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Déjà en 1977, Jean Delumeau, conscient de l’écart qui se creusait entre une culture en mutation et le cours des églises, avait écrit un livre au message retentissant: “Le christianisme va-t-il mourir ?” Et, quelques années plus tard, ce chrétien catholique, en homme de foi, publiait un nouvel ouvrage: “Ce que je crois”.
Aujourd’hui, après deux décennies, et en ce début du XXIème siècle, Jean Delumeau reprend dans ce nouveau livre la thématique de ses deux ouvrages précédents. Il exprime le cheminement de sa pensée sur un certain nombre de thèmes majeurs comme le rapport entre la foi et la science, le mal et le péché, le message des Ecritures. Et il continue également de s’interroger sur le degré de pertinence des institutions chrétiennes.

Dans ce domaine, il persévère dans son appel en faveur d’une entente des églises. Et il note, en même temps, que le progrès œcuménique requiert une transformation de l’Eglise catholique: “pour entrer dans une concertation fructueuse avec les autres confessions chrétiennes, il est nécessaire que l’Eglise romaine ait auparavant instauré à l’intérieur d’elle même des espaces de dialogue et modifié ses structures de manière à créer de véritables échanges avec ses propres fidèles. Autrement dit qu’elle accepte et institue d’abord une pluralité catholique pour mettre ensuite sur pied une pluralité chrétienne” (p179). “Il s’agit de libérer la parole des fidèles, de remplacer par une organisation souple et décentralisée un pouvoir conçu sur le modèle de la monarchie absolue d’Ancien Régime….” (p260).
Face à l’immobilisme, “On en revient au même diagnostic et à la même nécessité: décentraliser pour réunir et devancer le mouvement en multipliant les initiatives à la base. Car, c’est de la base que, d’abord et surtout, viendra le salut” (p204). C’est à travers une dynamique communautaire que peut naître une “créativité” chrétienne” en phase avec la culture d’aujourd’hui. “Pour éviter la marginalisation dont le christianisme est menacé, il faudrait, je crois, tenir compte des expériences proposées à la fois par les communautés de base d’Amérique latine et par les groupes évangéliques. Car, malgré tout ce qui les sépare, elles soulignent ensemble une même nécessité: promouvoir des structures de proximité qui soient des interfaces entre la religion et la société et favoriser des espaces de convivialité chrétienne” (p259).” Rêvons un instant: dans un christianisme ou l’œcuménisme deviendrait vraiment réalité, le tissu urbain (et rural) serait parsemé de locaux modestes d'”Amitiés chrétiennes” ou il y aurait écoute, partage, solidarité et prière” (p260). Voila une approche qui rejoint la démarche interconfessionnelle de Témoins.

La voix de Jean Delumeau, à partir de l’univers culturel dans lequel il s’inscrit, appelle ainsi à l’ouverture et à la créativité. Comme le montrent les travaux du groupe de recherche de Témoins, cette voix en rejoint d’autres qui s’élèvent dans des contextes différents (2). Pour reprendre une expression à laquelle nous sommes sensible, une Eglise émergente est en train de se dessiner.

Jean Hassenforder

(1) Delumeau (Jean). Guetter l’aurore. Un christianisme pour demain. Grasset, 2003
(2) Voir par exemple le site internet: emergingchurch.info

Références: Groupe “Recherche”, Témoins

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