Jeunes chrétiens en politique - Témoins

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Jeunes chrétiens, vous êtes engagés en politique. Pourquoi et comment?

D. d S.: S’engager de nos jours quand on est jeune, chrétien, et de gauche n’est pas facile. Mais les chantiers qui nous attendent nous poussent à faire foin de nos difficultés quotidiennes: ancien de la JOC, président de Chrétiens pour une Gauche Nouvelle, et engagé dans les Hauts de Seine, l’engagement constitue une part importante de ma vie. Notre génération qui se démarque de celle de nos aînés, essaie d’allier spirituel et temporel, et c’est une bonne chose. Dans un monde globalisé, laissé en pâture à la nouvelle économie et au libéralisme sans scrupules, quels repères voulons-nous nous donner, et transmettre à nos enfants? Le massacre du Sens ne peut pas continuer.

R. G.: Au départ, je me suis engagé en politique aux côtés de mon père et j’ai adhéré, en 1991, au Centre des Démocrates Sociaux. Démocrate d’inspiration chrétienne, je privilégiais pourtant la temporalité de l’action et je ne faisais pas vraiment le lien entre un engagement politique riche en contacts humains et un rituel catholique quelque peu distant et pontifiant. Par la suite, j’ai redécouvert l’enseignement du Christ, surtout à travers mes expériences personnelles, hors des communautés chrétiennes traditionnelles. Cela m’a fait prendre conscience de la nécessité de nourrir mon engagement politique et associatif, dont le caractère relatif et contingent manquait de substance, d’un apport spirituel. Je ne parle pas ici de religion (j’émets des doutes sérieux à propos de ceux qui voudraient faire de l’Évangile un programme politique), mais bien de spiritualité. Dans sa dimension éthique, celle à laquelle je me réfère, le politique a pour vocation première de rassembler celles et ceux qui partagent un même esprit d’amélioration du Bien commun. Le Christ, par son message universel d’écoute et de respect de l’Autre, constitue pour moi le meilleur des guides et je m’efforce de ne pas laisser l’annonce de la Bonne Nouvelle à la porte de chez moi.

Dans cet engagement, vous éprouvez un besoin de référence. Vous vous référez notamment à Emmanuel Mounier(2). En quoi la vie et l’œuvre de celui-ci est-elle une source d’inspiration?

R. G.: Je crois que notre société est de nouveau victime de l’insidieux poison mortel auquel Mounier avait déjà refusé de se soumettre dans les années 30: l’existence “du désordre établi”, caractérisé notamment par la prééminence d’un “séparatisme de l’individu”, replié sur lui-même, tout à la fois livré aux forces impitoyables du marché et soumis au contrôle imposant de l’État. Seule la relation abandonnée à l’Autre, à hauteur d’homme, qui caractérise le personnalisme communautaire, permettra de sortir de cette impasse pour revivifier le tissu social. En ce sens, lorsque Emmanuel Mounier parle de la nécessité de l’engagement, il veut que puisse se réaliser l’une des dimensions de la Personne: l’Incarnation. Il faut oser rompre avec tout ce que la société porte en elle de conformismes institutionnels pour se laisser gagner par l’Esprit et se laisser bousculer par sa manifestation première, l’événement, qui est aussi notre “maître intérieur”.

D. d S.: Mounier est une figure qui inspire mon action. J’aurais pu dire Miguel de Unamuno, Dom Helder Camara ou Philippe Warnier. Pourquoi Emmanuel Mounier? Parce qu’il pose les bases mêmes de l’humanisme moderne: l’Homme doit être une personne libre: elle agit, pose des choix et les assume; active: l’engagement motivé par l’événement, montre sa participation à l’Histoire; solidaire: la générosité avec autrui et avec la communauté est fondamentale; appelée à la transcendance: s’engager sans s’enraciner dans une éthique de vie est illusoire. Voilà pour l’exemple. Mais défendre le personnalisme aujourd’hui, c’est aller plus loin que les textes et les mots: c’est incarner ce personnalisme, dans la vie de tous les jours.

Interview de Didier da Silva et Ronan Guellec par Jean Hassenforder

Didier et Ronan vont publier un livre, début janvier 2001: “L’avenir de la personne”, aux éditions Au signe de la Licorne, 36 av. Carnot (63000) Clermont-Ferrand. Tél.: 04.73.90.15.46.

Didier da Silva prépare une thèse de doctorat sur les intellectuels en politique, collabore à la revue Témoin (1) et préside l’association: Chrétiens pour une gauche nouvelle.
Ronan Guellec diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris est membre de l’UDF et a fondé l’association de jeunes personnalistes: “Intuitu Personae”.

(1) Témoin: revue de recherche et d’idées d’inspiration social-démocrate.
(2) Emmanuel Mounier, philosophe chrétien, engagé durant la première moitié du 20ème siècle, reste un penseur pour aujourd’hui, dont l’œuvre a donné lieu récemment à un colloque international. Fondateur de la revue Esprit, il a suscité le développement du personnalisme.

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