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L’histoire du XXe siècle a été marquée par de grandes hécatombes qui assombrissent notre mémoire. La croyance au progrès s’est dissoute. Si, malgré les aléas, le développement économique a été sensible et a changé les conditions de vie, aujourd’hui la crise de l’économie associée à la montée des inégalités engendre inquiétude et pessimisme. Cette insécurité est accrue par une perte des points de repère, parce que les croyances religieuses d’autrefois ont besoin d’être reformulées dans les termes d’une culture nouvelle.

 

Alors, on assiste aujourd’hui à des phénomènes de repli tant sur le plan individuel que collectif. Puisque l’avenir collectif paraît bouché, on recherche des accommodements individuels ou on se réfugie dans des satisfactions immédiates. Ces notations correspondent à ce que nous pouvons observer dans certains comportements et dans certaines expressions. Certes, il y a en regard d’autres représentations et d’autres comportements. Il n’empêche, face à l’inquiétude dominante, face à la morosité ambiante, on a besoin d’une vision. Car, comme le dit si bien un verset biblique : « Là où il n’y a pas de vision, le peuple périt » (Proverbes 29. 18). Alors on peut saluer la publication récente d’un livre de Jean-Claude Guillebaud : « Une autre vie est possible » (1). Et le sous-titre en précise le sens : « Comment retrouver l’espérance ? ».

 Cet auteur-là a une histoire de vie qui légitime ses propos. En effet, grand reporter au « Monde », il y a couvert de grands conflits. Dans ce métier, il a été confronté à la réalité de la misère humaine dans des catastrophes collectives. « Du Biafra (1969) à la Bosnie (1994), j’ai vu mourir et s’entretuer des hommes » (p 22). Son discours n’est pas abstrait. A partir de cette expérience, il sait ce dont il parle en termes de vécu humain. Jean-Claude Guillebaud est ensuite devenu éditeur au Seuil dans le domaine des sciences humaines. Et, là, il a découvert des clefs pour comprendre le changement social et culturel qui caractérise le monde d’aujourd’hui. Ainsi a-t-il pu fréquenter de grands penseurs engagés dans une réflexion transdisciplinaire et convaincus de l’imminence d’une mutation anthropologique : Edgar Morin, Henri Atlan, Michel Serres…(2). Jean-Claude Guillebaud a lui-même écrit de nombreux livres où il explore les grands enjeux sociaux et culturels de notre temps (3). Dans ses ouvrages, l’auteur fonde sa réflexion à la fois sur des savoirs recueillis en recourant à des sources variées et une recherche de sens qui s’est développée tout au long de cet itinéraire et a abouti à une redécouverte de la foi chrétienne (4).

 Mais si Jean-Claude Guillebaud écrit beaucoup, c’est aussi un homme qui, dans la foulée de sa carrière de journaliste, continue à aller à la rencontre des gens à travers de multiples réunions et conférences. Et, de par cette capacité de dialogue, il est particulièrement attentif à ce qu’il entend, à ce qu’il perçoit de l’opinion ambiante. Et aujourd’hui, il écrit ce livre : « Une autre vie est possible » pour affirmer une espérance face à un pessimisme qui lui paraît omniprésent. « J’aimerais trouver des mots, le ton, la force afin de dire pourquoi m’afflige décidément la désespérance contemporaine. Elle est un gaz toxique que nous respirons chaque jour. Et, depuis longtemps, l’Europe en général et la France en particulier semblent devenues ses patries d’adoption. Elle est amplifiée, mécaniquement colportée par le barnum médiatique… L’optimisme n’est plus tendance depuis longtemps. On lui préfère le catastrophisme déclamatoire ou la dérision revenue de tout, ce qui est la même chose. Se réfugier dans la raillerie revient à capituler en essayant de sauver la face. Après moi, le déluge… » (p 13-14).

Quelles sont les origines de ce pessimisme ? Quelles sont nos raisons d’espérer ? Jean-Claude Guillebaud explore pour nous et avec nous les voies de l’espérance.

 

Jean Hassenforder

(1) Guillebaud (Jean-Claude). Une autre vie est possible. Comment retrouver l’espérance. L’iconoclaste, 2012.

(2) Présentation de Jean-Claude Guillebaud et de son itinéraire : Karih Tager (Djénane) ; Jean-Claude Guillebaud. Le messager. Le Monde des religions, N° 13, sept-oct 2005, p 68-69.

(3) Bien documentés, bien argumentés, porteurs de conviction, les livres de Jean-Claude Guillebaud abordent de grandes questions et de grands enjeux. Notons, entre autre s : « La refondation du monde » (1999), « Le principe d’humanité » (2001), « le goût de l’avenir » (2004)… Nous avons présenté,** Voir sur le site de Témoins ** : « la force de conviction. A quoi pouvons-nous croire ? » (2005)  et: ** Voir sur le site de Témoins ** « Le commencement d’un monde. Vers une modernité métisse » (2008) 

(4) Guillebaud (Jean-Claude). Comment je suis redevenu chrétien ? Albin Michel, 2009.  ** Voir sur le site de Témoins **: Les valeurs fondamentales. Une inspiration chrétienne. Contributions de Frédéric Lenoir, Joseph Moingt, Jean-Claude Guillebaud.

** Voir aussi la mise en perspective sur le blog : Vivre et espérer ** 

 

 

 

 

 

 

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