autres.
Ne nous laissons jamais enfermer dans une certitude dogmatique et réductrice.

L’Eglise cellulaire, pour un christianisme plus humain (et donc plus spirituel !…) pour une humanité plus chrétienne.

Certains sont dans la répétition et forcément « Dieu » les trahit, il brise la répétition et ramène la faille vivante ; la « faille », c’est ce qui casse la mêmeté répétitive, le ressassement d’identité.

Bibliographie utilisée :
– Hans Küng : Le christianisme : ce qu’il est et ce qu’il est devenu dans l’histoire ; Ed Seuil 1996
– René Rémond : Le christianisme en accusation ; Ed Desclée de Brouwer, 2000
– Revue Futuribles ; n° 277 Juillet-août 2002
– Odon Vallet : Dieu a changé d’adresse ; Ed Desclée de Brouwer 2001
– Simon Jones, Church for a new millenium, wath does the Bible say ? ; Christianity and revival, mars 2002
– Herbert Haag : Quelle Eglise Jésus a-t-il voulue ? ; Les réseaux des Parvis, 1° semestre 2002
– Herbertus C. A. Ernst et Edward Schillebeeckx : Les défis de l’Eglise au XXI° siècle ; Ed Saint Augustin, 2001
– Denis Pelletier : La crise catholique ; Ed Payot et Rivages, 2002
– Daniel Sibony : Nom de Dieu ; Ed Seuil 2002

Références: Groupe de recherche “Témoins”

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