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La culture, l’Evangile et l’Eglise : quels liens possibles ?
Les artistes, pourquoi faire ?

(L’Article est publié avec l’aimble autorisation de l’hebdommadaire protestant d’Alsace-Lorraine “Le MESSAGER” que nous remercions)

La récente crise des intermittents du spectacle repose la question du statut de l’artiste en France. Il nous interroge indirectement sur la place de l’art dans nos vies et dans nos Eglises.

« Trop d’artistes ? » titrait récemment un hebdomadaire culturel, revisitant ainsi la grande question qui préoccupe les intermittents du spectacle depuis de nombreux mois, mais avec beaucoup plus d’acuité depuis cet été. Quoiqu’on en pense, tous ces festivals annulés et tout ce battage médiatique sont les signes d’une véritable inquiétude. Car depuis la signature du fameux « protocole du 26 juin » qui resserre les exigences liées à leur statut, les artistes français du spectacle vivant se sentent menacés. « Je travaille avec une dizaine de compagnies, explique Michel Jouve du Syndicat des Mouettes, une association marseillaise qui gère l’administration et la comptabilité de structures artistiques. Si le protocole n’est pas amendé, ce sont neuf compagnies sur dix qui disparaîtront. Les comédiens chercheront tous un petit boulot. Ils ne seront plus professionnels. A terme, c’est la qualité des spectacles qui est en péril. »
Des artistes fraudeurs qui abusent du système, il y en a, c’est évident. Mais si ce système a besoin d’être réformé, on peut espérer que ce ne soit pas au prix de la disparition des plus fragiles d’entre eux. Quant au mythe de l’artiste rêveur et fainéant, il a encore, dans certains milieux, la vie dure. Pourtant, nombreux sont ceux qui font bien leur métier, ont du talent et travaillent dur.

Un monde plus beau

Mais les artistes ça sert à quoi ? diront les partisans de la performance et du rendement économique. A faire rêver ? A rendre la vie plus belle ? A poser les questions essentielles, celles qui aident à mieux vivre ? A nous empêcher de tourner en rond ? « L’art, disait la philosophe Simone Weil, participe à la lutte contre la pesanteur. » Et l’humaniste Tzetan Todorov confiait avec simplicité : « Je n’en ai pas la preuve, mais je crois que le monde est plus beau, plus vivable grâce à l’art. »
Alors, si ce sont bien là quelques-unes des vocations de l’art, ne se conjugue-t-il pas parfaitement à l’annonce de l’Evangile ? Cette bonne nouvelle qui dès le début du ministère du Christ s’est voulu percutante, pleine de sens, porteuse de vraie vie, quitte à être souvent provocatrice ?
Pendant des siècles, les artistes ont été liés à l’Eglise, presque emprisonnés l’un à l’autre d’ailleurs. Les artistes vivaient des commandes et n’avaient qu’une relative liberté dans le choix des thématiques et même des réalisations. Tout était extrêmement codé et les artistes souffraient de ce manque d’autonomie dans leur créativité. Quand l’art s’est émancipé du religieux, il a parfois – surtout au 20ème siècle – exploré des voix extrêmes, allant jusqu’à se complaire dans le chaos, le lugubre et la désespérance.

Une nouvelle dynamique de pensée

Aujourd’hui, est-il possible d’envisager une réconciliation entre l’art et la foi, entre la culture et l’Eglise ?
Plusieurs lieux le pensent et le vivent. A Marseille, au Parvis des arts, à Chartres, au Centre œcuménique et artistique, à Genève, au Théâtre du Caveau, à Strasbourg avec l’association Psalmodia, par exemple, des hommes et des femmes se battent pour donner un espace et une parole à des artistes chrétiens ou à d’autres qui donnent du sens à leurs créations. Dans ces lieux de réflexion, ils tissent des liens entre la pensée contemporaine et la création artistique pour contribuer à une juste appréhension du monde. Ils proposent des formations – théâtre, mime, chant lyrique ou chant gospel, dessin-peinture, sculpture, …- avec une pédagogie qui allie exigence de travail et respect de la personne. Ils encouragent la création d’œuvres ou de spectacles dont la pertinence, la qualité et l’esthétique se conjuguent à des valeurs que sous-tend l’Evangile : la dignité, le respect de l’autre, l’espérance, la grâce…
Dans son itinéraire entre Evangile et actualité (1), Gabriel Ringlet appelle de ses vœux la création de tels lieux au rayonnement désintéressé : « Ce qui insupporte pas mal de non chrétiens, écrit-il, mais aussi nombre de chrétiens, c’est le sentiment que la parole des Eglises est presque toujours « intéressée ». Comme s’il y avait en permanence un calcul derrière la tête, un espoir en tout cas : s’agrandir. Comme s’il semblait impossible de proposer l’Evangile gratuitement. »
Le propre de l’art, c’est justement d’être désintéressé. Peut-être nous faudrait-il inventer et développer des espaces culturels et artistiques dont le but n’est pas de séduire, de captiver, mais de partager les vraies questions essentielles et existentielles.
Patricia Rohner-Hégé

(1) Gabriel Ringlet, Ma part de gravité, un itinéraire entre Evangile et actualité, chez Albin Michel

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