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| Un autre monde. Des communautés autres |
| Des communautés autres |
| Faire église autrement |
| Vers des potentialités nouvelles |
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Un courant innovant en milieu catholique (1).
Il faut prendre la mesure de la transformation du monde durant ces dernières décennies. Une véritable mutation est en cours depuis les années 60.En France, dans les années 60 et 70, le changement a pris la tournure d'un véritable bouleversement comme le montre le sociologue Henri Mendras dans son livre: La Seconde Révolution Française. 1965-1984 (2). Mais une dynamique analogue peut être observée dans les autres sociétés occidentales, par exemple en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.
Aujourd'hui, comme le montre un journaliste du New York Times: Thomas L Friedman, dans un livre sur la globalisation: "The world is flat",(3), nous assistons à une nouvelle vague de cette mutation. En effet, sous l'effet des transformations récentes intervenues dans les moyens de communication, on assiste au développement de nouvelles formes de production et de consommation à l'échelle de la planète et à leur intégration dans un ensemble de pays de l'Amérique du Nord à l'Inde et à la Chine. Les barrières s'abaissent. Des individus, en provenance de tous les coins du monde, deviennent les acteurs majeurs de ce processus.
En France, comme l'ont montré les sociologues: Henri Mendras et François Dubet(4), l'imposition de haut en bas exercée par les grandes institutions a perdu son pouvoir d'enchantement. Aujourd'hui, c'est à l'échelle du monde que le style de la communication est en train de changer. "Parce que, quand le monde commence à passer d'un modèle de production d'abord vertical (commandement et contrôle) à un mode de plus en plus horizontal, cela ne concerne pas seulement la manière de travailler"(3a). Le changement s'applique à l'ensemble des comportements: "Comment les communautés et les entreprises se définissent, comment les individus équilibrent leurs différentes identités en tant que consommateurs, employés, actionnaires et citoyens, et quel rôle l'autorité doit exercer"(3a).
C'est dire combien les églises sont appelées à s'interroger sur leur mode de gouvernance, particulièrement celles qui sont le plus marquées par un style d'autorité descendant de haut en bas. Aujourd'hui, le désir de participation s'oppose à la culture du contrôle; le désir d'expression, de créativité, de mobilité, interpelle les formes rigides, stéréotypées, répétitives; le développement de l'autonomie appelle en retour initiative, personnalisation, et, en compensation de l'individualisme grandissant, des propositions conviviales répondant à un immense désir de relation et de sociabilité. En regard, un porte à faux s'est développé entre les manières nouvelles de sentir, de penser et d'agir et les pratiques des églises traditionnelles. Leur déclin, leur manque de pertinence peuvent être attribués pour une bonne part à cet écart. Les travaux du groupe de recherche de Témoins confirment cette hypothèse (5).
Dans plusieurs pays, une prise de conscience s'est effectuée en ce sens. Des innovations apparaissent pour remédier au décalage.
Ainsi aux Etats-Unis, des églises nouvelles ont été créées pour répondre aux aspirations spirituelles de la génération des "baby boomers". Dans ce même pays, un sociologue, Donald E. Miller a récemment étudié un certain nombre d'églises en plein essor. Ces églises, nous dit-il, n'arborent pas de signes religieux conventionnels. Elles n'ont pas une organisation marquée par la hiérarchie, mais elles mettent en oeuvre les principes du sacerdoce universel. Elles ne répondent pas seulement aux besoins des gens. Elles les mettent en mesure de s'impliquer et de servir. En mettant l'accent sur la communication, elles développent un climat communautaire.
En poursuivant cette recherche sur un plan international, dans une vingtaine de pays en Amérique Latine, en Afrique et en Asie, Donald E. Miller a montré que les mêmes critères apparaissent opérationnels et efficaces dans le monde entier dans des environnements économiques et culturels différents (6).
En Grande-Bretagne, face à des indicateurs qui traduisent un déclin des églises traditionnelles, on recense aujourd'hui de nombreuses innovations. Des livres ponctuent la réflexion en alliant une approche de recherche issue des sciences sociales et une vision théologique et pastorale. Ainsi le livre de Michael Moynagh, expert en prospective, théologien et pasteur: "Changing world. Changing church"(7), a reçu un accueil enthousiaste chez des responsables chrétiens très divers. Ce livre vient d'être traduit en français sous le titre: "l'Eglise autrement"(8). Avec d'autres auteurs comme Stuart Murray, Pete Ward et Brian McLaren (9), Michael Moynagh décrit l'éclosion de l'Eglise émergente. Ce terme recouvre un foisonnement d'expériences qui se développent au delà des institutions en Grande-Bretagne, mais aussi dans le champ international.
En regard de ce bouillonnement créatif, on peut donc se demander quelle est la situation en France. La voix de l'Eglise émergente a commencé de s'y faire entendre au travers de récentes rencontres avec Stuart Murray et Michael Moynagh (10). La mutation sociale et culturelle interpelle bien évidemment toutes les dénominations. En milieu catholique, le Concile Vatican II avait ouvert la porte au changement, mais les pesanteurs conservatrices ont repris le dessus si bien que des dysfonctionnements profonds engendrent une crise sévère. Comme on l'a entrevu précédemment, le fonctionnement hiérarchique qui prédomine encore dans l'institution catholique, est de plus en plus anachronique. Des voix s'élèvent en faveur du changement, mais trouvent peu d'échos dans l'appareil dirigeant.
Dans cette conjoncture, les associations catholiques réformatrices: Droits et Libertés dans les Eglises (DLE) et Femmes et Hommes en Eglise (FHE) ont apporté une contribution originale en organisant le 15 janvier 2005, à Paris, un séminaire sur le thème: Faire Eglise autrement. Un monde autre. Des communautés autres (1). En effet, non seulement, elles s'inscrivent ainsi dans la problématique internationale précédemment esquissée, mais elles abordent la question à partir d'une approche de terrain: la collecte d'études de cas en forme de monographies à partir desquelles une analyse et une réflexion peuvent s'opérer. Cette démarche inductive est en affinité avec l'approche des sciences sociales et nourrit une relecture sociologique effectuée, en fin de parcours par Céline Béraud.
Le caractère novateur de cette entreprise par rapport au contexte ambiant, est bien mis en valeur par la relecture pastorale qui en est faite par Marcel Metzger, prêtre et historien." Les fonctionnements et procédures qui favorisent le développement du sens communautaire, tout ce qui a été reconnu dans les témoignages et évoqué plus haut, "L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé...", tout cela parait être ignoré ou écarté des structures pastorales par les autorités supérieures de l'Eglise catholique romaine actuelle, que ce soit systématiquement, secrètement ou inconsciemment...Que des communautés chrétiennes locales comme celles présentées dans le dossier de témoignages, parviennent à susciter, favoriser et développer leur esprit et leur programme communautaire dans de telles conditions... cela tient du miracle, à la façon dont le pressentait Gamaliel, dans son intervention devant le Sanhédrin (Ac 5,34-39)" (p108).
















